LIVRE Ili, CHAPITRE XLI
estrc meu procès ou débat, il se ingeroit d'apoincter les parties. Il est cscrit :
Qui non laborat non manige ducat l ;
Et le dit gîoss. ff. de damn. infect. I. quamvis, et currere plus ({ue le pas vetulam compellit egestas*. gloss. ff. de lib. agnosc. I. si guis, pro qua facit. I. si plures. c. de condit. incerti. Mais en tel affaire il fut tant malheureux, que jamais n'apoincta différent quelconques, tant petit fust il que sçauriez dire. En lieu de les apoincter, il les irritoit et aigrissoit davantage. Vous savez, Messieurs, que
Sermo daturcunctis, animi sapientia paucis3.
Gloss. ff. de alien. jud. mut. caus. fa. I. 2. Et disoient les taverniers de Semerve que, sous luy en un an, ilz n'avoient tant vendu de vin d'apoinctation ( ainsi nommoient ilz le bon vin de Legugé) , comme ilz faisoient sous son père en demie heure.
Advint qu'il s'en plaignit à son père, et referoit les causes de ce meshaing en la perversité des hommes de son temps : franchement luy objectant que, si on temps jadis le monde eust esté ainsi pervers, plaidoyart, detravé et inapomctable, il son père n'eust acquis l'honneur et tiltre d'appoincteur tant irréfragable, comme il avoit. En quoy faisoit Tenot contre le droit, par lequel est es enfans défendu reprocher leurs propres pères, per gloss. et Bart. lib. 3, §. si quis ff. dv condit. obcaus. etAuthent. de nupt. §. sedquodsancitum. col A.
11 fault, respondit Perrin, faire autrement, Dendin mon filz. Or,
Quand oportet vient en place, Il convient qu'ainsi se face.
1 Le proverbe est : Qui non laborat non manducat, qui ne travaille pas ne mange pas.
* Car besoin fait vieille trotter.
Destruction de Troye la grant, Lyon, 1485, in-folio.
3 La parole est donnée à tous , la sagesse à peu.
PANTAGRUEL
Gloss. c. de appel. I. eos etiam. Ce n'est là que gist le lièvre. Tu n'apoinctes jamais les differens. Pourquoy? Tu les prends des le commencement, estans encores verds et cruds. Je les apoincte tous. Pourquoy? Je les prends sur leur fin, bien meurs et digérés. Ainsi dit gloss
Dulcior est fructuspost multa pericula ductus.
L. non moriturus. c. de contrahend. et commit, stip. Ne sçais tu qu'on dit en proverbe commun : Heureux estre le médecin qui est appelle sus la declination de la maladie? La maladie de soy criticquoit et tendoit à fin, encores que le médecin n'y survint. Mes plaidoyeurs semblablement de soy mesmcs declinoient on dernier but de plaidoirie : car leurs bourses estoient vuides, de soy cessoient poursuivre et solliciter : plus d'aubert n'estoit en fouillouse 1 pour solliciter et poursuivre.
Déficiente pecu, déficit omne, nia,
Manquoit seulement quelqu'un, qui fust comme paranymphe 2 et médiateur, qui premier parlast d'apoinctement, pour soy sauver l'une et l'autre partie de ceste pernicieuse honte qu'on eust dist : Gestuy cy premier s'est rendu; il a premier parlé d'apoinctement; il a esté las le premier; il n'avoit le meilleur droit ; il sentoit que le bast le blessoit.
Là, Dendin, je me trouve à propos, comme lard en poys3. C'est mon heur. C'est mon gaing. C'est ma bonne fortune. Et te dis (Dendin mon filz joly) que, par ceste méthode, je pourrois paix mettre, ou trêves pour le moins, entre le grand roy et les Vénitiens4, entre l'empereur et les Suisses, entre
1 Plus d'argent n'estoit en poche (argot).
2 C'était, chez les Grecs, celui qui conduisait la mariée, le garçon d'honneur, et, par extension, toute personne qui servait de guide, d'introducteur.
3 C'est une vieille locution :
Onq lard en poisn'escheutsi bien.
(Patheliîi.)
* Molière, s'emparanl de cette idée, lui a donné une forme encore plus piquante :■« Et je crois , si je me l'étois mis en tètt , que je marierois le Grand-Turc avec la république de Venise. » L'Avare, act.