‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 387 sur 401 · LIVRE m, CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XLIX

profonde1 en terre plus d'une coubdée. De la racine procède un tige unique, rond, ferulaeé, verd au dehors, blanchissant au dedans, concave comme le tige de smyrnium, olus atrwn, febves, et gentiane : ligneux, droit, friable, crénelé quelque peu en forme de colomnes legierement striées; plein de fibres, es quelles consiste toute la dignité de l'herbe, mesmement en la partie dite mesa, comme moyenne, et celle qui est dite mylasea2. La3 hauteur d'iceluy communément est de cinq à six pieds. Aucunesfois excède la hauteur d'une lance. Savoir est, quand il rencontre terrouoir doux, uligineulx^. legier, humide sans froidure : comme est Olone5, et celuy de Rosea prés Preneste en Sabinie 6; et que pluye ne luy default environ les feries des pescheurs et solstice estival. Et surpasse la hauteur des arbres, comme vous dictes Dendromalache7 par l'autorité de Theophraste; quoy que herbe soit par chascun an dépérissante, non arbre en racine, tronc, caudice, et rameaux perdurante. Et du tige sortent gros et fors rameaux. Les feuilles a longues trois fois plus que larges, verdes tousjours, asprettes cemme l'orcanette, durettes, incisées autour comme une faulcille, et comme la betoine; finissantes en pointes de sarisse 8 Macedonicque, et comme une lancette dont usent les chirurgiens. La figure d'icelles peu est différente des feuilles de fresne et aigremoine; et tant semblable à eupatoire, que plusieurs herbiers 9, l'ayant dite domesticque, ?nt dit eupatoire estre Pantagruelion sauWaginé. Et ssss par rangs en eguale distance esparses autour du tige ?n rotondité, par nombre en chascun ordre ou de cinq ou çU sept. Tant l'a chérie nature qu'elle l'a doué

dolle dans «a Flore française au tableau plein de vie que trace ici Rabelais.

1 Profundare, mitterein profundum , immergere , Du Cange. Ce verbe énergique disparaît dans la leçon : n'est profonde , qu'ont adoptée la plupart des éditeurs.

* Voy. Pour tous ces détails Pline, Hist. nat., liv. XIX, ch. 9.

3 L'article la n'existe pas dans les éditions originales.

4 Marécageux.

s Bourg du Poitou , environné de marais et de salines.

6 Pline, loc. cit.

7 De SévSpov, arbre, et u.a).a« xoç, tendre, délicat.

8 Sarissa, lance macédonienne.

9 Botanistes- . (Cotgrave.)

PANTAGRUEL

en ses feuilles de ces deux nombres impars, tant divins et mystérieux. L'odeur d'icelles est fort et peu plaisant aux nez delicatz.

La semence provient vers le chef du tige, et peu au dessous. Elle est numereuse autant que d'herbe qui soit : sphericque, oblongue, rhomboide, noire claire et comme tannée, durette, couverte de robe fragile, délicieuse à tous oiseaux canores, comme linottes, chardriers *, alouettes, serins, tarins, et autres. Mais estainct en l'homme la semence generative, qui en mangeroit beaucoup et souvent2. Et quoy que jadis entre les Grecs d'icelle l'on fist certaines espèces de fricassées, tartes et bignetz, lesquelz ilz mangeoient après souper par friandise et pour trouver le vin meilleur, si est ce qu'elle est de difficile concoction, offense l'estomac, engendre mauvais sang, et par son excessive chaleur ferit le cerveau, et remplit la teste de fascheuses et douloureuses vapeurs3. Et comme en plusieurs plantes sont deux sexes, masle et femelle 4, ce que voyons es lauriers, palmes, chesnes, heouses5, asphodèle, mandragore, fougère, agaric, aristolochie, cyprès, terebynthe, pouliot, peone, et autres, aussi en ceste herbe y a masle, qui ne porte fleur aucune, mais abonde en semence ; et femelle qui foisonne en petites fleurs blanchastres, inutiles, et ne porte semence qui vaille : et comme est des autres semblables, a la feuille plus large, moins dure que le masle, et ne croist en pareille hauteur. On semé cestuy Pantagruelion à la nouvelle venue des hirondelles; on le tire de terre lors que les cigalles commencent à s'enrouer.

1 Chardonnerets.

8 Semen ejus exstinguere genituram virorum dicitur (Pline, XX, 23).

3 On sait que c'est avec une sorte de chanvre que les peuples d'Orient préparent leur haschisch.

4 On voit que Rabelais connaissait les sexes des plantes, et il constate fort bien ici les différences

qui existent dans les feuilles et dans les fleurs du chanvre mâle ou femelle ; mais il reproduit l'opinion vulgaire suivie de son temps même par les savants de profession, et intervertit l'ordre des sexes en attribuant la semence aux mâles, tandis que la femelle ne porterait que des fleurs inutiles.

8 Yeuses, chênes verts.

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