CHAPITRE XL
Pourquoy les moines sont remis du monde, et pourquoy les uns ont le nez plus grand que les autres.
Foy de chrestien, dist Eudemon, j'entre en grande resverie, considérant l'honnestete de ce moine. Car il nous esbaudit icy tous. Et comment donc est ce qu'on rechasse les moines de toutes bonnes compagnies,, les appellans trouble festes; comme abeilles chassent les freslons d'entour leurs rousches? Ignavum fucos pecus, ditMaro, a presepibus arcent. A quoy respondit Gargantua : Il n'y a rien si vray que le froc et la cagoule i tire à soy les opprobres, injures et malédictions du monde, tout ainsi comme le vent dit Cecias 2 attire les nues. La raison peremptoire est parce qu'ilz mangent la merde du monde 3, c'est à dire les péchés, et, comme machemerdes. l'on les rejette en leurs retraicts ; ce sont leurs convents et abbayes, séparés de conversation politicque, comme sont les retraicts d'une maison -
Mais si entendez pourquoy un cinge en une famille est tousjours mocqué et herselé, vous entendrez pourquoy les moines sont de tous refuis, et des vieux et des jeunes. Le cinge ne garde point la maison, comme un chien ; il ne tire pas l'aroy 4, comme le bœuf: il ne produictny laict, ny laine, comme la brebis : il ne porte pas le faix, comme le cheval.
1 Le capuchon, cogulla en provençal. Dans les deux Charcutes, cagouille, et en basque curcuilla,
2 « Est etiam ventus nomine Cœciasquem Aristoteles flare dicit., ut nubes nonprocul propellat, sedutad
signifient escargot. En effet, cetani- sese vocet.» (A. Gelle, 1. 2, c. 22.) mal se cache dans sa coquille, comme ! « Narrant et in Ponto Cœciam in un moine dans son capuchon. se trahere nubes.» (Pline,iV<T/. 2-47.)
3 Peccata populi mei comedent.
Las cogidlas lur esckarchet.
11 leur déchira les capuchons.
(Vie de saint Honorât.)
[Vu! gale.) 4 La charrue.