‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 114 sur 279 · LIVRE IV, CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE LVII

parle que par signes. Mais à ses signes tout le monde obeist plus soubdain qu'aux edictz des Prêteurs, et mandemens des Roys. En ses sommations, delay aulcun et demeure aulcune il ne admet. Vous dictez que au rugissement du lyon toutes bestes loing à l'entour frémissent, tant (sçavoir est) que estre peult sa voix ouie. Il est escript. Il est vray. Je l'ay veu. Je vous certifie que au mandement de messere Gaster tout le ciel tremble, toute la terre bransle. Son mandement est nommé : faire le fault sans delay, ou mourir.

Le pilot nous racontoit comment un jour, à l'exemple des membres conspirans contre le Ventre, ainsi que descript iEsope tout le royaume des Somates contre luy conspira et conjura soy soubstraire de son obéissance. Mais bien toust s'en sentit, et s'en repentit, et retourna en son service en toute humilité. Aultrement tous de maie famine perissoient. En quelques compaignies qu'il soit, discepter ne fault de supériorité et préférence ; tousjours va davant, y f eussent Roys, Empereurs, voire certes le Pape. Et au concile de Basle, le premier alla, quoy qu'on vous die que ledict concile fut sedictieux, à cause des contentions et ambitions des lieux premiers. Pour le servir tout le monde est empesché, tout le monde labeure. Aussi pour recompense il fait ce bien au monde qu'il luy invente toutes ars, toutes machines, tous mestiers, tous engins et subtiUtez. Mesmes es animans brutaulx il apprend axs desniees de Nature. Les Corbeaulx. les Gays, les Papegays, les Estourneaulx, il rend poètes; les Pies il fait poëtrides, et leur aprent languaige humain proférer, parler, chanter. Et tout pour la trippe.

Les Aigles, Gerfaulx, Faulcons, Sacres, Laniers, Autours, Espavriers, EsmeriUons; oizeaux aguars, peregrins, essors, rapineux, sauvages, il domesticque et apprivoise, de telle façon que, les abandonnant en pleine liberté du Ciel, quand bon luy semble, tant hault qu'il vouldra, tant que luy plaist, les tient suspens; errans, volans, planans, le muguetans, luy

faisans la cour au dessus des nues : puys soubdain les fait du Ciel en Terre fondre. Et tout pour la trippe.

Les Elephans, les Lyons, les RMnocerotes, les Ours, les Chevaulx, les Chiens il faict danser, baller, voltiger, combattre, nager, soy cacher, aporter ce qu'il veult, prendre ce qu'il veult. Et tout pour la trippe.

Les poissons tant de mer comme d'eau douice, balaines et monstres-marins, sortir il faict du bas abisme, les Loups jecte hors des boys, les Ours hors les rochiers, les Renards hors des tesnieres, les Serpens lance hors la Terre, en grand nombre. Et tout pour la trippe.

Brief est tant énorme que en sa rage il mange tous, bestes et gens, comme feut veu entre les Vascons, lors que Q. Metellus les assiegeoit par les guerres Sertorianes, entre les Saguntins assiégez par Hannibal, entre les Juifz assiégez par les Romains; six cens aultres. Et tout pour la trippe.

Quand Penie sa régente se mect en voye, la part qu'elle va, tous parlemens sont clous, tous edictz mutz, toutes ordonnances vaines. A loy aulcune n'est subjecte, de toutes est exempte. Chacun la refuit en tous endroictz, plus toust s'exposans es naufrages de mer, plus toust eslisans par feu, par mons, par goulplires passer, que d'icelle estre appréhendez.

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