‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 136 sur 279 · PROLOGUE 2t · texte numérisé non relu

PROLOGUE 2t

Saingelais, Saliels, Masuels, et une longue centurie d'autres poètes et orateurs Galliqiies.

Et voy que, par long temps avoir en mont Parnasse versé à l'escole d'ApoUo, et du fons Cabalin beu à plein godet entre les joyeuses Muses, à l'éternelle fabrique de nostre vulgaire ils ne portent que marbre Parien, Alebastre, Porphire, et bon ciment Royal; ils ne traitent que gestes héroïques, choses grandes, matières ardues, graves et difficiles, et le tout en rhétorique armoisine et cramoisine; par leurs escrits ne produisent que nectar divin, vin précieux, f riant, riant, muscadet, délicat, délicieux : et n'est ceste gloire en hommes toute consommée, les dames y ont participé, entre lesquelles une extraicte du sang de France, non allegable sans insigne préfation d'honneurs, tout ce siècle a estonné tant par ses escripts, inventions transcendentes, que par ornemens de langage, de style miiifique. Imitez les, si sçavez; quant est de moi, imiter je ne les sçaurois : à chascun n'est octroyé henter et habiter Corinthe. A l'édification du temple de Salomon chascun un sicle d'or offrit; à plaines poignées ne pouvoit. Puis doncques qu'en nostre faculté n'est en l'art d'architec-' ture tant promouvoir comme ils font, je suis délibéré faire ce que fist Regnault de Montauban, servir les massons, mettre bouillir pour les massons; et m'auront, puis que compagnon ne puis estre, pour auditeur, je dis infatigable, de leurs trescelestes escripts.

Vous mourez de peur, vous autres les Zoïles em.ulateurs et envieux; allez vous pendre, et vous mesmes choisissez arbre pour pend âges; la hart ne vous faudra mie. Protestant icy devant mon Helicon, en l'audience des divines Muses, que si je vis encores l'aage d'un chien, ensemble de trois corneilles, en santé et intégrité, telle que vescut le sainct capitaine Juif, Xenopbile musicien, et Demonax philosophe, par argumens non impertinans et raisons non refusables je prouveray en barbe de je ne sçay quels centonifiques botteleurs de matières

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cent et cent fois grabelées, rappetasseurs de vieilles ferrailles latines, revandeurs de vieux mots latins tout moisis et incertains, que nostre langue vulgaire n'est tant vile, tant inepte, tant indigente et à mespriser qu'ils l'estiment. Aussi en toute humilité supplians que de grâce spéciale, ainsi comme jadis estans par Phebus tous les trésors es grands poètes despartis, trouva toutesfois ^Esope lieu et office d'apologue, semblablement veu qu'à degré plus hault je n'aspire, ils ne desdaignent en estât me recepvoir de petit riparographe, sectateur de Pyreicus; ils le feront, je m'en tiens pour asceuré : car ils sont tous tant bons, tant humains, gracieux et débonnaires que rien plus. Parquoy, beuveurs ; parquoy, goutteux, iceux en veullent avoir fruition totalle, car les recitans parmy leurs conventicules, cultans les haults misteres en iceulx comprins, entrent en possession et réputation singuUere, comme en cas pareil fit Alexandre le Grand des Hvres de la prime philosophie composez par Aristote.

Ventre sus ventre, quels trinquenailles, quels guallefretiers !

Pourtant, beuveurs, je vous ad vise en temps et heure opportune, faites d'iceux bonne provision soudain que les trouverez par les officines des hbraires, et non seulement les esgoussez, mais dévorez, comme opiatte cordialle, ei les incorporez en vous mesmes : lors cognoistrez quel bien est d'iceux préparé à tous gentils esgousseurs de febves. Présentement je vous en offre une bonne et belle panneree, cueillie on propre jardin que les autres précédentes, vous supphant au nom de révérence qu'ayez le présent en gré, attendant mieulx à la prochaine venue des arondelles.

FIN DU PROLOGXJE

PANTAGRUEL 2iy

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