COMMENT LES OISEAUX GOURMANDEURS SONT MUETS EN L'ISLE SONNANTE
Il n'avoit ces mots parachevez quand près de nous advolerent vingt cinq ou trente oiseaux de couleur et pennage que encores n'avois veu en l'Isle. Leur plumage estoit changeant d'heure en heure, comme la peau d'un caméléon, et comme la fleur de tripoUon ou teucrion. Et tous avoient au dessous de l'aisle gauche une marque, comme de deux diamètres mipartissant un cercle, ou d'une hgne perpendiculaire tombante sur une hgne droite. A tous estoit presque d'une forme, mais non à tous d'une couleur : es uns estoit blanc, es autres verde, es autres rouge, es autres violette, es autres bleue. « Qui sont, demanda Panurge, ceux cy, et comment les nommez? — Ils sont, respondit Aeditue, metifs. Nous les appelions gourmandeurs, et ont grand nombre de riches gourmanderies en vostre monde. — Je vous prie, dis je, faites les un peu chanter, afin qu'entendions leur voix. Ils ne chantent, respondit il, jamais; mais ils repaissent au double en recompense. — Où sont, demandois je, les femelles? — Ils n'en ont point, respondit il. — Comment donc, infera Panurge, sont ils ainsi croustelevez et tous mangez de grosse vérole? — Elle est, dist il, propre à ceste espèce d'oiseaux, à cause de la marine qu'ils hantent quelque fois. »
Puis nous dist : « Le motif de leur venue icy prés de vous est cestuy pour veoir si parmy vous recognoistront une magnifique espèce de gots, oiseaux de proye terribles, non toutefois venans au leurre, ne recognoissans le gand, lesquels ils disent estre en vostre monde : et d'iceux les uns porter
T. II. T