LIVRE V, CHAPITRE XXIV
divers, de joyeuse invention, ensemblement concordans, et mélodieux à merveille, varians en tons, en temps et mesure, comme rcqueroit le progrez du bal : ce que je trou vois admirable, attendu la numereuse diversité de pas, de desmarches, de saux, sursaux, retours, fiaites, embuscades, retraictes et surprinses. Encores plus transcendoit opinion humaine, ce me sembloit que les personnages du bal tant soudain entendoient le son qui competoit à leurs desmarche ou retraicte, que plustost n'avoit signifié le ton de la musique, qu'ils se posoient en place designée, nonobstant que leur procédure fust toute diverse. Car les Nymphes qui sont en première filliere, comme prestes d'exciter le combat, marchent contre leurs ennemis droit en avant, d'un carreau en autre : exceptée la première desmarche, en laquelle leur est hbre passer deux carreaux; elles seuUes jamais ne reculent. S'il advient qu'une d'entr' elles passe jusques à la fiUiere de son roy ennemy, elle est couronnée Royne de son Roy, et prend et desmarche dorénavant en mesme privilège que la Royne; autrement jamais ne ferissent les ennemis que en hgne diagonale obliquement, et devant seulement. Ne leur est toutesfois n'a autres loisible prendre aucuns de leurs ennemis, si, le prenant, elles laissoient leur Roy descouvert et en prinse. Les Roys marchent et prennent leurs ennemis de toutes laces en carré, et ne passent que de carreau blanc et prochain au j aulne, et au contraire : exceptez qu'à la première desmarche, si leur filliere estoit trouvée vuide d'autres officiers, tors les Custodes, ils le peuvent mettre en leur siège, et a costé de luy se retirer. Les Roynes desmarchent et prennent en plus grande liberté que tous autres : sçavoir est en tous endroits et en toutes manières, en toutes sortes, en hgne directe, tant loing que leur plaist pourveu que ne soit des siens occupé : et diagonale aussi, pourveu que soit en couleui de son assiette. Les archiers marchent tant en avant comme en arrière, tant loing que prés. Mesmement aussi jamais ne varient la couleur de leur pre-
miere assiette. Les Chevaliers marchent et prennent eu forme ligneare, passans un siège franc, encores qu'il fust occupé, ou des siens, ou des ennemis : et au second soy posans à dextre ou à senestre, en variation de couleur, qui est sault grandement dommageable à partie adverse, et de grande observation : car ils ne prennent jamais à face ouverte. Les Custodes marchent et prennent à face tant à dextre qu'à senestre, tant arrière que devant comme les Roys, et peuvent tant loing marcher qu'ils voudront en siège vuide : ce que ne font les Roys.
La loy commune es deux parties es toit en fin dernière du combat assiéger et clorre le Roy de part adverse, en manière qu'évader ne peust de costé quelconque. Iceluy ainsi clos, fuir ne pouvant, ny des siens estre secouru, cessoit le combat et perdoit le Roy assiégé. Pour donques de cestuy inconvénient le guarentir, il n'est celuy ne celle de sa bande qui n'y offre sa vie propre, et se prennent les uns les autres de tous endroicts, advenant le son de la musique. Quand aucun prenoit un prisonnier de part contraire, luy faisant la reverance, luy frappoit doucement en main dextre, le mettoit hors le parquet et succedoit en sa place. S'il advenoit qu'un des Roys fust en prise, n'estoit licite à partie adverse le prandre : ains estoit faict rigoreux commandement à celuy qui l'avoit descouvert, ou le tenoit en prise, luy faire profonde reverance, et l'advertir, disant : « Dieu vous gard ! » afin que de ses officiers fust secouru et couvert, ou bien qu'il changeast de place, si par malheur ne pouvoit estre secouru. N'estoit toutesfois prins de partie adverse, mais salué le genoil gauche en teire lui disant : Bon jour. Là estoit fin du toumoy,