‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 204 sur 279 · QUE DOKKOIT LE BON BACCHUS CONTRE LES INDIANS · texte numérisé non relu

QUE DOKKOIT LE BON BACCHUS CONTRE LES INDIANS

Consequemment estoit figuré le hourt et l'assaut que dondoit le bon Bacchus contre les Indians. Là considerois que Silenus, chef de l'avant garde, suoit à grosses gouttes et son asne aigrement tourmentoit; l'asne de mesme ouvroit la gueule horriblement, s'esmouchoit, desmanchoit, s'escarmouchoit, en façon espouvantable, comme s'il eust un fieslon au cul.

Ses Satyres, Capitaines, Sergens de bandes. Caps d'Escadre, Corporals, avec cornaboux sonnant les orties, furieusement tournoient au tour de l'armée à saux de chèvres, à bonds, à pets, à ruades et penades, donnan courage aux compaignons de vertueusement combattre. Tout le monde en figure cryoit Evohe. Les Meandes premières faisoient incursion sur les Indians avec cris horribles, et sons espouvantables de leurs tymbons et boucliers : tout le Ciel en retentissoit, comme désignait l'Emblemature, afin que plus tant n'admiriez l'art d'Apelles, Aristides Thebain, et autres, qui ont painct les tonnerres, esclairs, foudres, vents, paroles, moeurs, et les esprits.

Consequemment estoit l'ost des Indians comme adverty que Bacchus mettoit leur pays en vastation. En front estoient

les Elephans, chargés de Tours, avec gens de guerre en nombre infiny; mais toute l'armée estoit en routte et contre eux, et sus eux se tournoient et marchoient leurs Elephans par le tumulte horrible des Bacchides, et la terreur Panique qui leur avoit le sens tollu. Là eussiez vcu Silenus son asne aigrement talonner, et s'escrimer de son baston à la vieille escrime, son asne voltiger après les Elephans la gueule bée, comme s'il brailloit, et braillant martialement (en pareille braveté que jadis es veilla la nymphe Lotis en plains Bacchanales, quand Priapus plein de Priapisme, la vouloit dormant Priapiser sans la prier) sonnast l'assaut.

Là eussiez veu Pan sauteler avec ses jambes tortes autour des Menades, avec sa fluste rustique les exciter à vertueusement combastre. Là eussiez aussi veu en après un jeune Satyre mener prisonniers dix-sept Roys, une Bacchide tirer avec ses Serpens quarante et deux Capitaines, un petit Faune porter douze enseignes prinses sur les ennemis, et le bon homme Bacchus sur son char se pourmener en seureté parmy le camp, riant, se gaudissant et beuvant d'autant à un chascun. En fin estoit représenté, en figure emblématique, le trophée de la victoire et triomphe du bon Bacchus.

Son char triomphant estoit tout couvert de Lierre, prins et cueilly en la montagne Meros, et ce pour la rarité, laquelle hausse le prix de toutes choses, en Indie expressément d'icelles herbes. En ce depuis l'imita Alexandre le Grand en son triomphe Indique, et estoit le char tyré par Elephans joints ensemble. En ce depuis l'imita Pompée le Grand à Rome, en son triomphe Africain. Dessus estoit le noble Bacchus beuvant en un canthare. En ce depuis l'imita Caius Marins, après la victoire des Cymbres, qu'il obtint prés Aix en Provence. Toute son armée estoit couronnée de Lierre; leurs tyrses, boucliers et tymbons en estoient couvers. Il n'estoit l'asne de Silenus qui n'en fust cappai'assonné.

Es costez du char estoient les Roys Indians, prins et liés

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