LIVRE V, CHAPITRE XLII
La tierce, de Diamant Anachite, brillant et resplendissant comme foudre.
La quarte, de Rubis ballay, masculin, et Amethistizant, de manière que sa flamme et lueur finissoit en pourpre et violet, comme est l'Amethiste.
La quinte, d'Emeraude, plus cinq cens fois magnifique qu'onques ne fut celle de Serapis dedans le labyrinthe des ^gj'^ptiens, plus floride et plus luysante que n'estoient celles qu'en lieu des yeux on avoit apposé au Hon marbrin gisant prés le tombeau du roy Hermias.
La sexte, d'Agathe plus joyeuse et variante en distinctions de macules et couleurs que ne fut celle que tant chère tenoit Pirrhus, roy des Epirotes.
La septiesme, de Selenite transparente, en blancheur de Berylle, avec resplendeur comme miel Hymetian, et dedans y apparoissoit la Lune, en figure et mouvement telle qu'elles est au ciel, pleine, silente, croissante, ou décroissante.
Qui sont pierres, par les antiques Chaldeans et mages attribuées aux sept planettes du ciel. Pour laquelle chose par plus rude Minerve entendre, sus la première de Saphir estoit audessus du chapiteau à la vive et centrique hgne perpendiculaire eslevée, en plomb elutian bien précieux, l'image de Saturne tenant sa faux, ayant aux pieds une Grue d'or artificiellement esmaillée, selon la competance des couleurs naïfvement deuz à l'oiseau Saturnin.
Sus la seconde de Hiacinthe, tournant à gausche estoit Jupiter en estain jovetian, sus la poictrine un Aigle d'or esmaillé selon le naturel.
Sus la troisiesme, Phœbus en or obrize, en sa main dextre un coq blanc.
Sus la quatriesme en airain corinthien. Mars, à ses pieds un lion.
Sus la cinqmesme, Venus en cuyvre, de matière pareille à celle dont Aristonides fist la statue d'Athamas exprimant
en rougissante blancheur la honte qu'il avoit contemplant Léarche son fils mort d'une cheute, une colombe à ses pieds. Sus la sixiesme, Mercure en hydrargyre, fixe, maléable et immobile, à ses pieds une cigogne.
Sus la septiesme, Luna en argent, à ses pieds un lévrier. Et estoient ces statues de telle hauteur qui estoit la tierce partie des colomnes sujettes, peu plus; tant ingénieusement représentées, selon le portraict des mathématiciens, que le canon de Polycletus, lequel faisant fut dit l'art apprendre de l'art avoir fait, à peine y cust esté receu à comparaison.
Les bases des colomnes, les chapiteaux, les architraves, zoophores et cornices, estoient à ouvrage phrygien, massifves, d'or plus pur et plus fin que n'en porte le Leede prés Montpeher, le Gange en Indie, le Pau en Italie, l'Hebrus en Thrace, le Tage en Espagne, le Pactol en Lydie. Les arceaux entre les colomne surgeoient, de la propre pierre d'icelles jusques à la prochaine, par ordre : sçavoir est, de Saphir vers le Lliacinthe, de Hiacinthe vers le Diamant, et ainsi consécutivement. Dessus les arcs et chapiteaux de colomne en face intérieure estoit une croppe érigée pour couverture de la fontaine, laquelle derrière l'assiette des planettes commençoit en figure heptagone, et lentement finissoit en figure spherique; et estoit de Cristal tant emundé, tant diaphane et tant poly, entier et uniforme en toutes ses parties, sans venes, sans nuées, sans glassons, sans capilamans, que Xenocrates onques n'en vid qui fust à luy à parangonner. Dedans la corpulence d'icelle estoient par ordre en figure et characteres exquis artificieUement insculpez les douze signes du zodiaque, les douze mois de l'an avec leurs proprietez, les deux solstices, les deux equinoxes, la ligne eclyptique, avec certaines plus insignes estoilles fixes, autour du pôle Antartique, et ailleurs, par tel art et expression que je pensois estre ouvrage du Roy Necepsus, ou de Petosiris, antique Mathématicien.
Sus le sommet de la croppe susdite, correspondant au centre