TRAICTANT DES YMAGINATIONS QU'ON PEUT AVOIR ATTENDANT LA CHOSE DÉSIRÉE
L'espoîr certain et parfaicte asseurance
De ton retour plein de resjouyssance,
Que nous donnas à ton partir d'icy,
Nous a tenu jusques ore en soulcy
Assez fasciieulx, et tresgriefve ancolye,
Dont nos espritz, taincts de merencolie,
Par longue attente et véhément désir,
Sont de leurs lieux esquelz souloient gésir
Tant deslochez et haultement raviz
Que nous cuidons et si nous est advis
Qu'heures sont jours, et jours plaines années,
Et siècle entier ces neuf ou dix journées :
Non pas qu'au vray nous croyons que les astres.
Qui sont reiglez, permanans en leurs atres,
Ayent dévoyé de leur vray mouvement,
Et que les jours telz soient asseurement
Que cil quant print Josué Gabaon,
Car img tel jour depuis n'arriva on,
Ou que les nuyctz croyons estre semblables
A celle là que racontent les fables
Quant Jupiter de la belle Alcmena
Fist Hercules, qui tant se pourmena.
Ce ne croyons, ny n'est aussi de croire
Et toutesfoiz, quant nous vient à mémoire
Que tu promis retourner dans sept jours,
Nous n'avons eu joye, repos, séjours.
EPISTKE A J. BOUCHET 375
Depuis que fut ce temps prefix passé,
Que nous n'ayons les momens compassé.
Et calcullé les heures et mynutes,
En t'attendant quasi à toutes meutes.
Mais quant avons si long temps attendu,
Et que frustrez du désir prétendu
Nous sommes veuz, lors l'ennuy tedieux
Nous a renduz si tresfastidieux
En nos espritz que vray nous apparoist
Ce que vray n'est, et que noz sens ne croyst,
Ny plus ne moins qu'à ceulx qui sont sur l'eau,
Passans d'un lieu à l'autre par basteau.
Il semble advis, à cause du rivage
Et des grans fioz, les arbres du rivage
Se remuer, cheminer et dancer,
Ce qu'on ne croyt et qu'on ne peult penser.
De ce j'ay bien voulu ta seigneurie Asçavanter, qu'en ceste resverie Plus longuement ne nous vueillez laisser; Mais quant pourras bonnement délaisser Ta tant ayraée et cultivée estude, Et différer ceste solicitude De litiger et de patrociner, Sans plus tarder et sans plus cachiner Apreste toy promptement, et procure Les tallonniers de ton patron Mercure, Et sus les vents te metz alegre et gent; Car Eolus ne sera négligent De t'envoyer le bon et doulx Zephyre, Pour te porter où plus on te désire.
Qui est céans, je m'en puis bien vanter. Ja (ce croy) n'est besoing t'assavanter De la faveur et parfaicte amitié Que trouveras : car presque la moitié Tu en congneuz quand vins dernièrement, Dont peuz la reste assez entièrement Conjecturer comme subsecutoire.
Ung cas y a, dont te plaira me croire, Que quant viendras, tu verras les seigneurs Mettre en oubly leurs estatz et honneurs Pour te chérir et bien entretenir.
Car je les oy tester et maintenir Appertement, quand escheoit le propos.
Qu'en Poictou n'a, ny en France, suppos A qui plusgrant familiarité Veullent avoir, ny plus grant charité.
Car tes escritz, tant doulx et meliflues,