T. IL
expédition de l'Empereur telle comme ilz esperoient, et que l'Empereur leur a dict péremptoirement que à leur requeste et insistance, ensemble du feu pape Clément, leur Allié ei proche parent, il avoit constitué Alexandre de Medicis Duc sur les terres de Florence et Pise, ce que jamais n'avoit pensé faire, et ne l'eust faict. Maintenant, le déposer, ce seroit acte de bateleurs, qui font le faict et le defîaict. Pourtant, que ils se délibérassent le recognoistre comme leur Duc et seigneur, et luy obéissent comme v-assaulx et subjects, et qu'ils ne y fissent faulte. Au regard des plainctes qu'ils faisoient contre ledict Duc, qu'il en congnoistroit sur le lieu. Car il délibère, après avoir quelque temps séjourné à Rome, passer par Senes, et de là à Florence, à Bologne, à Milan et Gènes. Ainsi s'en retournent lesdicts Cardinaulx, ensemble Mons' de Xainctes, Strossi, et quelques aultres, re infecta.
Le XIII* de ce mois furent icy de retour les Cardinaulx de Senes et Cesarin, lesquelz avoient esté esleus par le Pape et tout le Collège pour légats par devers l'Empereur. Ils ont tant faict que ledict Empereur a remis sa venue en Romme jusques à la fin de Feb\'Tier. Si j'avois autant d'escuz comme le Pape vouldroit donner de jours de pardon, proprio motu, de plenitudine potesUitis, et aultres telles circonstances favorables, à quiconque la remettroit jusques à cinq ou six ans d'icy, je serois plus riche que Jacques Cœur ne fust oncques. On a commencé en cette ville gros aparat pour le recevoir, et Ion a faict, par le commandement du Pape, un chemin nouveau par lequel il doit entrer, sçavoir est, de la porte S' Sébastian, tirant au Champ Doly, templum Pacis, et l'amphitéatre; et le faict on passer soubs les antiques Arcs Triumphaux de Constantin, de Vespasian et Titus, de Numetian et aultres; puis à costé du palais St-Marc, et, de là, par Camp de Flour et devant le Palais Famese, où souloit demeurer le Pape, puis par les banques et dessoubs le chasteau Sainct-Ange. Pour lequel chemin dresser et equaller, on a demoly et abattu plus de deux cents maisons et trois ou quatre églises ras terre. Ce que plusieurs interprettent en mauvais présage. Le jour de la conversion St Paul, nostre St Père alla ouir la messe à St Paoul, et fist banquet à tous les Cardinaulx. Après disner retourna passant par le chemin susdict, et logea au palais St Georges. Mais c'est pityé de veoir la ruine des maisons qui ont esté démolies, et n'est faict payement ny rescompense aucune es seigneurs d'icelles.
Aujourdhuy sont icy arrivez les Ambassadeurs de Venise, quatre bons vieillards tous grisons, lesquels vont par devers l'Empereur à Xaples. Le Pape a envoyé toute sa famille au devant d'eulx, Cubiculaires, Chambriers, Genissaires, Lansqucnetz, etc. Les Cardinaux ont envoyé leurs mulles en pontificat.
Au sept'' de ce mois furent pareillement receus les Ambassadeurs de Senes, bien en ordre, et, après avoir faict leur harangue en Consistoire ouvert, et que le Pape leur eust respondu en beau latin, briefvement sont départis pour aller à Naples. Je croy bien que de toutes les Itales iront Ambassadeurs par devers ledict Empereur, et sçait bien jouer son roolle pour en tirer denares, comme il a esté descouvert depuis dix jours
en ça. Mais je ne suis encores bien à poinct adverty de la finesse qu'on dict qu'il a usée à Naples. Par cy après je vous en escriray.
Le Prince de Piémont, fils aisné du Duc de Savoye, est mortà Naples depuis quinze jours en ça : l'Empereur luy a faict faire excecques fort honnorables, et y a personnellement assisté.
Le Roy de Portugal, depuis six jours en ça, a mandé à son Ambassadeur qu'il avoit à Rome que, subitement ses lettres receues, il se retirast par devers luy en Portugal : ce qu'il fist sur l'heure, et, tout botté et esperonné, vint dire adieu à Mons"" le Reverendissime Cardinal du Bellay. Deux jours après a esté tué en plain jour prez le pont St Ange, un gentilhomme Portugalois qui sollicitoit en ceste viUe pour la communité des Juifs qui furent baptisez soubs le Roy Emanuel, et depuis estoient molestez par le Roy de Portugal moderne, pour succéder à leurs biens quand ils mouroicnt, et quelques aultres exactions qu'il faisoit sur eulx, oultre l'Edict et ordonnance dudict feu Roy Emanuel. Je ne doubte que en Portugal y ait quelque sédition.
MoNs'', par le dernier pacquet que vous avois envoyé, je vous advertissois comment quelque partye de l'armée du Turc avoit esté deffaicte par le Sophy auprès de Betelis. Ledict Turc n'a gueres tardé d'avoir sa revanche ; car, deux mois après, il a couru sus ledict Sophy en la plus grande furye qu'on veit onques : et, après avoir mis à leu et sang un grand Pays de Mésopotamie, a rechassé ledict Sophy par delà la Montagne de Taurus. Maintenant faict faire force galleres sus le fleuve de Tanaïs, par lequel pourront descendre en Constantinople. Barberousse n'est encores party dudict Constantinople, pour tenir le pays en seureté, et a laissé quelques garnisons à Bona et Algiery, si d'adventure l'Empereur le vouloit assailhr. Je vous envoyé son portraict tiré sus le vif, aussi l'assiette de Tunis et des villes maritimes d'environ.
Les Lansquenets que l'Empereur mandoit en la Duché de Milan pour tenir les places fortes sont tous noyez et péris par mer, jusques au nombre de douze centz, en une des plus grandes et belles navires des Genevois : et ce fut prez un port des Luquois, nommé Lerzé. L'occasion fut parce qu'ils s'ennuyoient sur la mer, et, voulans prendre terre, mais ne pou vans à cause des tempestes et difficulté du temps, pensèrent que le pilotte de la Nave les voulust tous jours délayer sans aborder. Pour ceste cause le tuèrent, et quelques aultres des principaulx de la dicte Nef; lesquels occis la Nef demeura sans Gouverneur, et, en lieu de caUer la voille, les Lansquenets la haussoient, comme gens non pratifs en la marine, et en tel desarroy périrent à un gect de pierre prés ledict port.
MoNS"^, j'ay entendu que Monsieur de Lavaur, qui estoit Ambassadeur pour le Roy à Venise, a eu son congé et s'en retourne en France. En son lieu va Mons' de Rodez, et ja tient à Lyon son train prest, quand le Roy lui aura baillé ses advertissemens.
MoNS', tant comme je puis, humblement à vostre bonne grâce me
recommande, priant Nostre Seigneur vous donner en santé bonne et longue vie.
A Rome, ce vingt huict"-' de janvier 1536.
Vostre très humble serviteur,
François RABELAIS.
A M ON S' l'EVESOUE DE MAILLEZAIS
De Rome, le 1$ février 1836.
MoNS^
Je vous escrivy du vingt huit'' du mois de janvier dernier passé, bien amplement de tout ce que je sçavois de nouveau, par un Gentilhomme serviteur de Monsieur de Montreuil, nommé Tremeliere, lequel retournoit de Naples, où avoit achapté quelques coursiers du Royaume pour sondict maistre, et s'en retournoit à Lyon vers luy en diligence. Ledict jour je receus le pacquet qu'il vous a pieu m'envoyer de Legugé, datte du X* dudict mois, en quoy pouvez congnoistre l'ordre que j'ay donné à Lyon touchant le bail de vos lettres, comment elles me sont ici rendues seurement et soudain. Vosdictes lettres et pacquet furent baillés à l'Escu de Basleauxxi^ dudict mois : le xxviii^ me ont esté icy rendues. Et, pour entretenir à Lyon, car c'est le poinct et lieu principal, la diUgence que faict le hbraire dudict Escu de Basle en cest affaire, je vous réitère ce que je vous escrivois par mon susdict pacquet, si d'adventure survenoient cas d'importance pour cy après, c'est que je suis d'advis que, à la première fois que m'escrirez, vous luy escriviez quelque mot de lettre, et dedans icelle mettez quelque escu sol, ou quelque aultre pièce de vieil or, comme royau, angelot ousalut, etc., en considération de la pejTie et dihgence qu'il y prend : ce peu de chose luy accroistra l'affection de mieux en mieux vous servir.
Pour respondre à vos lettres de poinct en poinct, j'ay faict diligentement chercher ez registres du Palais, depuis le temps que me mandiez sçavoir est, l'an mil cinq cents vingt neuf, trente et trente un, pour entendre si on trouveroit l'acte de la résignation que fist feu dom Philippes à son nepveu, et ay baillé aux Clercs du registre deux escuz sol, qui est bien peu, attendu le grand et fascheux labeur qu'ils y ont mis. En somme, ils n'en ont rien trouvé, et n'ay onques sceu entendre nouvelles de ses procurations. Par quoy me doubte qu'il y a de la fourbe en son cas, ou les mémoires que m'escriviez n'estoient sufhsans à les trouver. Et faul-
dra, pour plus en estre acertainé, que me mandez cujus dioccsis estoit ledit feu Domp Philippes, et si rien avez entendu pour plus esclaircir le cas de la matière, comme si c'estoit pure et simpliciter, ou causa permutationis, etc.
MoNs', touchant l'article ouquel vous escrivois la response de Mons'' le Cardinal du Bellay, laquelle il me fist lors que je luy presentay vos lettres, il n'est besoing que vous en faschez. Monsieur de Mascon vous en a escript ce qui en est. Et ne sommes pas prests d'avoir Légat en France. Bien vray est il que le Roy a présenté audict Pape le Cardinal de Lorraine ; mais je croy que le Cardinal du Bellay taschera par tous moyens de l'avoir pour soy. Le proverbe est vieux qui dit : Nemo sibi secundus, et veoy certaines menées qu'on y faict, par lesquelles ledit Cardinal du Bellay pour soy employera le Pape, et le fera trouver bon au Roy. Pourtant ne vous faschez si sa response a esté quelque peu ambigiie en vostre endroict.
Moxs'', touchant les grenes que vous ay envoyées, je vous puis bien asseurer que ce sont des meilleures de Naples, et desquelles le Saint Père faict semer en son jardin secret de Belveder. D'aultres sortes de sallades ne ont ils pas deçà, fors de Nasitord et d'Arousse. Mais celles de Legugé me semblent bien aussi bonnes, et quelque peu plus doulces et amiables à l'estomach, mesmement de vostre personne : car celles de Naples me semblent trop ardentes et trop dures.
Au regard de la saison et semailles, il faudra advertir vos jardiniers qu'ils ne les sèment du tout si tost comme on faict de par deçà, car le chmat ne y est pas tant advancé en chaleur comme icy. Ils ne pourront faillir de temer vos salades deux fois l'an, savoir est, en Caresmeeten Novembre, et les Cardes ils pourront semer en Aoust et Septembre; les melons, citrouil- Ise et aultres, en Mars, et les armer certains jours de joncs et fumier léger, et non du tout pourry, quand ils se douteroient de gelée. On vend bien icy encores d'aultres grenes, comme d'œillets d'Alexandrie, de violes matronales, d'une herbe dont ils tiennent en esté leurs chambres fraisches, qu'ils appellent Belvédère, et aultres de médecine. Mais ce seroit plus pour Madame d'Estissac. S'il vous plaist, de tout je vous envoiray, et n'y feray faulte.
Mais je suis contrainct de recourir encores à vos aulmosnes. Car les trente escus qu'il vous pleust me faire icy livrer sont quasi venus à leur fin, et si n'en ay rien despendu en meschanceté, ny pour ma bouche, car je bois et mangeue ordinairement chez Mons'' le Cardinal du Bellay, ou Mons' de Mascon. Mais en ces petites barbouilleryes de despesches et louage de meubles de chambre, et entretenement d'habillemens s'en va beaucoup d'argent, encores que je m'y gouverne tant chichement qu'il m'est possible. Si vostre plaisir est me envoyer quelque lettre de change, j'espère n'en user que à vostre service, et n'en estre ingrat. Au reste, je veoy en ceste ville mille petites mireUficques à bon marché qu'on apporte de CîT)re, de Candie et Constantinople. Sy bon vous semble, je vous en envoyeray ce que mieux je verray duisible tant à vous que à madicte Dame d'Estissac. Le port d'icy à Lyon n'en coustera rien.
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J'ay, Dieu mercy, expédié tout mon affaire, et ne m'a cousté que l'expédition des Bulles : le Sainct Père m'a donné de son propre gré la composition, et croy que trouverez le moyen assez bon, et n'ay rien par icelles iinpetré qui ne soit civile et juridicque ; mais il y a fallu bien user de boa conseil pour la formalité. Et vous ose bien dire que je n'y ay quasi en rien employé Mons^ le Cardinal du Bellay, ny Mons' l'Ambassadeur, combien que de leur grâce s'y fussent offerts à y employer non seulement leurs paroles et faveur, mais entièrement le nom du Roy.
MoNS', je n'ay encores baillé vos premières lettres à Mons' de Xainctes, car il n'est encore retourné de Naples, où il estoit allé comme vous ay escript. Il doibt estre icy dedans trois jours. Lors je luy bailleray vos lettres premières, et quelques jours après bailleray vos secondes, et solliciteray pour la response. J'entends que ny luy ny les Cardinaux Salviati et Rodolphe, ny Philippes Strossi avecques ses escuz, n'ont rien faict envers l'Empereur de leur entreprise, combien qu'ils luy ayent voulu livrer, ou nom de tous les forestiers et bannis de Florence, un million d'or, du contant, parachever la Rocca commencée en Florence, et l'entretenir à perpétuité avecques garnisons compétentes ou nom dudict Empereur, et, par chacun an, luy payer cent mille ducats, pourveu et en condition qu'il les remist en leurs biens, terres, et hberté première.
Au contraire, le Duc de Florence a esté de luy receu très honnorablement, et, à sa prime venue, l'Empereur sortist au devant de luy, et, post manus oscula, le fist conduire au chasteau Capouan en ladicte ville, ouquel est logée sa bastarde et fiancée audict Duc de Florence, par le prince de Saleme, viceroy de Xaplcs, marquis de Vast, duc d'Albe, et aultres principaulx de sa Cour : et là parlementa tant qu'il voulust avec elle, la baisa et souppa avecque elle. Depuis, les susdicts Cardinaulx, Evesque de Xainctes et Strossi, n'ont cessé de solliciter. L'Empereur les a remis pour resolution finale à sa venue en cette ville. En la Rocqua, qui est une place forte à merveilles, que ledict Duc de Florence à basty en Florence, au devant du portail il a faict peindre un Aigle qui a les aisles aussi grandes que les moulins à vent de Mirebalais, comme protestant et donnant entendre qu'il ne tient que de l'Empereur. Et a tant finement procédé en sa t\Tannie que les Florentins ont attesté nominc communitaiis, par devant l'Empereur, qu'ils ne veulent aultre seigneur que luy. Vray est il qu'il a bien chastié les forestiers et bannis. Pasquil a faict depuis nagueres im chantonnet ouquel il dict : à Strossi : Pugna pro patria; à Alexandre, duc de Florence : Datum scrva; à l'Empereur : Quœ nocitura Unes, quamvis sint chara, relinqv.c; au Roy : Quod potes, id tenta; aux deux cardinaux Salviati et Rodolphe : Hos breviias sensus fecit conjimgerc binos.
MoNs', au regard du duc de Ferrare, je vous ay escript comment il estoit retourné de Naples et retiié à Ferrare. Madame Renée est accouchée d'une fille : elle avoit ja une aultre belle fille aagée de six à sept ans, et un petit filz aagé de trois ans. Il n'a peu accorder avecques le Pape, parce qu'il luy demandoit excessive somme d'argent pour l'investiture
de ses terres, nonobstant qu'il avoit rabattu cinquante mille escus pour l'amour de ladicte dame, et ce par la poursuittc de Messieurs les Cardinaux du Bellay et de Mascon, pour tousjours accroistre l'affection conjugale dndict Duc de Ferrare envers elle. Et ce estoit la cause pour quoy Lyon Jamet estoit venu en cette ville; et ne restoit plus que cent cinquante mil escus. Mias ils ne peurent accorder, parceque le Pape vouloit qu'il recogneust entièrement tenir et posséder toutes ses terres en féode du siège Apostolique. Ce que l'aultre ne voulut : et n'en \ouloit recognoistre sinon celles que son feu père avoit recogneu, et ce que l'Empereur en avoit adjuge à Boloigne par arrest, du temps du feu Pape Clément.
Ainsi départit re infecta, et s'en alla vers l'Empereur, lequel luy promist que à sa venue il feroit bien consentir le Pape venir au poinct contenu en sondict arrest, et qu'il se retirast en sa maison, luy laissant ambassade pour solliciter l'affaire quand il seroit de par deçà, et qu'il ne payast la somme ja convenue sans qu'il fust de luy entièrement adverty. La finesse est en ce que l'Empereur a faulte d'argent, et en cherche de tous costez et taille tout le monde qu'il peult et en emprunte de tous cndroicts. Luy estant icy arrivée, en demandera au Pape, c'est chose bien évidente, car il luy remonstrera qu'il a faict toutes ces guerres contre le Turc et Barberousse pour mettre en seureté l'Italie et le Pape, et que force est qu'il y contribue. Ledict Pape respondra qu'il n'a point d'argent, et luy fera preuve manifeste de sa pauvreté. Lors l'Empereur, sans qu'il débourse rien, luj' demandera celuy du Duc de Ferrare, lequel ne tient que à un Fiat. Et voylà comment les choses se jouent par mystères. Toutesfois ce n'est chose asseurée.
MoNS', vous demandez si le s' Pierre Loys Farneze est légitime fils ou bastard du Pape Paul. Sachez que le Pape jamais ne fust marié. C'est à dire que le susdict est véritablement bastard. Et avoit le Pape une sœur beUe à merveilles. On monstre encore, de présent, ou Palais, en ce corps de maison ouquel sont les Sommistes, lequel fist faire le pape Alexandre, une ymage de Nostre Dame, laquelle on dict avoir esté faicte à son portraict et semblance. Elle fut mariée à un gentilhomme cousin du seigneur Rance, lequel estant en la guerre pour l'expédition de Naples, ledit pape Alexandre la voyoit : ledict sieur Rance, du cas acertainé, en advertit sondict cousin, luy remonstrant qu'il ne devoit permettre telle injure estre faite en leur famille par un Espagnol Pape, et ou cas qu'il l'endurast, que luy mesme ne l'endureroit point. Somme toute il la tua. Duquel forfait le pape Paul trois fist ses doléances audict pape Alexandre VI, lequel, pour appaiser son grief et dueil, le fit Cardinal estant encores bien jeune, et luy fist quelques autres biens.
Ouquel temps entretint le Pape une Dame romaine de la case Ruffine, de laquelle il eut une fille qui fust mariée au s'' Bauge, comte de Santa Fiore, qui est mort en cette ville depuis que j'y suis, de laquelle il a eu l'un des deux petits Cardinaux, qu'on appelle le cardinal de Saint-Flour. Item eust un filz qui est ledict Pierre Louis que demandiez, qui a espousé
la fille du Comte dp Servelle, dont il a tout pleia foyer d'eafans, et entre autres le petit Cardinalicule Famese, qui a esté faict vice chancelier par lamort du feu Cardinal de Medicis. Parces propos susdicts pouvez entendre la cause pourquoj- le Pape n'aimoit gueres le Seigneur Rance, et vice versa, ledit Rance ne se fioit en luy : pour quoy aussi est grosse querelle entre le s'' Jean Paule de Cere, fils dudict s' Rance, et le susdict Pierre Loj-s, car il veult vanger la mort de sa tante.
Mais, quant à la part dudict s'' Rance, il en est quitte, car il mourut le xj^ jour de ce mois, estant allé à la chasse, en laquelle il s'esbattoit volontiers, tout %-ieillard qu'il estoit. L'occasion fust qu'il avoit recouvert quelques chevaulx turcs des foires de Racana, desquelz en mena un à la chasse qui avoit la bouche tendre, de sorte qu'il se renversa sur luy, et de l'arson de la selle l'estouffa, en manière que, depuis le cas, ne vesquit point plus d'une demye heure. Ce a esté une grande perte pour les François, et y a le Roy perdu lui bon ser%-iteur pour l'Italie. Bien dict on que ledict s' Jean Paule, son fils, ne le sera pas moins à l'advenir. Mais de long temps n'aura telles expériences en faicts d'armes, ny telle réputation entre les Capitaines et soldats, comme avoit le feu bon homme. Je vouldrois de bon cœur que Mons^ d'Estissac de ses despouiUes eut la Comté de Pontoise, car on dit quelle est de beau revenu.
Pour assister es exeques, et pour consoler la marquise sa femme, Mons^ le Cardinal a envoyé jusques à Ceres, qui est distant de cette ville par x.x milles, usions' de Rambouillet, et l'abbé de St-Xicaise, qui estoit proche parent du deffunct (je croy que l'aj-ez veu en Court : c'est un petit homme tout esveillé, qu'on appelloit l'archidiacre des Ursins), et quelques aultres de ses protenotaires. Aussi a faict Mons' de Mascon.
MoNS'', je me remets à l'aultre fois que vous escriray pour vous advertir des nouvelles de l'Empereur plus au long : car son entreprise n'est encores bien descouverte. Il est encores à Xaples.On l'attend icy pour la fin de ce mois, et faict on gros apprests pour sa venue, et force arcs triumphaux. Les quatre mareschaux de ses logis sont ja pieça en cette ville, deux Espagnolz, un Bourguignon et un Flamand.
C'est pitié de veoir les ruines des Eglise-, Palais et maisons que le Pape a faict démolir et abattre pom: luy dresser et applanerle chemin. Et, pour les frais du reste, a taxé leur argent sus le collège de Messieurs les Cardinaulx, les Officiers Courtisans, les artisans de la ville, jusques aux aquarols. Ja toute cette viUe est pleine de gens estrangers.
Le cinq« de ce mois arriva icy, par le commandement de l'Empereur, le cardinal de Trente, Tridentinus, en Allemagne, en gros train et plus sumptueux que n'est celuy du Pape. En sa compagnie estoient plus de cent Alemans vestus d'une parure, savoir est, de robbes rouges avec ime bande jaulne, et avoient en la manche droicte, en broderie, figuré une jarbe de bled liée, à l'entour de laquelle estoit escript Uniias.
J'entends qu'il cherche fort la paix et appoinctement pour toute la Chrestienté, et le Concile en tous cas. J'estois présent quand il dist à Mons' le Cardinal du Bellay : o Le Sainct Père, les Cardinaulx, Evesques
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et Prelatz de l'Eglise, recullent au Concile, et n'en veulent oyr parler, quoy qu'ils en soient scmonds du bras séculier; mais je voy le temps prez et prochain que les Prclats d'Eglise seront contraincts le demander, et les séculiers n'y voudront entendre. Ce sera quand ils auront tollu de l'Eglise tout le bien et patrimoine lequel ils avoient donné du temps que, par frequens Conciles, les Ecclésiastiques entretenoient paix et union entre les Séculiers. »
André Doria arriva en cette ville le trois'' du cedict mois, assez malen poinct. 11 ne luy fut faict honneurs quiconques à son arrivée, sinon que le s' Pierre Loys le conduit jusques au palais du Cardinal Camerlin, qui est Genevois, de la famille et maison de Spinola. Au landemain il salua le Pape, et partist le jour suivant, et s'en alloit à Gènes de par l'Empereur, pour sentir du vent qui court en France touchant la guerre. On a en icy certain advertissement de la mort de la vieille Rojme d'Angleterre, et dict on davantage que sa fille est fort malade.
Ouoy que ce soit, la Bulle qu'on forgeoit contre le Roy d'.\ngleterre, pour l'excommunier, interdire et proscrire son Royaume comme je vous escrivois, n'a esté passée par le consistoire, à cause des articles de commeaiibus externorum et commerciis inutuis, auxquels se sont opposés Mons' le Cardinal du Bellay et Mons'' de Mascon, pour les interests du Roy, qu'il y pretendoit. On l'a remise à la venue de l'Empereur.
Monsieur, très humblement à vostre bonne grâce me recommande, priant Nostre Seigneur vous donner en santé bonne vie et longue.
A Rome, ce xv'^ de Febvriei 1536.
Vostre très humble serviteur.
Suscripl:
A Monseigneur Mons' de Maillezais.
Franc. RABELAIS.