‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 26 sur 279 · LIVRE IV, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VIII

deniers. Ad visez que ne soit trop. Vous n'estes le premier de ma congnoissance qui, trop toust voulant riche devenir et parvenir, est à l'envers tombé en paouvreté, voire quelque foys s'est rompu le col. — Tes fortes fiebvres quartaincs, dict le marchant, lourdault sot que tu es ! Par le digne veu de Charrous, le moindre de ces moutons vault quatre fois plus que le meilleur de ceulx que jadis les Coraxiens en Tuditanie, contrée d'Espaigne, vendoient un talent d'Or la pièce. Et que penses tu, ô sot à la grande paye, que valoit un talent d'or? — Benoist monsieur, dist Panurge, vous vous eschauffez en votre hamois, à ce que je voy et congnois. Bien tenez, voyez là vostre argent. » Panurge, ayant payé le marchant, choisit de tout le trouppeau un beau et grand mouton, et l'emportoit cr^'ant et beUant, oyans tous les aultres et ensemblcment bcUans et regardans quelle part on menoit leur compaignon. Ce pendant le marchant disoit à ses moutonniers : « O qu'il a bien sceu choisir, le challant ! Il se y entend, le paiUard ! Vrayement, le bon \Tayement, je le reservoys pour le seigneur de Cancale, comme bien congnoissant son naturel. Car, de sa nature, il est tout joyeulx, et esbaudy quand il tient une espaule de mouton en main bien séante et advenente, comme une raquette gauschiere, et, avecques un cousteau bien tranchant, Dieu sçait comment il s'en escrime. »

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