‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 52 sur 279 · FIN DE LA TEMPESTE · texte numérisé non relu

FIN DE LA TEMPESTE

« Terre, terre, s'escria Pantagruel, je voy terre ! Enfans, couraige de brebis ! Nous ne sommes pas loing de port. Je voy le Ciel, du cousté de la Transmontane, qui commence s'esparer. Advisez à Siroch. — Couraige, enfans, dist le pilot, le courant est refoncé. Au trinquet de gabie. Inse, inse. Aux boulingues de contremejane. Le cable au capestan. Vire, vire, vire. La main à l'insail. Inse, inse, inse. Plante le heaulme. Tiens fort à guarant. Pare les couetz. Pare les escoutes. Pare les bohnes. Amure bâbord. Le heaulme soubs le vent. Casse escoute de tribord, filz de putain. (Tu es bien aise, homme de bien, dist frère Jan au matelot, d'entendre nouvelles de ta mère.) Vien du lo ! Prés et plain ! Hault la barre. (Haulte est, respondoient les matelotz.) Taille vie; le cap au seuil! Malettes, hau ! que l'on coue bonnette. Inse, inse. — C'est bien dict et advisé, disoit frère Jean. Sus, sus, sus, enfans, diligentement. Bon. Inse, inse. — A poge. — C'est bien Jict et advisé. L'orage me semble critiquer et finir en bonne heiire. Loué soit Dieu pourtant. Nos Diables commencent escamper dehinch. — Mole ! — C'est bien et doctement parlé. Mole, mole ! Icy, de par Dieu, gentil Ponocrates, puissant

PANTAGRUEL 8g

ribauld ! Il en fera qu'enfans maies, lo paillard. Eusthenes, guallant homme, au trinquet de prore ! — Inse, inse. — C'est bien dict. Inse ! de par Dieu, inse, inse. Je n'en daignerois rien craindre, car le jour est feriau. Nau, Nau, Nau ! — Cestuy Celeume, dist Epistemon, n'est hors de propous, et me plaist, car le jour est feriau. — Inse, inse, bon ! — O ! s'escria Epistemon, je vous commande tous bien espérer. Je voy ça Castor à dextre. — Be be bous bous bous, dist Panurge, j'ay grand paour que soit Hélène la paillarde. — C'est vrayement, respondit Epistemon, Mixarchahevas, si plus te plaist la dénomination des Argives. Haye, haye, je voy terre, je voy port, je voy grand nombre de gens sus le havre. Je voy du feu sur un Obeliscolychnie. — Haye, haye, dist le pilot, double le cap et les basses. — Doublé est, respondoient les matelotz. — Elle s'en va, dist le pilot : aussi vont celles de convoy. Ayde au bon temps.

— Sainct Jean, dist Panurge, c'est parlé cela. O le beau mot. — Mgna, mgna, mgna, dist frère Jan, situ en tastes goutte, que le Diable me taste. Entends tu, couillu au diable? Tenez, nostre amé, plein tanquart du fin meilleur. Apporte les frizons, hau, GjTxinaste, et ce grand mastin de paste Jambique, ou Jambonique, ce m'est tout un. Guardez de donner à travers.

— Couraige, s'escria Pantagruel; couraige, enfans. Soyons courtoys. Voyez cy prés nostre nauf deux lutz, trois flouins, cinq chippes, huict volantaires, quatre gondoles, et six frégates, par les bonnes gens de ceste prochaine isle envoyées à nostre secours. Mais qui est cestuy Ucalegon là bas qui ainsi crie et se desconforte? Ne tenoys je l'arbre sceurement des mains, et plus droict que ne f croient deux cens gumenes? — C'est, respondit frère Jan, le pauvre diable de Panurge, qui a fiebvre de veau. Il tremble de paour quand il est saoul.

— Si, dist Pantagruel, paour il a eu durant ce Colle horrible et périlleux Fortunal, pourveu qu'au reste il se feust ever-

Page 1