POUR LE QUATRIEME LIVRE DES FAICTS ET DICTS HEROÏQUES DE PANTAGRUEL
AUX LECTEURS BENEVOLES
Gens de bien, Dieu vous saulve et guard ! Où estes vous? Je ne vous peuz voir. Attendez que je chausse mes lunettes.
Ha, ha ! Bien et beau s'en va Quaresme ! je vous voy. Et doncques? Vous avez eu bonne vinée, à ce que l'on m'a dict. Je n'en serois en pièce marry. Vdus avez remède trouvé infinable contre toutes altérations. C'est vertueusement opéré. Vous, vos femmes, enfans, parens et familles, estez en santé désirée. Cela va bien, cela est bon, cela me plaist. Dieu, le bon
l6 LIVRE IV
Dieu en soit éternellement loué, et, (si telle est sa sacre volunté), y soyez longuement maintenuz.
Quant est de moy, par sa saincte bénignité, j'en suys là, et me recommande. Je suys, moiennant un peu de Pantagruelisme (vous entendez que c'est certaines gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites) , sain et degourt ; prest à boire, si voulez. Me demandez vous pourquoy. Gens de bien? Response irréfragable : Tel est le vouloir du tresbon, trèsgrand Dieu, on quel je acquiesce, au quel je obtempère, duquel je révère la sacrosaincte paroUe de bonnes nouvelles, c'est l'Evangile, on quel est dict, Luc, iv, en horrible sarcasme et sanglante dérision, au medicin négligent de sa propre santé : o Medicin, o, gueriz toymesmes. »
Cl. Galen, non pour telle révérence, en santé soy maintenoit, quoy que quelque sentiment il eust des sacres Bibles et eust congneu et fréquenté les saincts Christians de son temps, comme appert lib. II, De usu partium, lib. II, De differentiïs pulsuum, cap. m, et ibidem, lib. III, cap. ii, et lib. De rerum affeciibus (s'il est de Galen) ; mais par craincte de tomber en ceste vulgaire et Satyricque mocquerie :
'laTcô; aÀÀwv, aÙTo; sXxyai ppûtov.
Medicin est des aultres en effect; Toutesfois est d'ulcères tout infect.
De mode qu'en grande braveté il se vante, et ne veult estre medicin estimé si,depuys l'an de son aage vingt ethuistiesme jusques en sa haulte vieillesse, il n'a vescu en santé entière, exceptez quelques fiebvres Ephémères de peu de durée : combien que, de son naturel, il ne feust des plus sains, et eust l'estomach evidentement dyscrasié. « Car (dict il lib. V. De sanit. tuenda) difficilement sera creu le medicin avoir soing de la santé d'aultruy, qui de la sienne propre est négligent. » Encores plus bravement se vantoit Asclepiades medicin