PROLOGUE DE l'AUTEUR I
avoir avecques Fortune convenu en cestc paction, que medicin réputé ne fcust si malade avoit esté depuys le temps qu'il commença practiquer en l'art, jusques à sa dernière vieillesse. A laquelle entier il parvint, et viguoureux en tous ses membres, et de Fortune triiunphant. Finablement, sans maladie aulcune précédente, feist de vie à mort eschange, tombant par maie guarde du hault de certains degrez mal emmortaisez et pourriz.
Si, par quelque desastre, s'est santé de vos seigneuries émancipée, quelque part, dessus, dessoubz, davant, darriere, à dextre, à senestre, dedans, dehors, loing ou près vos territoires qu'elle soit, la puissiez vous incontinent avecques l'aide du benoist Servateur rencontrer ! En bonne heure de vous rencontrée, sus l'instant soit par vous asserée, soit par vous vendiquee, soit par vous saisie et mancipée. Les loigs vous le permettent, le Roy l'entend, je le vous conseille. Ne plus ne moins que les Législateurs antiques authorisoient le seigneur vendiquer son serf fugitif, la part qu'il seroit trouvé. Ly bon Dieu et ly bons homs ! n'est il escript et practiqué, par les anciennes coustumes de ce tant noble, tant antique, tant beau, tant florissant, tant riche royaulme de France, que le mort saisit le vif? Voyez ce qu'en a recentement exposé le bon, le docte, le saige, le tant hmnain, tant débonnaire et équitable André Tiraqueau, conseiller du grand, du victorieux et triumphant roy Henry, second de ce nom, en sa très redoubtée court de parlement à Paris. Santé est nostre vie comme tresbien déclare Ariphon Sicyonien. Sans santé n'est lavievie.n'estlavievivable: "ABI02 B'IOS, B'IOS, 'AB'IÛ TOS. Sans santé n'est la vie que langueur; la vie n'est que simulachre de mort. Ainsi doncques vous, estans de santé privés, c'est à dire mors, saisissez vous du vif, saisissez vous de vie, c'est santé.
J'ay cestuy espoir en Dieu qu'il ojTa nos prières, veue la ferme foy en laquelle nous les faisons : et accomplira cestuy T. IIj 4
l8 LIVRE IV
nostresoubhayt, attendu qu'il est médiocre. Médiocrité a esté par les saiges anciens dicte aurée, c'est à dire précieuse, de tous louée, en tous endroictz agréable. Discourez par les sacrées Bibles, vous trouverez que de ceulx les prières n'ont jamais esté esconduites qui ont médiocrité requis. Exemple on petit Zachée, duquel les Musaphiz de Sainct Ayl prés Orléans se vantent d'avoir le corps et reliques, et le nomment sainct Sylvain. Il soubhaitoit, rien plus, veoir nostre benoist Servateur autour de Hierusalem. C'estoit chose médiocre et exposée à un chascun. Mais il estoit trop petit, et parmy le peuple, ne p^uvoit. Il trépigne, il trotigne, il s'efforce, il s'es-. carte, il monte sur un Sycomore. Le tresbon Dieu congneut sa syncere et médiocre afiectation. Se présenta à sa veue, et feut non seulement de luy veu, mais aultre ce feut ouy, visita sa maison, et benist sa famille.
A un filz de Prophète en Israël, fendant du bois prés le fleuve Jordan, le fer de sa coingnée eschappa (comme est escript IV, Reg., vi), et tomba dedans icelluy fleuve. Il pria Dieu le luy vouloir rendre. C'estoit chose médiocre. Et en ferme foy et confiance jecta, non la coingnée après le manche, comme, en scandaleux solécisme, chantent les diables Censorius, mais le manche après la coingnée, comme proprement vous dictes. Soubdain apparurent deux miracles. Le fer se leva du profond de l'eaue, et se adapta au manche. S'il eust soiibhaité monter es cieulx dedans un charriot flamboiant comme Helie, multipher en lignée comme Abraham, estre autant riche que Job, autant fort que Sanson, aussi beau que Absalon, l'eust il impetré? C'est une question.
A propos de soubhaictz médiocres en matière de coingnée (advisez quand sera temps de boire), je vous raconteray ce qu'est escript parmy les apologues du sage ^Esope le François, j'entens Phrygien et Troian, comme afferme Maxim. Planudes : duquel peuple, selon les plus veridiques chroniqueurs, sont les nobles François descenduz. .^lian escript qu'il fut