‹ Œuvres. Collationnées sur les éditions originales, accompagnées d'une bibliographie et d'un glossaireChapitre 72 sur 279 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

COMMENT, PAR LES ANDOUILLES FAROUCHES, EST DRESSÉE EMBUSCADE CONTRE PANTAGRUEL

Ce disant Xenomancs, frère Jan apperceut vingt et cinq ou trente jeunes Andouilles de legiere taille sus le havre, soy

retirantes de grand pas vers leur ville, citadelle, chasteau et rocquette de Cheminées, et dist à Pantagruel : « Il y aura icy de l'asne, je le prevoy. Ces Andouilles vénérables vous pourroient, par adventure, prendre pour Quaresm éprenant, quoy qu'en rien ne luy semblioz. Laissons ces repaissaillcs icy, et nous mettons en debvoir de leur résister. — • Ce ne seroit, dist Xenomanes, pas trop mal faict. Andouilles sont andouilles, tous jours doubles et traistresses. «

Adoncques se levé Pantagruel de table pour descouvrir hors la touche de boys; puis soubdain retourne, et nous asceure avoir à gauche descouvert une embuscade d'Andouillcs farfelues, et du cousté droict, à demie lieue loing de là, un gros bataillon d'aultres puissantes et gigantales Andouilles, le long d'une petite colline, furieusement en bataille marchantes vers nous au son des vezes et pibolos, des guognes et des vessies, des joyeulx pifres et tabours, des trompettes et clairons. Par la conjecture de soixante et dixhuict ensaignes qu'il y comptoit, estimions leur nombre n'estre moindre de quarante et deux mille. L'ordre qu'elles tenoient, leur fier marcher et faces asceurées, nous faisoient croire que ce n'estoient Friquenelles, mais \'ieilles Andouilles de guerre. Par les premières fillieres jusques près les enseignes, estoient toutes armées à hault appareil, avecques picques petites, comme nous sembloit de loing : toutesfoys bien poinctues et asserées. Sus les aesles estoient fiancquegees d'un grand nombre de Boudins sylvaticques, de Guodiveaux massifz et Saulcissons à cheval, tous de belle taille, gens insulaires, Bandouilliers et Farouches. Pantagruel feut en grand esmoy, et non sans cause, quoy que Epistemon luy remonstrast que l'usance et coustume du pays Andouillois povoit estre ainsi caresser et en armes recepvoir leurs amis estrangiers, come somnt les nobles rois de France par les bonnes villes du royaulme repceuz et saluez à leurs premières entrées après leur sacre et nouvel advenement à la couronne. « Par adventure, disoit il,

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