PROLOGUE DE i/aUTEUR I
Thracian; Agathias, après Hérodote, qu'il estoit Samien : ce m'est tout un.
De son temps estoit un pauvre villageois natif de Gravot, nommé Couillatris, abatteur et fendeur de bois, et, en cestuy bas estât, guaingnant cahin caha sa paouvre vie. Advint qu'il perdit sa coingnée. Qui feut bien faFché et marry? Ce fut il : car de sa coingnée dépend oit son bien et sa vie; par sa coingnée vivoit en honneur et réputation entre tous riches buscheteurs; sans coingnée mouroit de faim. La mort six jours après, le rencontrant sans coingnée, avecques son dail l'eust fausché et cerclé de ce monde. En cestuy estrif commença crier, prier, implorer, invocquer Juppiter, par oiaisons moult disertes (comme vous sçavez que Nécessité feut inventrice d'Eloquence), levant la face vers les cieulx, les genoilz en terre, la teste nue, les bras haulx en l'air, les doigts des mains esquarquillez, disant à chascun refrain de ses suffrages, à haulte voix infatiguablement : « Ma coingnée, ma coingnée; rien plus, ô Juppiter, que ma coingnée ou deniers pour en achapter une aultre. Helas ! ma paouvre coingnée ! » Jupiter tenoit conseil sus certains urgens affaires, et lors opinoit la vieille Cybelle, ou bien le jeune et clair Phœbus, si le voulez. Mais tante grande fut l'exclamation de Couillatris qu'elle feut en grand efîroy oxiye on plein conseil et consistoire des Dieux.
« Quel diable, demanda Jupiter, est là bas qui hurle si horrificquement ? Vertuz de Styx, ne avons nous pas cy devant esté, présentement ne sommes nous assez icy à la décision empeschez de tant d'affaires controvers et d'importance? Nous avons vuidé le débat de Presthan, roi des Perses, et de sultan Solyman, empereur de Constantinople. Nous avons clos le passaige entre les Tartres et les Moscovites. Nous avons respondu à la requeste du Cheriph. Aussi avons nous à la dévotion de Guolgotz Rays. L'estat de Paime est expédié, aussi est celluy de Maydenbourg, de la Mirandole
et de Afrique. Ainsi nomment les mortelz ce que, sus la mer Méditerranée, nous appelions Aphrodisium. Tripoli a changé de maistre par maie guarde. Son période estoit venu. Icy sont les Guascons renians et demandans restablissement de leurs cloches. En ce coing sont les Saxons, Estrelins, Ostrogotz et Alemans, peuple jadis invincible, maintenant ^bf r" ketbs, et subjuguez par un petit homme tout estropié. Hz nous demandent vengeance, secours, restitution de leur premier bon sens et liberté antique. Mais que ferons nous de ce Rameau et de ce Gaiand, qui, capparassonnez de leurs marmitons, suppous et astipulateurs, brouillent toute ceste Académie de Paris? J'en suis en grande perplexité. Et n'ay encores résolu quelle part je doibve encliner. Tous deux me semblent autrement bons compaignons et bien couilluz. L'un a des escuz au Soleil, je dis beaulx et tresbuchans ; l'autre en vouldroit bien avoir. L'un a quelque sçavoir; l'autre n'est ignorant. L'un aime les gens de bien;raultre est des gens de bien aimé. L'un est un fin et cauld renard; l'autre mesdisant, mesescrivant et abayant contre les antiques Philosophes et Orateurs, comme un chien. Que t'en semble, dis, grand Vietdaze Priapus? J'ay maintes fois trouvé ton conseil et advis équitable et pertinent : et habet tua meiitula mentem.
— Roy Juppiter, respondit Priapus defleublant son capussion, la teste levée, rouge, flamboyante et asseurée, puis que l'un vous comparez à un chien abayant, l'autre à un fin frété renard, je suis d'ad\'is que, sans plus vous fascher ne altérer, d'eulx faciez ce que jadis feistes d'un chien et d'un renard. — Quoy? demanda Jupiter. Quand? Qui estoient ilz? Où feut ce ? — O belle mémoire ! respondit Priapus. Ce vénérable père Bacchus, lequel voyez cy à face cramoisie, avoit pour soy venger des Thebains un Renard fée, de mode que, quelque mal et dommaige qu'il feist, de beste du monde ne seroit prins ne offensé. Ce noble Vulcan avoit d'JErain ^Monesian faict un chien et, à force de souffler, l'avoit rendu vivant et