Î32 LIVRE IV, CHAPITRE XLI
n'y eust pourveu, la génération Andouillicque eust par ces soubdars esté exterminée. Mais il advint un cas merveilleux. Vous en croyrez ce que vouldrez.
Du cousté de la Transmontane advola un grand, gras, gros, gris pourceau, ayant aesles longues et amples, comme sont les scsles d'un moulin à vent. Et estoit le pennage rouge cramoisy, comme est d'un Phœnicoptere, qui en Languegoth est appelle Flammant. Les œilz avoit rouges et flamboyans, comme un Pyrope. Les aureilles verdes comme une Esmeraulde prassine; les dens jaulnes comme un Topaze; la queue longue, noire comme marbre Lucullian; les pieds blancs, diaphanes et transparens comme un Diamant, et estoient largement pattez, comme sont les Oyes, et comme jadis à Tholose les portoit la royne Pedaucque. Et avoit un collier d'or au coul, autour duquel estoient quelques lettres Ioniques, des quelles je ne peuz lire que deux mots ^YS 'AGEN^AN, Pourceau Minerve enseignant. Le temps estoit beau et clair. Mais à la venue de ce monstre il tonna du cousté guausche si fort que nous restasmes tous estonnez. Les Andouilles soubdain que l'apperceurent jecterent leurs armes et baston, et à terre toutes se agenoillerent, levant haultes leurs mains joinctes, sans mot dire, comme si elles le adorassent.
Frère Jan, avec ses gens, frappoit toujours, et embrochoit Andouilles. Mais par le commendement de Pantagruel fut sonnée retraicte, et cessèrent toutes armes. Le monstre, ayant plusieurs foys volé et revolé entre les deux armées, jecta plus de vingt et sept pippes de moustarde en terre, .puis disparut volant par l'air et criant sans cesse : « Mardigras, Mardigras, Mardigras ! »