CHAPITRE XLII
COMMENT PANTAGRUEL PARLEMENTE AVECOUES NIPHLESETH, ROYNE DES ANDOUILLES
Le monstre susdict plus ne apparoissant, et restantes les deux armées en silence, Pantagruel demanda parlementer avecques la dame Niphleseth (ainsi estoit nommée la Royne des Andouilles), laquelle estoit près les enseignes dedans son coche. Ce qui fut facilement accordé. La Royne descendit en ten-e, et gratieusement salua Pantagruel, et le veid voluntiers. Pantagruel soy complaignoit de ceste guerre. Elle luy feist ses excuses honestement, alléguant que par faulx rapports avoit esté commis l'erreur, et que ses espions luy avoient dénoncé que Quaresmeprenant, leur antique ennemy, estoit en terre descendu, et passoit temps à veoir l'urine des Physeteres. Puys le pria vouloir de grâce leur pardonner ceste offense, alléguant qu'en Andouilles plus toust l'on trouvoit merde que fiel : en ceste condition, qu'elle et toustes ses successitres Niphleseth à jamais tiendroient de luy et ses successeurs toute l'isle et pays à foy et hommaige, obéiroient en tout et par tout à ses mandemens, seroient de ses amis amies et de ses ennemis ennemies; par chascun an, en recongnoissance de cette feaulté, luy envoyroient soixante et dixhuict mille Andouilles Royalles pour à l'entrée de table le servir six moys l'an. Ce que feust par elle faict : et envoya au lendemain dedans six grands briguantins le nombre susdict d' Andouilles Royalles au bon Gargantua, soubs la conduicte de la jeune Niphleseth. Infante de l'isle. Le noble Gargantua en fit présent, et les envoya au grand Roy de Paris. Mais au changement de l'air, aussi par faulte de moustarde (baume naturel