PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II. 11IST. DE FRANCE. LIV. XIV
le fruit de la victoire la plus signalée que les Français eussent jamais remportée en Italie,
Les Suisses firent rétablir dans le duché Maximilien Sforce, fils de Ludovic, à qui ils liront présenter les clefs de Milan par le cardinal de Sion , au nom de tout le corps helvétique. L'empereur, se vantant de s'être enfin vengé de tous les affronts reçus de la France, entra publiquement dans la ligue et adhéra au concile de Latran; alors le Pape y fit faire des décrets terribles : l'assemblée de Pise, qui avait suspendu le pouvoir du Pape, et tous ceux qui lui adhéraient, furent condamnés comme schismatiques; le roi, les prélats de France et les parlements furent cités pour dire les raisons par lesquelles ils prétendaient empocher l'abolition de la pragmatique.
Après les affaires achevées, îa division ne tarda pas à se mettre parmi les confédérés : chacun d'eux avait ses prétentions, et en même temps que l'empereur entra dans la ligue, les Vénitiens en furent exclus pour avoir refusé de faire la paix avec lui aux conditions que le Pape proposait. Les affaires de France n'en allaient pas mieux, et six mille Anglais étaient déjà descendus à Fontarabie, dans le dessein d'entrer en Guyenne avec les troupes que Ferdinand avait promis de joindre ; mais il avait bien d'autres desseins, et il ne flattait son gendre de la conquête delà Guyenne, que pour faire, sous ce prétexte, celle du royaume de Navarre; il envoya demander passage au roi Jean d'Albret, et , sans attendre la réponse, il entra à main armée dans son royaume.
Ce prince, dépourvu de toutes choses, se relira en Béarn, et laissa son royaume en proie à Ferdinand qui prit tout sans résistance. Ce malheur lui était arrivé pour avoir trop ménagé Ferdinand, qui le ruina ; car comme il était parent et allié de Louis, il crut que, s'il s'armait, Ferdinand en prendrait de la jalousie ; et. de peur de lui donner un prétexte de le perdre, il se perdit en efl'et lui-même.
Quand la Navarre fut prise , les Anglais pressaient Ferdinand de faire avec eux le siège de Bayonne; mais il avait fait son coup, et se souciait peu de la prétention des Anglais, de sorte qu'il les payait toujours de nouveaux délais; et les Anglais, voyant enfin qu'il se moquait d'eux, repassèrent la mer. Alors Louis, qui ne craignait plus pour la Guyenne, employa toutes ses forces à recouvrer la Navarre.
La division se mit entre Charles, duc de Bourbon, et le duc de Longueville, qui commandaient l'armée; de sorte que le roi fut obligé d'y envoyer François, duc d'Angoulême. L'autorité de ce jeune prince, héritier présomptif de la couronne, calma les dissensions; mais elle ne put pas réparer le temps perdu. On manqua l'occasion de couper les vivres au ducd'Albe, général de l'armée d'Espagne. Le siège de Pampelune, capitale de la Navarre, que les Français méditaient, fut poussé trop avant dans l'hiver, et il
fallut lever le siège : ainsi le roi d'Aragon demeura maître de la Navarre , dont il su prétondit légitime possesseur, sous prétexte, à ce quo disent les auteurs espagnol*, qjue Jean d'Albret reconnaissait le concile de Pise, dont le Pape avait interdit et excommunié tous les adhérents, comme si l'autorité ecclésiastique pouvait disposer des royaumes.
Ferdinand, content de ses exploits, ne songea plus qu'à faire la paix avec Louis, et Louis écoutait tout, (hns le dessein qu'il avait Le rétablir ses affaires en Italie. 11 lit tous ses efl'orts pour gagner les Suisses, mais ce fut vainement. L'empereur, prince fécond en projets, lui offrit de renouveler l'alliance, s'il voulait lui donner, pour l'archiduc Charles, Renée sa seconde fille, avec ses prétentions sur le royaume de Naples et sur le duché de Milan ; et quoique le roi eût toujours trouvé tant d'infidélité dans le procédé de l'empereur, cependant, pressé par la reine, il aurait conclu avec lui, si celte princesse ne s'était obstinée à vouloir terminer dès lors le mariage de sa fille, que Maximilien désirait avoir aussitôt après le traité conclu.
[1513] Ce traité étant rompu, celui qui se négociait secrètement avec la république de Venise s'acheva àconditionque les Vénitiens assisteraient le roi en Italie de dix mille hommes de pied et de mille cinq cents chevau-légers, et que le roi, de son côté, les assisterait jusqu'à ce qu'ils eussent repris ce qu'ils possédaient devant le traité de Cambrai.
Le Pape cependant ne méditait que de grands desseins: il croyait accabler le duc de Ferrare; il avaitachelé de l'empereur l'Etat de Sienne pour le duc d'Urbin, son neveu ; il fulminait contre la France dans le concile de Lalran, et méditait un décret pour transporter le royaume et le titre de très-chrétien au roi d'Angleterre, qu'il voulait s'acquérir; il songeait même aux moyens de chasser les Espagnols d'Italie, où il voulait dominer tout seul, sous prétexte de l'affranchir du joug des Barbares. Car c'est ainsi qu'il parlait des peuples de deçà les monts.
Au milieu de ces grands desseins, la mort l'arrêta, et il fallut aller rendre compte de tant de guerres, que son humeur impérieuse et violente avait excitées. Jean, cardinal de Médicis, fut élu en sa place, et prit le nom de Léon X. Il fut fait Pape par la brigue des jeunes cardinaux, qui, après avoir vu sur le siège de saint Pierre un vieillard si emporté, espérèrent qu'un jeune homme serait peut-être plus retenu.
La mort d'un ennemi aussi fâcheux quo Jules releva les espérances de Louis ; dans le même temps, Ferdinand, sans la participation de ses alliés, lit une trêve avec la France, à condition toutefois que Louis n'entreprendrait rien sur la Navarre, et que l'empereur y pourrait entrer avec le roi d'Angleterre, si bon leur semblait; mais ils avaient bien d'autres pensées, et ils venaient d'envoyer à Ferrtinaud, pour le sommer d'entrer
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en I •■ eux, quand ils apprirent de
loi qu'il ;i\;ui conclu • oUe Irôve.
Le roi, sans | ■ le temps, Ql attaquer
le Milanais, qu'il savait entièrement dé-
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ramassé i;i moitié de Bes troupes, que tout
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l >me et de Novare, pendaul que
■. i , s | ies, 'iul avaient i!<s mécontentements particuliers conire Janus i - se, duc de Gênes, remirent cette place dans l'o ss nce.
Aussitôt après, la Trimouille mit le . levant Novare, où les Suisses, qui gardaient leMilanais, s'étaient retirés; ils lurent si fiers, qu'ils ne voulurent jamais qu'on fcrm&l la porte du côt< des assiégeants. La ivelle d un grand secoursqui leur venait, avant obligé les Français à lever le siégu i allei au-devant, ceux de dedans réso- .tirenl de les atta |uer à deux milles île Novare, où ils étaient campés; ils partirent la nuit, et troublèrent nos gens par leur arrivée imprévue. Il y avaii eu quelque mésintelligence entre les chefs : la Trimouille avait remarqué un poste avantageux, que Trivulce devait aller occuper ; mais par esprit de contradiction et pour épargner, quelques terres qui étaient à lui, il aima mieux camper dans un lieu marécageux, où la cavalerie ne pouvait agir : la résistance des Français ne laissa pas d'être vigoureuse; mais les Suisses, profitant de leur avantage, taillèrent en pièce noire infanterie allemande et gasconne.
La Trimouille fut blessé dans ce combat, et se relira à Suze,d'où il repassa les moûts avec sa gendarmerie : tout le Milanais retourna à l'obéissance de Sforee, qui prit bientôt les châteaux de Crémone et de Milan; les Àdornes, à qui le roi avait donné Je gouvernement de Gènes, déclarèrent, dans l'assemblée (in peuple, qu'ils aimaient mieux renonrer au commandement, que do ruiner leur pairie; ainsi ils laissèrent !a ville en liberté, et il ne demeura aux Français que la lanterne du port.
Après ( c'a, les Vénitiens eurent beaucoup à souffrir, et Venise même fut canonnée par le vice-roi de Naples ; mais Alviane, qui lui coupa les chemins, l'aurait l'ait périr sans comhaltre, s'il n'avait mieux aimé l'attaquer. Les Espagnols eurent l'avantage el assurèrent leur retraite.
En perdant la duché de Milan, le roi se yil en danger de perdre en même temps la Bourgogne et la Picardie. Les Suisses , croyant tout possible à leur nation, après la victoire de Novare, mirent le siège devant Dijon, qve la Trimouille défendit durant six semaines; mais il ne put sauver cette place ni la province, qu'en promettant aux Suisses, avec six cent mille écus, une renonciation absolue du roi au concile de Fisc el au duché de Milan.
Il til ce traité sans ordre, et le roi ne le blâma pas d'avoir cédé à la nécessité; mais il ne put se résoudre à ratifier une renonciation si honteuse : pour l'argent, il n'en
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tU point de difficulté; et c'est ce qui sauva la vie aux otages que la Trimouille avait donnés aux Suisses. D'un autre cùté, Maximilien, joint au roi d'Angleterre, avait assiégé Tôrouanne avec cinquante mille hommes.
Louis, duc deLongueville, el Pionne, gouverneur do Picardie, trouvèrent moyen d'y jeter du secours; mais, dans la retraits, le duc, avec la jeunesse qui le suivait', s'élant approché par bravade du camp des ennemis, fui coupé et fait prisonnier. Lo reste prit la fuite en grand désordre, et c'est ce qui donna lieu d'appeler ce combat la journée dos éperons, parce que nos gens se servirent mieux de leurs éperons que do leurs épées. Ce malheur arriva près de Guiriegale, lieu fatal aux Français. Louis en fut allligé, et blâma d'autant plus la témérité du duc de Longueville, à qui il avait défendu do rien hasarder; il ne se laissa pourtant point abattre par tant de malheurs ; et, quoiqu'il eût la goulle, il se lit porter à Amiens, résolu de défendre en personne le passage de la Somme.
Son approche el les bons ordres que donna le duc d Angoulême qu'il envoya à l'armée, ne purent sauver Térouar.ne, qui fut démolie par les Anglais. Ensuite ils prirent Tournay, où, arrêtés par l'hiver, ils résolurent de repasser en Angleterre. La plupart des Français attribuaient ces malheurs au concile que lo roi tenait conire le Pape. Celte malheureuse assemblée', chassée de Pise à Milan, s'était sauvée à Lyon dans lo lemps que Milan fut pris par les Suisses, et elie y était fort méprisée. La reine se mit à la lèle de ceux qui priaient le roi (l'y renoncer; ce qu'il fit enfin au grand contentement do toute la France.
i! reconnut en même temps le concile de Latran, auquel il soumit l'affaire de la pragmatique ; ainsi le Pape leva les excommunications et les interdits. Mais la reine ne survécut pas longtemps à la paix qu'elle avait procurée ; elle mourut à l'âge de trente-sept ans, le 9 janvier 151V, et la constance de Louis, invincible parmi tard de pertes, pensa succomber à celle-ci.
Peu après la mort de la reine, le mariage de François avec Claude sa fiancée, qui l'aimait passionnément, s'accomplit. Anne do Bretagne, toujours ennemie de Louise do Savoie, mère de François, et portée à favoriser l'a maison d'Autriche, n'y avait, jamais voulu donner son consentement ; et le roi, qui avait une peine extrême à mécontenter la reine, avait mieux aimé différer ia chose, dans l'espérance de la fléchir, que do l'achever malgré elle.
En ce même lemps les affaires de France commençaientà reprendre un meilleurtrain.
Louis, duc do Longueville, avait une envie extrême do réparer par quelque service important la faute qu'il avait faite à Guinegale. Il vit que le roi Henri était rebuté des tromperies de son beau-père Ferdinand, et des dépenses infinies qu'il lui fallait faire pour contenter Maximilien et les Allemands; il voyait à la Cour d'Angleterre Marie, sœur
12!» PART. XII THEQL. HlSTORIQl E.-
di) roi, jeune princesse parfaitement belle c\ recherchée de tous ies princes, mais cjue Henri, par des raisons d'Etat, ne voulail donner h aucun : sur cola le duc se persuada qu'il n'aurait pas de répugnance à en faire le mariage avec Louis, et qu'étant d'ailleurs assez disposé à la paix, elle pourrait se faire par ce moyen. Il jeta quelques propos de ce mariage dans la cour d'Angleterre, et comme il ne se vit point rebuté, il en écrivit à Louis, qui, dans la perte qu'il venait de faire de la reine, ne songeait à rien moins qu'à se marier, ce que môme ses médecins* loi. représentèrent comme contraire à sa' santé, devenue depuis quelque temps assez faible; mais l'amour qu'il avait pour son peuple l'obligea à prendre ce parti, il agréa la proposition.
La paix fut conclue, et les deux princes firent alors une ligue offensive et défensive : il en coûta à la France beaucoup d'argent, et la ville de Tournai, que Henri retint; mais Louis n'acbetait pas trop l'espérance presque assurée de recouvrer le Milanais