PART. XII. THEOL. HISTORIQUE. — II. IHST. DE FRANCE. LIV. XIV
A cette nouvelle, les Bolonais séditieux session, ils transportèrent le concile à Milan,
traînèrent les statues du Pape par leurs rues, où ils ne furent pas mieux reçus.
et ouvrirent leurs portes. La citadelle, très- [1512] Gaston de Foix, neveu du roi, à
forte, mais mal munie, selon la coutume des qui il avaitdonné depuis peu le gouverne*
places (li! l'Eglise, so rendit aussi. Le Pape, ment du Milanais, put bien forcer le clergé a
abattu de ces malheurs, reçut un nouveau célébrer, et le peuple à se taire ; mais il ne
chagrin par la mort cruelle de François Aie- put point les obliger à avoir pour le corn lie
dosi : c'était le cardinakde Pavie, qui fut in- le respect que méritait un si grand nom ; on
dignement assassiné parle duc d'Urbin, ja- n'y voyait point paraître a I ordinaire les
louxdu trop grand crédit qu'il avait sur l'es- légats du Saint-Siège ; à peine y avait-il
prit du Pape. Pour comble de chagrin, il ap- quinze ou seize prélats français : I empereur
prit l'indiction du nouveau concile fait au n'avait pas eu le crédit ou la volonté d y en
nom doneufeardinaux,- pour le premierdo envoyer un seul d'Allemagne ; en un mot, on
septembre, a Pisc, en exécution, disaient- ne voyait rien dans cette assemblée qui sen-
ils, du décret de Constance, et à la réquisi- lit la majesté d'un concile général, et on sa-
lion de l'empereur et du roi, qui l'avaient vait qu'elle se tenait pour des intérêts po-
demandé par leurs procureurs. litiques. L'empereur, qui paraissait aupa-
Cependanl Trivulce attendait dans le Bo- rava nttsi u,ni as?CJ? nTLmn^fnffit hup
louais les ordres du roi sur la nouvelle de ralentir ; durant un long temps 1 ne jK que
sa victoire. Louis, toujours modéré, ne se donner bien des mouvements inutiles.
voulut jamais qu'on en fit des feux de oie, V^oiqw le roi, sans y être obligé, lu ^ eût
ni qu'on donnât aucune marque de réjouis- «"oyé la Pahce av ec des troupes, .Ses ifré-
sance publique, jugeant bien que la victoire f > Vllons F,1 "«? nouvel es q ue le roi cul
d'un fils contre son père, quoique injuste, >» '»p'!c' ^l.gerent a faire en rer l.aslu.i
devait toujours être déplorée ; il fut même de Foi x dans la homagne, avant que I ar-
si respectueux envers le Saint-Siège, qu'il ^ dEspagne eut joint celle du Pape
protesta (,ue, quoique forcé à la guerre, il ,} nava,t $™ vngt-deux ans etdjjàil
était prêt ù demander pardon au Pape et à * yla! -f 'f nallf J!3 ?"?"< if 1 p n rio.fs ^
lui faire toute sorte de satisfaction. La piété ™s d 1 Italie, o u il avait fa it de a tioi u. o
de ce prince, qui devait attendrir le Pape et 6™° éclat ^ 7^ ?i 1 V t ^'^ S ' le faire rentrer en lui-même, ne servit qu'à chef, mais il fu un peu retardé par les l'enorgueillir. La terreur et le désespoir où Suisses, ^\, s assembïère nt et meni^reDl l'eût mis le roi s'il eût voulu poursuivre sa le glanais d une irruption. Le roi avait nevictoire, l'avait disposé d'abord à se conten • SM de les satistairc, parce qu il se croyait ter de conditions équitables ; mais il changea assFé dcs r0is ,d ^8^J «» ^ Araçn, de résolution, quand il vit Louis par sa bonté Rul ne cessaient de lui faire dire qu il, younaturelle et par les importun lés de sa a!fnt tollJours vlvre f™ aiu. {J l\ [0" £ ; femme, trop scrupuleuse, se relâcher jus- leHigeiice : ainsi cette naUon se çroa,t qu'au pointde rappeler Trivulce dans le Mi- méprisée, conçut une haue mortelle .o«> lànais, loin de lui permettre d'entrer plus ^ Ja Fraiwc» a f*ul elle deva,t lou,e sacon"
avant dans les terres de l'Eglise. siaeration. ,,ix,«:<»„« oc
° Gaston, ayant appris qu ils s étaient as- Tout cel? obligea le roi à prendre sous sa semblés en assez grand nombre, mais sans protection les Bentivoglie, qu'il avait réta- ordre, méprisa celte multitude confuse, et blis dans Bologne, et à s'obstiner à ne point avec beaucoup moins de monde il leur prérendre cette place au Pape ; il pressa aussi senla |a bataille qu'ils n'osèrent accepter. 11 l'assemblée du concile, qu'il était prêt au- se fit ensuite diverses propositions daccomparayant à abandonner. Jules, pour le" pré- modement, elles Suisses," tantôt hautains et venir, indiqua celui de Latran, et conclut tantôt timides, se retirèrent enfin sans rien secrètement une ligue contre la France, en- entreprendre.
tre lui, Ferdinand et les Vénitiens ; ils l'ap- Cependant l'armée ecclésiastique, ceiledes
pelèrent « la ligue sainte, >j parce qu'elle Espagnols et celle des Vénitiens, s'étaient
avait pour prétexte le recouvrement des pla- jointes, et toutes ensemble avaient assiégé
ces prises au Sainl-Siége, et la ruine du con- Bologne durant le mois de janvier, malgré la
cile de Pise, qu'ils appelaient schismati- Hgueur de la saison: leur canon avait fait
que- une grande brèche ; mais ils ne voulurent
Le concile s'ouvrit 1ï Pise, avec peu de point donner l'assaut général, qu'ils n'eus-
solennité, par les procureurs des cardinaux sent fait jouer une mine qui devait ouvrir
qui en avaient fait la convocation. Le Pape un plus grand passage: en effet, une partie
les avait déposés et avait mis en interdit la considérable de la muraille sauta; mais elle
ville de Pise, où il devait se tenir ; et môme retomba si droite, avec une chapelle qui y
celle de Florence, à cause que lesFlorenlins tenait, qu'il ne parut point qu'elles eussent
avaient donné Pise pour celte assemblée, été enlevées.
Sur cela, les religieux ne voulurent passe Au dixième jour du siège, Gaston, qui
trouvera l'ouverture du concile, et les prê- avait marché à grandes journées, arriva près
très de l'Eglise refusèrent les ornements né- de Bologne ; l'obscurité était si grande, la
cessaires. Le peuple s'émut, et les cardi- neige tombait si épaisse, et la place était
naux étant arrivés ne se trouvèrent point d'ailleurs si mal assiégée, qu'il y entra avec
en sûreté ; de sorte qu'aines la première toute son armée suis que les ennemis s'eu
(1 UVRES COMPLETES DE BOSSt ET.
ni ; ils la surent le lendemain asseï
t lever ni aussitôt le siège. Gaston,
m- retraite, appi il en même lemps
que I - \ énitfens avaient été introduits dans
la i par intelligence; ma s
i , . ; 1 1 . . adelle était restéeaux Français,
lire sans remède ; l'hiver, ni deux rivières qu'il fallait passer, i ast-a-direle Pôel le Mincio, n'empêche-
rai
il point sa marche ; il trouva en son che-
d Paul Baglione, on des chefs des Vénitiens, il e battit, entra dans le château de i . exhei soldats, força les retran-
i tmeiits que les ennemis avaient faitsen-
le château el la ville, et attaqua les ennemis en bataille, dans la place d'armes, dont il tua huit mille, et chassa les Vénitien-.
Au milieu de cesbons succès, le roi vit du changement dans les affaires. L'empereur commençait à vaciller, et Ferdinand l'avait obligé a une trêve avec les Vénitiens. Il avait aussi tellement llattéle roi d'Angleterre, son gendre, de recouvrer la Guyenne, qu'on le croyait prêt d'entrer dans la ligue. Ainsi, Louis, a la veille d'être attaqué, de tant d'ennemis, manda à Gaston de donner li i alaille el de marcher droit à Rome ; il ne perdit pas un moment à exécuter ses ordres, et, après avoir vainement tenté d'attirer ses ennemis au combat, il résolut d'assiéger Ravenne, jugeant bien qu'ils ne laisseraient pas sans S( i ours une place de si grande importance ; il ne se trompa pas dans sa pensée, et l'armée confédérée le suivit de près.
A peine Gaston eut-il vu une petite brèche dans la muraille, qu'il donna unfurioux assaut ; les bourgeois effrayés commencèrent alors à parlementer à l'insu de la garni-un. Sur cela, les ennemis se résolurentde tenter le secours ; Gaston, pour les empêcher de rentrer dans la ville, entreprit de Jes ailaquerdans leur camp, où ils étaient fort bien retranchés.
Le onzième d'avril, qui était le jour de Pâques, il passa à leur vue, moitié à gué, moiiié sur un pont, la rivière de Ronco, dont ils étaient couverts d'un côté, et, résolu d'être partout, il choisit trente hommes d'armes pour l'accompagner : il trouva les ennemis en bataille dans leurs logements ; mais Alfonsed'tsle, duc de Ferrare, fit battre en flanc par le canon leur cavalerie ; ce qui la mil en désordre. Raimond, comte de Cardonue, vice-roi de Naples, et le duc d'Urbin, s'enfuirent d'abord ; mais Pierre Navarre, général de l'infanterie espagnole, avant de son côté renversé par son artillerie la tleur de l'infanterie gasconne, tint longtemps ferme, quoique la plus grande partie de ses gens eussent été tués ou mis en fuite.
A la fin, les Français l'emportèrent, animés par la vigueur de leur général ; mais connue quatre mille Espagnols, après avoir combattu avec beaucoup de valeur, se reliraient en bon cidre, sous la conduite de Pierre Navarre , Gaston victorieux les poursuivit lro| lement, el malgré toute sa
valeur il tut tué à coups de piques au milieu d'un bataillon qui l'enveloppa. Les Français irrités tuèrent beaucoup d'Espagnols, el prirent Pierre Navarre; ils avaient déjà pris le cardinal de Médicis, légat du Pape, el plusieurs autres olliciers généraux.
Quand on sut dans l'armée la 'mort de Gaston, on ne crut pas avoir gagné la bataille. La consternation de l'armée passa bientôt à la Cour, et le roi était inconsolable d'avoir perdu un neveu dont la vertu promettait do si grandes choses. Mais ce qu'il y eut de plus fâcheux , c'est quo les chefs, accoutumés a lui obéir, eurent peino à reconnaître la Palice, et pour comble de malheur la division se mit entre lui et le cardinal de Saint-Séverin, légat du concile, qui partageait avec lui le commandement;
Celte division fit perdre de précieux moments et empêcha le fruit de la victoire; car, après qu'on eut pris Ravenne et que la Romagne se fui rendue aux vainqueurs, au lieu de marcher droit à Rome où l'épouvante élail extrême , la Palice , sous prétexte do quelques menaces des Suisses, se retira vers le Milanais et ne laissa au cardinal que fort peu de troupes.
Le roi le renvoya bientôt contre Rome; mais le Pape s'était déjà rassuré, et il arriva dans cette affaire des contre-temps surprenants. Dans le premier effroi, Jules, pressé par les cardinaux , promit par écrit de faire la paix, à condition de ravoir Rologne, que le roi lui avait offerte avant la bataille; mais, après la victoire, Louis refusa assez longtemps de la rendre, et quand il so fut résolu à faire la paix à cette condition, le Pape à son tour ne le voulut plus, parce quo le roi d'Angleterre s'était déclaré et était entré dans la ligue.
Cependant les Suisses, envenimés contre la France et irrités par ses succès, armèrent puissamment contre elle; et comme ils étaient irrésolus s'ils commenceraient à attaquer par le duché de Férrare ou par celui de Milan, une lettre interceptée de la Palice, qui -marquait la faiblesse extrême du dernier, les détermina à y entrer. La Palice y revint trop faible pour leur résister, parce qu'après la victoire de Ravenne les trésoriers, trop confiants et trop ménagers, avaient mal à propos réformé les troupes. En même temps l'empereur relira quatre mille hommes qu'il avait donnés à Louis, et les Français, contraints d'abandonner Pavie, perdirent leur arrière-garde par la rupture d'un pont : ainsi Trivulce et la Palice ne songèrent qu'à se relirer avec les faibles restes de l'armée.
Tout le Milanais fut livré aux Suisses qui accouraient de toutes parts, par la contribution de toutes les villes, et il n'y resta à Louis que le château de Milan avec celui de Crémone; il perdit même le comté d'Ast qu'il avait reçu de ses pères. Gênes ne manqua pas de secouer le joug; les Rcntivoglie abandonnèrent Rologne, et toute la Romagne retourna au Pape. Voilà les révolutions des choses humaines, et tel fut enfin