DE BOSSUET A. MILORD PERTU
// le félicite du bonheur qu'il a de travailler, aux dépens de sa vie même, au salut de i Angleterre, et lui donne les consolations les plus propres à le soutenir dans sa. captivité.
Si je me suis toujours senti très-honoré, et si mon cœur s'est attendri toutes les fois que j'ai reçu les aimables el pieuses lettres d'un comte de Perth, et d'un grand chancelier d'Ecosse converti 5 la foi ; jugez combien j'ai été touché en recevant celle d'un prisonnier
(510) L'Histoire des variations des Eglise* psa*
lesiunles.
PART. Xiv. LETTRES DIVERSES.
tîe Jésus-Christ. C'est le plus glorieux caractère que puisse porter un Chrétien: c'est un caractère qui le met au rang des a poires,
puisqu'un saint Paul a pris si souvent cette qualité, et qu'il n'y a rien au-dessus, que la gloire si désirable de mourir pour son Sauveur. Je loue Dieu, milord, de tout mon cœur, do vous voir dans cet esprit : j'en ressens l'épanchement et la plénitude dans toutes les paroles de votre lettre. Tout y respire l'amour de Jésus-Christ, mais de Jésus-Clirist dans son Eglise et dans le lien de l'unité. Qu'on est heureux de souffrir pour celte cause ! Car, pour ceux qui souffrent dans le schisme, ils n'auront jamais qu'un zèle amer; et toutes vos lettres, principalement Ta dernière, ne sont que charité, douceur et paix.
Je ne suis guère moins touché de voire inviolable attachement pour Je roi , votre cher maître. L'hérésie se montre pour ce qu'elle est, en soufflant de tous côtés la rébellion et la perfidie. Pour vous, mon cher frère (car je veux, en oubliant toutes ces qualités qui vous rendent illustre dans le siècle, ne vous plus parler que comme à un Chrétien), conservez ce tendre amour et cette inaltérable fidélité pour votre prince : ne cessez d'en donner l'exemple au milieu d'une nation infidèle, et qu'enfin, h la vie et à la mort, le nom du roi votre maître soit dans votre bourbe avec celui de Jésus-Christ et de l'Eglise catholique, comme choses inséparables. Dieu est en ces trois noms; et je sais que votre roi vous serait cher, quand vous ne regarderiez autre chose en sa personne sacrée que l'ordre de Dieu qui l'a établi , et l'image de sa puissance sur la terre; et quand il ne serait pas, comme il l'est, un vrai défenseur de la foi(311), à meilleur titre que ses derniers prédécesseurs.
Qui suis-je pour consoler un si grand roi, comme vous le souhaitez? J'ai eu l'honneur de lui rendre souvent mes très-humbles iespects pendant qu'il a été ici, et d'être très-bien reçu de Sa Majesté. Mais j'ai bientôt reconnu que ce prince n'avait pas besoin de mes faibles consolations. Il a au dedans un consolateur invisible qui l'élève au-dessus du monde. Trois royaumes qu'il a perdus ne sont estimés de lui que comme l'illustre matière du sacrifice qu'il offre à Dieu; el s'il songe, comme il le doit, à se rétablir dans le trône de ses ancêlres, c'est moins pour sa propre gloire, que pour retirer ses malheureux peuples de l'oppression où ils se jettent à l'aveugle. Au reste, s'il a été si honteusement abandonné et trahi par ses infidèles sujets, il a trouvé tous les Français prêts à répandre leur sang pour ses intérêts, et pour ceux ûë son héritier , et le roi notre
maître, qui lui-même nous inspire <:i 10 ces sentiments. Dieu fera un coup de sa main quand il lui plaira : il sait élever et abaisser, pousser jusqu'au tombeau et en retirer, dissiper en un moment la gloire et le vain triomphe de l'impie. Mais, quoiqu'il ail résolu du roi votre maître, nous respecterons toujours plus en sa personne la gloire d'un roi confesseur que la puissance d'un roi triomphant.
Je ne sais comment j'oublie, en vous écrivant, que vous êtes dans la captivité et dans la souffrance. Dieu sait combien j'ai été sensible au nécit que l'on m'a l'ait de vos maux ; niais il me semble que je les oublie, tant est vive la joie que je ressens pour le courage que Dieu vous inspire, et pour l'abondance <ies consolations dont il vous remplit. J'y prends part de tout mon cœur : je me glorifie avec vous dans vos opprobres, et je n'ai pu lire, sans verser ûvs larmes de joie, ce que vous marquez dans voire lettre, que vos persécuteurs ont brûlé mon portrait que voire seule charité vous faisait garder, avec celui du roi voire maître, et le vôtre, et tous les trois avec le crucifix. Que plût à Dieu qu'au lieu de mon portrait j'eusse pu être en personne auprès de vous pour vous encourager dans vos souffrances, pour prendre part à la gloire de votre confession, et après avoir prêché à vos compatriotes la vérité de la foi, la confirmer avec vous, si Dieu m'en jugeait digne, par tout mon sang.
Vous avez pu connaître, par toutes mes lettres, le tendre amour que je ressens pour l'Angleterre et pour l'Ecosse, à cause de tant de saints qui ont ileuri dans ces royaumes, et de la foi qui y a produit de si beaux fruits. Cent el centfois j'ai désiré avoir l'occasion de travailler à la réunion de celte grande île, pour laquelle mes vœux ne cesseront jamais de monter au ciel. Mon désir ne se ralentit pas, et mes espérances ne sont point anéanties. José même me confier en Noire-Seigneur, que l'excès de l'égarement deviendra un moyen pour en sortir.
Cependant vivez en paix, serviteur de Dieu et saint confesseur de la loi. Semblables à ceux de saint Paul, vos liens vous rendent célèbre dans toutes les Eglises, et cher à tous Jes enfants de Dieu. On prie pour vous partout où il y a do vrais fidèles, Dieu vous délivrera quand il lui plaira : et son ange est peut-être déjà parti pour cela. Mais, quoi qu'il arrive, vous êtes à Dieu, et vous serez la bonne odeur de Jésus-Christ à la vie et à la mort. Madame votre femme, que vous daignez me recommander, me sera chère comme ma soeur; M. votre fils sera le mien, dans les entrailles de Jésus- Christ ; M. votre frère, dont j'ai connu ici
(311) Henri VIII, roi d'Angleterre ayant composé un livre portant pour litre Des sept Sacrements, contre l'insolent ouvrage de Luther, imiuilé De la captivité de Dulnjlone, Léoii X, après en avoir délibéré avec les cardinaux, adressa une bulle à oc prince, par laquelle il lui conférait, Cl à tous les
rois d'Angleterre qui viendraient après lui, le litre de défenseur de lu foi. Les successeurs de Henri VIII, quoique séparés dé l'Eglise romaine, n'ont pas laissé que de conserver >.e glorieux t ne, dont cepeiukiut le schisme el l'hérésie les avaient justement dépouillés.
(H i Vil] S COMPLETES DE BOSSUET.
e mérite, me tiendra lieu il'un frère ol d'un :nni cordial . les intérêts de votre famille me s. t.. m pluschersque les miens propres; pour tous, arec qui Dieu m'a uni par de -i tendres liens, vous vivrez éternellement cu?ur : je vous offrirai h Dieu nuit et jour, et surtout lorsque j'offrirai la sainte victime qui a ôté les péchés du monde, r imbattez comme un bon soldai de Jésusi'. ri-i : mortifiez, à la faveur de vos souffrances, tout ce qui reste de terrestre en vous; que votre conversation soil dons les u\. Si vous (Mes privé du secours des êtres, vous avez avec vous le souverain Pontife, l'évêque de nos âmes, l'apôtre et le pontife de notre confession, qui est Jésus : vous recevrez par vos vœux tous les sacrements; et je vous donne en son nom la bénédiction que vous demandez. Souvenezvous de moi dans vos prières : j'espère que Dieu vous rendra aux nôtres, et vous tirera de la main des méchants. Je suis en son saint amour, etc.
A Meaur, ce 14 mars 1G89.
A M. DE RANGÉ, ABBÉ DE LA TRAPPE
Sur son Commentaire de la règle de Saint- Benoit.
Je me remis, Monsieur, à vos remarques, quoique je sois encore un peu en doute si 1 ancien Office romain n'était pas semblable a celui de saint Benoit (312), quant au fond, plutôt qu'au romain d'aujourd'hui : mais je m'en rapporte à vous. AI. de Reims me mande qu'il trouve la préface très-bien. Je lui ai envoyé aujourd'hui l'approbation qu'il a souhaité que je fisse. Elle est simple ; mais le livre en porte avec soi une bien plus authentique dans les saintes maximes qu'il contient, et dans le nom de son auteur. Au reste, ceux qui auront le livre comme il était avant les cartons verront bien que ce sont des choses de rien, et que la doctrine nous en a paru irréprochable dans son fond. Je loue Dieu que cet ouvrage aille enfin paraître, et suis très-fâché du retardement. Tout le fruit que j'en espère, c'est, s'il plaît à Dieu, qu'on profitera davantage de ce qu'on aura attendu et désiré plus longtemps. A vous, Alonsieur, sans ré-erve.
A Aleaux, ce 15 mars 1089.
AU MÊME
Sur les égarements du ministre Juricu,
';''*-) Il fie paraît pas que saint Benoît ail réglé 1 OUice de son ordre sur le romain.
toloj Dorn Edmond Mailcne, qui a donné au public un grand nombre d'ouvrages, est auteur de ce savant Commentaire.
(5U) C'est nu volume in-12, qui a pour litre : La vêri'e de Q Histoire de Judith , imprimé à Paris, chez Simon Laugroouc, en 1690. L'accueil que le l'ublic lu a cet ouvrage obligea l'auteur d'en don-
V exemption de Jouarre, et un nouveau Commentaire de la règle de Saint-Benoit , par un Bénédictin.
J'espère, Alonsieur, que celte année ne se passera pas comme l'autre, sans que j'aie la ((insolation de vous voir. Je jouis en attendant de Votre présence, en quoique façon par vos lettres; et je proùte d'ailleurs de la communication de vos prières, dont vous avez la bonté de m'assnrer.
Il est vrai que l'égarement du ministre Juricu va jusqu'au prodige. J'ai cru que Dieu ne le permettait pas en vain, et qu'il voulait qu'on le relevai. Il fera dans son temps tout ce qu'il voudra de ce qu'il inspire. On vous envoie le troisième Avertissement : le quatrième est retardé par la poursuite d'un procès que j'ai entrepris, ou plutôt que j'ai à soutenir au parlement, pour ôler, si je puis, de la maison de Dieu le scandale et l'exemption de Jouarre, qui m'a toujours paru un monstre.
Je ne vous parlerais point du Commentaire latin de la règle de Saint-Benoît (313), des Bénédictins, n'était qu'en me disant qu'ils vous l'avaient envoyé, ils m'ont dit en même temps qu'on y attaquait le P.
Alége, et qu'on y défendait vos saintes maximes et vos saintes pratiques. Je n'en sais encore rien ; car je ne l'ai pas vu, et je crains de n'avoir pas sitôt le temps de le voir. C'est un gros ouvrage , qui sans doute seca fort savant. Je souhaite que la piété i'ait inspiré, et je le veux croire, car l'auteur parait fort humble et fort mortifié. Je suis, Alonsieur, à vous sans réserve.
A Paris, ce 2 janvier 1690.