‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 189 sur 458 · DE M. L'ABBÉ RENAUDOT · texte numérisé non relu

DE M. L'ABBÉ RENAUDOT

Sur la lettre suivante de milord Perth.

Je vous envoie, Monseigneur, une lettre milord chancelier d'Ecosse, que je reçus.

de

il y a quatre jours, et que j'ai mise en frân çais. Il est de la dernière conséquence que ni l'original ni la copie ne sortent de vos mains : car une semblable lettre suffirait, dans des temps difficiles, pour lui faire son procès. Je ne vous l'ai pas envoyée à Meaux, sachant que vous deviez arriver bientôt. Je remets le reste de ma commission a. la première visite que j'aurai l'honneur de vous rendre. Je vous supplie, Monseigneur, d'être toujours persuadé de mon très-profond respect.

DE MILORD PERTH

Ses généreuses et saintes dispositions au milieu des souffrances que sa fidélité pour son roi lui attirail (309). — A quel excès de

d'Edimbourg. Ses ennemis pillèrent indignement sa maison, et, l'ayant arrêté, ils renfermèrent dans le château de Sterling, où il fut gardé liès-éiroilenv.nt pendant deux ans et sept mois. Après ce terme on lui accorda quelque adoucissement, à cause de ses infirmités; mais on le remit ensuite en prison, d'où il ne fut élargi qu'au bout de neuf mois; en Un on lui permit de sortir du royaume. Il se relira d'abord à Rome, où sa vertu et son zèle pour la religion catholique le tirent beaucoup estimer. Etant passe en France, il fut premier gentilhomme du roi Jacques II , gouverneur du prince de Galles Jacques 111, connu sous le nom du Chevalier de Saint-Georges, et grand chambellan de la reine sa mère. Il mourut à Saint-Germain-en-Laye le 10 mai 171 G, en sa soixante-huitième année; son carys

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i ,i la bonté de Dieu envers moi,

\ i- avez éié l'instrument par lequel ce que je souffre est on quelque manière sanctifié; et non-seulement m'est devenu supportable, mais doux et agréable. Ce n'est I as seulement pour le roi mon maître, mais pour mon Dieu, que je suis présentement da: s la souffrance : et comme il y a de la noblesse et de la grandeur a souhaiter de souffrir seulement pour l'amour de son souverain, que ne doit-on pas être prêt à souffrir, lorsque avec cela on souffre pour la religion catholique, et par principe de conscience? Pour moi , je suis un des plus faibles hommes qu'il y ait, et je n'ai rien de bon, capable de me soutenir. Cependant je remis grâces à Dieu pour la miséricorde qu'il me fait ; < ar elle est plus qu'abondante: de sorte que j'ai eu môme quelques scrupules d'avoir été si peu sensible à ce qui m'est arrivé. Vous en saurez le détail, s'il vaut la peine de fatiguer votre patience, par mon frère et par le principal du collège Ecossais.

On ne peut que fort incerlainement juger quel tour prendront les affaires de ce royaume déchiré. Mais je suis bien fâché que vous ayez un nouvel argument, si important, pour confirmer votre doctrine dans la seconde édition de votre Histoire des variations des prolestants, tel qu'est celui que ces royaumes vous fournissent. Mais si cela peut gagner une. seule âme à Dieu, toutes les perles temporelles qui peuvent arriver à qui que ce soif seront bien employées.

Je ne doute pas que vous ne voyiez souvent le roi mon très-cher maître. Il n'y a point d'homme dont l'éloquence et la piété puissent plus efficacement donner quelque consolation à Sa Majesté, qui néanmoins, comme je crois, par son tempérament naturel, en a aussi peu de besoin que personne qui serait en pareil état. Mais ce qu'il souffre est fort grand. Je vous supplie, pour l'amour de Jésus, d'employer vos sages exhortations a le soutenir dans son affliction, et de lui accorder surtout vos saintes prières, afin que Noire-Seigneur le rétablisse dans ses royaumes, et ses sujets dans leur bon sens; ear il règne de toute part une espèce de folie générale.

Je suis fort étroitement gardé, de sorte que cette lettre est écrite et sera envoyée à la dérobée. Mais, comme apparemment je n aurai jamais l'occasion ni le moyen de vous écrire encore, je vous ai écrit celle-ci

fut apporté à Pans et enterré dans le coHége des •• Ses phis grands ennemis n'ont jamais pu lui objectée d'antre crime <pic sa catholicité.

pour vous demander votre bénédiction et VOS prières. J'espère que Nolrc-Seigneur, qui vous a l'ail servir d'un si bon instrument pour me rendre de la véritable religion, et qui m'a rois, quoique très-indigne, en état de souffrir pour elle, vous exaucera, en rn'accordant la bénédiction d'une heureuse mort et d'une éternité de béuédiclion et de joie.

Je vous écrivis au commencement de ces troubles, pour vous remercier de votre excellent livre (.'$10). li est heureusement échappé des mains do la canaille, lorsqu'on pilla ma maison : mais ils brûlèrent un crucifix, le porlrait du roi, le vôtre et le uiicn, dans un môme feu, a la croix du marché d'Edimbourg. Vous voyez qu'ils m'ont mis en trop bonne compagnie.

J'ai une très-humble prière à vous faire, qui est que, si c'est la volonté de Dieu que je meure en ce temps-ci, comme il paraît fort probable, et que ma femme continue dans la résolution qu'elle a de passer en France, vous vouliez bien, par votre autorité et par vos avis, avancer ses pieu* desseins, et que vous vouliez bien tenir lieu de père à mon wls, et être ami de mon frère. C'est une trop grande présomption de vous faire des demandes si hardies: mais les circonstances de l'état où je suis feront que vous me pardonnerez volontiers. Ayez aussi la bonté de me donner votre bénédiction, que je vous demande en me prosternant.

Tous les ecclésiastiques sont maintenant si maltraités qu'ils n'osent paraître, et ainsi j'ai encore moins d'espérance d'en pouvoir voir aucun : de sorte que me trouvant privé de tout le secours que je pourrais espérer en ce monde, les prières des personnes comme vous, Monseigneur, me sont encore p»!us nécessaires. J'espère que Notre-Seigneur, qui sait avec quelle sincérité j'estime les ordres qu'il a établis dans la sainte Eglise, el les bénédictions qu'elle répand, suppléera à ce qui me manque; puisque ce n'estpas par ma faute, mais par la nécessité, et qu'il me fera une plus grande part de ses consolations immédiates. Je suis, etc.

Du château de Sterling, ce 21 janvier 1689.

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