A M. SANTEUL, CHANOINE RÉGULIER DE SAINT-VICTOR
11 loue la pièce de vers que Santeul avait composée pour s'excuser des reproches qui lui
ner une seconde édition deux ans après. L'objet principal de l'écrit est de prouver que l'histoire de Judith n'est point, comme le soutenaient les protestants, une parabole et un sujet de tragédie, mais une histoire très-réelle, qui s'accorde parfaitement avec les autres histoires de la Bible, et dont les faits se trouvent confirmés par tout ce que les meilleurs historiens profanes ont rapporté des Modes et' des Assyriens.
nin
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
avaient été faits, lut parle de ses hymnes
de suint Bruno, et d'un poème fait contre
sa Pomone.
Voilà, Monsieur, ce que c'est que de s'huaiilier (315). L'ombre d'une faute contre la religion vous a fait pour : vous vous êtes abaissé; et la religion elle-même vous a inspiré les plus beaux vers, les plus élégants, les plus sublimes que vous ayez jamais faits. Voilà ce que c'est, encore un coup, que de s'humilier.
J'attends l'hymne de saint Bruno, et j'espère qu'elle sera digne d'être approuvée par Je Pape , et d'être chantée dans ces déserts , dont il est écrit qu'ils se sont réjouis de la gloire de Dieu. Mais comment est-ce que le Pape vous a commandé cette hymne (316)? Je vous en prie, dites-nous-en la mémorable histoire.
Aussitôt que M. Pelletier sera (le retour ici , je parlerai avec plaisir de vos (tensions.
J'ai vu , Monsieur, un petit poème sur votre Pomone : il commence ainsi ; c'est lu Religion qui parle :
En ilerum Pomona mea maie verberat aures,
Sanlolide, cessitquo libi cura moi?
Teu' mea lempla caiient fallacia sacra cancnlem ?
Je ne me souviens pas du pentamètre, mais il était violent, et finissait en répétant :
Ten' mea lempla canenl?
Opprobrium vatuin teu' mea lempla canenl?
Le poète reprenait ainsi :
Ergone cœleetes haustus duxisse jnvabit.
Ut sonet infandos vox mihi nota deos?
Recherchant la cause de l'erreur, il remarque que ce poète évite encore les noms d'apôtres et de martyrs , comme tous les autres qu'il ne trouve pas dans Virgile et dans Horace; et il conclut que celui qui craint d'employer les mots consacrés dans la piété chrétienne mérite d'avoir dans la bouche les fables et les faux dieux.
Marlyrii pudet,rnfandum! vox. barbara Parus, Aut Lucas, refugit nomen apostolicum,
Saiiclorumque clioris pulsus, confessor, abibit, Non Maro, non Flaccus lalia quippe feranl;
Credo equidem et Jesum plus borreatalque Mariam, El quod cœliiibus chrislianisque piuiu esi.
(515) Plus d'une fois Bossuel avait sollicité Sanleul d'abandonner les Muses, pour consacrer entièrement ses talents à la louange de Dieu et de ses saints. M. Pellisson, maître des requêtes, qui désirait aussi que Santeul fil un meilleur usage de sa veine poétique, lui proposa de travailler à de nouvelles hymnes. Il réussit à l'y déterminer, ei Santeul s'y engagea solennellement dans une pièce qu'il adressa à ce magistral, où il protestait renoncer pour toujours au Parnasse. Cependant, oubliant de temps en temps ses promesses, il ne laissait pas de composer encore des pièces remplies des expressions de la table. C'est ainsi qu'il tit un poème intitulé Pomona in agio Versaliensi, qu'il dédia à M. de la Quinlinie. Bossuel lui en (il de vils reproches, donl Santeul lut sensiblement touché ; et, pour témoigner publiquement son repentir, il lit la pièce dont il est parle dans celte lettre, intitulée Poêla Christianus, et qu'il adressa à notre prélat. On vuyait à la tète une vignette en laille-douee dans
Cui sacra vocalxila Bordent,
Unie placeaut vcleie>, niimina falsa, J < i.
Ille Jov 'in Veneremque et divuin crimina uarret, Jam repelant valent sacra nefaudà suuin.
J'ai empêché la publication du poëme ; il est vigoureux : l'auteur l'aurait pu rendre parfait, en prenant la peine de le châtier;
mais il n'y travaillera plus.
Adieu, mon cher Santeul, je m'en vais préparer les voies à noire illustre Boileau. A Versailles, ce io avril 1090.
LETTRE CLM.
A M. DE RANGÉ, AUBE DE LA TRAPPB
Sur la défense que cet abbé avait faite aux religieuses des Clairets de lire l'Ancien Testament.
Il est vrai, Monsieur, que quelques-uns ont repris cette espèce de défense de lire l'Ancien Testament. La vraie résolution de celte difficulté, c'est qu'il eu faut accorder la lecture avec discrétion, et selon la capacité des sujets. C'est aiiw que j'ai expliqué voire pensée à M. Nicole, qui reprenait celte défense. Il me parla aussi du Chrétien intérieur, et m'assura qu'il avait été défendu à Rome (317), sans pouvoir me dire de quelle nature était la défense, si c'était par l'inquisition ou par l'index : je n'en ai rien appris depuis.
Il me semble que ce que vous dites, que cette diversité de faits, d'événements et d'histoire, n'a point de rapport à la simplicité dont les religieuses font profession, a un peu besoin d explication. Je pense que vous voulez dire qu'il faut savoir trop de choses 'pour bien entendre une telle diversité, atin que noire esprit n'en soit pas confondu.
La raison d'exclure les prophètes est différente de toutes celles-là : c'est leur grande obscurité. On objectera qu'il y a de l'obscurité dans les Epitres de saint Paul, el dans beaucoup d'autres endroits du Nouveau Testament.
Après tout, je conviens qu'il ne faut pas permettre indifféremment l'Ancien Testament; mais en éprouvent les esprits. J'en
laquelle Bossuet était représenté revêtu de ses habils ponlilieaux, el Santeul à genoux devant !:;i, sur les marches de l'église catliédraledeMeaux, la corde au cou, faisant amende honorable el jetant ions ses vers profanes dans un grand feu. Celle pièce e»l uèslendre, remplie de grands sentiments de religion, et digue des éloges que lui donne le prélat.
(310) Alexandre VIII, dont il s'agit, avait é.e élevé au pontifical le jour de saint Bruno.
(.ïl7) Le Chrétien intérieur a pour auleur M. de Bernières-Louvigny, trésorier de France, homme d'une éminente pieié, mon à Caen en 1659. Le 1\ Louis-François u'Argenlan, Capucin, fit imprimer cet ouvraga en 1660, par conséquent longtemps avant la naissance du quiélisme. (Vojj. IMMrtittemeni mis à la tcle de la nouvelle édition faite à Pamiers ea 1781.) Une traduction italienne du Chrétien intérieur a été en effet condamnée à Konie par nu décret de l'inquisilio i du 50 novembre lbS'J. [Edit. de Vers.)
(»:i vni s com ossuet.
ainsi ; ci j'ai ilit l M. Nicole que l'eij ém 'avait a - uue l'Ancien Testant, permis sans discrétion, taisait plus de de bien aux religieuses. Je prie, Monsieur, Noire -Seigneur qu'il soit avec t qu'il vous conserve peur le bien de •. - ranis et de l'Eglise.
19 septembre 1690.
â M BAKTEUL, CHANOINE RÉGULIER DE SAIVI- VIUTOR.
Sur le présent que Santeul lui avait fait d'une de ses piè la manière dont on peut se
servir de la fable
J'ai reçuj Monsieur, avec bien do la joie et de la reconnaissance, le beau présent que vous m'avez fait. Je me suis hâté de lire !'Epitre dédicàtoire , et j'y ai trouvé un élog'j de M. Pelletier, qui m'a paru très-tin et trèsdélicatement traité. Je reverrai avec plaisir, dans re raccourci el dans cet ouvrage abrégé, toute la b aulé de l'ancienne poésie de Virgile, des Horace, etc., dont j'ai quitté la lecture il y a longtemps : el ce me sera une satisfaction de voir que vous fassiez revivre i - anciens poêles , pour les obliger en q elque :?ùrte de faire l'éloge des béros de notre siècle , d'une manière moins éloignée de ia vérité de notre religion.
ii est vrai, Monsieur, que je n'aime pas les fables, et qu'étant nourri depuis beaucoup d'années de l'Ecriture sainte, qui est le trésor du la vérité, je tro'.ve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain, et dans ces productions de sa vanité. Mais lorsqu'on est convenu de s'en servir comme d'un langage tiguré, pour exprimer, d'une manière en quelque façon pins vive, ce que l'on veut faire entendre, surtout aux. personnes accoutumées à ce lai gage, on se seul forcé de faire grâce au poêle chrétien , qui n'en use ainsi que par une espèce de nécessité. Ne craignez donc point, Monsieur, que je vous fasse un procès sur votre livre ; je n'ai au contraire que des actions de grâces à vous rendre : et sachant que vous avez dans le fond au ant d'estime pour la vérité que de mépris pour les fables en elles-mêmes, j'ose dire que vous ne regardez, non plus que moi, toutes ces expressions tirées de l'ancienne poésie que comme le coloris du tableau, et que vous et visagez principalement le dessein et les pensées de l'ouvrage, qui en sont comme la vérité et ce qu'il y a de plus solide. Je suis, Monsieur, etc.
AU MEME
Sur une de ses pièces, et un sermon prêché à Saint-Victor.
.1 a: reçu les trois exemplaires de vos merveilleux ïambes, deux avant-hier, dont il y en a un pour mon neveu, et un aujourd'hui: je n'en saurais trop avoir. Au reste, mes
lorables sollicilationa me privèrent hier du sermon et de la joie de vous voir. Je n'osai entrer â Saint-Victor, après avoir manqué ce beau discours, elj'en allai apprendre les merveilles au Jardin royal, de la bouche des plus éloquents hommes de notre siècle qui les avaient ouïs.
Faut-il, illustre Santeul, vous inviter à venir chez moi? Qui a plus de droit d'y entrer? qui peut y être mieux reçu que vous? Ne parlons plus de l'amende honorable», (pie pour exaller les vers qui l'ont célébrée, et ceux dont elle a été suivie.
LETTRE CJJX.
A M. l'aBKE REXAUDOT.
Sur l'arrivée de milord Perth.
Vous me donnez, Monsieur, une agréablo nouvelle : nous verrons donc cette fois, s'il plaît à Dieu, milord chancelier d'Ecosse. Je l'ai salué de loin comme un excellent Catholique ; j'espère l'embrasser comme un confesseur. Les deux pièces qte vous m'avez envoyées m'ont fait plaisir à lire. Mille remercîments de votre amitié, à laquelle personne ne sera jamais plus sensible que moi, ni plus rempli d*esliiue pour vous.
1 A Meaux, ce 7 janvier 16î)i.