A MADEMOISELLE DE SCUDERY
Sur le même sujet.
Ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Mademoiselle , sur le sujet de M. Pellisson, me donne beaucoup de consolation, mais n'ajoute rien à l'opinion que j'avais de la fermeté et de la sincérité de sa foi, dont ceux qui l'ont connu ne demanderonl jamais de preuves. J'ai parlé un million de fois avec lui sur des matières de religion, et ne lui ai jamais trouvé d'autres
core de l'ouvrage qu'il avait entre les mains contre Auberlin, qu'il espérait pousser jusqu'à la démonstration, ne souhaitant la prolongation de sa vie que pour donner encore à l'Eglise ce dernier témoignage de sa foi. Je souhaite qu'on cherche au plus tôt un si utile travail parmi ses papiers, et qu'on le
vail ne se perdra pas, et qu'il s'en trouvera donne au public, non-seulement pour fermer
une partie considérable parmi ses papiers. Au reste, il a voulu entendre la Messe pendant tous les jours de sa maladie; et je n'ai jamais pu obtenir de lui qu'il s'en dispensât les jours de fête. Jl me disait en
la bouche aux ennemis de la religion, qui sont ravis do publier qu'il est mort des leurs; mais encore pour éclairer des matières si importantes, auxquelles il était si capable de donner un grand jour. Quoiqu'il n'ait-pas
riant qu'il n'était pas naturel que ce lût moi plu à Dieu de lui laisser le temps de faire sa
qui l'empêchât d'entendre la Messe. Il n'a jamais cru être assez malade pour s'aliter ; et il sest habillé tous les jours, jusqu'à la veille de sa mort ; et il recevait ses amis avec sa douceur et sa politesse ordinaire. Son comage lui tenait lieu de force; et, jusqu'au dernier soupir, il voulait se persuader que son mal n'avait rien de dangereux. A la tin étant averti par ses amis que ce irai pouvait le tromper, il différa sa confession au lendemain, pour s'y préparer davantage : et si la mort l'a surpris, il n'y a eu rien en cela de fort extraordinaire. C'était un vrai Chrétien, qui fréquentait les sacrements. Il les avait reçus à Noël, et, à ce qu'on dit, encore depuis avec édification.
confession et de recevoir les saints sacrements, je ne doute pas qu'il n'ait accepté en sacrifice agréable la résolution où il était de la faire le lendemain. Le roi, à qui vous désirez qu'on fasse connaître ses bonnes dispositions, les a déjà sucs, et j'ai en cela prévenu vos souhaits. Ainsi, Mademoiselle, on n'a besoin que d'un peu de temps pour faire revenir ceux qui ont été trompés par les faux bruib qu'on a répandus dans Je monde. Sa Majesté n'en a jamais rien cru; je puis, Mademoiselle, vous en assurer : et tout ce qu'il y a de gens sages qui ont connu, pour peu que ce soit, M. Pellisson , s'étonnent qu'on ail pu avoir un tel soupçon. C'est ce que j'aurais eu l'honneur de vous dire, si
(.322) Celte lettre et la suivante furent imprimées point été recueillies daiss l'amie ^...i le temps sut uuc feuille volante, ci elles n'ont Œuvres Je Ba^u.t.
ienne collection des
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
je n'étais obligé daller dès aujourd'hui à
Versailles, et dans peu de jours, s'il plaît à Dieu , dans mon diocèse. Je m'afflige cependant, et je me console avec vous de tout mon cœur, et suis, avec i*eslime qui est due à votre vertu et a vos rares talents, etc.
LETTRE CLXVI bis.