‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 196 sur 458 · SUR LA MORT DE M. PELLISSON · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE M. PELLISSON

Quoique la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire, Monsieur, sur la mort de M. Pellisson, ait sufîi pour vous persuader qu'il est mort bon Catholique, j'ai cru que je vous ferais plaisir de vous envoyer copie de celles que M. l'évêque de Meaux a écrites sur le môme sujet à deux personnes de mérite. Un si sûr témoignage achèvera de détromper ceux de votre connaissance qui auraient pu se laisser surprendre aux faux bruits que quelques protestants ont fait courir contre là sincérité et la piété de ce zélé défenseur de la foi. Tout ce que je vous ai fait savoir sur son sujet m'a été confirmé de nouveau, excepté ce que je vous ai dit du temps de sa conversion, qui n'arriva qu'en 1670. Depuis cet heureux changement, on n'a jamais remarqué en lui le moindre doute sur les vérités catholiques ; et on y a au contraire reconnu de jour en jour un nouvel amour pour l'Eglise, et un zèle plus ardent pour la défense de ses vérités. La seule erreur que l'on ait remarquée en lui, disait agréablement un illustre abbé, est celle d'être mort plus tôt qu'il ne pensait. C'est pourquoi jamais entreprise ne fut plus extravagante que celle de vouloir faire passer sa conversion pour un changement politique, sa conduite depuis ce temps-là pour une comédie honteuse, et sa mort pour une preuve de son hypocrisie. Je ne sais si on a jamais vu dans aucun huguenot converti, plus de caractères d'une vraie et sincère conversion à la foi catholique, qu'on en a toujours reconnu dans M. Pellisson. La tentation la plus ordinaire aux gens mal convertis, est contre le sacrement adorable de l'Eucharistie. Ce mystère estl'écueil contre lequel ils se brisent, et où leur conversion échoue. Au contraire, il n'y a guère de marque plus visible ni de preuve plus certaine delà sincérité de la conversion d'un prolestant, que les témoignages constants qu'il rend de ia fermeté de sa foi sur le saint sacrifice de l'autel, d'un respect extraordinaire et d'un amour tendre pour ce sacrement. Et c'est justement ce qui a éclaté dans la personne de M. Pellisson d'une manière toute singulière, et qui fait voir que ce même mysièie, dont quelques protestants publient si faussement qu'il n'a pointvoulu entendre parler h la mort, et qu'ils prennent pour fondement de leurs calomnies, a été les saintes délices

de cet excellent catholique, et i'objel plus tendre piété.

Ce qui m en est revenu , sans que j'en aie fait aucune recherche, m'a beaucoup consolé;

et comme je suis persuadé qu'il fera le même effet dans votre cœur, je vous le rapporterai, Monsieur, bonnement et avec simplicité. Si les protestants qui le pourront voir s'en moquent, je suis assuré que les Catholiques à qui vous en ferez part en seront fort édifiés, et qu'ils béniront Dieu, en voyant dans une personne dont on leur a voulu rendre la conversion suspecte, une foi si parfaite et si bien soutenue par tous les endroits de sa vie.

11 ne se convertit qu'après s'être instruit ci fond de la vérité de ce mystère par lélude de la tradition, et après avoir achevé de s'en convaincre pnr la lecture du livre de La perpétuité de lu foi de l'Eglise catholique sur l'Eucharistie.

Il célébra depuis, tous les ans, l'anniversaire de sa conversion, en assistant au saint sacrifice de la Messe, et en communiant à la victime qui y est offerte.

Il a fréquenté ce sacrement dans le reste de sa vie avec une piété exemplaire, et dont les religieux de Saint- Germain des Prés ont toujours été fort édifiés.

Il s'y préparait par le sacrement de la pénitence, et les révérends PP. dora Thomas Rlampin, dom Michel Germain, et dom Jacques du Frische , religieux de celte abbaye» qui ont été ses confesseurs, ont été témoins de sa foi, et de son respect envers ce mystère.

Les prières courtes et pleines d'onction qu'il fit imprimer, pour aider les autres à assister avec plus de religion à la célébrailion de la sainte Messe , soi. t une preuve de son zèle pour la sainteté de ce sacrifice.

Il ne se contenta pas d'y travailler luimême; il y engagea ceux qu'il connaissait les plus propres à y contribuer : et ce fut lui qui inspira à feu M. Le Tourneux le dessein de l'Année chrétienne, cet ouvrage si édifiant et si utile, qui contient la traduclion du Missel, et l'explication des épîtres et des évangiles qui se lisent à la Messe dan?, le cours de l'année.

Dans toutes les occasions qui se sont présentées, il a pris la plume pour défendre la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ au saint Sacrement, et la vérité du sacrifice de l'Eucharistie : ses livres en font foi.

Les instructions qu'il a données oc vive voix sur ce mystère, à un grand nombre do protestants qui pensaient à se convenir, et à d'autres qui l'avaient déjà fait, ne sont guère moins connues que ses ouvrages publics.

Il a éié si appliqué les vingt dernières années de sa vie h la conversion deshugue-

(323) Celle lettre n'est pas de Bosstict. Elle fut imprimée avec les lettres de ce prélat sur la mort de Pellisson. Nous avons cru devoir la conserver pour honorer la mémoire d'un homme également

OEuvpîs compl. de Bossust X.L

cher à la religion et aux lettres, indigneir.Piîl calomnié par les ennemis de l'Eglise catholique.

(/•.'i//.'. de Vers.)

a l VîUS COMPLETES DE DGSSUET,

nota, >,ui communément onl pins d'opposition à la rérilé de l'Eucharistie qu'à pas un

autre article contesté, que < eui mêmes oui , nt faire croire au monde que M. Pelftsson est mort protestanl ne peuvent s'empêcher d'avouer et de publier en même temps que l'Eglise perd eu lui un puissant instrument pour les ttonversions. Ils pouvaient .-.jouter que le zèle qu'il avait pour le salut de ses frères le portait à les assister avec une' libéralité qui allait au delà de ses force-; . quoiqu'il ait laissé suffisamment de quoi payer les dettes que sa charité pour eui lui a l'ait contracter.

Son amour pour l'Eucharistie l'attirait puissamment au pied des autels. 11 avait un-' dévotion particulière à y venir répandre son cœur dans la prière, et on l'a vu nès-souvent en faire de très-longues et îrèséJifiantcs devant le saint Sacrement.

On l'y a surpris plusieurs fois tout prosterné : et le révérend P. dom Simon Bougis remarqua un jour, d'une tribune où il était, que M. Pellisson s'élant reconnu seul dans l'église, s'y tint fort longtemps proslerné devant le saint Sacrement, et qu'il fut obligé de l'y laisser quand il se retira de la tribune.

On a aussi remarqué que lorsqu'il allait par la ville, et qu'il était avec des personnes jamilières, il descendait souvent de carrosse ] our aller adorer lo saint Sacrement dans les églises par-devant lesquelles il passait.

Je sais môme que sa piété envers le saint sacrifice de la .Messe lui inspira d'en fonder une, i'I y a quelques années : et ce qui est bien contraire à l'hypocrisie, il l'a fondée sous le nom d'un de ses amis, afin de cacher celte bonne œuvre aux yeux des hommes, comme il l'a fait en plusieurs autres occasions, et que le sacrifice en fût plus parfait devant Dieu. Rien n'est plus certain, car je Je sais d'original

On assure encore que, quand il se croyait offensé par quelqu'un , il avait coutume de frire dire une Messe pour lui.

Il a désiré avec empressement d'entendre la Messe tous les jours de sa maladie, et on n'a pu l'empêcher de suivre ce désir les jours de fête.

Il s'est disposé à recevoir le saint viatique, aussitôt que ses amis l'ont assuré qu'il était en danger.

Enfin il est mort la plume à la main pour la défense de la transsubstantiation.

Je doute, Monsieur, que tout cela soit trouvé, par des gens raisonnables, fort propre a prouver au public que M. Pellisson est mort huguenot: mais je suis assuré que tous huguenots qui ont de l'honneur et de la bonne foi auront honte qu'il y ait eu parmi eux des personnes assez aveugles ou d'assez mauvaise conscience, pour répandre dans le monde une fable aussi ridicule que celle-là, et si propre à décrier la conduite . . pani protestant.

Joue vous en dirai pas davantage, Monsieur : si vous voulez connaître toutes les excellentes qualités de M. Pellisson, et voir en sa personne le portrait d'un des plus honnêtes hommes qu'en ait vus dans ce siècle, vous n'avez qu'à lire l'élogo qu'en a fait une illustre amie, et qui se trouve dans le Mercure galant du mois de février dernier. Je suis , Monsieur avec respect, etc.

Ce G mars 1693.

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