‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 215 sur 458 · DE M. VU1TASSE, PROFESSEUR DE SORBONNE · texte numérisé non relu

DE M. VU1TASSE, PROFESSEUR DE SORBONNE

Sur ce qu'on l'a accusé injustement de penser comme M. Cailly sur la transsubstantiation.

Etant allé après dîner chez M. l'abbé Pi-

PART. \ïV LETTRES DIVERSES.

rot, il m'a montré une lettre <;'i • Votre Grandeur lui a faii l'honneur de lui écrire,

dans laquelle elle lui marque qu'on lui a mandé que je suis du sentiment de .M. Cailly ; ce qu'elle ne peut croire. Je ne saurais, Monseigneur, assez remercier Votre Grandeur de cet avis qu'elle m'a fait donner , et de l'affection qu'elle me témoigne en celle occasion. Ce sont de nouvelles marques de votre bonté qui me touchent infiniment : mais j'ose néanmoins ajouter, Monseigneur, qu'en ce que vous pensez de moi sur cet article, ce n'est pas seulement une grâce que Votre Grandeur méfait, mais encore une justice qu'elle me rend; puisque la vérité est que je suis et ai toujours été très -éloigné de la nouvelle explication dont il s'a-

"it g».

Je n'ai pas lu, Monseigneur, le livre de M. Cailly: mais, par ce que j'en ai pu apprendre, il me semble que ce n'est pas tant l'opinion de Durand qu'il suit, que le premier sentiment de M. Descaries, que rapporte M. Baillet dans la Vie de ce' philosophe ; ce qui est assez différent.

Durand , imbu des idées ordinaires de la philosophie péripatéticienne, mettait, selon toutes les apparences, une distinction réelle entre la matière et la forme substantielle du pain, et disait que dans l'Eucharistie la forme était détruite et changée; mais que la matière demeurait et passait sous la forme du corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, à peu près comme la matière des aliments passe sous la forme du corps de l'homme qui s'en nourrit.

Descartes au contraire prétendait que rien ne se détruisait dans le pain, ni matière, ni forme; mais que le pain , sans aucun changement physique, réel et effectif, de corps inanimé qu'il était auparavant, devenait le corps de Jésus-Christ, par la consécration et par l'union qu'il plaisait alors à Dieu de mettre entre l'âme de Jésus-Christ et ce qui s'appelait pain auparavant.

Bien loin , Monseigneur, de donner dans ces sentiments, je les ai réfutés si expressément et si formellement , que je suis étrangement surpris qu'on ait pu me les imputer. J'ai été aussitôt chercher mes cahiers, que j'ai montrés à M. l'abbé Pirot, et qui , je crois, en a été satisfait.

C'est, Monseigneur, dans l'article 3 de la 2e question de mon Traité de l'Eucharistie, que j'examine la manière dont se fait la transsubstantiation: De modo quo fit transsubstantiatio. Là, après avoir marqué les différentes opinions des philosophes sur la composition des corps et la distinction des accidents, je dis que le sentiment de presque tous les théologiens est que non-seulement toute la substance du pain. est changée en la substance du corps de Jésus-Christ, mais que la quantité même demeure comme le sujet de tous les autres accidents qui paraissent : sentiment dont j'avertis qu'il ne serait pas trop SÛr de s'écarter : Xcquc forf tutum fnerit aliam opinionem amplecti aut defendere.

je , ... Monseigneur,

suite d'une ère hislorique

s 'expliquer ce mystère:

, : Quocirca quo-

. nui (nu: "' non

i plat i:>i , historiés tanin,..

amenée par i le Durand; et

• en quoi elle consiste pi

5 sonls i, j'ajoute : Videant

Ma . pinia non displicet, qua

un illo ronciiii Triden-

i . . . quo sancitur fieri totiussubs-

tsmtim panis in corpus Christi conversionem.

Etsi tnitn mutationes umvcrsœ, quœpassim

:, dicuniur à philosophie peripate-

tidt i totius m lotum, et forte

fulmen in cas solum-

partem tantum hostiœ uli-

msècrari existimaruut , expendant

i ■: taltesn perstringantur eo quod addi-

itir. Statim enim synodus déclarant quidnam

il r post consecrationem supersit , subjicil

iiianereditntajat specics panis et vint.

De là je passe, Monseigneur, a l'explication de M. Descartes, que j'ai vue dévelope avec plus d'étendue dans un manuscrit attribué a un R P. Bénédictin, nommé des - (363). J'observe d'abord qu'elle est dure, et que ceux qui s'y rattachent font tout ■•e qu'ils peuvent pour l'adoucir. Cujus pro- Miati acerbitatem ut emolliant. Je l'exasuite; après quoi je la réfuta en ces S : Atmulla apponi possunt , eaque clarissi- ,na,ex decrelis Ecclesiœ, ipsisque adeo Scripturis petita.

mum, quod in Eucharistia non tantum

debcat esse corpus Chris! i, sed cliam caro et

sanguis Christi : panis aulem posset forte

dici corpus Christi, at nonvera ipsius caro,

Sècundum, quod corpus Christi eucharisticum sit illud idem, quod pro nobis traditum est et crucifixum : id autem de pane dici non pot'

Tertium , quod oporteat idem esse corpus, quod ea Maria Yiryinc natumest : at neque id de pane dici unqUatn potesi.

Qùartum, quod ibi admitlendum sit cori Christi omnibus organis instructum ad ,'ia • necessariiSf quale in homi-

mbus tsi : at in pane, etc.

. tjuod /'tut tratissubslantiatio , id conversio ! -dus substantiœ punis et vini. Er net eadem mat cria eademque for-

juie unie, etc.

3) Diini Kouerl des Cai>els, religieux Bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes, trèscorps par sou érudition, son application à l'étude, et son zèle pour en inspirer l'tihour à ses confières. Son trop grand dévouement au\ principes de la philosophie de Descartes l'eni 'Mi. s (U-s opinions nouvelles et dangereuses M" • nom Jésus-Christ est dans l'Eu-

n fui justement alarmé, cl on l'obligea qu'il fit, par une déclaration qui - ■ is ion ii la doctrine do l'Egl * de ses leUres, la 83' cl la 8>, a

Misant : specics

panis, ut ■ synodus, erg o panis destrui-

tur.

Sep /imam, quod corpus Christi ibi non ilividaiur, dum species franguniur : divideretur autem si esset punis.

Octavum , quod sub spec.ie panis corpus

lisii tantum sit ri verborum, sanguis autem ri concomilantiee et connexionis natura- Us, qua partes Christi Domini , qui jam a mortuis resurrexit non amplius moriturus , mter se copulanlur: at, etc.

Enfin voici, Monseigneur, comme je conclus : ïerum ista suf/iciant de Ma quorumdam recentiarum opinions, quœ à catholicis et calholico sane animo profecia nimium nteo quidem judicio delorta est , nec salis cum fidei nostrœ placitis cohœrere videtur. Lubrica cette est, eoque solo nomine a theologis non facile admittenda : de qua verbum quidem fecissemus, nisi jarti edila in lucem, nos, ut eam silentio non transiremus , admonuisset.

il me semble, Monseigneur, que j'en dis là autant que je devais par rapport à mon dessein : car, quoique je ne fasse qu'indiquer les dogmes auxquels il parait que cette explication donne atteinte , c'en est assez pour en donner un extrême éloigneraient' Je parle avec la modestie qui convient à un théologien, et à moi plus qu'à tout autre, en me servant du mot videtur. C'est aux évêques à décider ce qui en est et ce qu'on en doit croire, et particulièrement à vous, Monseigneur, que nous considérons comme une des brillantes lumières de l'Eglise. J'insinue assez ouvertement que ce système tend par lui-même à détruire ce que la tradition et le concile enseignent touchant la transsubstantiation : mais j'attendais que l'Eglise prononçât (364). J'adhère à ce que Votre Grandeur en a jugé, et prends la liberté de Ja remercier encore une fois de ses bontés à mon égard. Dès que je saurai qu'elle sera à Paris, je ne manquerai pas d'aller me présenter à -sa porte, pour le faire de vive voix. Dans l'espérance d'avoir cet honneur, je suis et serai toute ma vie, avec le profond respect que je dois, etc.

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