‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 214 sur 458 · DU P. DE LA RUE, JÉSUITE · texte numérisé non relu

DU P. DE LA RUE, JÉSUITE

Sur fa conduite de M. l'évéque d' Mais à l'égard des réunis de son diocèse; et combien il serait nécessaire que tous les évêques prissent sur ce sujet une résolution uniforme.

Un commencement de siècle si heureux doit faire souhaiter que les personnes qui, comme vous, ont fait l'honneur du siècle passé, le soient encore longtemps de celui-ci. Vous avez part à ce souhait, Monseigneur, plus qu'aucun prélat du monde; et c'est avec ces vœux que j'ose vous présenter mes respects au commencement de cette année.

11 vous a plu, Monseigneur, de me demander, lorsque je partis de Paris, il y a un an, un compte fidèle de ce que je remarquerais en ce pays, sur les affaires de la religion. J'eus l'honneur de vous mander après Pâques ce qui se passait à Montauban ; je vais vous parler des Cévennes et du diocèse d'Alais, où je travaille depuis quatre mois.

L'ouvrage y est plus avancé qu'ailleurs, pour deux raisons : l'une est qu'on ne l'a point interrompu dans le temps même de la guerre, et l'autre est la conduite particulière que Mgr l'évéque d'Alais a jugé à propos d')' observer.

Cette conduite est différente t\es autres, en ce qu'il ne s'est pas contenté déporter ses diocésains au seul devoir de la Messe et des sermons; mais en général à tous les exercices de la religion catholique.

Il s'est fondé sur ce que les anciennes lois pénales, portées par les empereurs et les rois, et souvent démandées par l'Eglise contre les hérétiques de toutes sectes, n'ont jamais fait cette distinction de la Messe et de l'instruction, d'avec les sacrements et les autres exercices.

Il s'appuie encore sur ce que les édits du roi, qui obligent tous ses sujets à mourir catholiques, sous peine de confiscation de leurs biens, les engagent conséquemment à vivre entièrement catholiques.

Sur ces principes, il ne reconnaît pour catholiques que ceux qui en accomplissent tous les devoirs. 11 n'accorde les grâces, les attestations pour recevoir les pensions, les autres marques de distinction, la délivrance des enfants qui avaient été ôlés aux pères et aux parents, qu'à ceux dont non-seulement la personne, mais la maison entière jusqu'aux domestiques, s'acquitte entièrement et habituellement, au moins depuis un an, de tous les exercices catholiques.

D'un autre côté, pour prévenir les mauvais effets de l'hypocrisie, il défeud trèsexpressément aux curés et aux confesseurs, de recevoir à la participation des sacrement', aucun de ceux dont la foi leur parait en

quelque façon suspecte : il en a même exclu certains en particulier, dont il sait la mauvaise foi par la connaissance qu"il a de leur conduite ou de leurs discours.

Ces deux pratiques unies ensemble et toujours observées avec la même vigilance et la môme fermeté ; l'une, d'exhorter à tous les devoirs, l'autre, de n'admettre au devoir des sacrements que ceux qui en paraissent vraiment dignes, ont mis l'ouvrage de la conversion au point où on le voit dans les Cévennes. Il semble en effet que ce soit le seul moyen de préserver les luis du prince du péril et de l'inutilité, et de mettre les pasteurs à couvert du reproche d'indifférence et de négligence sur ce sujet. Avec ces précaulions on ne peut imputer l'hypocrisie qu'à celui qui la commet, puisque toutes les puissances font précisément, pour l'empêcher, ce qu'il leur convient de faire.

Que n'est-il possible, Monseigneur, que l'on prenne partout là-dessus une résolution uniforme, ou selon ces mesures, ou selon d'autres que l'on jugera meilleures, et qui le seront en effet, pourvu qu'elles soient encore plus efficaces : car toutes celles qui tendent à rendre les lois inutiles, et à laisser croupir les réunis dans l'irréligion, ne peuvent être conformes ni au zèle et à la piété de Sa Majesté, nia la prudence de ses ministres. 11 arrive cependant que la diversité de conduite et de maximes nuit autant au progrès de la conversion, que le pourrait faire l'abandonnement entier de cet important ouvrage. Nous l'éprouvons ainsi par l'endurcissement des jeunes gens, que l'exercice de la religion a rendus depuis quinze ans plus intraitables que leurs pères ; ce qui doit faire trembler pour l'avenir, si l'on ne convient promptement du vrai moyen de les engager à l'exercice. Au nom de Dieu, qui vous a donné, Monseigneur, la force de commencercettesainte révolution, employez toute la lumière, l'ardeur et le crédit que vous avez, pour voir de vos propres yeux la fin et la perfection de votre ouvrage. On ne peut s'imaginer, parmi les nouveaux convertis, que le roi la veuille efficacement, tandis que l'on remarquetant de diversité, et même d'opposition, dans le procédé de ceux qui font exécuter ses ordres dans les provinces. Pardonnez-moi, Monseigneur, cette expression de ma franchise et de ma sincérité, et me faites l'honneur de croire que je suis avec une profonde vénération et un parfait dévouement, etc.

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