‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 238 sur 458 · AU CAHUINAL DE AGUIRRE · texte numérisé non relu

AU CAHUINAL DE AGUIRRE

Sur la paix, et la charge de premier aumônier de Mme la duchesse de Bourgogne, dont le roi laçait honoré.

La paix tant désirée par Votre Eminence

dans les lettres dont elle m'honore, et encore dans la dernière plus ardemment que jamais, est enfin venue du ciel, attirée par

Ibid.

Kpisl

p. 87, 106, 107, 108, 100, etc.

30, t. il Couc, col. 1°2'J0.

PAKT. XIV. LKTTRKS DIVF.R-

vos pieux vœux. L'empereur a signé comme Votre Eminence le souhaitait tant, et la guerre est finie de tous côtés : Dieu veuille nous conserver un si grand bien , et bénir nos rois et nos princes. Le roi m'a honoré de la charge de premier aumônier de Mme la duchesse future de Bourgogne, qui est la première de sa chapelle et de sa maison. J'ose en donner part à Votre Eminence, comme à un ami, puisqu'elle veut bien nu'honorçr de celte qualité d'une manière si tendre : c'est sans déroger au respect sincère avec lequel je suis, etc. (441).

EP1STOLA CCXLV.

CARDINALIS DE AGUIRRE

De prœlali nepote, deque pare novissime sancita ipsum alloquitur.

Quo sœpius ad me scribas, aut rescribas, eo libenlius litteras tuas accipio. Hoc ipsum nibi conligit, acceptis nuper iis quas dedislï

per manus

tirâtes iiaque refera m us Deo nostro, qui lot la cœdibus, discordiis et desolatïonibus pro-

vicesima die Auausti , traditas

tui ex fratre.

prœsertim in

iomni archidiaconi nepotis Ejus erudilionem singularem, rébus sacris, et disciplina ecclesiastica, et doctrina morum saniore, a te modo teslatam nullus dubito qualem asseris, nec despero me insuper experimento aliquo probaturum, antequam ipse in Galliam redeat. Félix i'Io qui patruum, pastorem , et magistrum in doctrina et moribus talem nactus est, qui quolidie Ecclesiam suam Meldensem imo et catholicam quanta est, aureis suis scriptis munit et illustrât adversus helerodoxos et errores quosque.

Haee dum suggero, aut dicto amanuensi meo, ingentem laetitiam cordis vix cohibere possum, dum audio novissiiue hue pervenisse nuntium expressum , ut vocant, ad Sanclissimum de pace universali landiu desiderata, et jam inita in orbe Christiano. Ita certe optabam, et precabanlur omnes pii, omnes boni alque requi amantes, cujuscunque riationis sint. Qualescunque orationes me»ac meorum ad Dominum, qualiacunque officia erga principes et primos Cathobcœ Majestalis minislros sœpius lilteris consignata, et a me nominaiim subscripla, eo collimabant. Novit i 1 le qui scrutalur hominuui corda, et lot pioruin ac miserorum preces irritas manere non est passus. Lœtare mecum, vir clarissime, de pace ista : et simul cum aliis gravissions prœsulibus celeberrimœ Ecclesiœ Gallican®, prœsertim 'Riiemensi, Parisiensi, Aurelianensi et Abriueensi, quos idenlidem a le salulalos velira nomine meo; cura et exhorlare, uti pax ista solida et secura sit, nec ad horam aut dirai tanlum durans, instar hortorum Àdonidis, ut olim Plato loquebatur. Sanctissimus Pontifex hoc ipsum oplabat, et assidue alque ardenler precabatur , qua scriplo , qua verbo, qua orationibus privalis et publiais.

(441) Celte lettre est sans cialc; mais la paix dont elle parle m on Ire qu'elle est de 1(>97. BoSSuet l'a étiiie en français, ainsi qu'une autre qui suivra .

et nrljiu ni ura in

singu

optalum finem impoari licet exprimera

vinciarum suit. Nec

hoc loco, cum notitia nupernme Urbom, sit adhuc vaga, nec satis disllncta;

inen

prœsertim cum iioc ipso vespere ojms :

mittendi epistolam islam ad cursorera Gallicum , post paucas horas egressurum, Te Deus interea, illustrissime Autistes, bene valentem atque incolumeio servet.

Dabam Romœ, die 20 Septembris 1C97.

LETTRE CCXLVI.

AU CARDINAL DE AGUiRRE.

Sur la nouvelle année, la paix, et la joie qu'il a d'apprendre des nouvelles de ce cardinal. Aux approches du renouvellement de l'année, je la souhaite heureuse à Votre Eminence, comme je le ferais à moi-mêtne ; puisque vous avez bien voulu que i'amitié nous fît une même chose. Je suis si touché, Monseigneur, de cette grâce, que je ne vous la puis assez exprimer. On commence à coûter ici les fruits de la paix, que Notre Eminence a tant désirée, qu'elle l'a enfin attirée du ciel par ses vœux. Je suis ravi quand je vois de vos nouvelles dans les lettres dont vous m'honorez, dans celles de M. de Reims, et surtout dans .celles ue l'abbé Rossuet, que je vous prie d'hon • norer toujours de votre protection, et dans l'occasion de vos conseils. Je suis avec tout le respect et toute Ja tendresse possible, etc.

A Versailles, ce 30 décembre 1697.

A M. DE LA BROLE, ÉVÈQLE DE MIREPOIX.

7/ lui propose ses difficultés sur la conduite qu'on voulait tenir à l'égard des protestants pour les ramener à l'Église, et lui déclare la manière dont il désirait qu'on se conduisit à leur égard.

Je suis fâché de nie trouver d'un avis si différent du vôtre et de celui de M. de Rasville, sur la contrainte des mal convertis, pour la Messe. Quand les empereurs ont imposé une pareille obligation aux donatisles, etc., c'est en supposant qu'ils étaient convertis ou se convertiraient : mais les hérétiques d'à présent, qui se déclarent eu ne faisant point leurs pâques , doivent plutôt èlre empêchés que contraints à assister aux m j stères; d'autant plus qu'il parait que c'est une suite de les contraindre aussi pour faire leurs pâques, ce qui est expressément donner lieux à des sacrilèges affreux. Si néanmoins vous avez des raisons à opposer à celles-ci, qui justju'ici m'ont paru décisives, je lâcherai d"v entrer.

Quant au bruit qu'on a répandu

qu'il y

parce que le cardinal de Aguirre lui avait marqué qu il entendait aisément celle langue.

CEI VRES COMPLETES i>F. BOSSU ET.

irai) quelques article- secn ts en lear faveur •vec PAngleterre, il n'y aura <in.> le temps t|in les en désabusera h fond. Je m" vois qu'un cas de les pousser par des contraintes el amendes pécuniaires; c'est celui où l'on saurait que [es faibles, qui ayant envie de revenir, en v""t empochés par la violence

s ràm réunis, seront déterminés par l'aulorité. Mais comme lo nombre de ceux-là en ce i aj 5-ci est petit, et que le grand nombre sans comparaison esl relui des vrais opiniâtres, le remède que l'on propose aura en

peu d't fficace. On pourrait les contraindre aux instructions : mais, selon les connais- Bances que j'ai, cela n'avancera guère; et je crois qu'il faut se réduire h trois choses : l'une, de les obliger d'envoyer leurs enfants aux écoles , faute de quoi , chercher le moyen de les leur ftter : l'autre, de demeurer fermes sur les mariages ; la dernière, de prendre un grafld soin de connaître en particulier ceux de qui on peut bien espérer, et de leur procurer îles instructions solides, et de véritables éclaircissements : le reste doit être l'effet du temps et de la grâce de Dieu ; je n'y sais rien davantage. Le premier article I eut avoir avec le temps un bon effet, surtout si on prend garde à procurer de bons curés et de bons maîtres d'école aux paroisses, qui puissent faire impression sur ces âmes tendres : ce sera semer le bon grain, qui fructifiera en son temps. Je finis en vous assurant de mes respects, et vous suppliant de les présenter à M. de Rasyille.

A Paris, ce 15 juin 1698.

J)E M. DE MIREP01X, A M. DE BASYILLE (442).

J'ai reçu, Monsieur, la réponse de M. l'évoque de Meaux, bien différente de celle que j'attendais : la voici dans les mêmes termes, afin que vous jugiez mieux des fondements de son sentiment, qui me paraissent aisés à détruire.

« Je suis fâché de me trouver d'un avis, »etc. (Voy. la lettre précédente.)

Vous voyez bien, Monsieur, qu'il n'est y as malaisé de répondre à toutes ces raisons. Premièrement, les obliger à la Messe n'est nullement un engagement à les obliger à faire leurs piques; à quoi on ne saurait penser sans horreur. Secondement, quand il dit que les nouveaux convertis doivent plutôt être empêchés que contraints d'assister aux mystères, il regarde l'assistance de même que là participation aux mystères, selon l'ancienne discipline de l'Eglise, qui n'y mettait pas en effet une grande différence. Mais il est certain que la discipline est changée; et l'Eglise n'excommunie pas aujourd'hui tous les pécheurs à qui ses pasteurs refusent l'absolution : elle les oblige au contraire, aussi bien que les fidèles qui

sont en état de grâce, à assister aux exercices ; on peut môme, et on le doit quelquefois, imposer à un de ces pécheurs, à qui on refuse l'absolution , l'obligation d'assister souvent ou tous les jours à la Messe. Or il n'en faut pas davantage pour faire voir que si les pécheurs sont exclus d'ollrir lo sacrifice de l'autel avec le prêtre et avec Jésus- Christ, qui est le principal prêtre, a cause de l'étal de péché qui les empêche d'être un même corps avec lui, ils y peuvent assister utilement en une autre manière; non comme prêtres qui offrent le sacrifice avec le prêtre, mais comme fidèles pour qui le sacrifice est offert. Je me souviens d'avoir expliqué à fond cette différence dans un sermon sur le sacrifice, que vous avez entendu à Montpellier, et que* M. de Meaux a entendu à Paris. Mais M. de Meaux suppose lui-même cette différence; puisqu'il dit que dans les lieux où les faibles, qui ayant envie, etc. Car en quelque grand nombre que se trouvassent ces faibles, il ne voudrait pas qu'on Jes contraignît tous à faire leurs pâques : or, celte différence posée, tout ce qu'on objecte n'a aucune difficulté. Troisièmement, quand M. de Meaux dit que les empereurs, qui ont obligé les donatistes à assister aux mystères, ont supposé qu'ils étaient convertis, il se trompe manifestement : il n'y a sur cela qu'à lire la lettre de saint Augustin à Vincent Rogatiste (443). Ce qu'il ajoute, ou qu'ils se convertiraient, est très-véritable; et c'est aussi ce que nous espérons, au moins de la plus grande partie de ceux que l'on contraindra à assister aux mystères.

Ainsi, Monsieur, je ne crois pas que nous devions, changer de sentiment : je le manderai à M. de Meaux. Le quiétisme l'occupe si fort, qu'il ne lui a pas laissé le temps d'approfondir notre question : il a été frappé des sacrilèges qu'on lit faire dès les commencements ; et cette idée l'a empêché de distinguer l'assistance d'avec la participation aux mystères.

Ce qu'il dit sur les mariages est fort bon : mais si le roi et les magistrats royaux ne punissent pas ceux qui vivent ensemble comme mariés, sous prétexte que les curés ne les ont pas mariés à la première réquisition, et sans qu'ils aient donné des preuves suffisantes de catholicité, la fermeté que nous aurons sur cela ne servira qu'à remplir le royaume de concubinages.

J'ajoute à ce que M. de Meaux dit des mariages, que si le roi voulait qu'il en fût de tous les emplois, de toutes les professions, commissions, etc., comme il est de droit divin des mariages; c'est-à-dire qu'il fallût être Catholique pour y parvenir, et a.voir donné auparavant des marques certaines de catholicité, il aurait bientôt converti tous les réunis de son royaume; et il ne lient qu'à

I '•- Comme nous n'avons pas la letlre de M. quée avec plusieurs autres pièces relatives au même

|ne de Mirepoix à M. de Meaux, nous donnons sujet, par feu M. le président de Wonlievaux , ttls

ki celle fpfrl écris il à M. de Basville, en réponse à de M. de Basville. b l.-ure de Bossuet, et qui nous a éié comrauni- (443) Episl. 5)3, t. IL

«I2f> l'ART. XIV. LETTRES DIVERSE 8

lui d'en faire uin* déclaration, ou de I ordonner en quelque autre manière qu'il le jugera à propos.

Je prends part au reste, Monsieur, n la joie que vous avez de voir toute votre illustre famille réunie pour quelques jours à Montpellier. Si l'honnête homme que vous connaissez ne me tenait ici par deux appels comme d'abus, et par deux autres procès par-dessus, j'irais faire ma cour a M. le président de Lamoignon , à qui je vous supplie d'offrir mes respects. Je j>uis toujours trèsrespectueusement, etc.

A Toulouse, ce 30 juin 1G98.

cher Seigneur, je me suis souvenu d'un endroit de saint Augustin, qui est cité dans l'ouvrage que vous savez ; mais non pas avec l'exactitude qui est à désirer dans cet ouvrage (445). C'est celui du chapitre IV Dr correptione et gratta, après !e passage d'J>ther et de Mardochée, pour montrer que les volontés humaines ne peuvent pas résistera ta volonté de celui qui fait tout ce qui lui plait dans le ciel et dans la terre, c'est là qu'il faut insérer ces mots : '< Ce qui n'est pas vrai

seulement à cause qu'il fait ce qu'il veut de ceux qui n'ont pas fait ce qu'il a voulu. * De fus gui faciunl quœ non vult, ipse finit quodvult : « mais encore à cause qu'il tourne où il lui plaît, et comme il lui plaît, les volontés les plus rebelles. Ainsi, etc. » Voilà

de m. morel, vieAiRE gén. de Toulouse (444). tout le plan de saint Augustin sur cette ma-

Sur la conduite qu'on tenait en Languedoc, à l'ère. l'égard des nouveaux convertis.

Nous avons tous une si grande vénération pour vous, Monseigneur, dans nos provinces, qu'un chacun désire avoir l'honneur d'être connu de vous. Pour moi, je ne doute pas, Monseigneur, que ceux qui viendront après nous dans les siècles à venir ne vous révèrent, et tous vos ouvrages, comme nous révérons les anciens Pères de l'Eglise et leurs ouvrages.

L'Eglise vous est obligée, et à Mgr l'archevêque de Paris, de la destruction du

Au reste, Monseigneur, je goûte avec joie dans ma solitude le plaisir de vous voir appelé de Dieu à soutenir la doctrine de saint Augustin sur la grâce, et sur la nécessité d'aimer Dieu d'un amour du moins commencé, pour être véritablement converti et capable d'être justifié. On fait les derniers efforts pour étouffer celte doctrine, sans laquelle il n'y a point de christianisme , sous prétexte de piété et de l'efficace des sacrements. Si la doctrine contraire s'établit jus- ,,ar la deslI que dans l'épiscopat, comme je vois qu'on

quiétisme en France : car sa Réponse à M. de > travaille, tout est perdu. C est a vous qu il Cambrai, et votre Relation, obligent tout le es 'éserve de détruire cette doctrine : j y monde dans nos provinces a prévenir la con

damnation de Rome.

J'espère, aussi, Monseigneur, que vous entrerez dans le sentiment de Mgrs les évoques du Languedoc, touchant la conduite qu'ils jugent à propos que l'on tienne à l'égard des nouveaux Catholiques de ce royaume, et que par ce moyen le grand ouvrage de la destruction du calvinisme se consommera en France. L'expérience que j'ai depuis plus de vingt années que je suis chargé de leur conduite etdeleur instruction en qualité de vicaire général, me persuade que si on ne les oblige aux exercices extérieurs de la religion, l'athéisme succédera en France au calvinisme. Je n'ai jamais été d'avis qu'on les obligeât à recevoir les sacrements, mais seulement aul exercices extérieurs. J'ai l'honneur d'être avec respect, etc. Joseph Morel, prêtre et vicaire général.

A Toulouse, ce 20 août 1698.

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