A M. BRISACIER, SUPÉRIEUR DU SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES
7/ fat expose les erreurs de l'écrit intitulé « Judicium xinius , etc. , » composé par
esprit rè^ne en Angleterre et en Hollande trop visiblement; mais, par malheur pour les âmes, il ne s'introduit que trop parmi les Catholiques. Ce livre autorise cesenlinu en faisant tous les hommes, île quelque religion qu'ils soient, capables du salut. L'auteur fait servir à celte doctrine la volonté générale de sauver tous les hommes; d'où il conclut (pie la religion véritable a pu être dans tous les peuples: et comme celte volonté subsiste toujours , il doit tirer la même conséquence du temps présent .
comme il a fait de celui qui a précédé l'Evangile.
Il est vrai qu'il reconnaît que les sept nations dont les Juifs étaient environnés, la Chaldée, la Grèce et tout l'empire romain, ont été vraiment idolâtres. Mais si on le pousse, en lui demandant si Dieu ne voulait pas sauver ces peuples comme lesautres, il sera contraint d abandonner son système, ou de trouver des excuses à ces idolâtres, en disant, comme il l'insinue en quelques endroits, qu'on a pu adorer le vrai Dien sous le nom de Jupiter, ainsi du reste; puisque u.èïiie il approuve les auteurs qui disent que les anciens Germains ont adoré le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sous le nom du soleil, de la lune et du feu; c'est-à-dire, de Jupiter, de Junon et de Vulcain.
Mais il s'attache particulièrement à justifier les anciens Perses, comme ayant connu le vrai Dieu, et môme le Messie : et il entreprend de prouver la première partie, même par l'autorité de l'Ecriture; à cause, dit-il, qu'il n'est pas probable que les Perses aient été choisis pour détruire l'idolâtrie de Babylone, et rétablir le temple de Dieu, s'ils ne l'eussent pas connu et servi de tout temps: ce qu'il confirme par Cyrus, que Dieu appelle son Christ dans Isaïe qui déclare lui-même que le a donné le royaume.
[Isa. xlv, 11, t!.
Dieu du ciel lui
(i6o) Il publia ce! écrit pour servir de défense aux. livres que tes pères Le Comte et Gobicn, Jésuites, a\aiei,i donnes en faveur de la religion ci du cube
îles Chinois, et qui avaient été censurés par la Faculté de théologie de Paris.
• 4 IVRES COMPLETES 1>K BOSSl ! 1
uns
discours est d'une prodigieuse témériléi puisque, dans le même prophète Isaïe, Dieu dil deux fois s Cyrus: Vous ne m'avez punit connu(lsai. xlv, 1,3 j où saint Jérôme interprète qu'il avait servi de Faux dieux:
/(/ /<! Ct'ltlISti.
Ce que répond l'auteur à ces passages précis est incroyable. C'est qu'encore que Cydis connût le vrai Dieu, il ne savait pas que les Hébreux en fussent les adorateurs» et qu'aussitôt qu'il l'a su, il a reconnu que le Dieu des Juifs était le vrai Dieu du ciel, que lui-même il avait toujours servi : connue si l'un pouvait soupçonner que Dieu eût fait l'injustice à Cyrus de lui dire qu'il ne le
anaissait pas, sous prétexte qu'il ne savait pas qu'il lût le Dieu d'Abraham et des Juifs i quoique d'ailleurs lui et les Perses lès connussent de tout temps, par la tradition perpétuelle venue de Noé.
L'auteur passe jusqu'à assurer que nonseulement Cyrus, mais encore les autres mis de Perse, n'ont changé leur ancien culte véritable que depuis qu'ils ont été subjugués par les Crées : où il paraît qu'il a oublié lé Livre d' Esther, où les Perses et leurs rois sont appelés avec horreur des incirconcis. Vous savez, Seigneur, (lisait Esther (Esther xiv, 15, 16, 17), queje hais la gloire des impies, et que je détente le lit des incirconcis et de tout étranger. Vous savez la nécessité qui m oblige de porter sur ma tête le signe d'orgueil et de gloire que j'ai en abomination, que je le déteste comme ce qu'il y a de plus immonde, et que jenele porte pas dans les jours démon silence, mais seulement dans les jours d'ostentation et de cérémonie. Vous savez enfin que je n'ai jamais mangé à la table d'Aman; et que s'il m'a fallu manger à celte du roi mon mari, je tic me suis pas plu dans ce banquet, cl je n'ai pas bu le vin des effusions.
Qu'Eslher ail parlé ainsi d'un roi et d'un peuple qui aurait servi le vrai Dieu, et lui aurait offert de pieux et véritables sacrifices, c'est ce qui n'entrera dans l'esprit de personne.
On lit encore dans le même livre ces parolesde Mardochée (Esther xm, 12, 13, lï) : « Vous savez, Seigneur, que ce n'est pas par orgueil que j'ai refusé d'adorer le superbe Aman; car j'aurais volontiers baisé ses pas pour le salut d'Israël : mais j'ai craint de transférer l'honneur de mon Dieu à un homme. »
Ce qui fait voir que la vraie raison du refus de Mardochée, c'est que le culte divin que les Perses, comme l'on sait, rendaient à
.i s rois, s'appliquait par proportion à leurs favoris, dans lesquels reluisait leur puissance.
De là venaitcelteordonnance publiée par J)a-
is roi de Perse, à la commune sollicitation tous les satrapes : Que si quelqu'un osait ■1er quelque prière à quelque Dieu ou à homme que ce fût, excepté au roi durant trente jours, il serait jeté daus la fusse «» ■ [Dan. vi, 7 ) Voilà cesacto-
> a leurs du vrai Dieu, qui se font des dieux
.-mé ues de leurs rois, et que les saints
regardent avec horreur, comme on a vu que lit Esiher. C'est aussi ce qui obligea Mardochée à avertirla même Est lier de ne point déclarer son peuple (Esther m, 8); parce qu'il
savait <pie c'était un peuple odieux aux Perses, et qu'Aman aussi décriait au roi, comme un peuple dont les singularités devaient être en horreur au roi et à tout l'empire des Perses.
C'est encore ce qui fait dire à la même reine, dans sa prière (Esther xiv, 9, 10) : Que les Perses voulaient fermer la bouche à ceux qui louaient Dieu pour ouvrir celle des gentils, et leur faire louer leurs idoles.
Après cela, il est étonnant qu'on veuille, par de petites conjectures, faire passer les Perses pour un peuple vraiment religieux, sous prétexte que Cyrus aurait connu le Dieu du ciel, et (pue Darius aurait ordonné (ju'on payât les frais des sacrilices, de ses propres revenus, dans le temple de Jérusalem, à la charge qu'on prierait pour la vie du roi et de ses enfants (1 Esdr. i, 6 ); sans songer qu'il est écrit dans les Machabées (// Mach. m, 3), que Séleucus, roi d'Asie, avait donné un ordre semblable, sans que pour cela on puisse conclure que les Syriens, qui n'avaient point d'autre religion que celle des Grecs, eussent servi le vrai Dieu.
C'est ignorer les premiers principes de la théologie, que de ne pas vouloir entendre que l'idolâtrie adorait tout, et le vrai Dieu comme les autres. Cyrus peut avoir été dans la même pratique; et Dieu se sera servi de lui pour faire en laveur de son peuple ce que les prophètes en avaient prédit. Il se peut aussi qu'il ait connu Dieu, comme avait fait Nabuchodonosor (Dan. ni, 93, 9J , 103, etc. ), sans que celte connaissance ait eu de suite. Mais il est beaucoup plus croyable qu'il n'a jamais eu ie vrai culte ; puisqu'on lui voit, dans Xénophon, toujours invoquer le soleil avec le Jupiter de son pays; quel qu'il soit, lui offrir des sacrilices, et pratiquer la divination par les entrailles des animaux immolés.
On voit aussi, dans le dernier discours qu'il lient à ses enfants, qu'il se sert de la doctrine de l'immortalité de l'âme, pour leur persuader de suivre ses derniers ordres, et leur faire croire qu'il serait toujours vivant, pour les y obliger. Voilà comme sont faits ces princes, qu'on nous veut donner pour si religieux ; et les Chinois peuvent l'avoir été au même prix.
Au reste, on assure trop positivement que les Perses n'avaient point d'idoles : car encore que cela soit vrai des idoles à ligure humaine, on doit croire qu'ils en avaient d'autres ; puisque Esiher le remarque ainsi au lieu que nous avons allégué. (Esther. miy, 10.) Et en effet, Zoroastre donne expressément chez Eusèbe la tête d'un épervier à son dieu, comme l'auleur l'a remarqué luimême. Il croit se sauver en disant que c'était une image hiéroglyphique, comme si tes sortes d'images n'avaient pas pu devenir des idoles chez les Perses, à la manière ûas autres 1 Je n'empêcherai pas qu'on ne ré-
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
iro
ponde au passage ù'Esther, que le terme d'idole y est employé pour signifier toute
fausse divinité : mais toujours ii demeurera rentable que la Perse adorait de faux dieux, et que par un faux culte elle se rendait exécrable aux adorateurs du vrai Dieu.
sures expresses, si l'on ne veut donner rouis a l'indifférence des religions. Il ne faut pas se flatter sur l'impertinence de l'auteur, qui fera tomber son livre connue de lui-même : car, tout ignorant qu'il est, il se donne un air de savoir qui éblouira tous les esprits
Que sert do nous opposer après cela Tau- médiocres, dont le nombre est le plus grand
torité de Zoroastre cbez Sanchoniathon et chez Eusèbe? On ne nie point que les philosophes n'aient eu des restes de la véritable idée de la Divinité : et ils ne sont devenus idolâtres qu'en les appliquant mal. Par exemple, l'auteur admire que Zoroastre
parmi les hommes, et qui llat'.o la pente du siècle.
Je voudrais donc prier ou M. Dupin, ou le P. Alexandre, de relever les faux raisonnements ou les fausses citations qui sont particulières à cet auteur, et en attendant,
ail pu dire que Dieu est immortel, sans supplier AI. le cardinal de Noailles, ou d'en
commencement, sans parties, très-dissemblable, auteur de tout bien, et qui seul s'enseigne lui-môme; toutes choses qui peuvent convenir en un certain temps au soleil, qui était réputé voir tout du haut du ciel,
faire ou d'en procurer la censure par la Faculté. Mais comme le dernier serait trop long, et peut-ôtre trop difficile, le droit du jeu est que M. le cardinal commence d'abord, et qu'il arrête par son autorité le
diriger tout, n'avoir point de parties distinc- cours d'une impiété si manifeste ; et c'est de tes a. la manière des hommes et des ani- quoi je le supplie
maux, être différent de lui-môme, ainsi que chantait Horace : Aliusque et idem nasecris; ce qui, sous des paroles emphatiques, ne signifierait que le soleil, ou le monde, si l'on veut, et quelque chose de fort éloigné de Dieu.
On sait d'ailleurs que les Perses adoraient deux dieux, l'un bon et l'autre mauvais, comme ledit expressément saint Augustin (H6), qui le rapportede leurs propres auteurs, ce que Plutarque avait fait avant lui. L'auteurtire avantage de ces deuxdieux, pour prouver que les anciens Perses ont connu Dieu elle diable : excuse impie et pernicieuse, puisqu'aux termes de saint Augustin, c'est faire adorer le diable à ceux qu'on nous veut donner pour si religieux.
Je ne finirais point, si j'entreprenais de rapporter tout ce qui pourrait convaincre les anciens Perses d'une parfaite idolâtrie, fort différente de celle des Grecs. Il est certain, par le Livre de la Sagesse (Sap.xm, 2), qu'on a adoré le soleil, la lune, les étoiles, les vents, les éléments, et les autres parties du monde. Chercher des excuses à ce culte impie, ou vouloir que les Perses en aient été incapables plutôt (pie les autres peuples, c'est vouloir chercher des justifications à ceux qui, bien constamment et par des té- g«<n» non fuisse infensissimos ;» et la troisiè
J'avais dessein d'extraire et de qualifi r quelques propositions : mais c'est assez pour cette fois ; et j'avoue que je me lasse de dicter : je pourrai continuer au premier loisir. Cependant je suis, Monsieur, ce que vous savez.
A Meaux, ce 30 août 1701.
LETTRE CCXCIÏ.
DU MÊME
// continue de prouver que les Perses étaient de vrais idolâtres ; dévoile de plus en plus les erreurs et les faux principes de leur apologiste, et donna des vues pour le réfuter solidement.
Je continuerai mes remarques, Monsieur, par forme de Mémoire, comme vous me témoignez le désir dans votre réponse du 1er septembre. Il faut beaucoup insister sur les Perses, parce que l'auteur en fait son principal fondement par les trois proposi lions de la page 25, dont la première est. « que les Perses ont toujours reconnu un seul Dieu : Persas uniewn semper Dcum agnovisse ; » la seconde, « qu'ils ont toujours été opposés aux idoles : Idolis et simulacris nun-
moignages exprès de l'Ecriture, ont été en exécration au peuple de Dieu.
On peut juger de là ce qu'il faut croire des autres nations qu'on entreprend d'excuser d'idolâtrie. Géraldin n'est pas plus heureux a défendre l'Ethiopie, que Iïyde a excuser les Perses : et l'auteur, qui relève leurs fades et impertinentes conjectures, contre les témoignages exprès de la parole de Dieu, ouvre la porte à ceux qui voudront excuser tout le reste des païens, et soutenir (pie sans cela on ne peut entendre cet oracle de l'Apôtre : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. (I Tint, n, k.)
Je crois donc qu'il est nécessaire de résister à ces nouveautés, et non-seulement par des discours, mais encore par des cen-
me, « qu'on peut tirer des livres sacrés de fortes conjectures qui autorisent ce sentiment: Non levés e sacris codicibus in eam scnlentiam conjecturas duci posse. » Sur les deux dieux bon et mauvais, c'est en vain que l'auteur allègue Agalhias , livre n de l'Histoire de Justinien. Cet auteur ne dit point du tout, comme on le lui fait dire , « qu'il est constant que les Perses n'ont adoré qu'un seul Dieu. » Car cet auteur dit expressément, que de toute antiquité les Perses adoraient Jupiter, Saturne, Vénus et les autres dieux de la Grèce sous d'autres noms. Et quant aux deux dieux, bon et mauvais, il se trompe manifestement, en disant que ce culte vient des Grecs , puisque Plutarque le fait venir de Zoroastre , comme do
(166) De Civil. Dei, lib. v, c. 21, loin. VU.
,, , (JEUVRtS COMPLETES DE BO SI ET.
: ..,:,, r législateur des Pers s ; ij t.i h s contestation , quoi 'I" ,M1 , \ uhias : et le môme Plutar [ue
; irque 1 1 res ément qu'on offrait le san ni - deux dieux ; à l'un, les votifs et
d'action de grâces; a l'autre, ce qu'on api tels que i eux (nie les La-
inis appelaieul aeerruncafiï, qui tendaient à les ;t| aiser, comme des puissances nuisice qui aussi est conforme à ce qu'on a rapporté de saint Augustin. Au reste, le e Plutarque remarque que le bon dieu venait d'une très-pure lumière, et le Mauvais de l'obscuritéet dos ténèbres; ce qui s le
chose, sinon qu'un offrait au Dieu du ciel > li i usalem, sans mar nier que ce fut le Dieu qui était connu dans tout l'empire. Sixièmement, ta même chose paraît dans le décrel de Darius, où l'ordonnance en laveur du Dieu dii Dahieiesl marquée comme nouvelle, et donnée sur un fait particulier (Dan. vi, 23, 2»;) : de sorte que l'on voit toujours, ci partout , que ce n'était point le culte public du royaume : ce qui aussi n'a eu dans l'empire aucune suite, comme il a déjà été dit et prouvé démonslrativement par Esther
cl par D. miel. L expression, ut qui peticrit a
quoeanque dco aut hominc (Ibid., 7} : Que ce-
►rde parfaitement à l'adoration du so- lui qui demandera quoi que ce soit à quelque
il. Mauès ou Manichœus, qui était Perse dieu, ou et quelque homme que ce puisse être ,
marque clairement la pluralité des dieux. Et de tout cela il résulte que les propositions ci-dessus marquées doivent être qualifiées
donation, avait pris sa doctrine dans son s ; ce qui est aussi observé par Agathias; et l'on sait par saint Augustin, que les manichéens adoraient le soleil. Cependant l'auteur a toujours recours à Agathias, comme s'il était favorable à sa prétention. Quoi qu'il en soit, on ne trouve parmi les Grecs" aucun culte semblables celui des deux dieux, et il était naturel à la Perse.
L'auteur l'ait dire aussi à Plutarque que Darius Codomanus, étendant les mains au ciel, ne dit pas : «O soleil! ù Apollon I » s, « O dieu de mes ancêtres! et Jupiter de mi h | aj s ! » Ce sont des gloses que cet auteur a mêlées aux paroles de Plutarque, qui l'ait invoquer à Darius le Jupiter de sou pays et les autres dieux des rois (467); et
fausses, téméraires, contraires à la parole de Dieu, et induisant à erreur et à hérésie. Ou pourrait dire hérétiques, si ce n'était qu'il s'agit d'un fait particulier et non pas d'un dogme.
Ce que l'auteur dit, qu'il ne veut pas nier que les Perses aient admiré et honoré le soleil, comme celui à qui le Créateur avait donné la première place parmi les astres, à la manière des Américains, montre qu'il n'a l'ait autre chose que de pallier l'idolâtrie, étant si certain d'ailleurs que ceux du Pérou ne connaissaient point d'autre Dieu que le soleil.
Le passage qu'il allègue, tiré d'Eslher
tout le reste est ajouté.
Ce qu'il dit, qu'on ne trouve point dans (Esther xvi, lu), est une reconnaissance que énophon, que Cyrus ait jamais invoqué le le royaume avait été donné par le Dieu des
Juifs à Cyrus et à ses successeurs; mais il ne dit point du tout que ce Dieu ait toujours été servi en Perse, ni aussi qu'il soit lo seul qu'il faille servir.
L'auteur dit que Cambyse, fils de Cyrus, a détruit entièrement l'idolâtrie en Egypte , comme elle l'avait été en Assyrie; et c'est ce qui lui don ne la hardiesse d'appliquer ace prince impie la prédiction cl'lsaïe (Isa. xix, 24), Israël se joindra pour troisième aux Egyptiens et aux Assyriens : «. Erit Israël lertius/Egyplio et Assyrio, » etc. Le sens, dit-il, de la prophétie est bien plusclair: Longe tamenplanior delucidiorque sensus erit, etc., où il enseigne expressément que l'Egypte et l'Assy ris ont été ramenées par les rois de Perse au culte du vrai Dieu: proposition impie, et qu'on peut qualifier en cette sorte. Celte proposition, qui assure que l'Egypte et l'Asrie sont devenues le peuple de Dieu avec les Juifs, par le moyen de Cambyse, qui leur a fait connaître le Dieu véritable, est téméraire, scandaleuse, impie, et applique
Xé
soleil, n'est pas moins faux ; puis [ue, avec le Jupiter de son | ays, il joignait ordinairement le soleil, comme il paraît en plusieurs endroits , et notamment au dernier livre de la Cyropédie.
Quant à ce que l'auteur assure que les Perses n'ont changé leur ancien culte du vrai Dieu que depuis l'empire des Grecs et des M cédoniens, il est démenti par l'Ecriture; puisque premièrement, ni Cyrus, ni les autres rois, en reconnaissant le Dieu du ciel, n'ont jamais dit qu'ils l'ont toujours adoré. Secondement, ce pourrait donc être en tout cas un sentiment particulier de Cyrus, à qui
i montra son nom dans la prophétie d'1saïe:ce qui était si visiblement miraculeux, qu'il pouvait eu particulier eu être touché ,
une Nabuchodonosor le fut des miracles qu'il avait vus (Dan. ni, 93), et comme le roi de JJabylone dont il est parlé dans Daniel. (Dan. xiv, i2.) Troisièmement, aucun de ces rois s'établit le culte dans tout son empire, mais précisément dans le temp c de Jérusalem. Quatrièmement, il est dit expressément, dan-, ce dernier passage, que le Dieu nt il rebâtissait la maison est le Dieu qui
dans Jérusalem (// Fard. xxxvi,23; / Esdr.\, 2, 3) ; faisant voir par là clairement •;u il n'était adoré que là. Cinquièmement, ««ans le décret de Darius(l£*dr. vi, 10), non
>- que dans celui de Cyrus, on ne lit autre
Pu r., lit ;; De fort. Alex.
à un prince impie ce qui ne peut regarder que Jésus-Christ et la conversion des gentils, notamment des Assyriens et des Egyptiens par la prédication évangélique.
Il corrompt la prophétie de Malachio (Af«/ac/ï.n,6),etrexpliquc contre la tradition universelle des Pères.
Il nie que les deux peuples soient distin-
î LUT. XIV. LETTRES DIVERSES.
gués à raison do la piété. Il attribue <e sentiment à l'orgueil judaïque , et il é^<»!o les doux peuples, en ce <|ui regarde la connaissance do Dieu. Il enseigne expressément que los païens ont eu la même religion que les Chrétiens; que los Juiis n'excellent en rien par-dessus les autres peuples, etc. j que l'opposition dos deux peuples, l'aile par saint Paul, ne consiste en aucune sorte dans la connaissance do Dieu et dans la piété ; qu'il faut donc prendre les gentils en général pour le seul empire romain : toutes propositions qui sont hérétiques, directement contraires à l'intention de saint Paul, aux paroles de l'Ecriture, qui établit la constitution du peuple juif précisément dans le culte d'un seul Dieu, comme il paraît à la tête du Déealogue (Exod. xx, 2), et dans d'autres passages (Deut. v, G; vi, 4, 5, G; xxix, 9, 10, etc.; Josue xxiv, li, 15, 18, 22, 2k), qui tous sent formels, pour montrer que l'alliance qui constitue lo peuple de Dieu a pour fondement la reconnaissance volontaire, et par choix, de sa seule divinité et de son culte.
I! parle ainsi : « Le choix que Dieu donne au peuple juif no regarde pas la foi ni le culte nécessaire de la Divinité: car qui dira que Dieu a laissé à délibérer aux hommes s'ils le serviraient? » D'où il conclut, « que l'alliance ne regarde pas le culte de Dieu, puisqu'elle est remise au choix du peuple, » selon ces paroles : Vous êtes maîtres de prendre tel parti que vous voudrez: choisissez aujourd'hui ce qu il vous plaira, et voyez qui vous devez plutôt adorer, ou les dieu.i qu'eut servis vos pères dans la Mésopotamie, etc. : « Optio vobis datur : eligite cui servire débealis, utrumdii quitus servicrunt patres vestri in Mesopota.nia, » etc. (Josue xxiv, 15.)
Il suppose que celte option déférée aux Juifs ne regarde pas le libre arbitre, dont on doit user en choisissant Dieu, mais l'indifférence de la chose en elle-même ; ce qui est formellement hérétique et impie. Le choix qui est. ici marqué regarde celui dont il est écrit ailleurs (Deul.xxx, 19): J'ai mis devant vos yeux la vie et la mort ; et non pas un choix semblable à celui dont parle saint Paul (/ Cor. vu, 3G, 37, 38) : Si vous mariez votre fille, vous faites bien, etc.; faites ce que vous voudrez ; puisqu'au contraire celui qui ne choisit pas Dieu est maudit. (Deut. xxvn, 15 seq.)
lise l'ait l'objection, qu'il faudrait, selon ces principes, mettre un troisième peuple, outre les Juifs cl les gentils idolâtres, qui serait celui qui aurait adoré le vrai Dieu sans le secours de la Ici; et il l'élude, en disant que ces derniers sont rangés avec le peuple des gentils, quoique plusieurs parmi eux fussent idolâtres: ce qui est impie et erroné , puisque l'intention de sainl Paul ne fut jamais de faire un même peuple de ceux qui adoraient les idoles, et de ceux qui adoraient le vrai Dieu -.Genlium itaque nomine, Faulus et Scripturœ omnes intclligunt qui-
cvnqut extra Israeliticam legem exstitere
uspiuut, ullave religione, seu antiqua et tfot mica, seu recenter conficta cl iaololatrica, quosvis populos . Cette doctrine est contraii • ii la décision de saint Paul, qui dit qu'il a prouvé que les Juifs et les Grecs sont sous I ■ péché, (t que Dieu a tout renfermé sous le péché, afin d'avoir pitié de tous. (Rom. m, ! ; xi, 32; Galat, in, 22.) L'auteur élude en disant qu'il faut prendre tous pour plusieurs, selon la coutume de l'Ecriture : Ex utrisque iyilur populis plurimos tantum, juxla consuelam Scripturœ locutionem, Apostolus désignât ; neque prorsus omnes lum Judœos, t uni génies alternat im in impietate involvit: ce qui est hérétique et directement contraire à l'intention de saint Paul.
La force de l'argument de cet Apôtre consiste en ce qu'il a fait voir d'un côté que les gentils étaient criminels en ne servant pas le Dieu qu'ils connaissaient (Ilom. î, 20,21); ce qui leur a attiré tous les autres crimes , dont le même Apôtre fait le dénombrement (Ibid.y 2G) ; et, de l'autre, que les Juifs n'étaient pas moins coupables pour avoir été prévaricateurs de la loi (Rom.ih 1 seq.): ce qui montre que tout ce qui n'est pas juif est idolâtre, malgré le témoignage de sa conscience ; puisque Dieu s'est fait connaître également à toutes les nations par les ouvrages de sa sagesse. L'auteur élude tout cela, en disant que la prérogative du peuple juif ne regarde pas le culte de Dieu, puisque les autres nations l'ont conservé dès le temps de Noé.
L'auteur fait consister la doctrine de saint Paul et la différence des deux peuples, juif et grec, en ce que, vers l'avènement du Messie, toute la terre presque a été couverte des ténèbres de l'idolâtrie et de l'infidélité : comme si la distinction des deux peuples n'avait lieu qu'en ce temps précis, et non pas dans tous les siècles précédents, ce qui est hérétique , et renverse toute l'économie de la religion.
Pour éluder les passages des Pères, il dit (ju'il ne les faut pas prendre au pied de la lettre; afin que tant de passages, qui renferment tous les peuples, excepté les Juifs dans une pareille inlidéliié, demeurent sans effet; ce qui tend à rendre inutile toute la tradition, qui s'exprime en termes généraux et sans exception.
Le passage de saint Augustin, tiré du livre De la cilé de Dieu (468), où il dit que le culte de Dieu était renfermé dans la soulo famille de Tharé et d'Abraham, prouve trop selon lui, à cause qu'il est constant que Sem et peut-être Noé vivaient encore alors, cl que la famille de Melchisédech a élô Mais il n'a pas voulu prendre garda que l'intention de saint Augustin esl de direqu ! la famille d'Abraham a été la seule raarqi où le culte de Dieu se soit conservé :ce qui est incontestable , puisque l'Ecriture ne rien de la famille île Sem ni de celle de Melchisédech : et la conséquence que l'auteur
(iG8) De civil. Del, lit», xvi, cap. 12, loin VII.
OEUVRES COMPLETES DE liOSSUET.
ilTG
tnv de saiiil kuguslin . en disant qu'il prouve' trop, esl fausse, téméraire et scandaleuse. Il en esl de même des autres passa- - saints Pères, qu'il a éludés dans les
j - suivantes.
i lude aussi dans les mêmes endroits ces mêmes i issages, en disant que lorsqu'on y dit que toutes les nations, excepté la juive , étaient infidèles, cela se doit entendre seulementde plusieurs,el encore comparativement
rec les Juifs. Il objecte les brachmanes parmi les Indiens, comme gens attachés au culte d'un seul Dieu, aussi bien 'pie les Pers - et les Sères; où il cite Eusèbe, el Bardesanes produit par Eusèbe, en témoignage que les brachmanes, au nombre de plusieurs milliers, étaient recommandables par leur piété envers Dieu. Il a oublié que, chez Eusèbe même, les brachmanes observaient les abstinences superstitieuses, qui durent encre aujourd'hui chez les indiens ; que ces peuples croient aussi la métempsychose, qu'ils se tuent eux-mêmes, eic. , comme fit Lalanus, qui était du nombre des brachmanes, ainsi que Slrabon le remarque (4G9).
Le même Slrabon, au même livre, rapporte l'épitaphede Zarmanochagas, qui se fit aussi mourir lui-même, selon la coutume de son pays. Voilà quels étaient ceux dont on veut rendre la piété m recommandable. La croyance de l'immortalité des âmes les portait à l'abus qu'on vient de voir et les y porte encore. On n'a pas sujet de croire qu'ils servissent le vrai Dieu au milieu de tant de pratiques détestables. Ainsi quand Bardesanes dit, chez Eusèbe, qu'ils étaient attachés à Dieu, sans dire quel dieu , on peut entendre sous ce nom le dieu qu'ils croyaient, quel qu'il fût ; celle locution étant ordinaire parmi les Grecs.: et quand ce serait le Dieu véritable dont ils auraient conservé quelque idée, comme»lous les autres gentils, on ne peut pas conclure de là qu'ils lui rendissent un culte agréable au milieu de tant de superstitions criminelles, ni même qu'ils l'adorassent seul, puisqu'on voit tant d'autres nations joindre le culte du vrai Dieu créateur avec les autres fausses divinités. Au reste, le même Slrabon marque expressément, au même livre, que les Indiens adoraient Jupiter, auteur de la pluie; le Gange et les esprits qui y habitaient : de sorte qu'il faut dire de deux choses l'une, ou que ce n'était pas le Dieu véritable qui était adoré par les brachmanes, ou que les brachmanes n'en étaient pas crus par le peuple.
L'auteur allègue à propos saint Isidore de Damielle (V70), où est rapporté le serment que faisaient les Perses, qu'il traduit ainsi : Colendo Deo incumbam, où le grec porte tô fcfci , ce qui signifie indéfinimemt tout ce qui est réputé divin, et ne conclut rien du tout pour le vrai Dieu.
Il assure que le- sentiment des Pères sur J idolâtrie des gentils ne peut pas être connu par leurs apologies contre les païens; parce
Sire»., lib. w.
qu'ils parlaient selon les principes des païens mêmes qui tenaient pour assuré que les Juifs étaient les seuls qui n'eussent pas plusieurs
dieux. Il avoue donc que les apologistes de la religion chrétienne sont contre lui, et il en élude l'autorité qui est si grande, surtout en celle matière. Ses paroles sont remarquables: « Les ennemis delà chrétienté donnaient pour certain qu'excepté les Juifs, tous les autres peuples avaient plusieurs dieux. » Voici ses propres paroles en latin : Sanctorum patrum de gentium idololatria sententiam, ex suis adversus ethnicos disputationibus, certo dignosci non posse. Cum enim stepe argumento, ut votant ad kominein, adversarirs rejetterait, multa ad illorum potins quant ad propriam menlem pro conerssis relinquebant. Statucbant autem Chrislianitatis hostes tanquam rem apud se compertam, prœter Judaicaii nalionem, prorsus reliquos homines suis multiplicibus diis deditos fuisse : comme si c'était là un sentiment particulier des ennemis de !a religion, et non pas la commune supposition tant des païens que des Chrétiens.
Il allègue en plusieurs endroits le passage de saint Paul, naturaliter quœ legis sunt faciunt (Rom. n, 14); ce qu'il ne ferait pas avec tant de confiance, s'il avait voulu apprendre de saint Augustin que ce passage s'entend des gentils convertis à l'Evangile , dans lesquels la nature était réparée par la grâce; ce qui donne lieu à l'expression naturaliter, quoique, en quelque sens que se prenne ce passage, il ne conclut rien pour l'auteur; mais seulement que la nature notait pas tout à fait anéantie, et que jusqu'à un certain point les gentils pratiquaient la loi naturelle.
En général, il abuse par tout son livre de deux doctrines très-orthodoxes , dont l'une est, qu'il y a eu des fidèles dispersés par-ci par-là hors de l'enceinte du peuple juif; et la seconde que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Il est vrai que, depuis la loi de Moïse, les païens avaient acquis une certaine facilité plus grande de connaître Dieu, par la dispersion des Juifs, et par les prodiges^ que Dieu avait faits en leur faveur: en sorte que le nombre des particuliers qui l'adoraient parmi les gentils est peut-être plus grand qu'on ne pense : mais (pie des peuples entiers aient ouvert les yeux à la vraie religion, c'est de quoi l'on ne voit aucun exemple.
On doit aussi avouer qu'il y a eu parmi les païens des idées générales et confuses de la corruption de la nature, et de la venue future d'un libérateur : mais cela ne conclut pas que ces lumières aient produit leur effet pour le faire reconnaître.
Je no crois pas que l'auteur qui allègue l'églogue h de Virgile comme contenant une idée du mystère de Jésus-Christ, veuille conclure de là que Virgile et les Romains de son temps l'aient reconnu. Sans entrer
(470) Lib. iv, epist. 198.
PAIIT. XIV. LETTRES DIVERSES
clans lu discussion dos sibylles (471), il suffît de savoir que leurs vers prophétiques , vrais ou faux, n'ont eu aucun effet parmi les païens, qui ne paraissent pas avoir connu les vers qui regardent Jésus-Christ, et que nous trouvons dans plusieurs pères, et dont aussi il est certain que plusieurs Pères ont douié.
L'auteur allègue un passage de Cicéron , où il est parlé d'un roi qu'il faudra reconnaître pour être sauvé ; ce qu'on appliquait à Jules-César. Cicéron même fait voir que celle prétendue prophétie n'avait rien que de vague; et d'ambigu (472). Quoi qu'il en soit, et quelque usage qu'on en veuille faire, aussi bien que des bruits qui se répandaient, par lesquels la venue prochaine de Jésus- Christ semblait être pronostiquée ; tout cela pouvait bien être, si l'on veut, des préparations éloignées pour disposer les païens à Ja foi du Sauveur qui devait venir, mais n'a jamais eu l'effet de la faire naître dans les cœurs.
Quant à l'argument tiré de ce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, il est bien aisé d'entendre que les témoignages généraux que Dieu donne de lui-même et de sa sagesse pouvaient induire les hommes b connaître Dieu et à rejeter les idoles, avec les grâces communes et générales qui ne manquent à personne. Il n'y a pas non plus sujet de douter qu'il n'y ait eu, à l'égard de quelques-uns, des motions spéciales et efficaces pour profiter de ces lumières générales, et que ceux qui en auront profilé auront pu être menés plus loin par les moyens qui sont connus à Dieu. Mais c'est là aussi tout ce qu'on peut conclure de celle volonté générale et de ces grâces données ou offertes ;iux païens; et ce qu'y ajoute l'auteur est inouï dans toute la théologie. 11 passe même jusqu'à dire qu'en soutenant que nul peuple n'a connu Dieu que les Juifs, on établit l'incrédulité comme l'effet d'une espèce de violence. Voici ses paroles : Uœccine sunt arcana novi systemalis mysteria , quibus Dei voluntas omves ho mines salvandi, atque adeo potissimum caput 7'eligionis funditus subvertitur. Si enim dimoveri ab electione Judœorum non pôtuit gcvtium omnium obedientia, fuit omnino necessaria illarum a Dei cultu
(471) Les livres sibyllins que nous avons ne sont point ceux qui étaient attribués aux sibylles , si célèbres dons le paganisme. Leurs écrils, dont les intéressés à entretenir la superstition faisaient un grand mystère et savaient adroitement se servir pour les lins de leur politique, ne sont point parvenus jusqu'à nous. Les plus éclairés et les plus sages d'entre les païens n'ont pas lait difficulté de reconnaître que toutes ces prétendues prédictions n'étaient qu'imposture, et ils étaient bien éloignés d'y ajouter foi clans les occasions où on Voulait s'en prévaloir. A l'égard des oracles qui portent aujourd'hui le nom des sibylles, les savants, ainsi que plusieurs d'entre les principaux Pères, conviennent <,u\ls ont été fabriqués dès les premiers siècles par «les Chrétiens, ou malintentionnés, ou animés d'un (aux zèle; car la vérité, et une vérité aussi clairement établie dans les livres réellement prophétiques que l'est la divinité de la religion chrétienne, n'a
secessio, ri quœ perfidiœ débita pœna est, necessarius œtemus inleritus. Yocamus si'juidem omîtes illud nrressarium, quod aliter ac fit, esse non potesl. Excès vraiment insupportable, puisque chaque particulier pouvait profiler des grâces générales, et qu'il ne faut point douter qu il n'y ail eu un grand nombre de ces croyants dispersés parmi les gentils dont nous venons de parler; mais que Dieu, qui connaît seul la dispensai on de ses grâces, avait su cl révélé que celles qui devaient entraîner efficacement les peuples gentils à sa connaissance et à son culte étaient réservées au temps de la nouvelle alliance.
Dieu a révélé qu'il n'y aurait pas d'homme si juste qu'il ne tombât dans quelque péché. Est-ce à dire qu'il force les hommes au péché? A Dieu ne plaise! Ainsi, il aura prédit que des peuples hors de la Judée ne viendraient à sa connaissance et à son culte que par Jésus-Christ. A Dieu ne plaise qu'on croie pour cela qu'il les ait forcés à l'incrédulité. Il n'a fait que prédire l'effet de la distribution qu'il avait prédestinée de ses giâces.
J'ajouterai, en un mot, que cet auteur ajuste les passages à sa mode. On a déjà vu ce qu'il fait dire à Agathias, sur l'adoration d'un seul Dieu : ce qui esl directement contraire au texte, quoique l'auteur y revienne souvent. Ce qu'il fait dire à Cicéron, dans le second livre Des lois, sur le culle du soleil, ne se trouve pas dans le texte, ni rien d'approchant. Il ajoule deux lignes entières à un passage de saint Augustin (473), et il en retranche aussi des jraroles essentielles, quoique ce passage, même comme il le rapporte, ne fasse rien pour lui. On ne sait ce qu'il veut dire des nations incirconcises, et il y a beaucoup de galimatias dans ce discours. Il rapporte ailleurs un passage de saint Augustin qui ne dit autre chose, sinon qu'i-1 n'y a point d'acception de personnes devant Dieu : ce qui ne conclut rien du tout. Il marque un passage de saint Augustin, où ce Père dit seulement que Dieu a voulu que la vertu de ses promesses ait paru plus manifestement dans le peuple juif (474) : d'où il conclut que la promesse de la foi et de la grâce du Messie est en quelque sorte compas besoin du mensonge pour se soutenir. On peut consulter les différentes dissertations publiées par les critiques sur celte matière, el dont les principales sont, parmi les Catholiques, celles d'Ellies Dupin, Bibliothèque dei auteur» ecclésiastiques, t. I, p. 54el suiv. ; de dom le Nourry, Apparat, ad bibliolk. Pair., i. I, lib. i; dissert. \~2. cap. ô. p. ~lôd &eq. ; lib. m, disse. i. 2, cap. 5, art. 2, p. 942 seq , i. Il; dissert 5 in Lactanl., c. -iô, p. 1 i i.'> el passiiu; de dom Rémi Ceillier, llisi. génér. des, tuteurs sucrés et ecclés., t I, p. 528 el suiv. ; el parmi les hétérodoxes, Jean baillé, David Blondel, Isaae Vossius, ci principalement l'édition des livres sibyllins donnée à Amsterdam en 108'), par Servalus Galheus, ministre de Harlem, avec les dissertations dont il les a accompagnés.
i 172) ClCER.j Ut> divinat., lib. II.
(473) Ui grat. Clir.. bb. il, c. 21, l. X.
(474) De Cous. Etang., lib. n, cap. 25, n. ZO.
a i m'.i s compli rEs de bossi et.
Il 0
niu:. "i tous les peuples. Il voudrai! gentils, quoique ce Père ne dise autre chose,
i]oni [u*il leur a été promis. Mais où sinon que le même mystère de Jésus-Christ
imesse divine? Il ne peut parler peut avoir été signifié par divers sa<
ainsi que par une erreur manifeste, puisqu'il demeure lui-même d'accord que les promesses, le Testament et la parole «le Dieu, n'onl été communiqués à d'aul qu'a in Hébreu i. C'est donc une hérésie ni Teste que d'attribuer des promesses aux gentils.
Il est vrai quVn la page 85 il rapporte île sn i ii t I renée qu'il y a trois testaments (475) (•ans parler de celui d'Adam, qui est le ppe-
incnis : ce qui est certain et ne l'ait rien à la question, puisque, dans ce même endroit de I épttre toi (477), il ne marque que des particuliers par-ci par-là qui connussent le mystère do Jésus-Christ, hors la race d'Abraham.
Concluons que ce livre est pernicieux en toute manière. J'ai vu la déclaration qu'on a imprimée de l'auteur, et je trouve entre nous qu'elle est bien faible, puisqu'au lieu
mîer : ce qui est en <-tlcl très-véritable. Il y de lui l'aire au moins désavouer sa doctrine,
a le testament du déluge, celui de Moïse et on se contente qu'il désavoue l'impression
celui u't' Jésus-Christ. .Mais que fait ce testa- du livre. Il fallait, à mon avis, le censurer
ment du déluge à la question, puisqu'il ne expressément; et puisqu'on n'a point pris ce
contient point d'autres promesses, sinon de parti, il faudrait du moins faire un écrit qui
ne plus noyer la terre? (Gen. nu, 21.) Co en marquât et en réfutât les erreurs et les
qui montre qu'en voulant profiler de tout faux principes.
sans raison, l'auîeur ne fait que tout cm- Cette réfutation aura trois utilités : la brouiller. première et la principale, que le peuple sera Il se sert d'un passage de saint Augustin, instruit de vérités capitales, et prévenu connu se trouvent ces paroles : « Populus enim tre des erreurs où l'on a beaucoup de penrevera, </ui proprie Dei populus diccrelur, chant; la seconde, que Rome verra les mau- • - lius fuit (4-76) : Il n'y a point eu en vaises suites de la doctrine chinoise; la troipffet d'autre peuple que le juif .qui fût appelé sième, qu'elle sera réveillée sur celte mapropremenl le peu| le de Dieu: » ce qu'il ex- tière, et connaîtra le besoin de remédier à pli que en celle sorte : « Saint Augustin ne un si grand mal.
: as qu'il n'y eut point d'antre peuple qui Je crois, Monsieur, voir dans votre lettre
fût vraiment le peuple de Dieu, mais qu'il que vous avez la pensée d'écrire vous-même
i:'\ en avait point qu'on appelât tel. Allen- sur ce sujet avec M. ïiberge. J'en se.rais
dite ad verba. Non ait, nullus alius qui yk re ravi; et personne ne le peut mieux faire.
Dei populus, $ed qui troprie; non qui Dei Vous voyez que, sans rien dire de ce que
populus esset, sed qui diceuetlr. Quie pro* contient le livre de M. Du pin (478), il y a de
- nequaquam significant alios omnes po- quoi faire un discours très-solide et très-
pulota Ifeo aliénos fuisse; sed inter eos so- instructif, où, en mêlant l'onction et la piété
lum electum Hebraicum, quem Deus tan quant avec la doctrine, on donnera beaucoup d'é-
rer nr pontifex eximia sui eognilione, insti- dification.
tutisque a se ritibus proprie ac singularilcr Si je n'élais présentement très-occupé à guberharet. » Celte explication, qui suppose des choses fort nécessaires, je mettrais voque d'autres peuples pouvaient être le peu- lontiers la main à la plume, dans un si pie de Dieu par rapport au culte, est erro- grand besoin de l'Eglise. Mais si vous entrenée; et il est clair, par toute la suite, que prenez l'ouvrage, comme je le souhaite et saint Augustin n'a voulu dire autre chose, vous en prie, je vois outre ceci beaucoup
sinon que tous les peuples sont a Dieu par son souverain domaine, quoique, par rapport à la pairie céleste, ceux qui pouvaient y appartenir, hors les Juifs, étaient seulement quelques particuliers qui avaient la foi du Médiateur. Ce n'était donc point un peuple , mais quelques particuliers qui avaient alors cette foi, excepté les Juifs. Entin il dît ces paroles : Verum hanc nostram scnlrnliam in Epislola en Augustinus non innuit, sed stuluit; non insinuai, sed exponit ar élucidai... In hoc lestimonio et sensus et i ipsa Augusiini aperta sunt. Nullus triut interpretationi, de privatis lanlum Dei cultoribus, hic amplius locus relin(/uit;;r : par où il prétend que s.-dnt Augustin n'insinue s dément, mais qu'il établit et exparfaitement dans son Epitre en le
d'autres choses qui pourront y servir.
Par exemple, en relisant cet écrit, il me revient qu'il faudrait examiner dans Eusèbe, Histoire ecclésiastique, liv. v,ch. 10; dans Socrate, liv. i, ch. 15: dans Théodoret, liv. i, ch. 23; et dans Sozomène, liv. u, ch. 23, la mission dans les Indes de Pantenus et Frumenlius : par où il demeurerait pour constant qu'ils n'ont tro'uvé dans le pays aucun culte de Dieu que celui qui y avait été porté par les apôtres saint Matthieu et saint Barthélémy. Il faudrait aussi remarquer dans Eusèbe, iiv. i, ch. 1, que la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ fut portée en Ethiopie par l'eunuque de la reine de Candace, sans qu'il paraisse qu'il y en eût auparavant aucun vestige.
On pourrait examiner en même temps les
sentiment de l'auteur, touchant les peuples passages de l'Ecriture où il parait que Zara,
Ed*Ben ''^m*' "' f0i'- //œr- cap. xi, n. 8; (478) La défense delà censure que la Faculic avait
',',... fiiile des livres des deux Jésuites sur la religion et
PART. XIV. LETT1ŒS DIVERSES
il J
Ethiopien, faisant là euerre à Aza avec un million d'hommes, A/a Invoqua l'aide de Dieu contre lui (.'/ Pardi, xiv, 9, 10, 1 1, 12 ; xvi, 8, 9), comme nn fait contre un infidèle. Isaie compte les Ethiopiens comme parmi les infidèles (Isa. xi,l!J où le peuple de Dieu était dispersé, ni contre lesquels ii a protégé ce même peuple : ce qui parait aussi chap. xvm, 1, 5. Ce pro hète, chap. xLMi,3,range l'Ethiopie avec l'Egypte et Saba , peuples infidèles, qu'il sacrifiait au salut de son peuple; et chap. xlv, 14-, 15, après avoir j arlé des trois mêmes nations, il vient a dire que Dieu n'est qu'en Israël. En Jérémie (Jercm. xlvi, 9, 10, 11, 12), Dieu parle manifestement dos Ethiopiens comme de ses ennemis, dont i! se veut venger. Le chapitre xxx d'Ezéchiel prouve la même chose. Amos est encore plus exprès, puisque Dieu y reprochant à son peuple qu'il a mérité d'être abandonné, ie menace de le traiter comme les enfants des Ethiopiens (Amos ix, 7), dont Jérémie a écrit qu'ils ne changent point de peau (Jerem. xm, 23), ce qui est le symbole d'un pécheur incorrigible. Enfin, ii est souvent parlé de l'Ethiopie dans l'Ecriture; et ses peuples .cont souvent venus au secours du peuple de Dieu, comme Taraca , roi de l'Ethiopie, pour Ezéchias (Isa. xxxviii, 9), aussi bien que les Egyptiens et les autres infidèles. Le peuple de- Dieu a été dispersé en ce pays; et quoiqu'il soit si souvent parlé de ce peuple dans l'Ecriture (Soph. n, 9), loin qu'il y ait un seul mot qui marque qu'on y connût Dieu, on y voit tout le contraire.
îl faudrait sur cela reprendre la pente qu'on a de sauver les hommes , contre toute raison ; ce qui va h obscurcir les jugements do Dieu, et fait voir qu'on peut être au rang de ses adorateurs à un très-bas prix.
Strabon marque les dieux qu'on adorait en Ethiopie (479).
On voit chez Homère que les dieux allaient en Ethiopie, pour les festins qui leur étaient préparés.
Les Ethiopiens ont souvent conquis l'Egypte, et pris les mœurs du peuple conquis avec leur religion, sans y rien changer.
Sozomènc raconte (480) comment, dans la persécution de Sapor, roi des Perses, du temps (Je Constantin, on voulait faire adorer le soleil aux Chrétiens.
Il y a quelques réflexions à faire sur l'Adiabène, en Assyrie, convertie au judaïsme du temps d'Mérode chez Josèphe, et toute ehrélienne chez Sozomène (481).
Chez Amm. Marccllin, la religion des Perses envers les astres et le l'eu est amplement décrite.
Les augures des mages, et l'obligation qu'avaient les rois de Perse de s'instruire de leur discipline, sont marqués dans Cicéron (482).
Je voudrais voir Hyde, Géraldin cl Tollius, pour ne pas attaquer seul un homme
qui se soumet. Il faudrait aussi parler d'un auteur qui justifie Socrale et le culte d'Ksculape. On sait aussi ce qu'a écrit Zuingle,
dans un livret dédié à François 1", sur le salut d'Orphée, d'Hercule, etc.
Vous ne samiez trop tôt vous déterminer à commencer ce travail utile et pieux, et même nécessaire.
A vous, sans réserve.
A Meaui, ce 8 septembre 1701.
/*, S. Au moment que j'écris, il se forme un plan dans mon esprit, qui me parait grand, simple et court; où, sans parler de qualifications, on ferait voir lin piété de tant de faux systèmes, d'une manière trèsgrave: mais il faut finir.
LETTRE CCXCIII
AL MÊME
Il montre, par saint Atltanase, quelle a été la cause de l'idolâtrie parmi les peuples; cornbienelle a été universelle avant la prédication de l'Evangile.
Une fausse miséricorde et une fausse sagesse inspirent à certains savants I inclination d'étendre la vraie religion sur plusieurs peuples, autres que celui que Dieu lui-même a choisi. Ils s'imaginent qu'ils dégraderaient la Divinité, s'ils la réduisaient à ce seul peuple ; d au lieu d'adorer en tremblant les secrets et impénétrables jugements de Dieu, qui livre toutes les nations à l'idolâtrie, à la réserve de celle qu'il a séparée des autres par tant de prodiges, ils cherchent à obscurcir' la sainte rigueur qui veut convaincre l'homme par expérience de son aveuglement, afin qu'il soit plus capable de comprendre d'où lui venait la lumière. C'est ce que ces savants curieux et vains ne veulent pas entendre. A quelque prix que ce soit , ils entrepennent de sauver les Perses, les Ethiopiens, les Indiens, et plusieurs autres nations. Les Chinois, qu'on a voulu épargner, ont animé les esprits a cetie dispute. La censure de la Faculté contre leurs défenseurs a donné occasion de publier un vœu qui a été prononcé par un docteur en Sorbonue, dans les délibérations où elle a été résolue. L'auteur s'attache principalement à justifier par l'Ecriture la religion des anciens Perses , et quoiqu'il ail désavoué l'impression de son vœu, et se soit soumis d'ailleurs h la censura qui en rejette la doctrine, il est lion de joindre la raison à l'autorité d'une Faculté si célèbr . pour ne pas laisser subsister des preuves qui pourraient induire les gens mal instruits à tles erreurs, où toute l'économie de la religion est renversée. Mais avant que d'entrer à fond dans cette réfutation, et dans la discussion des autres matières qui regardent la religion de quelques anciens peuples, je proposerai en abié0é la doctrine dû
(470) Strab., lib. xvn.
(480) Sozom., lib. u, c. 9, 10 et seq.
(481) Lib. n, c. 12.
(482) Lib. r De divin.
I nm.s COMPLETES DE BOSSU ET. MSJ
wint Alhanase sur les causes et l'étendue de quemment il y a partout unecspèce d'à-
l'idolâtrie, ainsi qu'elle est contenue dans théisme (489).
t discours de môme dessein et de Dans cette inondation de lidolalrie, il oh-
raême suite, qui sont à la tète de ses ouvra- servetoujours avec soin l'exception quUI
ires dont l'un a pour titre : Contre les gen- faut l'aire en faveur des Juifs, comme de
fib: et l'autre : De l'incarnation <!a Verbe, ceux à qui les idoles sont expressément dé-
\\ enseigne donc que la cause de l'idolâ- fendues, et à gui la connaissance de Dieu et trie, c'est que l'homme ayant quitté par le de son Verbe Jésus-Christ Notre-Seigneur a péché la contemplation delà nature divine été donnée, tenant pour des insensés ceux invisible et intellectuelle, s'est plongé entiè- qui no connaissent ni l'un ni l'autre (490). renient dans les sens; en sorte qu'il est in- Je passe au second discours, DeCincarnacapable d'être frappé d'autres objets sensi- tion du \erbc, où saint Alhanase pose pour blés : d'où il est venu a l'oubli de Dieu, à fondement que ce n'est pas connaître Dieu adorer le soleil, lesaslres, les éléments, les qu* ne pas connaître la création, et d'assuanimaux, les images môme, les passions et jetlir la Divinité à ne rien faire que d'une maies rices, et enfin toute autre "chose que tière (4-91) (c'était l'erreur universelle; on pieu ',s:i , croyait que les astres et les corps célestes
Celte erreur- s'est répandue par toute la donnaient l'être à tout). II continue à prouterre; mais en telle sorte, qu'encore que ver qu'il n'y a point de véritable religion tous les peuples aient été plongés dans l'ido- sans ia connaissante deDieu et deson Verbe: latrie, ils ne sont pas pour cela convenus des « Tout, h dit-il (492), « était dans l'impiété, mômes dieux ; chaque nation s'étant fait le tout était plein de malice ; et le seul Dieu et sien comme elle a voulu (484). Ainsi, autant son Verbe étaient ignorés. » qu'il y a eu de peuples divers, autant on a Les hommes n'ayant pas profité de la imaginé de dieux. Les pays et les villes se sont beauté des ouvrages de Dieu, il leur a enpartagés. Les Phéniciens ignorent les dieux voyé la loi et les prophètes (493) ; car ni la que I Egypte «dore : les Scythes ne connais- loi ni les prophètes n'avaient point été donsent pas les divinités des Perses, ni les Per- nés aux Juifs pour eux seuls ; mais encore - s celles des Syriens , ni les Indiens celles pour éclairer tout i'univers de la connaisdes Arabes, ni les Arabes celles des Ethio- sancede Dieu et des bonnes mœurs. Mais, au piens, ni les Grées celles des Thraoes, ni lieu de prohterde cette instruction céleste, ils ceux-ci celles des Arméniens ; et ainsi des s'enfonçaient tous les jours de plus en plus autres, dont saint Alhanase fait un grand dans l'erreur; en sorte qu'ils semblaient dénombrement, pour nous faire voir que avoir entièrement perdu la raison, et n'être tous les peuples conviennent dans l'idolâ- plus que des bêtes brutes, trie, sans pour cela convenir des mômes On pourrait étendre ici ce que saint Alhadieux. Au contraire, ceux qui sont en exé- nase ne dit qu'en un mot, qui est que la loi cration aux uns sont en honneur chez les et les prophètes étaient envoyés à tout le autres : les uns immolent comme victimes monde. Les enseignements admirables que <e que les autres honorent comme dieux : Dieu donnait à son peuple, et les prodiges on en est même venu jusqu'à immoler son éclatants qu'il faisait pour le maintenir et semblable, par une inhumanité dont ce Père l'instruire, rayonnaient bien loin aux enviallègue beaucoup d'exemples (485) ; et il se- tons, et auraient pu de proche en proche se rait aisé de montrer cet exemple barbare répandre par toute la terre. Mais, loin que parmi presque tous les peuples de l'uni- les peuples voisins et les autres successivevers. ment en aient profité, les Juifs eux-mêmes
Voilà donc parmi les idolâtres tous les ont persécuté les prophètes : « Ils étaient, »
peuples du monde, sans exception aucune, dit-il (49V), « envoyés aux Juifs, eten même
Les Perses, les Ethiopiens, les Indiens y temps persécutés par les Juifs:» ce qui
sont compris comme les autres, et les Grecs achève de démontrer que la corruption était
avec les Barbares (48C). universelle, et la pente à l'erreur si prodi-
11 ne réserve que le peuple qui a reçu la giense, que ceux-là même à qui les prophè-
bii de Dieu (487). Il fait voir que l'âme s'ou- tes étaient adressés se déclaraient leurs cn-
blie elle-même, et qu'elle ne conçoit [dus nemis.
que Dieu l'a faite à son image, par où elle II n'y avait point d'autre remède à un si
eût dû être amenée à la connaissance du grand mal que la venue du Verbe qui, ayant
Verbe; et i! ne connaît pour vrais adora- toutfail, devait aussi tout refaire et tout ré-
teurs que ceux qui en sont ornés fi88). parer (495).
Il donne pour principe assuré, qu'avoir L'idolâtrie et l'impiété avaient rempli tout
plusieurs dieux, c'est n'en avoir point ; et le monde: les ouvrages de Dieu n'avaient
qu'ainsi l'idolâtrie étant partout, consé- servi de rien pour le faire connaître : tous
183 Oraiio tonlra génies, n. 9, il, 12, 13; etc. (189) N. 58.
1 * «•*•. n. 25. (iî>t> De incar. Verbi, n. 2 et 3, p. 49.
; "i-. n- 24,25. 492) N. Il, 12.
i g- 9. 24; ibid., sup. (493 N. 12.
2' .-.'• •'•"■ (494) De inearn., n. 12.
11S5 TAUT. XIV. LETTRES DIVERSES. \ ,
les hommcsavaienl les yeux attachés en bas, c'est-à-dire tout ce qui n'était pas Juif, était
sans les pouvoir élever au ciel ; et il n'y idolâtre. Tous les autres Pères ont enseigné
avait que le Verbe qui les pût redresser en la môme doctrine. M. Dupin l'a démontré
prenant un corps (V9G). d'une manière à ne laisser aucun doute ni
11 montre ici que le Verbe s'est répandu aucune réplique (50b). Il n'a eu garde d'ou-
par toute la terre, e(, comme disait saint blier saint Athanase; et outre le passage que
Paul, s'est dilaté en longueur et en largeur, en hauteur et en profondeur, tant par 'la prédication de l'Evangile que par le nombre infini de ses martyrs. 11 étend beaucoup celte preuve; et c'est ici que se trouve ce passage si net et si précis, qui a été traduit ainsi par M. Dupin, à qui rien n'a échappé (W7) : «Autrefois il y avait des idoles pour toute la terre; l'idolâtrie tenait les hommes captifs, et ils ne connaissaient point d'autres dieux que les idoles. »
Saint Athanase distingue partout soigneusement les deux peuples, l'ancien qui était les Juifs, et les gentils (498). Il remarque que les gentils n'ont jamais commencé à connaître Dieu et le Verbe que quand Jésus-Christ a paru. Quoiqu'il y eût une infinité de religions, nul peuple n'a attiré son voisin à reconnaître son Dieu. Les sages des gentils, avec leurs discours magnifiques et la sublimité de leur éloquence, n'ont pu par tant de volumes attirer personne dans leur voisinage à la doctrine des bonnes mœurs et de l'immortalité des Ames (499). Il n'a été donné qu'à Jésus-Christ de se faire connaître seul par toutes les nations, dont les sentiments étaient si contraires. Il y a eu parmi les gentils, Chaldéens, Egyptiens, Indiens, des rois et des sages : les philosophes de la Grèce ont écrit plusieurs livres avec beaucoup d'art; mais ni vivants ni morts, ils n'ont rien avancé (500) ; Jésus-Christ seul a pu persuader sa doctrineaux enfants môme. « Quel autre, » dit-il (501) «a étendu son empire sur les Scythes, les Éthiopiens, les Perses, les Arméniens, lesGolhs et ainsi des autres ; et leur a pu persuader, par une illumination cachée et intérieure, de ne plus adorer les dieux de leurs pères et de leur pays, et d'adorer le Père par son Verbe? » Enfin tout le discours de ce saint docteur tend à faire voir que tous les peuples du monde, sans en ex
nous venons de remarquer, il a encore cité celui où ce grand défenseur de la divinité du Verbe a dit, conformément au Psalmiste (505), que Dieu n'était connu que dans la seule Judée. (Psal. lxxv, 2.) Tout est démontré dans le fond, et j'ai voulu seulement donner ici le principe général sur lequel saint Athanase s'est fondé. C'est, en un mot, que, par le péché, l'homme, entièrement asservi aux sens, oubliait Dieu, et ne faisait que s'enfoncer de plus en plus dans l'idolâtrie. Le principe est évident, la conséquence est certaine, la démonstration est parfaite : elle convainc également tous les peuples (Je l'univers, et il ne faut pas s'étonner si tous les Pères sans exception ont tenu le même langage.
Il ne reste plus qu'à répondre à certains exemples particuliers que l'auteur du vœu a proposés, dont le premier est celui de Cyrus et des anciens Perses.
De Meaux, ce 13 septembre 1701.
A MILORD PERTH
// le console de la mort de Jacques II, roi d'Angleterre.
Mon cœur me presse de vous témoigner la part que je prends à votre juste douleur (506), et en môme temps de vous supplier humblement de prendre quelque temps à présenter au jeune roi et à la reine mes trèsprofonds et très-fidèles respects; me confiant que, par la bonté de Leurs .Majestés, et
par votre entremise, elles les auront pour agréables.
Dieu est le Seigneur ; il sait les moments ; il a des couronnes à donner, dont rien ne peut approcher sur la terre. Tout ce qui passe n'est rien ; tout ce qui finit, comme dit saint Paul, doit presque ôlre compté
çepler ceux qu on veut croire les plus priyi- e ,étan| Ql\ ^ y £f
eg.es, comme les Perses, les Ethiopiens, es f dM sacnlicels on espèrè 0I1 aU'end ,es
Indiens, étaient livrés à l idolâtrie; que es t Dieu résclrvés à sa pujssance.
Juifs étaient éclairés par Moïse et par les prophètes; que les autres n'ont commencé à ouvrir les yeux que quand Jésus-Christ est venu (502) ; que c'a été l'effet du sacrifice qu'il a offert à la croix pour tous les hommes, et qu'auparavant ils étaient tous dans les ténèbres, et (pie toute la nature humaine était aveugle (503).
Voici les principes sur lesquels a raisonné ce grand homme. Tout ce oui était gentil,
Dieu seul sait ce qui est bon ; et c'est là, Milord, ce que vous ferez sentir au roi. Je suis avec un sincère respect, etc.
A Meaux, ce 20 septembre 1701.
AU MÊME
Il envoie son Instruction sur les promesses
(498) De
incarn
(502) Conhgent., n. 50, 45, 46, ele ; De incarn., n. 12, 54, 55, 59, 40, ele.
(5041 Def. de lu censure, etc.
(505) 0;ai. 1 contra Arian., n. 5f, lom. I. (SOU) Sur la mort île Jacques H, décédé le 6 septembre de celle aimée.
. i U pr.'c de In présenter <)
j . liberté de vous envover le
[.,.'. • . - promesses de Jésus* Christ -:< l'Eglise.
Sans quelque incommodité qui ne me permet pas d'aller b Saint-Germain, j'aurais été avec un profond respect le présenter à Leurs - le vous conjure, Milord, de prendre te temps de m 'acquitter de ce devoir, et
vouloir bien les assurer du désir extrême que j'aurais d'y satisfaire en personne. Je suis av«c un respect sincère, etc.
a Versailles, ce 29 janvier 1702.
EPISTOLA CCXCVI
I\ECTOniS ET L'NIVERSITATIS LOVANIENSIS.
Opem rjus implorant, ut Facultati théologie i et libertas restilualur.
Tara notus est orbi eatholico tuus in Ecclestara et sacras hueras amor, ut quolies earum musa agitur, opem patrocini unique tiiuui magna cum li lucia onines implorent. Tuis pro Ecclesia «triumphis ex animogratulamur, Prœsul sapientissime, etlioe unum oramus ut eorum particeps esse, et in eamdem lecum pro Ecclesia arenam descendere queal Facullas noslra theologiea Lovanienjsis, ida utique, teste Leone X, agri Dominici piissima religiosissimaque cultrix, ac non iia pridem in bac inferiori Gcrmania i columen.
Atnolasunt dissidiorum zizania, quœ in i la seminavit inimicus honio, quœ nisi quantocius evellanlur, verendurn est ne celeberrima illa Facullas ipsa se consumât, nec (anium Academiœ nostrœ, sed toti ctiam îîek'io gravem perniciem atferat. Dum bonorumeiraalorum originem studiose indagamus, banc unam esse comperimus, quod optimi quique liujus Academiœ tbeologi vagis accusationibus obruanlur, ac eo preetextu a Facultalis suœ muniis excludantur : dum autem innocenliam suam tueri volunt, per interdicta a ministris regiis extorla, omnis eis justitia; via occludatnr. Nostras ea de re querelas, scri|)tis ad regem Cbrislianissiiiinni lilteris, déferre bouie ausi fuimus : npu I quem ut suo nos patrocinio dignelur illuslrnsima Gr.V. bumillime supplicamus.
Hoc unum votum nostrum est, ut inforlunalis bisce dissidiis finis tandem imponalur, regibusque nostris sanguine aniuioque junctis, jungamur et nos, unum dicamus
mes, Ecclesiœque fîdem unanimiter tueamur. Deus vota nostra secundet, patronnante nobis pietate veslra, cui suam banc suu.'ino affectu ac veneialione commendauius, illustrissime, etc.
PiECTOR ET UnIVERSITAS LOVANIENSIS.
Lovanii, die 22 Feb. 1702.
EPISTOLA CCXCVII.
AD REVEREND1 M RECTOREM ET CLAR1SSIMOS VIROS ACAIH.UI K LOVANIENSIS.
Pro dissidiis covtponevdis, quibuscum Lovamentis Academia graviter conflictttbatdr.
Pergralum et perhonestum quod veslcr amplissimus cœtus de me tam prœclarc sanscrit, ut ivs auoque suas commendatas vellet : cui equidem officio, data opportunitate quamvis, spondeo me nnnquara defuturum, etiam non rogatum. Quis enim aut catbolicus episcopus non suspiciat Universitatcm Lovaniensem doctissimam, faeundissimam, ac de re catholicaoplime meritam ; auttbcologus parisiensis non impense diligal earadem Aeademiam, Parisiensis nostrœ fœtu egregium, suœ originis memorem, inslilulisquc dignam? Rogo aulem et obsecro ut en de quibus agitis, vestrœ théologie» Facultalis dissidia, quantum tieri poterit, componaiis; ne suis manitous se ipsa confîciat, rem dolendam omnibus sœcuiis, et ianluin Ecclesiœ lumen exstiuguul.Quod malum averlat Deus anctor pacis, Deoipie aspirante somma ac beata illa sedes, quœ sapientia, œ.piitaie, paterna auctorilale res Ecclesiœ tempérai, ac dissociât» membre recolligi t. lia voveo, révérende domine reelor, viri academici, etc.
Datiiin Mcldis, die 28 Marlii, anno Domini 1702.
LETTRE CCXCVIIJ.
A MILORD PERTÏI.
Sur une affaire pour laquelle la reine d'Angleterre lui avait fait écrire.
Tout ce qui dépend de moi est absolument dans la dépendance de la reine. Je vous supplie seulement de faire considérer à Sa Majesté que l'alïaire dont vous me faites l'bonneur de m'écrirc de sa part (o07) est ^le la nature de celles qui ne .-ont en aucune swrle de ma connaissance, et dont aussi je me fais une loi inviolable de laisser la dispositon à messieurs du collège de Navarre. C'est, Milord, ce que je vous dirai être pour moi une règle dont je ne me suis jamais départi. Je vous ai toujours présent au saint autel, et, si j'ose le dire, j'y oil're toujours à Dieu Leurs Majestés britanniques et leurs royaumes.
Je suis avec un respect sincère et cordial.
A Meaux, ce 12 avril 1702.
A l)OM MARILL0N.
Sur différents ouvrages qu'il avait composés.
Vous avez bien fait, mon cber et révérend Père, de donner la Mort chrétienne: je l'ai reçu et je le lis avec agrément. J'ai aussi
Nous ignorons absolument île quelle affaire il pouvait être question.
PART. XIV. LETTItES DIVERSES.
non
reçu le livre tic mon compatriote, à qui je vous jiriu de faire mes reinercîmcnts. Je suis bien aise que vous alliez commencer à imprimer les Annales; trois volumes, c'est déjà une grande avance. Je suis bien obli à dora Thierry de .son cher souvenir ; je vous embrasse tous deux de tout mon cœur.
A Meaux, ce 20 avril 1702.
LETTRE CGC.