A M. LE CARDINAL DE N0A1LLES
Sur un nouveau livre contre l'Histoire des congrégations De auxiliis du P. Sorri , Dominicain.
J'ai lu, Monseigneur, le nouveau livre français (4-64) sur Y Histoire de la congrégation De auxiliis; cl, sans entrer dans laquesliondela science moyenne, voici la remarque que j'ai faite, et que Votre Eniincnce aura faite aussi bien que moi. C'est qu'encore que l'auteur déclare qui; la société n'a pas adopté la doctrine de Molina sur les forces naturelles, auxquelles il attache la grâce, il ne laisse pas de déclarer en même temps que la même société tient cette doctrine à couvert de toute censure, à cause du nombre des auteurs qui l'ont soutenue.
C'est la, Monseigneur , attaquer directement la censure du clergé, résolue sous votre présidence , et rendue exécutoire par votre décret : c'est dire que celte docmois d'avril 1701, chez Bellay, libraire, rue Saint- Jacques, à l'image saint Alhanase, < où j'ai appris moi-même de la {.•mine de oe libraire,» dit M. Lcuieu, secrétaire deBossuet, t que les Jésuites donnaient ce livre à son mari pour l'exposer en vente, et que ces Pères le faisaient vendre eux-mêmes dans leur collège, où »on mari en allait prendre les exemplaires qu'd voulait. »
rvRT. XIV. l.LTTR S D1VEK
Irino, qui est purement et manifestement scmi-pélagicnne, est reconnue pour probable, à enu.se qu'elle n'a pas été condamnée I or le Saint-Siège. C'est faire dépendre les tions de la grâce des dispositions naturelles, les y ramener comme à leur racine, et répondre au Quis te discernit de saint Paul (/ Cor. iv, 7) ; ce qui ne renferme rien moins que le renversement entier de la piété et de la doctrine de la grâce.
J'avoue (pie ce sentiment a été soutenu par plusieurs soolastiques avant le concile de Trente, et que depuij ce concile quelques-uns n'ont pas eu assez d'attention à ses décrets. Mais après les grands éclaircissements qu'on a donnés sur cette m a lier e, et après le décret du clergé, appuyé du
M. Couleau (VGo), docteur ie Sorbonne; n
combat en particulier ses scittimcnts snr la rclifjion des Perses.
J'ai lu en effet, Monsieur, avec une extrême diligence, le livre intitulé Judirium nains, etc., comme .M. le cardinal de Noailles l'avait prévu. Je vous ai promis de vous en dire mon sentiment: je le fais, à cou Jition, s'il vous plaît, tpie vous communiquerez celle lettre à M. le cardinal. Mon dessein est par la que vous preniez le temps le plus commo le à Son Lminencc, pour lui en faire la lecture; et en môme temps de lui sauver la peine de lire mon écriture, qui devient tous les jours plus pénible pour moi , et plus difficile aux autres: ce qui m'oblige souvent de me servir d'une main étranvotre, on n a pas dû à vos yeux soutenir une n-ère.
doctrine si pernicieuse. . ' ,. . , , , ,.
Je dis donc, en général, que ce hv.e est
fait pour appuyer l'indifférence des religions,
qui est la folie du siècle où nous vivons. Cet
C'est faire injure .
à l'Eglise romaine, de la faire approbatrice de celte doctrine, et d'étendre jusque-là la défense de se condamner les uns les autres, qu'il faut restreindre à la principale matière de l'examen, qui est celle de la congruité par la science moyenne.
Je supplie très-humblement Votre Emi- Dence de considérer devant Dieu, et de faire considérer dans son conseil, le remède qu'on peut apporter à un si grand mal. Pour moi, j'attendrai vos ordres, et demeurerai en repos.
M. de Reims, dans son ordonnance sur la grâce, a bien distingué la doctrine de la grâce congrue d'avec celle-ci, puisqu'il a loléré l'une, et condamné l'autre. Si nous la souffrons, il faut laisser enseigner impunément (pie tous les dons de la grâce, même la première efficace et celle de la persévérance, marcheront ensuite des dispositions naturelles, qui par là feront la racine du discernement. Le décret du cierge, qui a
marqué cette erreur, ira en fumée, bien qu'une approbation aussi que la vôtre
aussi authentique
et le semi-pelagianisme sera remis en honneur sous d'autres termes.
Le cardinal JBamnius a déploré la renaissance, sous prétexte de s'opposer à Luther. Le cardinal Bellarmin ne s'éloigne pas de ce sentiment, quoique d'ailleurs défenseur de la doctrine de Molina sur l'autre point. Je sais que Votre Ltnincnce n'abandonnera non plus qu'eux la cause de Dieu, pour laquelle elle est si déclarée. Je marcherai humblement sur les pas de Votre Lminence, de qui je suis à jamais avec un respect sincère, etc.
A Germigny, ce 23 mai 1701,
LETTRE CCXCI.