À M. LE COMTE DE PONTCHÀRTRAIN , MINISTRE ET SECRÉTAIRE I) ÉTAT
Sur un jeune Tartare que l'on disait fils du roi de la Grandc-Tartarie, dont il lui raconte les aventures, en implorant pour lai les bontés du roi.
Pour vous rendre compte du personnage dont vous me faites l'honneur de (n'écrire . j'aurai l'honneurde vous dire en général, que tout ce qui a rapport à moi, dans la relatii d que vous m'envoyez, est véritable. Dans le détail, il est vrai que cet étranger vint chez, moi à Versailles, en l'an 1692 ou environ, recommandé par un missionnaire ou Bénédictin anglais. Lorsqu'il arriva, feu If. de Court se trouva chez moi, qui, par la connaissance qu'il avait dos pays et des affaires d'Orient, découvrit beaucoup de choses de ses voyages, dont il rendait de fort bonnes raisons.
(521) C'est le nom donné à une femme, que l'un prétend avoir traduit .saint Fiacre, à cause des m i lactés qu'il opérait , com ne un magicien, devant sain! Faron, évèque de Meaux.
('•--) Il s'agit de lu pier e sur laquelle on cil
que saint Fiacre s'assit, et que sa vertu contraignit de fléohir ^nus lui . pour lui Fournir un sieg»' p us commode. Yoy. sur la vie de ce saint, dum Mabillot), Àcla sanctor. (hdin.de S. licxu\l.. sec. n. i, > : Baillet, Vies des saints, 30 mu.
m C0M1 i.KTKS DE BOSSLET. tîî(j
t s' rarlare, et nous ne mr-llre jamais à des ministères serviles. On
i onnu que sous ce nom. La première ne pouvait s'empêcher do le distinguer des
non» apprîmes, c'esl qu'envoyé autres étrangers de sa façon. M. lo PeJle-
!i»ii; - n poys, c'est-à-dire de le Tartane, lier, le ministre, ('honorait de ses bonnes
dans la crainte d'une irruption, et vers l'âge grâces, el le gratifiait, dans l'occasion, de
te ans, avec un gouverneur qui se fit ses libéralités. Ainsi sa condition eût pu
■tien à Ispahan, il lui persuada n'en faire devenir supportable en France ; mais il ne
autant; et ainsi il fut baptisé avec son gou- songeait qua la Taf tarie , ce qui luifitpren-
verneur, fortjeune encore, el fort peu ins- dre le dessein d'aller en Iialie et à Home,
il du christianisme, que ce gouverneur, comme à l'abord de tout l'univers, et où ii
quoique zélé el habile, ne lui apprit que espérait trouver quelque facilite pour re-
superficiellement. Nous ne lui trouvâmes en gagner son pays.
t qu'une teinture fort imparfaite.de la re- Mon neveu, qui était alors à Rome, le re-
ligion ; en sorte qu'il ne savait presque s'il çut avec joie, et lui donna tous les secours
en avait une. qui dépendirent de lui, sans le connaître
I nume il avait très-bon esprit, nous prî- encore que sous le nom du chevalier Tarlare,
s soin de lui avec affection, et nous lui onde la Grotte, qu'il avait en France. Com-
vimes venir une grande ardeur d'apprendre nie mon neveu était persuadé que le des-
solidemenl le christianisme. Je le reçus dans sein qu'il avait de retourner en son pays
aison . el tout le monde [trouait plaisir ne pouvait être (pie périlleux pour sa vie,
de l'entretenir, et de lui entendre raconter et lo mettrait dans une trop violente tenta-
ses aventures avec une vivacité admirable, tion de renoncer à la religion chrétienne,
el un air (Je vérité qui ne le quittait pas. Il dans un pays idolâtre où le nom de Jésus-
entendait un peu le latin; et, par le rapport Christ n'est pas connu; il lit ses efforts
s langues qu'il avait apprises dans ses pour le faire rester à Rome, et dans un pays
voyages, il se fortifia dans ce qu'il savait de catholique, où il lui promit les mêmes se-
ci Ile-ci : ainsi il entendit presque le Nouveau cours qu'il avait en France. Le chevalier
Testament latin que je lui mis à la main, Tarlare suivit son conseil : trois années se
et s'aidant, dans cette lecture, de la pénétra- passèrent ainsi, pendant lesquelles on le lit
tion naturelle de son esprit, il prit toute la connaître à beaucoup d'honnêtes gens; et.
substance dece divin livre. Nous achevions Mme la princesse des Ursins lui accorda sa
le reste par nos instructions, eltout le monde protection.
admirait l'application avec laquelle il s'y al- Vers l'année 1G99, plusieurs évoques et lit. Nous remarquâmes qu'il prenait un archevêques orientaux , plusieurs riches ; particulier aux prophéties qu'il trouvait marchands, que l'année sainte attirait à - le Nn;, veau etdans l'Ancien Testament: Rome, et qui l'avaient vu à Ispahan paraître il les lui fallait expliquer souvent dans -les à celte cour avec beaucoup de magnificence, livres mêmes, cl il en était fort touché. Quand se ressouvinrent de sa personne et de son nous le crûmes persuadé, el qu'il eût reçu les baptême, le reconnurent pour le Ii Is aine du instructions nécessaires, il approcha des roi de la Grande-Tartarie, et le nommèrent saii ts sacrements avec une piété exemplaire, le prince des Kaïmaquites. Il fut dressé des Il a été plusieurs annéesdans ma maison, et il attestations authentiques de cette reconm'appela toujours son père. Nous le mimes naissance par-devant le cardinal Cibo, prodepuisdan.s les Missions étrangères, à cause tecleur des Orientaux, qui est nommé dans qu'il ne respirait que l'Orient et la Tarlarie, la relation. On m'en envoya à Versailles des et qu'il connaissait la Chine, où ces mes- exemplaires., sur la foi desquels j'obtins le sieurs ont leurs habitudes. Pour l'occuper, passeport du roi, qui le qualifia fils du roi on lui fit apprendre les mathématiques, où de la Grande-Tartarie. Il fui expédié par il léussissait; et il passa dans ces exercices M. le marquis de Torcy, dans les termes les environ quatre années en France, et j'en plus avantageux; et ce ministre y joignit pris toujours grand soin. la description de sa personne, si exacte et si us ne savions, Monsieur, que juger de bien circonstanciée, qu'on ne pouvait le mésa qualité :il avait unair noble, simple et sans connaître. Mme la princesse des Ursins aucune affectation; il ressentait un nommerte ne lui refusa aucun oilice à la cour de grande naissance. Au milieu de sa modes- France, non plus qu'à la cour lie Rome. Il lie, qui n'avait rien que de naturel, il sor- me pria d'obtenir de Mgr le duc du Maine tait des traits de grandeur: il parlait des une dernière année de la pension que la gé- : reries avec lesquelles sa mère l'avait né rosi té de ce prince lui avait toujours fait sortir de son pays, et on en avail vu continuée à Rome : il partit en cet état, avec quelque reste. Il soupirait profondément, mes exhortations a persévérer dans la relime un homme qui déplorait, sans dire gion. C'esl là que je l'ai perdu de vue, car mot, l'état d'où il était déchu. Tous les gens encore qu'il m'ait écrit de divers endroits, d'esprit étaient ravis ue l'entendre : ce qui comme de Vienne et d 'Ispahan, je n'appreful cause que nous osâmes le recommander nais que très-peu de choses de ses avena llgr le due du Maine, el M. do Malezieu turcs, content d'y voir son zèle toujours lui procura une pension de ce prince. On ardent pour établir le chrisiianisme dans lui offrit divers emplois assez avantageux ; son pays. Depuis quMIestà Ligourne, il m'a mais il semblait toujours aspirer plus haut, écrit ses malheurs. Je souhaite qu'il soit Nous lui r : ; s cet honneur, de ne le assez heureux pour mériter la protection
tri
do Sa Majesté, et si vous me permettez, Monsieur, do vous dire mon sentiment, je suis persuadé que celle longue suite de malheurs, lui aura fait perdre l'espérance de pouvoir réussir dans ses projets à l'égard de son rétablissement dans son pays ; et que si Sa Majesté, toujours généreuse et bienfaisante principalement pour les malheureux, jugeait à propos de l'arrêter dans un pays catholique, en lui faisant pari de ses libéralités, je ne doulc point qu'il ne se trouvât très-heureux de devoir tout au plus puissant et au plus religieux roi de l'univers. Je suis avec un respect sincère, etc.
Ce 0 juin 1703. *
LETTRE CCCXXIV.
A MILORD PERTH
Sur sa seconde Instruction contre la version du Nouveau Testament imprimée à Trévoux.
Je prends la liberté de vous envoyer la seconde partie de l'ouvrage dont j'ai eu l'honneur de vous présenter le commencement: je vous supplie de faire agréer ce présent à Leurs Majestés. C'est un faible hommage, dont le dévouement de mon cœur relève le prix. Le reste des copies sera pour vous, Milord, et pour Mme la duchesse, que je salue avec respect, et suis avec le même sentiment, etc.
A Versailles ce 16 août 1703.
LETTRE CCCXXV.