LIVRE XIT
LOUIS XI. [An 1*61.]
Après la mort de Charles, plusieurs seigneurs du royaume et officiers du parlement de Paris allèrent trouver Louis en Hainaut, où il était avec le duc de Bourgogne; il confirma les vins, et remit à décider ce qui regardait les autres, jusqu'à ce qu'il fût à Paris. Ensuite il alla se faire sacrera Reims, où il fut fait chevalier par le duc de Bourgogne, chose nouvelle et qui n'avait point encore été pratiquée, dit Monstrelet, parce qu'on croyait que les fils de roi naissaient chevaliers. Cependant Charles VII avait été aussi fait chevalier, à son sacre, par le duc d'Alencon.
Le jour de son sacre, le duc de Bourgogne le supplia de pardonner à ceux qu'il soupçonnait d'avoir aigri le roi son père contre lui, ce qu'il promit, à la réserve de sept, qu'il ne nomma point. Ce duc lui fit hommage de toutes les terres qu'il tenait de la couronne, c'est-à-dire du duché de Bourgogne et des comtés de Flandre et d'Artois, en l'assurant de son parfait dévouement. Louis alla ensuite à Paris, où il fut accompagné du duc et de Charles, comte de Charolais, son fils.
il entra dans la conduite de ses affaires avec un esprit de vengeance contre les serviteurs du roi son père, et de mépris pour tout ce qui s'était fait sous son règne. 11
OEllYRES COMP. DE BOSSIET. XL
établit un nouveau conseil, et éloigna les anciens ministres qui savaient le secret et It suite des affaires, par les services desquels Charles avait recouvré et affermi son royaume. Il délivra le duc d'Alencon qui avait fi honteusement traiii l'Etat, sans songer qu'un esprit si pernicieux ne pouvait lui causer que des brouilleries [1462], Le peu de cas que ce prince faisait de tout ce qui avait été réglé sous le règne précédent, fut cause qu'il consentit à casser la pragmatique sanction, que les gens de bien du royaume regardaient cependant comme le fondement; de la discipline de l'Eglise gallicane.
Le Pape Pie H fit de grandes instances auprès du roi pour cette affaire, et se servir. du ministère de Jean Géfroy, évèque d'Aï ras, homme artificieux et intrigant qui, par le succès qu'il eut dans cette entreprise, sa fit cardinal et le plus riche bénéficier du royaume. Le roi, plus curieux de faire tout ce qu'il voudrait dans son royaume, quo d'en conserver les anciennes lois, fut bien aise, en celte occasion, do ménager la cour de Rome, et de disposer, par ce moyen, de; bénéfices de son royaume que le Pape donnait à sa recommandation.
Cependant la pragmatique ne fut pas entièrement abolie, parce que le Pape avait. différé l'exécution de ce qu'il avait promis qui était de tenir un légat en France, pour
us DE BOÎ SUET
\ donn< r I • qu'il fûl besoin
mr l'expé lion Le i >on côté, ne lit point
i la déclaration qu'il donna : ainsi la pragmatique subsistait en-
e en quelque façon ; Rome, on
tint i our . et en France elle perdit
up de i
ant ceux nui lui avaient Charles Vn , parut vour témoigner aussi qu'il se souvenait de il donna une grosse pension au Charolais , «'t le lit gouverneur . ù H ordonna qu'il lût i une. En même lei qu'il traitait si bien le comte, il l'ut sur le rouiller avec le duc son père.
Il avait résolu de défendre dans la Bourse «le donner du secours à Edouard, parce qu'il soutenait Henri VI, qui avait Marguerite d'Anjou, sa parente 63]. Il voulait aussi établir la gabelle en •; le duc, averti de ces desseins, mi envoya le seigneur de Cbimay pour lui en faire ses plaintes. Le roi fut longtemps sans vouloir lui donner audience ; mais ennïî rencontra dans un passade et lui lit les remontrances de son maitre.
lui demanda si le duc était d'une autre espèce que les autres (■rinces pour ne lui pas obéir? Cbimay, reprenant la parole : « Oui, Sire, 1 0 r vus,' » lui dit-il, « car il vous • soutenu contre le roi voire père, ce que pas un autre n'a fait, ni n'eût osé l'aire. » Le roi jnant qu'il était fâché d'une ré-
ponse si hardie, Chimay repartit que , s'il l'avait oubliée, il sciait revenu de cinquante lieu ur la lui faire, et rappeler en sa
uioire ses anciens amis, cm il semblait r oùbl En ce • Marguerite, reine d' A ngle-
re, travaillait à mener du secours au roi : -1 mari, qui s'était échappé de sa
prison et avait été reçu en Ecosse. Louis ma à cette princesse deux mille hommes unes, commandés par Pierre de Brézé, ur de la Varenne, qui avait le principal crédit auprès du roi Charles. On dit qu'il lui avait donné cet emploi pour le faire périr; cependant il fit d'assez grands promais le secours qui devait venir d'Eco-- ..t manqi é, la reine fut obligée de 5e 6auver avec Edouard son liis et la Varenne. Comme ils s'étaient égarés dans une mande forêt, ils fun nt [iris par des voleu-s qui pillèrent tout ce - qu'ils avaient. Ils étaient même prêts à les tuer, sans la querelle qui survint entre eux pour le pan i du butin; cela donna lieu à la reine de s'é- .o leurs mains et de se cacher dans fond de la forêt, où, ne sachant comment .mener son fils, elle dit fort résolument à un voleur qu'elle trouva à l'écart: « Tiens, te et sauve le fils do ton roi, » ce qu'il fit sans difficulté. Ensuite elle aborda dans Ljs terres du duc de Bourgogne, qui la reçut av . lui donna deux mille écus, et fit conduire auprès du roi René son père. :ii, l'impatience l'ayant fait s rtir
d'nn château où il s'élail caché quelque
temps, il fut pris, ci de nouveau renfermé dans la tour de Londres.
Cependant Louis songeait à retirer les
plates de la rivière de Somme, et les autres qui étaient engagées à Philippe pour quatre cent mille écus d'or par le traité d'Arra
pour cela, il faisait le plus d'épargnes qu'il pouvait, et se retranchait toutes choses. excepté la dépense de la chasse, qu'il aimait
avec passion. Il était vêtu fort simplement . et aimait h voir tout le monde velu do même, il emprunta de l'argent de tous côtés pour faire cet important rachat, et api avoir trouvé la somme donl il avait besoin, il se rendit 8 llédin, où Philippe le reçut avec, le respect qu'il lui devait, et lui rendit de bonne loi toutes les places.
Pendant qu'on travaillait à ce traité, Louis avait fait un voyage vers les frontières d'Espagne, pour terminer la guerre qui s'était élevée entre les rois de Caslillo et d'Aragon, au sujet de la Navarre. Le roi d'Aragon, qui avait besoin d'argent, engagea alors à Louis XI les comtés de Uoussillonet de Cerdagne, pour la somme de trois cent soixante mille écus d'or, à faculté de rachat; et Louis, étant arrivé à Bayonne, fut choisi pour arbitre des dillerends des deux rois; mais son jugement ne fut agréable ni à l'un ni à l'autre.
La conférence qu'il eut ensuite sur les bords de la rivière de Bidassoa, avec Henri IV, roi de Castillc, no lit que donner naissance à la haine et à la jalousie des deux nations française et espagnole, si étroitement unies Jusqu'à ce temps. La pompe et la magnificence des Castillans excita la jalousie des Français, et la simplicité de ceuxci n'inspira que du mépris aux Castillans. Car Louis, qui, selon Confines, « se mettait si mal que pis ne pouvait, » et qui no sentait pas assez combien l'éclat extérieur dans les jours de cérémonie rehausse la grandeur des princes aux yeux de la multitude, semblait encore avoir affecté ce jour-là plus de simplicité qu'à son ordinaire.
[1V03] Le roi de Castille passa la rivière de Bidassoa, qui séparait les deux royâumi et vint trouver le roi Louis au château d'Urtubie, sur les terres de France. Les Castillans, qui avaient étalé ce jour-là toute leur magnificence, ne purent s'empêcher de témoigner leur surprise de trouver Louis et toute sa cour dans une simplicité qui les ré vol la. Car le roi était vêtu d'un méchant habit court, ce qui était indécent alors, et avait un chapeau qui n'était remarquable que par une Notre-Dame de plomb qui y était attachée. Maissi Henri et ses courtisans furent choqués du peu de splendeur qui accompagnait le roi de France, celui-ci ne le fut pas moins delà mine basse el du peu de génie de Henri, dont il s'aperçut bientôt, dans le peu de temps qu'ils conversèrent ensemble. Ainsi les deux rois se séparèrent l'un de l'autre avec un ég&l mécontentement.
Le comte de Charolais fut très-fâché du
PART. XII. TIIEOE. HISTORIQUE. — II. Hl E 1 RANCE. L1V. XII.
rachat des villes de Picardie, et s'en prit h Croy qui avait, dirait-il, donné un si mauvais conseil à son père. Il se servi i de ce prétexlopour l'éloigner de la cour, au grand déplaisir du duc, qui ne pouvait souffrir <]ue son fils entreprît de lui faire la loi; mais étant vieux et caduc, il fut contraint de céder. Le roi eut avis que Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol , avait traité contre lui avec le duc de Bretagne et quelques autres princes, avec lesquels on soupçonnait que le comte de Charolais s'entendait. Sur cela le comte de Saint-Pol fut ajourné au parlement, où il ne comparut qu'au troisième défaut, après avoir ménagé sa paix avec le roi, sans jamais vouloir lui promettre d'abandonner lés intérêts du com le de Charolais.
Une atfaire plus importante brouilla tout à fait ce comte avec le roi. Le bâtard de Rubempré, étant débarqué en Hollande avec quarante ou cinquante hommes, gens déterminés, fut arrêté par Olivier de la Marche, gentilhomme du comte de Charolais, qui était alors dans ce pays. On disait que Rubempré avait des ordres secrets pour mener le comte au roi mort ou vif! Le roi envoya Morviiier, chancelier de France, au duc de Bourgogne, pour lui redemander le bâtard, et l'obliger à livrer la Marche, qui avait répandu des bruits préjudiciables à son honneur.
• Le duc répondit assez fièrement que Ja Marche était du comté de Bourgogne, qui ne relevait pas du roi, et que le bâtard avait été arrêté dans la Hollande, qui n'était pas moins indépendante. t
Le comte de Charolais ayant voulu parler, Morviiier lui dit que ce n'était pas à lui qu'il avait affaire, et qu'il était envoyé pour demander justice du manque de respect dont il était coupable envers le roi. Le comte demanda au duc, son père, la permission de se justifier, et l'ayant obtenue, il parla longtemps un genou en terre fort judicieusement et sans passion, ce qui plut fort au duc.
Morviiier étant prêt à se retirer, le comte lui dit avec fierté que le roi lui avait bien fait laver la tête, mais qu'il s'en repentirai lavant qu'il fût un an, et qu'il voulait bien l'en avertir. On vit bien en cette occasion que l'aigreur serait irréconciliable entre les deux princes, et qu'elle ne Unirait que par la mort de l'un ou de l'autre. On croyait cependant que le caractère doux et modéré du duc de Bourgogne réprimerait, tant qu'il voudrait, l'impétuosité de son tils.
François, duc de Bretagne, était très-lié alors avec, le comte de Charolais, ce qui déplaisait infinimenlau roi, qui résolut de l'en faire repentir et de chercher une occasion d'attaquer la Bretagne. 11 se plaignit que ce duc, dans ses lettres, s'intitulait: « Duc, par la grâce de Dieu. » Le roi regarda ces termes, qui semblaient exclure toute dépendance excepté de Dieu, comme une innovation préjudiciable à son droit de souveraineté sur la Bretagne, et dont il n'avait été
permis de se servir à aucun duc ou comte rend a ta ire de la couronne de France.
En effet, Charles VII, son père, avait défendu, en 1442, au comte d'Armagnac de se dire» comte d'Armagnac par la grâce di et si le duede Bourgogne, pendantles troubles du royaume, avait employé la môme formule, il avait obtenu pour cela, en 1 le consentement du même roi pour cou nuerdo le faire, et avait déclaré qu'il ne prétendait pas par là donner aucune atteinte a la souveraineté (pie nos rois avaient sur le duché de Bourgogne cl sur ses autres Etats mouvant de la couronne de France
Le roi élant donc allé à Tours, où les seigneurs étaient assemblés par son ordre, il leur proposa les justes sujets de plainte qu'il avait contre le duc de Bretagne, qu'il accusa d'avoir conspiré contre l'Etat, et les ubli à le suivre dans la guerre qu'il entreprenait contre lui : mais le duc avait pris ses sûretés; il s'était ligué avec le comte de Charolais et le duc de Bourbon. Cette ligue, appelée « la ligue du bien public, » parce que les princes ligués publièrent d'abord un manifeste, par lequel ils déclaraient, selon la coutume ordinaire des rebelles, qu'ils n ; prenaient les armes que pour le bien de l'Etat et le service du roi, dans le dessein d'éloigner d'auprès de lui ceux qui lui donnaient de mauvais conseils ; à cela ils ajoutaient cette plainte si commune en ces occasions, que la noblesse était opprimée, les peuples ruinés par de nouveaux impôts, et enfin tout le royaume accablé.
[14-65] En effet, la France était pleine de mécontents, à cause que le roi innovait beaucoup de choses contre les coutumes anciennes, et faisait des exactions extraordinaires; et même, ce qu'il avait ordonné sur la pragmatique si ehérie par le clergé, par les parlements et les universités, n'avait pas peu contribué à lui aliéner les esprits. Il se tit une secrète négociation, par laquelle les ligués attirèrent à leur parti Charles, duc de Berri, frère du toi, qui, outre qu'il était jeune et facile à persuader, à cause de la légèreté de son esprit, était encore mai satisfait du petit apanage qu'il avait, et du mauvais traitement qu'il prétendait recevoir du roi sou frère.
Dans ces dispositions, la cour se trouvant à Poitiers, il s'échappa sous prétexte d'aller à la chasse, et se relira chez le duc de Bretagne. Plusieurs seigneurs accoururent pour se joindre à lui, principalement les vieux serviteurs du roi son père, que Louis avait maltraités, c'est-à-dire les plus accrédités du royaume et les plus versés dans les affaires. îl fut fort étonné quand il apprit celle nouvelle, et commença à sentir le tort qu'il avait d'avoir écoulé sa colère, qui lui avait fait perdre tant de braves gens, que leurs longs services sous le roi son père lui devaient faire considérer. Il songea d'abord à Paris, où il envoya des personnes atîidé^s, et entre autres, Jean de la Balue, nommé évoque d'Evreux, qui avait beaucoup de pouvoir sur son esprit. Mais voyant que uarmi Ifto
VRI s COMPLETES DE BOSSUET.
i riin es rebelles, le du Bourbon et il
loul ensemblo le plus malicieux el le plus faible, il résolut d'enlrer dana - terres, i our le faire sertir d'exemple et jeter la terreur dans loul le parti.
Après avoir ravagé le Bourbonnais, il vint m- Riom, place de la basse : il était avec plusieurs autres - \ :i lui rapporta que le comte se préparait à entrer dans ses terres. 1 avait trouvémoyen d'attirer le duc son père . et, sans qu'il entrât
nd de l'affaire, ni se doutât qu'elle ,,ù i dernières extrémités, il ne
laissa pus de dire à son Bis qu'il allai hardiment, et qu'il ne demeurerait pas, faute de homm< s.
i mte, plein «.lo confiance, marchait droit a Pa disant lieutenant du duc do
Berri, (,t publiant partout qu'il ôterait les impôts ; lui et les siens ne parlaient que du bien public, qui était le prétexte de leur te, appelée pour cette raison, comme je l'ai dit, « la ligue du bien public. » Le roi n'avait garde d'abandonner la capitale du royaume, dont l'exemple aurait entraîné les autres villes. Ainsi, il reçut à composition le duc de Bourbon et les autres princes, vous promesse qu'ils ne serviraient jamais ..ire lui, et marcha sans retardement contre
le com' Il alla d'abord à Paris pour y mettre l'ordre . Le comte de Saint-Pol, qui commandait l'avant-garde du comte de Charo-
lais, avait paru en bataille auprès de celle ville pour intimider les esprits. Louis, après «voir ordonné à Paris ce qu'il trouva bon, alla au-devant de l'ennemi, résolu de ne point combattre, parce qu'il était le plus faillie; mais les deux armées s'étant rencontrées à Montlbéri, Brczey, sénéchal de Normandie, qui commandait l'avanl-gardc, a le combat, sans se soucier de; la défense du roi, et paya par sa mort la peine de sa témérité.
La gendarmerie du comte de Charolais il ut combattre à la manière des Anglais, el mit pied à terre. Elle ne réussit pas de celle maaière et remonta a cheval ; mais int peidu du touqis, elle i'ut repoussée et retombasur les archers qu'elle mit en désor- . D'un autre côté, les Bourguignons chargèrent en flanc les troupes de Louis, qui attaquaient l'artillerie, et en tuèrent beaucoup. On fuyait des deux, côtés avec une •iusse incroyable, et on peut dire que ce qui parut le plus de part et d'autre, dans celle bataille, ce fut la terreur.
Les deux princes combattirent fort vigoureusement. Le roi était partout, soutenant et encourageant les siens; le comte fut blessé de plusieurs coups, pris et dégagé. L'effroi fut si grand dans son armée qu'on eût pu très-aisément la défaire ; mais il n'y avait oersonne pour l'attaquer. Toute la perte îles deux, côtés fut environ de trois mille hommes.
Le roi perdit plus de cavalerie, c'est-à-dire ;s de noblesse que de soldats, et au con-
traire, le comte plus de soldais que de noblesse, le- pliures demeurèrent mu- le champ de bataille, lâchant de rallier leurs -eus. Beaucoup de ceux du parti du comte
étaient d'avis de recommencer h; combat; lo (omte de Saint-Pol était d'un sentiment contraire, ne trouvant point d'apparence de hasarder l'armée entre le roi et les Parisiens, qui pourraient venir en très-peu de temps.
Comme on était dans ce doute, on apprit que le roi s'étail relire à Corbeil, ce qui répandit beaucoup de joie dans celle armée; el tel qui mourait île peur auparavant, commença à trier plus haut que tous les autres qu'il fallait donner. Le comte voyant que le roi s'était retiré publia que la victoire était à lui, et dès ce temps toutes ses inclinations furent changées. Il commença à aimer la guerre qu'il n'aimait guère auparavant; il se crut le plus grand capitaine de l'univers ; il n'écoula plus do conseil que par manière d'acquit, et ne suivait que son propre sens
Celle pensée fut la cause de sa ruine ; ce qui arrive souvent à ceux qui ont si bonne opinion d'eux-mêmes. Le comte entra dans Montlbéri, et y vécut avec beaucoup d'ordre, pour ne point irriter les peuples. Cependant les princes abordaient'de toutes parts, entre autres le duc de Berri, le duc de Brelagne, et ce perfide duc d'Alcnçon que Louis s'était tant hâté de délivrer. Dès les premiers entreliens que le comte eut avec le duc de Boni, il s'aperçut qu'il tremblait et qu'il était homme à l'abandonner, de sorte qu'il résolut de s'accorder avec Edouard, roi d'Angleterre , quoique par son inclination il fût plus porté pour Henri VI; mais le roi, qui était venu à Paris, voyant que les ennemis étaient plus forts que lui , tâcha de gagner le peuple, en conûrmant les privilèges de la ville et en diminuant les impôts.
Il écouta Guillaume Charlier, évêque de Paris, qui lui remontra qu'il devait établir un bon conseil ; et. pour contenter les Parisiens, il y appela six bourgeois, six conseillers du parlement et six personnes do l'Université. Cependant il ne laissait pas de faire de grands emprunts sur les ofîiciers, et les contraignait au payement avec assez de violence; mais ses affaires le demandaient, et il les apaisait d'ailleurs. Il allait même dans les assemblées particulières des dames tant de la cour que de la ville; il se trouvait à leurs festins, où il disait ce qui s'était passée Montlhéri, et comme il y avait \ été abandonné; il le racontait d'une manière si touchante qu'à peine ceux qui l'écoutaient i pouvaient-ils retenir leurs larmes. Mais en môme temps il ajoutait qu'il mettrait bien le comte à la raison, et qu'il allait pour l'exterminer.
Ainsi, dans l'étal fâcheux de ses affaires, il tlaltait tout ensemble et encourageait le peuple. Le roi, après avoir mis le meilleur ordre qu'il put dans Paris, alla en Normandie que le duc de Bourbon lâchait de révolter contre lui. Sa présence rassura les villes et la noblesse; il sut cependant que les
17 PART. XII. TIIEOL. HISÏàftlQlE.
princes, qui avaient sommé Paris de se rendre au due de Berri, avaient écrit o la ville et à tous les corps , pour les inviter à dis conférences pour traiter de la paix, et qu'ils avaient nommé des députés pour cela : il était indigné de ce qu'ils voulaient faire la paix indépendamment de lui, de sorte qu'il résolut de venir h Paris, et s'il ne pouvait y entrer, de se retirer chez les Suisses, ou chez Francisque Sforce , duc de Milan , son ami particulier: tant était grande l'extrémité où il se trouvait réduit.
11 avait conclu un traité avec ce duc avant la guerre du bien publie, en lo reconnais.-ant duc de Milan au préjudice des droits légitimes de Charles , duc d'Orléans, qui était fils de Valenline de Milan , sœur du dernier duc de Milan, Philippe Jtfaric; celui-ci n'avait laissé qu'une lille bâtarde, que Francisque avait épousée. Louis, pour l'engager encore davantage dans ses intérêts, lui avait cédé l'Etat de Gênes, a condition qu'il en ferait hommage à la Franco.
Le roi, étant enfin entré dans Paris, rompit d'abord les conférences, et chassa cinq ou six des députés. Mais ensuite il renoua lui-même les traités, et il eut une entrevue avec le comte de Saint-Pol , qui eut la hardiesse de lui demander des otages et de le faire sortir de la ville pour lui parler dans la plaine. Il se résolut même de parler en particulier au comte de Charolais. Pour cela il alla le long de la rivière en bateau, et approchant du côté de Conflans, où. il avait son quartier , aussitôt qu'il l'eut aperçu, il lui tendit la main et lui demanda s'il y avait sûreté : le comte lui donna toutes sortes d'assurances ; le roi descendit à terre, et, en abordant le comte, lui dit qu'il le reconnaissait pourgcntiihommeetdelamaison de France : le comte demanda pourquoi ; le roi reprit aussitôt : « C'est, dit-il, que quand ce fou de Morvilier vous parla si hautement de ma part, quoique sans mon ordre, vous lui dites qu'assurément je m'en repentirais avant que l'an fût passé ; vous m'avez tenu parole, et j'ai sujet en effet d'être fort fâché de ce qui se fit alors. »
Il sentit que ce discours flattait le comle, et en même temps il ajouta que c'était avec de tels gens qui savaient tenir leur parole qu'il voulait avoir affaire, et que pour cela ii était venu traiter lui-même avec lui. Les princes commencèrent ensuite à s'entretenir fort librement entre eux de la paix. Charles demandait pour le duc de Berri la Normandie, pour lui-même les places de la Somme, et encore quelques autr s, et pour le coule de Saint-Pol la charge de connétable. Il ajouta quelque chose sur le bien publie, mais seulement pour la l'orme, et pour sauver en quelque façon le prétexte tic leur ligue.
Le roi trouvait ces propositions fort rudes; mais surtout il ne pouvait se résoudre à donner la Normandie, province si voisine et si importante, à son frère qui avait l'esprit si léger, et sous le nom duquel il pouvail se l'aire des cabales si dangereuses, il