‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 5 sur 458 · HIST, DE FRANCE. LIY. XII · texte numérisé non relu

HIST, DE FRANCE. LIY. XII

se retira sans rien accorder; niais il cherchait toujours en lui-même les moyens de faire la paix. Le comte n'en était pas éloigné, tant a cause que les vivres commençaient à lui manquer, qu'à cause aussi (piles Liégeois, anciens ennemis de sa maison, avaient fait alliance avec le roi, et qu'il désirait se venger des outrages que lui avaient faits ceux de Dinant, quand, au temps de la bataille de Montlhéri, on leur eut rapporte qu'il avait été défait.

Pendant les négociations, le roi fut informé que le château de Rouen avait été livré au duc de Bourbon par trahison ; que la ville s'éiait rendue, et que louie la Normandie demandait un duc. Aussitôt qu'il eut cet avis, il retourna au comle, et lui dit que la paix élait faite. Il lui raconta ce qui s'était passé en Normandie, et conclut enfin que, puisque les Normands voulaient un duc, il voulait bien leur donner son frère. Ainsi la paix fut arrêtée aux conditions que le comle avait proposées.

Le roi s'appliqua plus que jamais à détacher d'auprès du duc les anciens serviteurs du roi, son père, qui s'étaient attachés a lui. 11 entendait mieux que personne de telles négociations; il connaissait parfaitement tout ce qu'il y avait de personnes considérables , non-seulement dans son royaume, mais encore parmi les étrangers; il était instruit de leurs talents, de leurs humeurs et de leurs intérêts, et savait se servir d'eux dans l'occasion. Son frère lui rendit hommage de son nouveau duché, et le comte de Saint-Pol de l'office de connétable. Le comle de Charolais alla prendre possession des villes qui lui avaient été cédées, et le duc de Normandie alla à Rouen avec le duc dj Bretagne.

Ils n'y furent pas plutôt arrivés que la division se mit entre eux pour le partage du butin, et ils pensèrent même en venir aux mains. Aussitôt que le roi le sut, il entra dans la Normandie, faut pour profiter de la division, que pour l'entretenir et pour l'augmenter; car il était un excellent maître dans ces sortes d'artifices. 11 eut d'abord une conférence avec le duc de Bretagne : comme il • ne songeaient qu'à se. tromper mutue ment, ils firent un traité que ni l'un ni l'autre n'entendit; mais comme Louis était le plus fort, et qu'il savait mieux prendre avantages, plusieurs places se remirent sous son obéissance. Ensuite s'étant avancé jusqu'au Pont-de-1'Arche , Rouen même se rendit, et le nouveau duc fut contraint de prendre la fuite.

[1466] Cependant le comte de Charolais, qui faisait la guerre aux Liégeois, était fort fâché de voir que le roi reprit la Normandie ; mais il ne pouvait secourir le duc de si loin, pendant l'hiver, d autant plus que lui-même avait été battu par les Liégeois. Ainsi, quelque dessein qu'il eût, il lut prévenu par la diligence du roi qui, à la réserve de quelques places qui devaient demeurer au duc de Bretagne, occupa toute la province ei en donna le gouvernement au connétable. 11 se

Oi . | 0MP1 ! Us DE BOSSl ET. M

Bourbon dans i il pas moins résolu d'exterminer cette

oon ! » deux ducs s'aper- ville, qui lui avait tant de fois manqué de

l.i foute qu lient foite , el se parole.

,,-,,,, i;il.i. Dans cette conjoncture, le roi lui envoya

irles i relira auprès du duc de H:-.'- pour ambassadeur le cardinal de la Balue et

il fut sans considération , parce le connétable de Saint-Pol, afin de l'obliger

que le roi! re a?ai ichô tout ce a abandonner le duc de Bretagne : il lui fit

t d'habiles sens auprès de lui, dire que, s'il persistait à le secourir, ildon-

iil assurés. Le comte de Charb- nerail aussi du 6ecours aux Liégeois; si, au

[poursuivait toujours sa pointe contre contraire, il l'abandonnait, il abandonnerait

, ■ ; lia . Dinant. aussi les Liégeois, quoiqu'ils fussent ses

I .- , pavail assiégé quelque alliés. Le duc refusa la proposition, et mar-

: j iravant; mais comme il était vieux cha contre les Liégeois [H67], qu'il défit

sa bientôt des fatigues de dans une grande bataille, après laquelle ils

.lin donna moyen à ceux de furent contraints de lui ouvrir les portes Je

i uer par argent et de lui leur ville. Il leur fit payer une grande somme

I • abandonner l'entreprise. 11 n'en fut d'argent , eu fit mourir cinq ou six des plus

le de son fils, qui pressa telle- séditieux, et rasa leurs murailles.

meni ! ■ elle fut emportée de force Le roi, voyant ses progrès, s'avança do

et mise au pillage. son côté avec une grande année vers les ter-

;i\ de ! irrivèrenl le lendemain au res du due do Bretagne, a qui le due d'Alen-

secours-, el le comte se préj arail à les coin- çon se joignit, et lui offrit toutes ses places.

battre;onu'en vintpourtantpoinlauxmains: Louis Taisait la guerre assez mollement; il

les deux armées étant en présence, la paix ne prit que quelques châteaux, et il aimait

l'ut conclue, et les Liégeois donnèrent au mieux finir les all'aires par la négociation,

île trois cents otages pour sûreté de la qu'en hasardant des combats. D'ailleurs, il

ite inviolable qulls lui promettaient, craignait beaucoup le duc de Bourgogne;

Environ dans ce même temps, le roi, qui, ainsi il tournait tout son esprit à détacher le

comme nous avons déjà dit, avait promis à due de Bretagne d'avec son frère.

Pie 11 d'abolir la pragmatique sanction, Il y réussit; de sorte que- le duc de Nor-

isé par Paul 11, illicite par Jean de mandie fut obligé de se contenter de soixante

due, évoque d'Evreux, donna ses lettres mille livres de rente, que le roi devait lui

à un légal pour achever cette affaire; elles faire payer, jusqu'à ce que son apanage eût

passèrent sans contradiction au Châtelct. été réglé par des princes à qui il devait s'en

L'é\èque d'Evreux fut envoyé par le roi rapporter. Les deux dues envoyèrent donner

pour les porter au parlement pendant les avis de ce traité au duc de Bourgogne, qui

\ liions; mais il y trouva Jean de Saint- en fut extraordinairement surpris. Louis,

Romain, procureur général, qui s'y opposa qui appréhendait qu'il ne traversât ses des-

lureusement, et soutint avec force la né- seins, s'appliquait à le gagner par toute sorte

ces>iié des élections canoniques. d'adresse. Il lui accorda six vingt mille écus

Ce prélat l'ayant menacé que le roi lui d'or, dont il paya la moitié comptant; et

ôterait sa charge, il lui répondit que le roi comme il espérait le faire entrer dans ses

était le maître; mais que, pour lui, jamais desseins, pourvu qu'il parlât lui-môme, il

il ne Jurait rien contre sa conscience, ni lui envoya demander une conférence à Pé-

conlrele bien de l'Etat. Il reprocha même à la ronne. Le duc ne put la refuser, et lui en-

Balue qu'étant évêque, il se rendait le pro- voya le sauf-conduit qu'il demandait.

moteur d'une affaire si pernicieuse a l'Eglise. Sur cette assurance il se rendit à Péronne,

recteur et l'Université de Paris se pré- sans faire réflexion que les ambassadeurs

sentèrent devant le légat, pour loi déclarer qu'il avait envoyés aux Liégeois, pour les

qu'ils appelaient au futur concile de tout ce exciter contre le duc, pouvaient avoir ter-

qui s'était passé. Ainsi lès choses demeu- miné celle affaire avant qu'il eût fini les

rèrent encore en suspens, et l'évoque ne siennes avec lui. En effet, les ambassadeurs

laissa pas d'être élevé au cardinalat qui lui de Louis réussirent si bien auprès des Lié-

avait été promis. geois, que ceux-ci avaient pris les armes et

Le roi, après avoir réduit );i Normandie, enlevé Tongres au duc de Bourgogne. A

-uait à battre le duc de Bretagne et le cette nouvelle le duc entra en fureur, fit

nouveau duc de Bourgogne, Charles, comte arrêter le roi, et le renferma dans un logis,

lharolais, qui avait succédé à son père d'où il voyait la tour où le comte de Ver-

Pbilippe, mort à Bruges le 15 juin HG7. mandois avait tenu en prison un roi do

Mais ce dernier étant trop puissant, il ré- France (c'était Charles le Simple) jusqu'à la

.1 d'attaquer l'autre, comme le plus fai- mort, il faisait continuellement des plaintes

• et il crut qu'il y trouverait d'autant plus très-violentes contre le roi, en parlant lou-

de facilité, que les Liégeois avaient rompu jours avec menaces, et le traitant rudement;

■ e traité et a-. aient exercé des hostilités con- de sorte que, s'il eût trouvé de la complai-

tre le duc de Bourgogne : ce prince mit en sanoe parmi les siens, il y avait apparenco

délibération dans son conseil s'il ne ferait qu'il se serait porté jusqu'à entreprendre

point mourir leurs olages ; enfin, malgré sur sa vie.

i'avis de plusieurs de ses conseillers, il prit Le roi sentit bien le péril où il était, et

un parti plus doux, el leur pardonna. 1! n'en ne s'oublia pas lui-même dans une occasion

PAtii. Ml. THEOL. HISTORIQUE.- H. I1IST. DE FRANCE. LIY. XII.

m importante; il n'épargna ni les promes ni l'argent, pour gagner ceux qui appro chaient de Charles. Ce fut en ce temps que

lilippe Je Comines so détacha de ce prince, pour entrer dans les intérêts du roi, dont il a été depuis un dos principaux confidents, et dont il a m sagement écrit l'histoire. Nous avons encore des lettres patentes de Louis XI, par lesquelles il reconnaît que ce sage gentilhomme lui avait rendu de grands services dans le danger où il était alors, lui donnant les avis de tout ce qui se passait et de ce qu'il avait à faire. D'un autre côté, le cardinal de la Balue, que le roi avait élevé si haut, s'entendit avec le duc contre un si bon maître.

Enfin, il se fit un traité honteux pour lui, par lequel entre autres choses il devait donner pour apanage h son hère la Champagne et la Brie, et il fut contraint de suivre contre les Liégeois ses alliés, le duc qui allait les accabler. Le duc alla assiéger la ville, menant après lui Louis, qu'il conduisait comme en triomphe, et à qui il faisait i'aire tout ce qu'il voulait. Les assiégés, indignés de ce que le roi les avait abandonnés, résolurent de le tuer, lui et le duc de Bourgogne ; pour cela ils sortirent de nuit au nombre de sis cents hommes, et par des chemins détournés ils approchèrent fort près du quartier des princes.

Le bruit qu'ils firent en s'amusant à tuer ceux qu'ils trouvaient endormis sur leur passage, réveilla les archers de la garde du roi, qu i les repoussèrent dans* la place. Us se défendirent assez bien pour des gens qui n'avaient point de chefs. A la fin ils furent lis d'assaut ; la ville fut pillée et brûlée, et le duc eut bien de la peine 5 sauver l'église de Saint- Lambert, qui était la cathédrale.

Le roi, pendant tout le siège, ne faisait que louer le duc de Bourgogne, présent et .disent; il admirait sa hardiesse, et le mettait au nombre des plus grands capitaines ([ni eussent' jamais été. Cinq ou six jours après la prise de Liège, le roi dit au duc qu'il ne l'épargnât pas, s'il avait encore affaire de lui, et qu il le suivrait volontiers partout; mais que, s'il ne lui était plus utile en rien, il serait bien aise d'aller à Paris, pour faire publier la paix au parlement.

Le duc l'ayant accordé, il lui demanda ce qu'il donnerait à son frère, en cas que l'apanage dont il était convenu ne lui plût pas : il lui répondit qu'il s'en rapporterait à co qu'ils feraient ensemble, pourvu que le duc de Normandie fût content.

Le roi, qui avait connu la trahison du cardinal de la Balue, songea à l'éloigner des affaires, et commença a lui en parler avec beaucoup de réserve et de froideur. Celui-ci sentit bien qu'il était perdu, s'il ne trouvait moyen de brouiller, pour se rendre nécessaire. Les affaires de Charles, frère du roi, lui en fournirent bientôt l'occasion.

[i-WJ] Louis ne désirait rien avec tant d'ardeur que de l'empêcher d'avoir la Champagne et la Brie, provinces voisines du duc de Bourgogne, duquel il pourrait tirer de si

grands secours et tomber si facilement sur lui; mais plus il le désirait, moins il le faisait paraître. Il lâchait, par toute sorte dn moyens, de gagner ceux qui gouvernaient son frère, et lui fai>ail sous main offrir la Guienne, province beaucoup plus grande et plus considérable que la Champagne et la

Brie

Charles était assez porté à l'accepter ; mais le duc de Bourgogne travaillait secrètement à l'en détourner, et lo cardinal entra dans cette affaire. Il y avait à la cour un prélat que le roi y avait attiré. C'était l'évû lue de Verdun, qui se vantait de g Hiverner le du ■ de Norman lie ; mais comme il avait pro plus qu'il ne pouvait tenir, le roi en luisait peu d'état. Le cardinal le fut trouver, et lui proposa de faire entre eux une parfaite union, lui faisant voir que, s'ils pouvaient meltre la division entre les deux frères ils trouveraient moyen de se faire valoir, et rétabliraient leurs affaires.

Dans ce dessein, ils écrivirent à Charles . (ju'il se gardât bien de condescendre à la volonté du roi, qui offrait la Guienne; le roi ne craignait rien tant que de le voir voisin du duc de Bourgogne, et qu'il trouverait moyen de le perdre, s'il s'éloignak d'un ami qui lui était si nécessaire : au reste, que le roi ne demandait rien tant que sa perle ; et qu'encore, depuis peu de jours, ayant appris que le roi d'Espagne avait perdu son frère, il avait dit qu'il ne manquait qu'une pareille fortune à son bonheur.

Les lettres furent surprises, et le roi, sans perdre de temps, fit arrêter le cardinal et l'évéque. 11 envoya deux conseillers au parlement pour les interroger. Le cardinal avoua le fait, et dit qu'il avait espéré de rentrer dans les affaires par ces brouilleries. Louis donna aussitôt avis à son frère de ce qui s'était passé ; il lui fit dire qu'il lui était indifférent qu'il prît la Champagne ou la Guienne, mais qu'il regardât seulement de quelles gens il se servait. Charles accepta la Guienne et délivra le roi d'une grande crainte.

. Les deux frères se virent ensuite sur une rivière d'Anjou, une barrière entre deux. Le duo demanda pardon au roi, à genoux ; et le roi lui ayant l'ait remarquer combien sa conduite était contraire à ses véritables intérêts et à ceux du royaume, ajouta qu'il lui pardonnait d'autant plus volontiers , qu'il n'avait pas agi par Sun mouvement.

À l'égard du cardinal et de l'évéque, Louis envoya à Rome deux conseillers du parlement, pour y maintenir le droit qu'il a\ de prendre connaissance d'un crime de celte qualité, même contre un cardinal. Cependant il le fit enfermer dans une cage de 1er dont l'évêquede Verdun avait été l'inventeur, et i! ne fut délivré qu'après onze ans de prison, à la prière du Pape.

Après l'accommodement du duc de Guienne, tout était paisible dans la France; car le roi ne voulait point de guerre contre le duc de Bourgogne, ni lui prendre tantôt une place, et tantôt uiw autre, mais soulever

IPLETES DE B0SS1 l i.

t li i d'un » iritre lui.

1 1"1' « • | rn font ',. connétable, qui voyait la diminution il'- sa < liarge, dans !<• temps de

\. el qui savait .l'a;' éurs que m le roi •Mn.t en i | i, ! tournerait son esprit à humilier les grands, iii tout ce qu'il put pour l'engager dans une guerre difficile; pour \ nit lui ivj résenter le mauvais état des res in duc de Bourgogne; il l'assura qu'il lui prendrait aisément Saint- Quentin, parce que cette place était au milieu de ses terres, el qu'il révolterait i unegrande partie do ses villes, où il avait des intelligences.

i roi, dont les desseins cachés étaient oibrmes à cette proposition, se laissa persuader, et pour déclarer la guerre avec plus - Jennité, il rassembla les étais généraux, et représenta à cette assemblée les sujets du mécontentement qu'il avait contre le due. On résolut, du commun consentement des étals, qu'Userait ajourné pour • omparaitre au parlement: le roi savait que le due répondrait avec hauteur, et que ce serait un nouveau sujet de plainte. Le duc n'y maii |ua pas, et aussitôt le connétable entra dans ses terres.

Il prit d'abord Saint-Quentin, dont il reçut le serment pour le roi : peu après il s'em- 1 ara de M ontdiuier et de Boye; l'armée vint t nsuile devant Amiens : le duc n'était point i neore entré dans celte ville, parce qu il ne voulait y entrer (pie le plus fort, ce que les 1 ourgeois n'avaient jamais voulu permettre : ainsi, comme ils flottaient entre le roi et le duc, quand ils virent l'armée du roi si {très d'eux, ils se rendirent à lui.

Cependant le connétable , qui ne voulait point donner à Louis une victoire entière sur son ennemi, mais balancer les choses aûn de se maintenir entre les deux princes [1V71], porta le duc de Guienne à demander .Marie, tille unique el héritière du due de Bourgogne, et lâcha de faire entendre au nier qu'il n'avait (pie ce seul moyen l our rétablir ses afl'aires.

Le duc n'avait gardede !a lui donner, parce qu'il vi ulait la proposer à tous les princes • le l'Europe, pour lâcher, par ce moyen, de les attirer a son parti; cependant!] entretenait lo duc par de belles paroles qui n'aboutissaient à rien. Durant ces négociations, l'armée du roi défit en Bourgogne celle du duc, qui, de son côté, prit Péquigny, fort château de Picardie. Il vint ensuite se poster entre Amiens et Dourlans, où il se retrancha, selon sa coutume, dans un poste avanux. Il y fut environné par notre armée, ♦-t tellement pressé, qu'à la lin il eût été obligé de se rendre à discrétion Dans cet eialii écrivit au roi, pour lui demander une irêve d'un an ; et le roi, qui n'aimait pas les longues affaires, l'accorda volontiers, au grand déplaisir du connétable, qui haïssait Je duc de Bourgogne, parce qu'il n'avait point donné sa fille au duc de Guienne.

Au ui.i.eude tant de guerres civiles, la Frai .' pu recevoir de grandes incom-

xlités du côté de l'Angleterre; mais lo

troubles du dedans les empêchèrent de rien

entreprendre au dehors. Un peu après la déroule de la reine Marguerite dont nous avons parlé, Edouard, voyant que Louis seul était capable de rétablir la maison de Lancastre, songea a s'accommoder avec lui ; il lui envoya à cet effet le comte de Warwick, pour demanderen mariage Bonne de Savoie, sœur de la reine de fiance.

Pendant que lo comte travaillait a cette négociation et a l'union des deux rois, Edouard, qui donnait tout a sa passion, épousa une demoiselle d'Angleterre dont il était devenu amoureux. Warwick fut si indigné de ce qu'il s'était ainsi moqué de lui , que' dès lors, il résolut de le perdre, quand il en aurait l'occasion. Louis tâcha en vain de renouer avec Edouard, de peur qu'il ne se joignît au duc de Bourgogne; mais Edouard se déclara pour ce duc, qui môme épousas» sœur; et quoique son inclination le portât pour Henri, comme nous avons dit, son intérêt l'unit avec Edouard.

Dans la suite des temps, il se fit une émeute considérable dans la province de Galles, qui donna lieu à Warwick d'exécuter son dessein et de se venger d'Edouard. Il se mit à la tête des séditieux, et, s'étant déclaré pour le roi Henri, il défit Pembroke, un des généraux d'Edouard :il donna une seconde bataille, où il défit Edouard luimême, et le prit prisonnier; mais ce prince s'échappa de sa prison , et ayant rassemblé des troupes, il chassa Warwick d'Angleterre. Ce comte ayant voulu se retirer à Calais, dont il était gouverneur, Vaucler, son lieutenant, lui ferma la porte. Il vint en France, où Louis lui promit du secours pour rétablir ses afl'aires. Cependant Edouard passait sa vie à la chasse, dans les jeux et parmi les femmes, sans songer que Warwick dût revenir, malgré les avertissements que le duc de Bourgogne lui donnait continuellement; de sorte que Warwick l'ayant surpris, se rendit maître de l'Angleterre en onze jours, contraignit Edouard de se réfugier chez le duc de Bourgogne, el remit Henri sur le trône.

Dès le temps de la déroute d'Edouard, le duc avait déclaré qu'il n'avait pas besoin de lui pour maintenir la paix avec l'Angleterre, parce qu'il avait eu la précaution de faire mettre dans le traité qu'il était fait avec le roi et le royaume. Il ne laissa pourtant pas de le recevoir, et lui donna du secours, non pas, à la vérité, autant qu'Edouard en espérait, mais autant qu'il put dans la nécessité de ses ail'aires; car la guerre était alors fort échauffée contre Louis, qui venait de lui enlever Saint-Quentin et Amiens.

Edouard avec ce secours retourna è Londres, où il, fut fort bien reçu, pour trois raisons : la première, parce qu'il avait un fils fort aimé des peuples; la seconde, qu'il devait beaucoup aux marchands, qui craignaient de perdre leurs dettes; à quoi on ajoule que les femmes qu'il avait aimées lui avaient gagné leurs maris. Il marcha coni.i

jr> PART. XII. THEOL. WiSTOiHOli:. — 11. DE FRANCE. 1.1V. XII.

Warwick, et fui donna bataille \ô jour de de la paix, < nlra dans une ftrre ur extrême,

Pâques. Là, le duc de Clarence abandonna et brûla ions les pays voisins de ses terres

Warwick, ce qui mit le trouble dons son ar- I! assiégea Beauvais, qu'il pensait emporter

mée : le combat ne laissa pas d'être opi- d'assaut, el résolut d'y mettre le feu : étant

m'Àtre; mais à la fin Warwick fut vaincu. repoussé, il brûla tout le pays jusqu'aux

Il restait encore à vaincre Henri et la reine, portes de Rouen, et prit quelques niai qui avaient une grande armée; Edouard vie- qu'on reprit facilement uendant l'hiver, torieux les défit : leur fils Edouard, prince qu&n'd il se fut relire, de dalles, périt dans cette occasion; le roi Cependant le roi gagna Lescun,rrommede et la reine furent pris, et leur armée mise qiialitë et de mérite, qui avait été au duc de en fuite. Edouard envoya Marguerite en Onienne, et'qui gouvernait le duc de Bre- France, et remit Henri dans la tour de'Lon- la ne, non qu'il estimât ce duc, qui avait dres, où il le lit mourir quelque temps après, peu de sens et de vertu; niais un si puis- Ainsi il demeura paisible, et recouvra en sa ni prince, manié par un tel homme, élait vingt jouis le royaume qu'il avait perdu en à craindre. La paix fut conclue entre les onze. deux princes, moyennant une grosse peu- Cependant le duc de Guienne sollicitait sion, que le roi accorda au duc, qui de son toujours son mariage avec la princesse de côté renonça à l'alliance d'Angleterre et do Bourgogne; et, poussé par le connétable, il Bourgogne.

le pressa si vivement, qu'il fut contraint de Lescun eut pour récompense un gonverla lui promettre. Il avait néanmoins l'ail la nement et le comté de Comminge. Le duc même promesse au duc de Savoie, au duc de reçut avec respect l'ordre de Saint-Michel, Lorraine et au duc Maximilien d'Autriche, institué par le roi, qu'il avait refusé un peu fils de l'empereur Frédéric, a qui la prin- auparavant. Aussitôt que le duc de Bourgocesse avait écrit par ordre de son père, et gne vit que le duc de Bretagne avait fait son lui avait envoyé un diamant : ce dernier accommodement avec le roi, il lit aussi une l'eut à la fin ; mais ce ne fut qu'après la mort Irévo, durant laquelle il y eut de grands du duc qui, durant toute sa vie, ne songeait pourparlers pour le connétable. Le roi le qu'à trafiquer de sa fille, et non de la donner haïssait et le craignait, et le duc n'était pas à qui que ce fût. moins son ennemi, quoiqu'il lui fît toujours Le mariage du duc de Guienne avec une bonne mine, et qu'il s'entretînt avec lui, si grande héritière inquiétait Louis, qui ne dans l'espérance de retirer Saint-Quentin, craignait rien plus que de voir son frère si 11 se tint une assemblée à Bouvines pour puissant. Edouard n'était pas moins ernbar- convenir des moyens de le perdre [1W4], Il lassé, parce qu'il voyait que ce duc serait en fut bientôt, averti, et, pour prévenir le trop redoutable à l'Angleterre, s'il venait au mal qui le menaçait, il fit représenlerau roi royaume de France, après l'avoir augmenté combien il pouvait lui être utile contre les de tantdeprovinces.il avait tort de se tour- desseins ambitieux du duc de Bourgogne, inenter à chercher des difficultés dans ce ma- Sur cela Louis trouva à propos d'interrompre riage, où le duc en cherchait plus que tous les conférences de Bouvines; mais le traité les autres ensemble. élait achevé, quand l'ordre arriva de surseoir, C'était la coutume du roi d'entretenir la et on élait convenu que le connétable serait paix avec ses ennemis, tandis que son inté- déclaré ennemi des deux princes, avec tous iôt le demandait, et il en avait un alors, qui ceux qui lui donneraient du secours, et que lo l'obligeait de s'accommoder avec le duc : premier qui pourrait le prendre, serait tenu leur accord enfin fut résolu, a condition que de le faire mourir dans huit jours, ou de le h; roi rendrait au duc Amiens et Saint- remettre à l'autre. On donnait au duc Saint- Quentin, et lui abandonnerait le connétable; Quentin, Hara et Bohain, et tous les meuble^ et Charles aussi, de son côté, devait abandonner les ducs de Guienne et de Bretagne. L'accommodement n'eut point son effet, par se retirer.

la mort inopinée du duc de Guienne. On Voilà ce qu'on avait arrêté quand lesordres soupçonna le roi de l'avoir fait empoisonner du roi arrivèrent; mais les ambassadeurs [1V73]. Quelques historiens rapportentqu'on étaient de si bonne intelligence, qu'ils ne l'avait entendu parlera une petite Notre- tirent aucune difficulté de se rendre les uns Dame (Notre-Dame deCléri), qu'il honorait aux autres les traités signés. Le connétable superstitieusement ei lui demander pardon demanda au roi une en' revue qui devait se du traitement qu'il avait fait a son frère; faire en pleine campagne une barrière enmais, ajoutait-il : «c'était un brouillon, et Ire <leux, et de-; gardes de part ei. d'autre. qui eût troublé le royaume tant qu'il eût il prenait pour prétexte la malice de ses envécu.» nemisjdont il disa t qu'il avait tout à appré- Aussilôl après la mort du duc, le roi, sans hender. La proposition était hardie pour le perdre de temps, alla en Guienne et s'en connétable, et honteuse pour le roi; mais rendit maître. Il fit aussi avancer une grande croyant la chose mile pour ses inlérô's, il armée du (ôié de la Bretagne, pour tenir le s'y résolut malgré loues ces considéraduc en crainte. A l'égard du duc de Bour- lions.

gogne, Louis se soucia fort peu de la paix La conférence se fit comme elle ava l et >

faite avec lui. Charles, qui était hautain et projetée. Ce spectacle étonna tous ceux qui

colère, voyant que le roi parlait froidement y assistèrent: un si grand roi paraître avec

du connétable, et on devait se joindre pour l'assiéger dans tïam où il avait coutume de

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