‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 40 sur 458 · HENRI II. [AU · texte numérisé non relu

HENRI II. [AU

Dans les discours que François 1" fit en mourant à son fils, il lui recommanda pardessus toutes choses de ne point rappeler le connétable, et de se servir des conseils du cardinal de Tournon et de l'amiral d'Annel. Il l'avertit aussi de se donner de garde (te ceux de Guise, prévoyant qu'ils auraient un jour en main l'administration des affaires, et que, courageux et ambitieux, comme ils étaient, ils pourraient porter leurs pensées jusqu'à l'autorité souveraine. Henri ne fut pas plutôt sur le trône, qu'il rappela le connétab e; mais le comte d'Aumale et Charles son frère, archevêque de Reims, qui avaient grande part à la faveur, tâchèrent de s'en prévaloir avant qu'il fût de retour. Ils obtinrent du roi que ceux qui posséderaient plusieurs charges seraient obli0és d'opter.

Aune de Montmorency était tout ensemble et connétable et grand maître, et le comte d'Aumale espérait être gratifié de la dignité que le connétable quitterait. Mais le roi qui aimait Montmorency, et qui «l'appelait son comjière, lui conserva les deux charges et le

regarda comme son principal ministre. Il exécuta son tèglement dans toute sa sévérité contre l'amiral, et en le chassant de la cour il l'obligea de quitter sa charge de maréchal de France, qu'il donna à Jacques d'Albon, seigneur de Saint-André, l'un des premiers barons du Dauphiné.

Les minisires ne voyaient pas volontiers à la cour douze cardinaux ; pour les écarter, on leur ordonna d'aller à Rome, sous prétexte de l'élection d'un nouveau Pape, que la caducité de Paul III rendait prochaine. Il y en eut sept qui passèrent les monts, entre autres le cardinal de Tournon, exclu des conseils par un ordre exprès, et qui depuis ce temps fit son séjour ordinaire en Italie.

Pour remplir le nombre de quatre maréchaux de France auquel le roi fixait celle charge, il ajouta aux trois qui étaient déjà, Robert de la Mark, gendre de Diane de Poitiers. Elle avait un pouvoir absolu , et ou regaida comme une espèce d'enchantement l'amour aveugle qu'avait un roi de vingt-neuf ans pour une femme (Je quarante, qui était en réputation de ne lui être pas fidèle. Elle

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PART. XII. TIIEOL. HISTORIQUE —II. HiST. DE FRANCE. I.1V. XVI.

fil donner la charge do grand maître do l'artillerie à Charles do Cosse fie Brissac , celui

de tous les soigneurs qu'elle aimait lo plus et qui avait aussi le plus d agrément.

Lo maréchal de Riez fut disgracié. Le roi voulut qu'on lit le procès à lui et à Vervin son gendre, a qui il ne put pardonner d'avoir .si aisément rendu Boulogne, ni au maréchal les longueurs de la campagne de 1546, qui paraissaient affectées; ainsi dans un nouveau règne toute la cour fut renouvelée.

Le chancelier fut le seul des grands officiers de l'Etat qui fut conservé; encore lui ùia-t-on les sceaux quelque temps après, quoiqu'il fût homme de grande verto, et Henri donna tout à ses favoris, sans garder aucune mesure pour la mémoire de son père.

L'économie pratiquée dans les dernières années, après avoir acquitté toutes les dettes de l'Etat, avait encore laissé les coffres remplis. Henri, libéral par lui-môme, excité par Diane, qui ne l'était pas moins, fit de grandes profusions dont la plupart furent blâmées. Mais tout le monde loua le bien qu'il lit à Martin de Bellei, digne d'èire récompensé, et pour ses propres services, et pour ceux de Guillaume, son frère, qui s'était ruiné en servant l'Etat.

Au commencement de ce règne, le Pape, qui appréhendait l'empereur, voulut s'appuyer de la Fiance, et envoya un légat, pour faire par quelque traité une étroite liaison avec le roi. L'amitié avait commencé par un mariage; Henri avait promis une fille naturelle qu'il avait eue de Diane, à Horace Farnèse, petit-fils du Pape. Il ne répondit rien sur le traité proposé, et il attendit à s'engager plus ou moins selon la disposition des alla ires.

La paix n'était pas sûre avec l'Angleterre, et sur quelque contestation pour les limites du Boulonnais, les Anglais s'étaient saisis les premiers des lieux qui étaient en dispute, mais ils en furent chassés, et on convint de garder ce qu'on tenait de part ei d'autre. Cependant le rqi résolut de se conserveries Ecossais, et envoya Léon Slrossi avec des troupes pour soutenir la reine d'Ecosse contre ses sujets ré voilés.

Durant ces temps-là, l'empereur avait remporté de grands avantages sur Jes protestants. Le comte Palatin s'était soumis; l'électeur de Brandebourg les avait quittés; une partie de cette armée prodigieuse de l'électeur de Saxe et du landgrave s'était dissipée durant l'hiver, et l'empereur commençait à ôire redoutable. La guerre s'était cependant continuée entre les deux cousins, et Maurice avait perdu quelques places, entre autres Messein sur l'Elbe, où l'électeur demeura quelques jours en attendant l'occasion de quelque entreprise. I! n'y fut pas longtemps sans apprendre que l'empereur ap| menait; comme il avait peu de troupes, el que les autres étaient encore dispersées dans leurs quartiers, il passa promptement l'E be sur le pont de bois de la place qu'il brûla après son passage. Il s'était réservé un

pont de bateaux qu'il pouvait rompre aisément, et s'en servait pour aller au fourrago ou pour quelque autre dessein. Il borda la rivière de troupes et de canons auprès do Mulberg, et pour défendre son pont de bateaux, el pour empêcher le passage à l'empereur. Cependant il continua son chemin vers Wiliembcrg, qui était sa ville capitale, où il n'avait rien à craindre.

L'empereur arriva, le 23 ;:vril, au bord de l'Elbe, vis-à-vis Mulberg; tout dépendait de la. diligence. Les Espagnols se jetèrent dans l'Elbe, et, pendant que les Saxons rompaient leur pont, ils allèrent jusqu'à l'autre bord, d'où ils ramenèrent les bateaux, à force de bras, du côté où était leur armée. De ceuxlà et de ceux qu'avait l'empereur, on fit prompteurent un pont; mais, comme le passage était trop long, l'empereur, conduit par un paysan, fit passer sa cavalerie et passa lui-même au gué avec beaucoup de résolution. A trois lieues de là, il rencontra l'électeur; il le battit, le prit, lui fit faire son procès, et le fit condamner à perdre la tête. L'électeur so racheta en abandonnant ses plus fortes places, et l'électoral à Maurice , son cousin , sans pour cela sortir de prison.

Le landgrave, étonné, et n'ayant aucuno ressource, fut contraint de faire un accord honteux et ambigu, que l'empereur interpréta à son avantage. 1! fallut venir demander pardon, et sur l'équivoque d'un mot allemand, qui ne décidait pas bien si le landgrave serait absolument exempt de prison, ou s'il serait seulement evempt d'une prison perpétuelle, l'empereur le fit arrêter. Tout le parti fut abattu par une seule bataille : Catholiques et protestants, tout plia. Ils furent taxés à de grandes sommes, les uns, pour subvenir aux frais de la guerre, les autres pour châtiment de leur rébellion, et les comptes font foi que l'empereur amassa, par ce moyen, seize cent mille écus d'or. Ferdinand en leva davantage encore sur les Bohémiens qui s'étaient mis du parti de l'électeur. Ces nouvelles fâchèrent la cour de France : le roi écrivit aux princes et aux villes d'Allemagne, pour les exhortera tenir ferme, et leur promit du secours.

Environ dans ce temps-là se fit son sacre, où le roi de Navarre, le duc de Vendôme, le duc de Guise, le duc de Nevers, le duc de Montpcnsier et le comte d'Aumaie, représentèrent les six anciens pairs laïques; et on remarque que le duc de Montpen ier, prince du sang , représenta seulement le comte de Flandre, quatrième pair, précédé par les ducs de Guise et de Nevers, dont la pairie étail plus ancienne. Le roi François les avait érigées, et il avait aussi établi' (mais auparavant) celle du duc dcVenuôme,' premier prince du sang. Cet o.dre a depuis été changé, et on a jugé, avec raison , que, môme au sacre des rois, où les pairs sont dans leur plus noble fonction, les princes du sang ne devaient pas entrer en comparaison avec les antres seigneurs. Pour ce qui est du roi de Navarre, sa qualité de roi

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I rsqu'il fut de retour à Saint-Germain, H donna un étrange spectacle à la cour. Gui (!c Chabot de Jarnac et François de Vivonne

i Châtaigneraie s'étaient querellés pour s ntrigues de femmes, et la Châtaigneraie irait reçu an démenti. Ils demandèrent au roi la permission de se battre; et ce prince, ant les luis divines ei humaines, nonseulement l'accorda, mas voulut être présent. On prépara un camp pour le combat, I t des galeries autour pour placer la cour. Le roi, qui aimait la Châtaigneraie, espérait que son adresse lui donnerait la victoire: il y avait, en effet, beaucoup d'apparence, parce que Jarnac avait la lièvre; mais il donna un coup de revers si à propos , que son ennemi, déjà blessé, tomba par terre : il ne voulut jamais demander la vie; mais tout le monde accourut pour séparer les combattants, f.e secours, qui sauva le vaincu des mains de son ennemi, ne le sauva pas de sa propre rage : la honte d'être battu dans une telle compagnie, et en présence du roi, lui rendit la vie odieuse; jamais il ne voulut endurer qu'on bandât ses blessures, et il mourut désespéré. Un événement si tragique tomba tellement le roi, qu'il fit vœu de ne permettre jamais de duel, et eut peine à se pardonner lui-même ce qu'il avait permis. ]

II se conclut, environ ce temps, une trêve entre la France et l'Angleterre; et celle de Charles V avec Soliman, qui se négociait depuis six mois, l'ut arrêtée pour cinq ans entre les deux princes; mais Soliman voulut de lui-môme y comprendre le roi, à qui il donna (.les litres plus illustres qu'à l'empereur. Le Pape reçut à Plaisance le plus grand ^!e tous les outrages, en la personne de Pierre-Louis Farnèse, son fils. Il lui avait donné, à litre de duché, celle place et celle de Parme; mais il était tellement haï pour

• ioleuces et ses débauches énormes, que ses sujets révoltés le luèrent. Ferdinand de Gonzague, que l'empereur avoil l'ait gouverneur de Milan, à la place du marquis du fiuasl, nouveliement disgracié, l'ut appelé à une, dont on dit qu'il avait excité luimême la ."-édition, et retint la place au nom de l'empereur. La colère du Pape fut extrême; il pressa le roi de déclarer la guerre à l'emj ereor, et ne rougit pas de lui proposer d'iiiTiter le Turc dans le .Milanais; mais le roi ne s'.y trouva pas disposé, et Plaisance demeura à l'empereur.

Ce prince avait aussi des sujets de plainte contre le Pape qui, après avuirouvert lêcon- Ûiméc Tréma, de concert av:*»; lui, tout d'un »*Hip, .vans lui en rien dire, l'avait transféré à Bo 11 était bien aise que celte véné-

rable assemblée se tint dans une place dont il lui ,e maître, ci pour la tirer de Trente, '•n Ut dka aux asu-olo^ies et aux médecins <,ue la ville était menacée de peste. Mais l empereur, qui voyait qu'un concile tenu

loin de l'Allemagno n'y serait jamais reçu et deviendrait inutile à la réduction des protestants, lit déclarei au Pape, en plein consistoire, et aux Pères de Bologne, qu'il serait obligé de protester de nullité do tout ce qui se ferail hors de Trente.

Le cardinal de Guise (c'était l'archevêque de Reims, à qui le Pape avait, depuis peu, envoyé le chapeau, aussi bien qu'au cardinal de Bourbon), ce cardinal remontra, do la part du roi, de quelle importance il était de' ne- point mécont-mterles Allemandsdans une demande si raisonnable. Mais le Pape ne voulait pas satisfaire l'empereur, jusqu'à ce qu'il lui eût fait raison de Plaisance, et ne craignit point de faire servir la religion à la politique.

[15V8J Au milieu de ces dissensions, l'hérésie de Luther s'accroissait; elle fit de grands progrès dans la France, et le roi , pour l'empêcher, en vint aux extrémités . on se voyait à la veille d'une rupture avec l'empereur ; il avait fait couper la tête à deux capitaines qui avaient mené des troupes d'Allemagne au roi, dans le temps qu'il fut sacré. L'empereur faisait venir Philippe, son tils unique, en Allemagne, dans le dessein, s'il pouvait, de le faire roi des Romains, et lui avait ordonné de passer par Gênes. On craignit en France quelque entreprise sur le Piémont, peut-être avait-on aussi quelque dessein sur le Milanais; aussi le roi résolut de faire un voyage en Italie. Tout ce qu'il y fil fut de donner ordre à la fortification des places du Piémont, et, durant ce temps, presque toute la Guyenne et les autres provinces voisines se soulevèrent au sujet de la gabelle que François 1" avait établie dans cette province. Cet impôt, nouveau dans ces pays, choquait tous les peuples; mais les vexations qu'exerçaient les commis et les officiers, en le levant, le rendaient plus insupportable.

Ceux de Bordeaux s'emportèrent plus violemment que tous les autres. Ils massacrèrent Moneins, lieutenant de roi sous l'autorité du roi de Navarre, gouverneur de la province, .et ils contraignirent les présidents et conseillers du parlement de se mettre à leur tête en habits de matelots. Cette révolte était d'autant plusdangereuse, qu'on avait à craindre l'Angleterre, dont ces peuples n'avaient pas encore tout à fait oublié la domination ; ainsi on résolut de ne p s pousser les choses à l'extrémité, et on déclara d'abord qu'on ôterait la gabelle. Mais c'était autoriser la révolte, que de ne pas châtier les séditieux , et le parlement de Bordeaux, après avoir repris son autorité, en avait puni quelquesuns.

Pour réprimer les autres, le roi envoya, d'un côté le connétab e, et do l'autre te une d'Aumale, chacun avec une armée de quatre à cinq mille hommes. Il ne se peut rien de plus opposé que fut la conduite de ces deux hn nmfv : k; duc prenait toutes les voies de douceur; et il semblait quelquefois qu'il songeait plutôt a gagner les peuples qu à les réprimer ; mais le connétable, sévère et or-

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