A MADAME DE LA MAISONFORT
Sur la conduite quelle devra tenir chez les Ursulines.
A Germigny, 20 octobre 1701.
Ce sera lundi , Madame , que je vous mènerai auxlïrsulines, entre une et deux. Vous pouvez rendre à la Mère le mot que je vous adresse pour elle , ou la veille , ou le matin même , ou quand vous voudrez. Je ne vois point de nécessité de raisonner avec ello sur les causes de votre retraite, non plus qu'avec le reste du couvent. La véritable raison, c'est qu'il faut faire un changement de conduite , qui ne se peut faire qu'en changeant de lieu. Songez donc seulement, pour plaire à Dieu, à vous mettre d'abord aux Ursulines sur le pied où vous devez y demeurer, et qui seul vous peut garantir de l'inconvénient des amitiés particulières actives ou passives, et des autres qui vous font paraître aux supérieurs comme peu conforme au gouvernement de la maison. Ne vous communiquez guère ; ne vous mêlez d'aucune affaire. Mettez-vous d'abord sur le pied d'une personne qui ne veut entendre aucune plainte, mais seulement vaquer à soi et à sa perfection. Soyez sérieuse , quoique honnête, et plutôt froide que caressante, sans prendre néanmoins un air rebutant. Entrez dans le sentiment de ceux qui gouvernent, en sorte qu'on ne sente point que vous l'improuviez. Par ce moyen vous servirez Dieu, et pourrez rentrer dans l'intérieur dont vous avez été un peu distraite.