ADRESSÉE AU DAUPHIN
Ne croyez pas, Monseigneur, qu'on vous reprenne si sévèrement pendant vos études pour avoir simplement violé les règles de la grammaire en composant. 11 est sans doute honteux à un prince, où tout doit être réglé, de tomber en de telles fautes; mais nous regardons plus haut quand nous en sommes si fâchés. Car nous ne blâmons pas tant la faute elle-même, que le défaut d'attention (pii en est la cause. Ce défaut d'attention vous fait maintenant confondre l'ordre des paroles, mais si nous laissons vieillir et fortifier cette mauvaise habitude, quand vous viendre* à manier non plus les paroles , mais les choses môme, vous en troublerez tout l'ordre. Vous parlez maintenant contre les lois de la grammaire, alors vous mépriserez les préceptes de la raison. Maintenant vous placez mal les paroles, alors vous placerez mal les choses, vous récompenserez au lieu de punir, vous punirez au heu de récompenser. Entin vous ferez tout sans ordre si vous ne vous accoutumez dès votre enfance à tenir votre esprit attentif à régler ses
ser sérieusement en v ,ue
vous avez à fai Ce qui l'ait que i ■
VOUS , s'ils n'y ; .
lombént facilement dans la
une espèce île langueur, c'est l'aboi
où ils naissent. Le besoin i n es autr
hommes, et le soin de leur foi lune le- S
cite sans cesse au travail. î
les biens nécessaires, non-s
la vie, mais pour le plaisir m pour
deur se présentent dans un
ne vous IfisS I p«S même .
y a de plus superflu vous n'avez rien en toutes ces choses net* par le ir à acquérir par le soin et par l
Mais, Monseigneur.il ne l'on s
la sagesse nous vienne
lité el
soin. 11 n'est pas à noir
mettre dans l'es| rit
raison et la vertu, pendant <;
rez à toute nuire choa t pourquoi il
mouveme
nts vagues et incertains et à peu- qi
faut que vous vous
(iue vous appli luiez v spril . i ■
INEDITES DE B<
md efforl à faire que
n vous la plus forte :
: o là toute votre oc< upalion, vous et la à faire el à penser. I e vous Mes né pour gouverner les m mes parla raison, el que pour cela il est saire que vous en 8yez plus que les autres, les choses sont aussi disposées de te que vous pouvez vous mettre on res de tous autres travaux afin de vous icher uniquement à former votre esprit 1 1 votre raison.
Pensez-vous que tant il o peuples et tant s, qu'une nation si grande cl si belliqueuse el dont les esprits sout si inquiets, industrieux et si fiers, puissent rire gouvernés par un seul homme, s'il ne s'applique toutes ses forces à un ouvrage si dillicile si important? Quand vous n'auriez o conduire qu'un seul cheval un peu fougueux, vous n'en viendriez pas à bout si vous lait z tout à fait la main et si vous laissiez r votre esprit ailleurs. Combien moins uvernerez-vous celte immense multitude de tant de passions et de mouvements vers. Il viendra des guerres, il s'élèvera s séditions. Un peuple emporté fera sentir sa fureur [de tout côté. Il paraîtra tous les jours de nouvi aux troubles. L'un vous attaquera par quelque entreprise cachée et l'au-
la naissain e. Ce prince, également propre à la paix et à la guerre, conduit lui-môme toutes choses : il répond aux ministres des princes étrangers ; il instruit ses ambassadeurs el leur apprend le secret de ce qu'ils ont à traiter; il règle son Etat par des lois très-sages; il gouverne toutes ses armées dont il commande les unes en personne et envoie les autres où il a résolu de les l'aire agir, et quoiqu'il ait l'esprit occupé {\c^ affaires générales il n'en pense pas moins a tout le détail : ce grand roi ne souhaite rien avec tant d'ardeur que de vous faire entrer dans les conseils et de vous apprendrede bonne heure l'art de régner. Faites-vous seulement un esprit capable de si grandes choses, ne songez point combien est grand l'empire que vous ont laissé vos ancêtres, mais par quelle vigilance vous devez le défendre et le conserver, et enfin ne commencez pas par l'inapplication et par la paresse une viequidoit êti*e si occupée et si agissante. De si malheureux commencements éteindraient en vous la lumière de la raison, etferaient qu'étant né avec de l'esprit, ou vous perdriez tout à fait ce don- de Dieu, ou vous vous le rendriez inutile. Car à quoi vous serviraient des armes bien faites , si vous ne les avez jamais 5 la main; el à quoi vous sert aussi d'avoir de l'esprit , si vous ne prenez soin
Ire par dis flatteries et par des fourbes. Ce de vous en servir et que vous ne fassiez un
brouillon remuera des provinces éloignées. Un autre vous venant troubler jusque dans \olre cour, c'est-à-dire, dans la source même aes affaires , la divisera par des cabales; il excitera l'ambition de l'un et l'auinsensée de l'autre. Il se servira du ;in de ce mécontent pour le soulever runlre vous; à peine trouverez-vous quelqu'un qui vous soit fidè'e, tant les choses sont mêlées par les brouilleries, par les trahirons et par les artifices de vos ennemis. Au milieu de tant de troubles, vous croirez pouvoir demeurer paisible et tranquille dans votre cabinet, espérant, comme disait un p:iëte comique, que les dieux feront vos affaires pendant que vous dormirez. Vous êtes bien loinde la vérité si vous avez celte pen
ion usage de sa vivacité. En nebappliquant sans doute, vous verrez périr lous ces biens que la nature vous a donnés : et comme si vous cessiez de danser ou d'écrire, vous en perdriez l'habitude et l'oublieriez tout à fait, de même si vous n'appliquez el n'exercez votre esprit, il deviendra engourdi et- tombera dans une honteuse léthargie ; en sorte que quand vous voudrez ou exciter sa langueur ou le relever de son abattement, lous vos soins seront inutiles.
Cependant il s'élèvera en vous des passions déréglées, les plaisirs et la colère qui sont les plus dangereux conseillers des princes , vous transporteront à toutes sortes de crimes, et la lumière de l'esprit étant une.
Saliuste fait dire à Caton celle parole fols ol(;i,i e> J1 ne vous, reste[a ?ucun ,scbien véritable : C'est en veillant, dit-il, c'est c0,lrs c0"tre les corrupteurs de la vie huen agissant, c'est en avisant sérieusement m?ine' Vou,s. comprendrez aisément vous-
v affaires qu'on les fait sérieusement réu-sir; quand on s'abandonne à l'oisiveté cl à la paresse, on imploreen vain le secours i dieux; on les trouve irrités et implacables. Il est ainsi, Monseigneur: ce n'est pas vain que Dieu a mis dans notre esprit une vivacité, toujours agissante, et une force igable par laqueUe nous rappelons le , nous comprenons le présent et nous venons l'avenir. Ceux qui négligent en eux-mêmes ce présent du Ciel, auront Dieu el lesjiommes pour ennemis. Car i' ne faut pas s'attendre ou que les hommes respectent celui qui mépri»e ce qui le fait homme. OU que Dieu protège celui qui n'aura fait un étal de ses don- les plus excellents. Kvei liez-vous donc, Monseigneur, et jetez ▼eu* sur ad ro« jui vous a dorme
même combien ce malheureux état est contraire à celui de la royauté. Ce n'est pas sans raison qu'un homme emporté par ses passons est appelé par les Latins un homme sans pouvoir. Il ne faut point se persuader qu'un homme ;j.it quelque pouvoir, s'il n'en a point sur lui-même. Quelque autorité qu'il ait sur les autres, il est d'autant plus captif que ce que les hommes ont de plus libre, c'est-à-dire, leur esprit, leur raison, i n lui est tout à fait sous le joug. Ainsi celui qui veut être et paraître puissant doit commencer par lui-même à exercer son pouvoir.
Il faut qu'il sache commander à sa colère, modérer ses plaisirs, de quelques douceurs qu'ils le flattent, el se rendre maître de son e: prit; ce qu'on ne peut aiq lérir si on ne