‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 429 sur 458 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

En 1851, M. Nourrisson, professeur de philosophie au collège Stanislas publiait, dans le Journal de V instruction publique, les sentences dont il s'agit ici, et voici ia description qu'il donnait du manuscrit :

« Il (le manuscrit original) se compose de deux feuilles très-remplies et d'une écriture que la précipitation de la main a souvent rendue presque indéchiffrable. Deux maxii tirées de la Vie d'Aristote par Diogène Laerte, lui servent d'épigraphe. Tantôt Bossue t paraphrase et développe en français la pensée d'Aristote ; tan ôl, et le plus souv» ni, il ■ île lo leste mê i e ; quelquefois enfin il y mêle de très-courtes notes en latin. Nous avons traduit et mis entre crochets les citations grecques, w

Nous suivons la disposition prise par M. Nourrisson, à défaut du manuscrit que nous aurions mieux aimé reproduire tel qu'il est; au lieu du texte d'Aristote, nous eu donnons la liauuction par M. le professeur du collège Stanislas.

aristote. il est ici besoin de quelque chose qui lui soit

~ , . , , -, ,. „, , i propre, parce que nous trouvons uue la ner-

On lui demandait quelle est la chose qui feclfon^ chaqMue chose es, d-eXercer ,-,,. lou

vieillit vile : « La reconnaissance, ré- que Dieu et la nature lui ont donnée pour la

pondii-ii. » distinguer des aulres. Par exemple, la per-

A celte autre question : Qu'est-ce que l'es- feclion du joueur de luth, en tant qu'i

pérance? il répondit: « Le songe d'un'homnie tel, ne consiste pas en ce qu'il peut avoir de

éveillé. » (Diog. Laeut.) commun entre l'arithméticien et le peintre,

comme peuvent être la subtilité de la main

Il semble que ia perfection de chaque et la science des nombres, mais I n ce qui

chose consiste en son action, car chaque lui est propre. Pour cette même raison, il

chose a son action. La perfection el le bien est clair que l'homme ne peut pas trouver la

d'un architecte, c'est de bâtir, et du peintre, perfection dans les recuites animales. Car les

comme tel, défaire un tableau, et ainsi des bêtes brutes l'égalent et le surpassent même

aulres. Quoi donc ? Les artisans, ceux-mêmes quelquelois en celte partie. Que si nous

qui font profession des arls les plus méca- trouvons, après une ezacle recherche d

niques ont leurs actions; les cordonniers, les qui es! dans l'homme, que la raison est tout

maçons, les charpentiers. L'homme seul se ensemble ce qu'il a de plus | ropreel de plus

trouverait-il sans ac'ion? La nature l'aura- divin, ne faudra t-il pas décider que la per-

elle destiné à une oisiveté éternelle ? l'aura- feclion de l'homme esl de vivre selon la

l-el le formé si beau, si adroit, si dés reux de son? Et» de là, il résulte qui

savoir, pour le laisser languir inutile? Ou exercice que consiste la félicité. Car i

bi nue aul-il pasdire plutôt que les yeux, les certain que cha |ue chose est heureusequand

oM'illes, le cœur, le cerveau, el généralement elle est parvenue à la perfection peur la-

lules" les pactes qui composent l'homme quelle elle esl née, et le bonheur du jcueur

ou leur action? L'homme aura, outre celle- de luth, comme tel, esl de loucher délicate-

[uelque aclion, quelque ouvrage , quel- ment cet instrument si harmonieux. Car,

mie fonction principale. Quelle donc pourra comme le propre du loueur de luth, c'est de

être son action? Car, certes, la faculté de jouer du luth, aussi c est d'un bon joueur de

croître lui est commune avec les plantes. Or, luth d'eu jouer selon les règles de cet arl.

(i: l VUES INEDITES DJ I >SSl)£î.

-: l'homme n'avait d'autre qualité que reHede jouer du luth, il serait parfaitement heareui quand il aurait atteint là perfection de oètte h ienoa. ii en est de ©Ame de la raisou. Et encore qu'il y ait en l'homme autre se que la raison, si est-ce néanmoins qu'elle est la partie dominante, et l'autre ast née pour lui obéir. Par où il parait que la lié de l'homme est à vivre selon la raison. En quoi il ne faut pas prendre partie aux sentiments des particuliers. Car l'esprit de l'homme est capable d'erreur non moins dans le choix des choses qu'il faut faire pour Cire heureux, que dans la connaissance de toutes les autres vérités. De sorte qu'il ne faut pas avoir égard à ceux qui se sont figuré une fausse idée de bonheur, et ainsi leur imagination étant abusée, semblent jouir do quelque ombre de félicité, semhlablcs aux hypocondriaques dont Ja fantaisie blessée se repaît du simulacre et du songe d'un plaisir vain et chimérique, et d'un fantôme léger, d'un spectai le sans corps. (De morib., ad Micom., lib. i, c. G.)

S'il est quelque nuire bien que les dieux aient accordé aux hommes, il faut avouer que le bonheur aussi est un présent divin (De morib., ad Xicom., lib. n, c. 10.

Quœrit sitne habenda félicitas in numéro t&v Ë:Taivi7&iv an T&iv npîMv, ac laudari quidem qurv alicui rei comparandœ apta sunt... Si la louange s'attachait à de pareilles choses, évidemment elle ne porterait pas sur ce qui est le plus excellent, et il y aurait quelque chose de plus grand et de meilleur... Car nous disons des dieux qu'ils jouissent d'un bonheur et d'une félicité sans mélange... Personne, en effet, ne loue le bonheur à l'égal de la justice, mais on le célèbre comme quelque chose de plusdivin et de meilleur... C'est pourquoi Eudoxe semble avoir parfaitement montré ce qu'il y a d'excellent dans le plaisir; car de ce que, le plaisir se trouvant parmi les biens, cependant il n'est pas loué, il pensait que le plaisir l'emporte sur tous ces biens; or c'est là l'idée que l'on se fait de Dieu et du souverain bien. (Ibid,, c. 12.)

11 faut que celui qui s'efforce d'atteindre le milieu, s'éloigne avant tout des contraires...; car en allant aux extrêmes, tantôt on pèche par le trop, et tantôt par le trop peu. {ibid., lib. n, c. 9.)

Ce n'est point en effet pour lui-même que Thomme magnifique fait de grandes dépenses, mais pour la chose publique, (Ibid., iib. iv, c. 5.)

De la grandeur d'âme. — Si donc celui qui a de la grandeur d'âme se juge à bon droit digue de g.andes choses, et surtout s'il ne croit rien au-dessus de lui, il n'aura plus qu une pensée unique el qu'une unique affaire... — magnanimum nemini injuriam facere... — car pourquoi commettrait-il une action honteuse, lui pour qui rien n'est

nd? D'ailleurs, h considérer les détails, un homme qui a de la grandeur d'Ame para tirait complètement ridicule, s'il n'était en même temps homme de bien... (Ibid , c. 7.) C est pour cela «pie les hommes qui ont de la grandeur d'ime paraissent dédaigneux... Ils ne S'exposent point à de faibles 'dan-ors el n'aiment point les hasards, parce qu'ils n'estiment que pou de choses... En outre, on voit qu'ils se souviennent de ceux qu'ils ont obligés; mais il n'en est pas de même do leurs bienfaiteurs; car l'obligé est inférieur à celui qui oblige; or l'homme qui* a de la grandeur d'âme prétend à la supériorité...; on remarque chez lui de la nonchalant et de la lenteur, à moins qu'il n'y ait à obtenir un grand honneur ou une grande aciion à accomplir; il agit peu, mais ses actions sont grandes et vont à la postérité...; il prend plus souci de la vérité que de l'opinion et parle et agit ouvertement, car il est superbe...; il no garde point souvenir des injures, car il n'est pas digne d'un homme qui a de la grandeur d'âme de ne pas savoir oublier, surtout lorsqu'il s'agit des maux qu'il a soufferts... Rarement il admire; car pour lui rien n'est grand...; il préfère ce qui est beau, mais stérile, à ce qui serait utile et profitable; car cela convient mieux à un homme qui se suffit à lui-même...; ses mouvements n'ont rien de précipité. [Ibid., c. 8.)

Gratiarum lemplum in propalulo urbis loco collocari solet, utremuneratio commendelur... (Ibid., lib. v, c. 8.)

En toutes choses il y a du divin. (Ibid., lib. vu, c. 14.)

Que des citoyens s'aiment el la justice est inutile; s'ils sont justes, ils ont besoin d'amitié... (Ibid., lib. vin, c. 1.)

Ce n'est point seulement pour la procréation des enfants que les hommes habitent la même demeure, mais pour tous les besoins de la vie ; aussitôt en effet les rôles sont distribués, et celui du mari n'est pas le même que celui de la femme...; les enfants sembhmt être un lien ; c'est pourquoi des époux qui n'ont pas d'enfants se séparent plus aisément; car les enfants sont à tous les deux un bien commun et ce qui est commun réunit... (Ibid , c. 11.)

i Ce qu'il y a de préférable pour des amis, c'est de vivre ensemble; car ce qu'on éprouve pour soi-même, on l'éprouve aussi pour son ami; or on aime soi-même à sentir qu'on est... (Ibid., lib. ix, c. 12.)

Une pareille vie sera au-dessus de la condition humaine, car alors ce n'est plus l'homme qui vivra, mais ce qui en lui se trouve de divin ; il ne faut donc pas, comme plusieurs y invitent, hommes que nous sommes, nourrir des pensées humaines, ni mortels des pensées mortelles, mais autant qu'il se peut, nous dégager de la mortalité el tout faire pour vivre conformément à la partie

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