LE SAINT AMOUR
De célestes parfums je me sens embaumée, A l'approche du roi.
Le baiser de la bouche. — Les etnbrassemenls. — Les " ' "^r —
attraits — Les défaillances. — Les odeurs. — Les vins. Imprime tes anpas dans mon âme enflammée ,
— Le sommeil el le réveil de l'Epouse. w ■ , •
' Nous courrons aptes loi.
Qu'.l vienne, et qu'un baiser de sa divine bouche Q;ie de tes sainls discours la grâce est attirante!
Apaise mes désirs; Rien ne peut l'égaler,
Que ses chastes amours, dans sa rovalo couche, Non plus que dissiper la vapeur odorante
me comblent de p!ais:r. Qu'elle fait exhaler.
Tort nom, venu du ciel , est une douce éprcinlc
Des plus vives odeurs ; Les cœurs droits sont épris, pour ta vérité suinte,
D'immortelles ardeurs.
Des filles de Sion la jeunesse pudique,
Sensible à tes altraiis.
De ses embrassemeuts fait le sujet unique
De ses chastes souhaits.
Dans le royal cellier par l'époux renfermée
Ses charmes tout-puissants Se sont mieux fait sentir à mon âme pâmée
Que ses vins ravissants.
J'expire sous les traits de l'amour qui me blesse.
Qu'on apporte dt-s fleurs D'oranges, de citrons; soutenez ma faiblesse ;
Accourez, je me meurs.
D'une main il reçoit ma tète languissante;
Seul il esi mon soutien ; Il m'embrasse de l'autre et sa flamme innocente
Ne se refuse rien.
Ah ! ne la troublez pas, vous, mes chers compagnes,
Jusques à son réveil ; Par les faons, par les cerfs sautant dans les campa-
Ménagez son sommeil. [gués,
RÉFLEXIONS
Ainsi l'époux, soigneux du r 'pos de l'amante, Etablit des prieurs la garde diligente
Pour veiller à Penlour.
Dansées fidèles mains laissant la bien-aimée . Il part; il lui rendra la gloire consommé*
Par son heureux retour.
Touché de sa parole, on lui baise la bouche; Content de son amour, on repose en sa courbe :
Le chaste embrassemeni Mu par l'impression d'une vive présence Unit deux volontés dans la persévérance
D'un saint engagement.
Quand l'Epoux en passant nous a montré sa gloire, L'âme, de son abord conserve la mémoire ;
Et ce doux souvenir, Seule, sans mouvement, la tient comme endormie : Iîeureu'e si la foi d'une si tendre amie
Le force à revenir.
D'une touche imprévue en son temps réveillée De son ravissement elle est émerveillée:
En cet étal heureux Elle éprouve en son cœur une nouvelle vie, El féconde en vertus, d'elle-même sortie,
Elle vil dans les deux.
Dieu fait nos volontés si nous faisons la sienne ; Il faut dans ledevoirque sa loi nous retienne
Ici -bas captivés.
Hais i! fera sa loi des vœux de ses fidèles,
SAINT AMOLIt. IW
Quand par leur servitude aux grarub ur Ils leronl élevt
De près il me remplit et de bon il i Il m'enivre, il me cairse un merve lleui
On m m un Dieu préacoi ; S'il relire i*n son Rein -a gloire n antfcste, Il lais-e une douceur, comme l'odeur qui
l> son di\ in présent.
Celle sainte douceur uni IV ipi it loul en qi • A courir vers le <i<-l une àme esi t<
Tout asl en moiiveini ni .
On s'ébranle, et lepi i\ do celle Ik !!•• I 01 Est qu'un coeur, sans cesser, va rceben bant la mm
De l'amoureux lournienl.
Qui pourrait exprimer les langueurs de l'a
Et des yeux épuisés la sainte défaillir)!
Quand, tournés vers l'Cpoui , D'un langage muel cl d'une vois plainl Ils disent, en baissant 1 ur paupière attentive .
Seigneur, quand i i n«li /. \'
Objet dont la beauté me ravit a moi mène Si je veux posséder la vérité B'iprème
Dans l'éternel séjour.
C'est aussi (pie je veux à l'e vi possédée Me livrer, âme simple, à le céleste idée
Du plus parfait amour.
Ego Flos rampi, etc. — Pub ombra - —TV.
mens niiln, etc. — Donee KpifOl 'lies. (Ciinl u. l-i"
Fleurs des vallées. — Ls entre (M epities — I tiers.— Fruit (jouté à L'ombre. — Amour — Vie de foi.
l*x>ousb.
Humble fleur, des jardins j'évite I s ail. Dans les rhanips à l'eeart
Je vais, ainsi qu'un lis dans les sombres « ill - Sans culture et sans ail.
l'ému \.
Tel qu'un lis à travers les ronces lie:
Telle élève le Iront Mon épouse au milieu des tilles iuseï tl -.
Et rien ne !a corrompt.
I i pot SX.
Tel qu'un arbre an milieu des piaules inuli
Par son fruil estimé, Tel entre les moriels nai - - iraacbes fcitil -.
Paiin mon bien-aniie :
Sous son ombre tranquille à mon fC ,
J'.;i vu prendre le t De son fruil délirai j'ai ma Iroocbfl irroi
Sous son feuillage épais
Je suis à mon am nt. il CM à son amante.
Courbé parmi les lis.
|| voit prend ds leur pàiare iiMMMM
A ses » hères br<
Je ]-' liens jusqu'à tant que l'ombre retiiée Fasse place au leva m ,
Li que le point du jour, île l'aube tempérée Ail ramené le veut.
i.l I I I MON.
Jusqu'à tant que du ciel l'éclatante lumière Ait ouve t au plein jour notre faible paupière
N mis voyous dans la nuit :
Du Dambeau de la loi, le rayon pâle et sombre Cache noue bonheur, et n- n'est que dans l'ombré
Que nous goùlons du fruit.
foi dilecti mei pulsanlis, etc. (Canl. v, 2 seq.)
V ilote de r Epoux. — Ses saillies — Son abord. — Ses regards furtifs. — S"ison nouvelle — Doux commencement — Beau visage. — Be^aix chants. — Les arbres taUlét. — Les renardeaux pris.
Quelle vois, et soudain quelle aise nie transporte !
Il avance par bonds, P us vite qu'un chevreuil et déjà de la porte
11 ébranle les gonds.
Je le voyais sauter le sommet des montagnes ,
Traverser les coteaux, Raser d'un pas léger de nos vastes campagnes
Les tendres arbrisseaux.
(Jue j'entends un doux bruit autour de nos murailles!
Il voit p.ir les treillis ; I'jt ses regards furtifs il émeut mes entrailles
Et mes sens tressaillis.
li y mêle sa voix : Venez-vous, chère amante,
Venez, qu'allendez-vous?
I ourquoi dans ces beaux jours paraissez-vous si
A suivre votre époux ? [lenie
Nfusne sentirons plus les pluvieux orages
Ni 1 horreur des hivers, El la terre, en repos de si cruels outrages ,
Eiend ses tapis verls.
A de nouveaux soleils les fleurs développées
Dilatent leurs boulons. L'arbre qui ne voit plus ses feuilles dissipées
Pousse ses rejetons.
La vigne se pa'fume et ne craint plus la bise-,
Poussez tendre bourgeons :
Swus un air plus bénin, le froid n'a plus de prise
Sur nos beaux sauvageons.
Pen lant que sous son pampre, au fort de la tempête,
Lue grappe fleurit, Le ponmiierde ses fruits va couronner sa tète
El la (igue mûrit.
Loin d'un fidèle amant la chaste tourterelle
Soupire son amour, l t sans vouloir souffrir une flamme nouveLc
Murmure nuit et jour.
Solitaire colombe en ces creux enfoncée
Pousse les sons plaintifs, Fais sentir les beautés à mon aine empressée
Par les traits les plus vils.
Que ton visage est beau, que la voix me contente
Par ton heureux retour, Et qu'agréablement elle tient en atiento
Les rochers d'alentour!
Allons (c'en est le temps) des branches renaissantes
Trancher l'accroissement ; El faisons endurer à nos fertiles plantes
Cet mile tourment.
Prenez ces renardeaux ravageurs de la vigne •
Et, d'un commun eflorl, Toutes venez donner, à leur race maligne,
Une soudaine mon.
RÉFLEXIO.NS.
Vous qui de la vertu commencez la carrière Gardez -vous de passer celle saison première
En de molles douceurs; Taillez jusques au vif, exterminez le vice, Elouffez en naissant un défaut qui se glisse
Au secret de vos cœurs.
Du corps et de l'esprit la parfaite harmonie D'iki chant perpétuel a la grâce infinie ;
L'époux en est ravi ; On pousse jusqu'au ciel d'éternelles louanges, Et, dans ce beau concert, les hommes et les anges
Le chantent à l'envi :
Lorsque malgré les cris d'un cœur qui le réclame Ce dédaigneux amant paraît sourd à ma flamme,
Quelquefois à l'écart Animée au dedans d'une douce espérance A ses yeux entr'ouverts par ma persévérance
Je dérobe un regard.
Il vient comme par sauts à notre humble nature, Au supplice, aux enfers, après la sépulture ,
Au trône remonté Lui-même tour à tour à nos yeux veut paraître En victime, en pontife, en serviteur, en maître,
Dans toute sa clarté.
Quelle saillie ! il quitte, il reprend son tonnerre, Tantôt dans les hauts lieux, tout à coup sur la terre,
11 m'entraîne api es lui.
Je me vois dans l'abîme et bientôt sur la nue Riche, pauvre, impuissante et toujours soutenue
De son secret appui.
In lectulo. (Canl. ur, 1.) Cruelle absence.
Sur ma couche la nuit, seule, triste, éplorée,
En vain j'élends les bras :
Je cherche, hélas ! celui dont je suis pénétrée;
Et ne le trouve pas.
J'irai de tous côtes, errante, infatigaole,
L'appeler par mes cris.
Qui conduira mes pas à l'objet adorable
Dont mon cœur est épris ?
Guidez, feux de la nuit, ma course vagabonde :
Vous <[tii gardez nos tours, N'avcz-vous point trouvé dans votre exacte ronde
L'objet de mes amours ?
A peine ai-je passe la garde vigilante,
Que j'aperçois l'Epoux, J'accours, cl je lui dis d'une voix défaillante :
Pourquoi me quittez vous ?
Seule dans la maison où je reçus la vie
Je le veux posséder, Et trop souvent trompée, à ma mère je fie
Le soin de le garder.
Ob', ne le troublez pas, vous, ses chères compagnes,
Jusques à son réveil, Par les faons, par les cerfs, sautant dans les cam-
Ménagez son sommeil. [pagues;
RÉFLEXION
Vous seule, ô sainte ugnse, ô mère charitable, Gardez à vos enfants leur amant véritable
Par vos soins maternels ; L'àme ne ressent point les rigueurs de l'absence El sûre en voire sein, attend la jouissance
Des plaisirs éternels.
Descendi in hortum nucum, etc. {Caul. M, 10, 11, 12.J
Visite de la vigne el des jardins. — Retour à la riecontemvlalive. — Pusse de la conletnplalioti a l'action et au contruire. — Sutamlle ou lame parfaite. — Les nutjer* du jardin de l'Epoux ; rapidité de ses mouvements.
l'époux.
J'allais, pour divertir mon ardeur violente,
Loin du monde el du bruit, Tantôt ebereber des fleurs, tantôt à chaque piaule
Redemander son fruit.