‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 102 sur 325 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que, selon les principes du ministre, nos adversaires ne peuvent apporter aucune cause de séparation.

Disons maintenant à nos adversaires avec cette ardente charité de saint Augustin(13i) : Pourquoi vous êtes-vous séparés I quel a été votre aveuglement, lorsque, pour éviter, à ce que vous dites, les abus qui étaient dans l'Eglise, vous n'avez pas craint de tomber dans le plus horrible de tous les abus, qui est le sacrilège du schisme? Certes, rien ne doit être plus nécessaire que les causes de séparation ; et il n'y a rien de plus mal fondé que celles que vous prenez pour prétexte.

Considérez, en vos consciences, s'il n'est pas vrai que, de tous les points de notre doctrine, celui qui vous choque le plus, c'est la réalité incompréhensible du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Calvin combattant celte foi , dit que la véritable raison pour laquelle on ne recevait pas son opinion, « c'est que le diable enchantant les esprits les jette en une horrible folie (135). » Ce grand prophète ne savait pas que ses descendants prêcheraient un jour que la doctrine de la réalité « n'a aucun venin ; qu'elle ne nous engage en rien qui soit contraire ou à la piété, ou à la charité, ou h l'honneur de Dieu, ou au bien des hommes (136), » et que

(134) Auc, De bafit., lib. il,

(135) Lib. iv, liât., t. 16 p.

(156) Voy ei-dessus.

(157) Coin. Hesbus.

7, tom. IX.

ceux qu'il décriait dans ses livres, comme frappés d'une si horrible folie par les enchantements de Satan , deviendraient des membres do son Eglise, par un décret solennel d'un deses synodes.

Encore que vos frères les luthériens ne conviennent pas avec nous do toutes les circonstances qui accompagnent cette miraculeuso réalité, néanmoins nous sommes d'accord dans le point le plus essentiel de la question. Que si la créance que nous professons n'a rien, dans le point principal, qui donne une juste cause de séparation , jugez quelle apparence il y a que l'on en puissetrou ver dans les accessoires.

Pour ce qui regarde l'adoration , Calvin reconnaît en termes formels que c'est une suite de la présence réelle. « En quelque lieu, » dit-il (137) , « que soit Jésus-Christ, i} ne sera licite de le frauder de son honneur et service. Qu'y a-t-il donc de plus étrange que de le mettre sous le pain, et ne l'adorer pas? » Après il répond nettement à toutes les objections qu'on peut faire.

Je liasse en peu de mots ces raisonnements que les docteurs catholiques ont si bien traités : et si j'en touche ici quelque chose, ce n'est pas pour expliquera fond ces matières; mais afin que no» adversaires, touchés du désir de sauver leurs âmes , s'en fassent informer plus soigneusement, et s'ouvrent le chemin à la vie , que nous leur souhaitons en Notre-Seigneur.

Mais puisqu'il a plu à la Providence que le Catéchisme du sieur Ferry donnât de si grands avantages à la bonne cause.il aie semble que la charité nous oblige d'y faire une réflexion sérieuse, non point certes pour insulter à nos adversaires, mais pour procurer leur salut par tous les moyens que Dieu nous présente. C'est pourquoi j'entreprends de leur faire voir que les maximes de leur ministre ne leur laissent aucune cause légitime sur laquelle ils puissent fonder leur séparation.

Pour entendre cette vérité, il ne faut que rappeler en notre mémoire les choses qui ont déjà été expliquées. Premièrement , que nos adversaires enseignent qu'il y a certaines erreurs en la foi pour lesquelles on ne se doit pas séparer; et qu'atin qu'une erreur nous oblige à rompre, il faut qu'elle renverse les vrais fondements de la foi et de l'espérance du Chrétien (138). Secondement, que l'Eglise romaine était encore véritable Eglise en l'an 1343 ; puisque l'on y pouvait foire sou salut (139). Ajoutons pour troisième principe, qu'il n'est pas possible que la vraie Eglise erre dans les fondements de la foi : car dès lors elle perdrait le titre d'Eglise ; puisque la première marque de la vraie Eglise, selon les principes de nos adversaires (140), c'est qu'elle professe la saine doctrine : ce qui se doit entendre principale ment de ces maximes essentielles et fonda

{158) Ci-dessus, sed. 1, cliap. 4 el 5.

(139) Ci-dessus, cliap. 1.

(140) Catéch., p. 5!); Confession de foi, ail. 28

ŒUVRES COMPLETES DE BOSSl ET.

mentales , sans lesquelles i) n'y a point de

christianisme.

De là il s'ensuit, sans difficulté, que ni la transsubstantiation, ni la Messe, ni, pour dire en un mot, tous les autres points qui étaient crus si certainement du temps de nos père-, ne peuvent donner à nos adversaires un

jointes dans la nécessité de ce sacrement, si elles sont tellement de l'essence, qu'il ne puisse subsister sans elles. S'il répond qu'il ne peut subsister sans les deux espèces, csmmunier seulement sous l'une des deux, c'est détruire le sacrement, non le recevoir. De cette sorte, on n'y participe non [vins

juste fondement de séparation; et cependant que si l'on séparait l'eau d'avec la parole

ii est véritable qu'ils comprennent les prin cipaux articles controverses.

El afin que le catéchiste connaisse combien so:.t fortes les conséquences que nous tirons d'un principe si bien établi, nous en pouvons faire l'épreuve en une matière des plus importantes, qui est la communion sous les deux espèces.

Une des marques essentielles de la vraie Eglise, selon les principes des calvinistes et la confession du ministre, c'est le droit usage des sacrements (lit). Si donc, avant la réformation prétendue et jusqu'il l'an toi3, l'E

dans l'administration du baptême. Que si l'on reçoit en vérité ce saint sacrement sous la seule espèce du pain, il parait que la vertu en est appliquée, et que la communion des deux espèces n'est pas nécessaire pour participer à l'Eucharistie. Ainsi une des difficultés principales est terminée par les maximes de notre adversaire.

Mais continuons de lui faire entendre, per ses principes, qu'il ne s'est laissé aucune raison par laquelle sa séparation pu^se êlro excusée. En elfet, ce qu'il exagère le plus dans son Catéchisme, c'est le reproche qu'il fait à l'Eglise, qu'elle ne permet pas aux ti-

glise romaine était vraie Eglise, puisqu'elle dèles de se confier en Jé>us-Christ seul.

conduisait au ciel plusieurs citoyens de la bienheureuse Jérusalem, il parait que les sacrements, du moins quant à la substance, y étaient bien administrés. Cependant il e?t plus clair que le jour que l'on n'y communiait que sous une espèce, ainsi qu'il a été remarqué ailleurs. Et par conséquent celte façon de communier ne ruine pas la nature du sacrement.

Cette réponse commune de nos adversaires, que l'ignorance ou quelque autre raison excusait nus pères, ne leur est d'aucun usage en ce lieu ; car il ne s'agit pas ici des personnes, mais de la nature du sacrement. 11 est question de savoir s'il était en l'Eglise romaine quant à la substance : parce que s'iln\ était pas en celte .manière, elle avait perdu le titre d'Eglise, et ainsi lus enfants de Dieu n'y pouvaient pas vivre, et bien moins encore y mourir, comme le catéchiste l'assure.

Il a bien vu cette conséquence, et je puis dire qu'il ne l'a pas improuvée ; parce que, rapportant les raisons pour lesquelles la réformation était nécessaire, ii allègue celleci entre les autres : « qu'il fallait une grâce extraordinaire pour em\ ("cher que tant d'erreurs qu'il y avait en l' Eglise romaine, ne nuisissent à la foi des élus et aux sacrements qu'ils y reçoivent (142-43); » où il suppose que les sacrements se recevaient en l'Eglise romaine. Je demande quels sacrements, sir on le baptême et l'Eucharistie? Certes le ministre n'en connaît pas d'autres. Donc, puisque l'on ne communiait que sous une espèce, il s'ensuit qu'une espèce seule est le sacrement. Et parce qu'il pourrait répondre que c'est le sacrement à la vérité, mais le sacrement imparfait, je le prie qu'il nous fasse entendre si les deux espèces sont tellement

Ainsi, lui ayant montré clairement combien cette accusation est injuste, qui ne voit que nous avons renversé le fondement principal de sa cause? Dira-t-il que nous ne nous confions pas en Jésus-Christ seul, parce que nous entions l'arrogance humaine par l'opinion des mérites? .Nias pour laisser les autres raisons, que répondra-l-il à saint Augustin, qui les a soutenus avec tant de force dans le même sens que l'Eglise? Osera t-il dire que ce grand docteur a enflé l'arrogance humaine, lui qui est le prédicateur de la grâce, et qui, dans le sentiment de Calvin (144), « n'a pas son pareil entre les anciens, en modestie et profondeur de science? » Se séparera-t-il de ce saint évèque? Mais, certes, il lui a fait cet honneur de trouver ses erreurs suppôt labiés (145), et il n'y remarque aucune cause de séparation. Se retirera-l-il d'avec nous, parce que nous appelons les saints à noire secours ; et dira-t-il, avec tous les siens, que celte prière est injurieuse à notre Sauveur? O témérité inouïe 1 Car oserait-il bien se persuader qu'il honore p!us Jésus-Christ que ne faisait l'Eglise ancienne, laquelle, en priant les saints comme nous, ne doutait point qu'elle ne glorifiât le Sauveur des âmes, dont la grâce les a couronnés? Qu'il écoute le grand saint Basile, qui exhorte le peuple fidèle eu ces termes : « Souvenez-vous, » dit-il (146), « du martyr, vous auxquels il a paru dans les songes ; vous qui, étant venus en ce lieu, l'avez eu pour compagnon dans vos prières; vous auxquels, étant appelé par son nom, il s'esjl montré présent par ses œuvres. «Qu'il écoule saint Grégoire, évèque de Nysse, frère de cet admirable docteur (147), qui représente les Chrétiens embrassant le corps d'un martyr., « le priant d'intercéder pour eux, comme un ue ceux qui sont auprès de Dieu,

(14 J) Défense cou:

(145) Pag. 41.

Wettph.

1 1 *m liom. de Marnante mari., n. I, lom. !I , pag. 135.

(147) llom. de S. Tlieod. mari., lom. il), p. 5S0.

PART. V 1111.01.. POLI MiQUI

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cl qui obtient, quand il veut, les gréées étant invoqué. « Qu'il écoute saint Augustin, qui

.lit que les fidèles « recommandaient aux martyrs les Ames de ceux qu'ils aimaient , comme à leurs défenseurs et à leurs avocats ( 1 4-8) . » Ces grands hommes déshonoraient-ils Jésus-Christ? et quelle est la témérité de nos adversaires (pli, sous le nom de l'Eglise romaine , déciment la mémoire de ces grands docteurs?

i l'our ce qui regarde le purgatoire et la prière que nous faisons pour les morts, se peut-il rien dire de plus formel que ces belles paroles de saint Augustin: « || ne faut noint douter, » dit ce grand évêque(H9),« que les prières de la sainte Eglise, et le sacrifice salntaire, et les aumônes que l'ont les fidèles pour les âmes de nos frères défunts, ne les aident à être traitées plus doucement que leurs péchés ne méritent. Car nous avons appris de nos pères, ce que l'h'glise unirerselle observe, de faire mémoire, dans le sacriliie, de ceux qui sont morts en la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, et en même temps de prier, et d'offrir ce sacrifice pour eux. A l'égard des œuvres de miséricordes par lesquelles on les recommande, qui doute qu'elles ne leur soient profitables? /.' ne. faut nullement douter que ces choses i.e servent aux morts, mais h ceux qui ont vécu de telle sorte, qu'ils en puissent tirer de l'utilité après la mort. » Il n'en fout froint douter, dit saint Augustin, dt l'Eglise universelle l'observe, et elle a appris de ses pères d'oil'iir le sacrifice pour eux; et leurs âmes constamment en sont allégées. N'est-ce pas reconnaître un état des âmes dans lequel elles peuvent être assistées par nos oraisons et nos sacrifices? C'est ce que nous appelons le purgatoire.

Je fie pense pas que nos adversaires osent imiter l'imprudence et la témérité de Calvin, qui, parlant des prières ecclésiastiques que nous faisons pour les morts dans le sacrifice, avoue que <* la coutume en est ancienne ; comme la coutume, » dit-il (150), « domine souvent sans raison, » il accorde que « telles prières ont été reçues de saint Chrysostome, d'Epiphane, de saint Augustin : mais ces bonnes gens que j'ai nommés, » ajoute cet insolent hérésiarque, « par une trop grande crédulité ont suivi sans discrétion ce qui avait ga^né la vogue en peu de temps. »

Quel mauvais démon possédait cet homme

Î|ui méprise avec tant d'orgueil l'antiquité a plus vénérable? Malheureuse mille et mille fois l'hérésie qui doit sa naissance à un tel auteur 1 Mais quelle gloire à la sainte Eglise qu'elle ne puisse être méprisée que par ceux qui méprisent l'antiquité sainte, et ses plus illustres docteurs !

(148) Eiscier» sanclis illos lompiaw paii-nnis su - Sueplos apmi Dmniliuill :i .j:iv.:..iW-> oi'.uicln Coilliiieiclanl. [Uk curn ]ïvu montas, n. (i, loin. Vi.)

(M0) HoC enini a Palribus ira. Iiiuin, univers;» oliseivai Kcclesia, m pio eis qui in corporis cl sangninis Cliriali coinninnione dcfuncli sunl, euiil al .psiiin saciifiuium loco suo comineihoianliir, oretur, a." pro i;isis i|noque id ollfirri coiiuiieiiiurelur . en .

OEi\f,ti cOMPL. UE BOSSLET. Vlll.

Je demau le maintenant a nos adversaire, --'ils veulent être enfants ife l'ancienne Eglise, ou s'ils se veulent révolter contre die? S'ils ne veulent pas être ses enfants, certes je ne m'étonne pas «ju'i ! s nous fuient; mais si celle pensée leur paraît horrible, par quelle hardiesse nous < ondainnent-ilj dans une cause qui nous esi commune avec elle?

Mais Rome est destinée, nous dit le mini tre (loi), pour être le siège de l'Antéchrist; c'est la Baiij loue de Y Apocalypse, de laquell.i Uieu ordonne de se retirer. Saint Jérôme l'a entendu de la sorte, et les auteurs catholiques ne le dénient pas ; c'est pourquoi les réformateurs prétendus ont dû abandonner sa communion. Tel*est le raisonnement de noire adversaire, duquel la faiblesse est toute visible.

Quand j'accorderai au ministre que l'Antéchrist régnera dans Rome, et que Homo sera le siège de son empire, je n'en respecterai pas moins l'Eglise romaine. Les Néron, les Domitien, et les autres persécuteurs des fidèles v ont bien régné autrefois ; et néanmoins ce sérail une pensée Irès-extrava gante de croire que I Eglise romaine eu SO t déshonorée.

Il faut faire grande différence entre l'Eglise de Rome cl la ville : et saint Jérôme l'observe très-exactement, dans celle célèbre Epttre à M-ircelle, où voulant exhorter celte sainte femme! à quitter Rome pour Bethléem, il lui dépeint la ville de Rpmo comme la Rabylone dont il faut sortir. « Là. » dil-il (loi), « il y a une sainte Eglise, on y voit h s trophées des a poires et des martyrs, Jésus-Christ y est reconnu, nous y remarquons celle même foi qui a été louée, par l'Apôtre, et la gloire du nom clin lien s'y élèvn de plus en plus tous les jours sur les ruines de l'idolâtrie. Mais l'ambition, la puissance, et la grandeur de la ville; voir ut être vu, visiter et être visité, louer et médire, toujours parler ou toujours entendre, êf.c contraint de voir nue si grande multitude d'hommes, ce sont choses qui ne s'accordent pas avec le repos de la profession monastique. » Qui ne voit que ses premières paroles honorent la sainteté de l'Eglise , et qu'il représente dans les dernières le tumulte et la confusion delà ville?

Il est vrai que ce saint docteur, accoutumé à la crèche du Fils de Dieu et à la soliiuda de Bethléem, ne pouvait se plaire dans cette ville perpétuellement empressée, et en la^ quelle il avait été souvent maltraité par la jalousie de tant de personnes, comme ses écrits le témoignent. Mais quelque aversion qu'il eût pour la ville, il ne laisse pas ton t'-fûis d'écrire du fond de la Palestine à .-ou

Non nniiiin» ambigeiiiium esi isia proilesse défendis. (Serui. 5-2, De vert, .\post., mine Î7-2, u. i loin. V.)

il. VI) T mi lé de la manière de rèfutiner l'Ii^li:"..

(loi) l'ag. 07.

(li)-2) Sunc fc'pisJ. Pur;'., et Eustocli. ml .Vurv.'i. inier Episl. Hieroii. cpist. il, loin. IV, paii. ir.

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pontife cl à son Eglise: » Je suis associé par l.i communion à Voire Sainteté, c'est-à-dire à la chaire de Pierre : je sais que l'Eglise .'i élé fondée sur cette pierre. Quiconque ne mange pas l'Agneau en celle maison '•-t profane (153); >- et après : « Celui qui n'amasse pas avec vous, dissipe; c'està-dire qui n'est pas à Jésus-Christ est à l'Antéchrist. «Où, bien loin de considérer l'Eglise romaine comme le siège de l'Antéchrist, il estime des anlechrists c nx qui ne s'unissent point avec elle.

El celles, si nous considérons l'Eglise romaine selon les maximes des anciens docteurs, bien loin de croire, tomme les ministres, qu'elle est la Babylone dont il faut sortir, nous dirons avec les saints Pères, qu'elle esl le centre où il se faut rassembler. C'est te que nous voyons clairement dans ee beau passage de saint Oplat, qui vivait an iv* siècle. Ce grand évêque écrivant • .mire Parménian , donatiste, lui explique l'unité de l'Eglise par l'unité de la chaire principale à laquelle toutes les autres doivent être unies. « Vous ne pouvez nier que vous ne sachiez que la chaire épiscopale a été don née à Rome, premièrement à Pierre en laquelle a été assis Pierre, le chef de tous tes jcipôtres , qui a été peur cela appelé Céphas : en laquelle chaire, » poursuit ce saint nomme, « l'unité devait être gardée par ions les fidèles, afin que les autres apôtres ne pussent pas s'attribuer la chaire ; et que celui-là fût tenu p tur pécheur et pour schismatique, qui élèverait une autre chaire contre cette chaire singulière (loi). » Ce saint homme ne vent pas nier que tous les apôtres n'aient eu leur chaire, puisqu'ils étaient les maîtres du monde ; toutefois ils n'avaient pas la chaire, dit-il, c'est-à-dire cette chaire unique el principale en laquelle l'unité doit être gardée : elle n'appartenait qu'à saint Pierre; et de peur qu'on ne s'imagine qu'elle devait finir avec cet apôtre, il rapporte tous ses successeurs qui s'y sonl assis après lui : « La chaire donc, » dit-il (153), « esl uni. jue, Pierre s'y est assis le premier. Lin a succédé; » il les nomme tous jusqu'à Sirice : et nous pouvons aisément remplir cette liste jusqu'à Innocent X d'heureuse mémoire, el à celui que le Saint-Esprit lui destine pour successeur; après quoi nous airons à no« adversaires avec saint Oplat : «Montrez-nous l'origine de votre chaire, vous qui vous attribuez le titre d'Eglise : » n'ètes-vous pas schiswatiques et pécheurs, vous qui vous élevez contre la chaire unique,

(•53) EgoBeatituriini tua», 'ul psi, cathedra Pétri conupuitione eonsiicior : super iHaui petram œdili cai:i:ii Evclesiiui sciu. Quic. nique cxiia liane itnmum Agnuin eoineili'iii , profanatus esl... Qui cnntque icciim nou colligit, spargit, hoc est, qui OlrriSti non esl, Aididu isli esl) -Epîst. 14, AU Dumas:, ibitl.

(154) Negarc non potes sc'ur te in iirlic Ttonni Pelro primo cathedram episcopalem psse collatam, m qiiaseilerit omnium uposloloruni canut Petrus:... in qui mm Cathedra, luiitas :i!i omnibus servarel«pi "•' -'in.-iili aposioli singutas silit quisque iloN i.durent; m iiini icliismaiinis el percator isset qui

i outre la chaire de l'apôtre saint Pierre, et l'Eglise principale, dit saint Cyprien (156), plus ancien qu'Optât, d'où l'unité sacerdotale a pris sa naissance? Que pouvez-vous répondre à des autorités si précises?

Mais s'il est vrai que l'Eglise romaine esl le lieu de concorde et de paix où se doivent unir les enfants de Dieu ; d'où vient que nos adversaires enseignent qu'elle est celle Babylone confuse de laquelle il se faut retirer? D'ailleurs, où nous liront-ils dans les Ecritures que Babylone doive adorer Jésus- Christ et mettre toute sa confiance en lui seul ? Cependant nous avons montré que c'esl ce qu'enseigne l'Eglise romaine. Y at-il dont rien de plus téméraire que de l'appeler Babylone ? et combien nos adversaires sont-ils mal fondés s'ils n'ont point d'autre cause de séparation ?

11 pareît nettement, par lout ce discours, qu'il n'y a rien en notre créance qui renverse les fondements du salut. Car elle nous est commune avec des personnes qui, selon les principes de noire adversaire, ont pu obtenir la vie éternelle. Nos ancêtres qui se sauvaient en la communion de l'Eglise romaine, ainsi qu'il l'accorde en son Catéchisme, professaient la même doctrine que nous touchant le saint sacrement de l'Eucharistie, et son administration sous le* deux espèces (157) ; ils condamnaient . comme nous faisons, ceux qui niaient que la-sainte Messe fût une institution divine, qui rejetaient la vénération des images, et la primauté de l'Eglise romaine; ce qui montre sans difficulté qu'il n'y a aucun (liées points qui détruise les fondements du salut, puisqu'ils n'ont pas empêché celui de nos pères. D'ailleurs, nous avons lu dans saint Augustin tout ce que l'Eglise catholique enseigne touchant la justification des pécheurs, la vérité de notre justice et le mérite des bonnes œuvres. Et néanmoins le ministre avoue que la religion de saint Augustin n'est point opposée à la sienne (158). Enfin, nous avons vu clairement que le même saint Augustin a cru, comme nous, que c'est une pieuse pratique d'implorer le secours des saints, et que les Ames des fidèles peuvent être en tel état hors tle celle vie qu'elles reçoivent du soulagement par nos sacrifices. Lie là il s'ensuit que notre adversaire est contraint nécessairement, ou à désavouer se.s propres maxioies, ou à confesser que l'Eglise romaine a conservé tous les fondements du salut, et qu'il ne peut trouver en notre créante aucun sujet de se, aration.

contra hune siagularem catlip.lrani alernm tollora rel. (Optât Mil. Coutr. Parut., seu De scliism. do-. nalist., Iib u, c. - et 3.

(155) Ergo raibedra unira esl, scilil prior Petrus,

lui succi'ssii Linus Vestia: cathedra vos ori^»

neiii reddilc, qui volds \uliis sanciaun Ecclesiam vindicare. (lit. itnd.)

floG) Navigare audeni > l ad Pcliï caihcdram el ad Et elesiain principalem, unde imitas sacerdotaliâ exorla est. (Episl. 55, '.:' (ont., De schUmat.

1 157) Ci dessus, col. ±2i.

< :,x Pag, 44.

5Q! PART. \ . THEOL. POLEMIQ1 i.. - I. REFUTATION DE PAUL FEURY. 502

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