EXHORTATION A NOS ADVERSAIRES DE RETOURNER A L'UNITÉ DE L'EGLISE
Après vous avoir proposé ces choses en sciés sous le litre de Catéchisme. Rappelez
toute, sincérité et candeur, je vous laisse en votre mémoire que l'ordre de son dis-
uiainteriant juger, nos chers frères, ce que cours exigeant de lui qu'il tâchât de mettre
vous devez croire de votre ministre, qui quelque différence entre nos ancêtres et
non-seulement vous entretient de si vains nous, il a entrepris de prouver que nous
discours, mais, ce qui est encore plus in- ruinions le fondement du salut : et nous
supportable, qui vous débite tant de faus- avons fait voir sans difficulté, que, la vérité
riis. omnibus. offeruniur ; pro valdç bonis graliarum (?0i) Sleidas., iib. xiv.
aciiones sunl, pro non valde malis propilialiones (202) Pag. 9o.
suul; pro valde malis, etiamsi nulla sunt adjUimçiiia (203). Pag. 154 el io.«.
nioiluoium, qualescumque vrvonim consolationes (204) Voy. S. Aogcstik, a la fin de I epitre, inc»,
sunl. (Arc, Enchir. ad Laurent., c. 110, loin. n. 46, lom. II.
Vf.j (205) Lib. iv, c. 15.
OEUVRES COMPLETES DE UUSSl ET.
lai manquant, il n eu recours à la calomnie. Si telle est la sainteté de notre doctrine, qu'il f.'ille la déguiser nécessairement quand on veut la rendre odieuse, avouez que les reproches de votre ministre sont la justification de notre innocence. Je ne vous apporterai point en ce lieu des témoignages qui vous soient suspects: vous pouvez apprendre dars son Catéchisme que c'est la haine et la passion qui pioduil les invectives sanglantes par lesquelles vos prédicants tâchent de décrier notre foi. Ne vous dit-on lias tous les jours que vos pères ont quitté l'Eglise romaine, comme la Babvlone maudite dont il est parlé dans l' Apocalypse (206)? Et cependant votre catéchiste, qui nous fait le même reproche, confesse qu'elle engendrait les enfants de Dieu; et, par conséquent, il ne peut nier qu'elle ne fût une vraie Eglise. Quel aveuglement ou quelle fureur, de délester, comme Babvlone, la mère et la nourrice des enfants de Dieu 1 Combien de fois vousa-t-on prêché que c'est une idolâtrie de prier les saints ? certes, si c'est une idolâtrie, c'est le plus damnable de tous les crimes. Toutefois, le ministre avoue, et il vous enseigne dans un Catéchisme, que cette prière n'empêche pas le salut, et n'eu détruit pas les fondements (207). Donc c'est une horrible inlidélité de la qualilier une idolâtrie, et d'accuser les Chrétiens innocents d'un crime si noir et si exécrable. Ne devez-vous pas craindre justement que les autres points de notre créance ne vous soient proposés dans la même aigreur; et êt'is-vous si peu soigneux de votre salut, que vous ne vouliez pas donner quelque temps à vous faire éjlaircir de la vérité? Souvenez-vous par quelles il jures et par combien de titres infinies on déchire parmi vous l'Eglise roruaine. Néanmoins, si vous raisonnez selon les principes de votre ministre, vous trouverez qu'elle a retenu tous les fondements de la foi; et ainsi, que selon vos propres maximes, elle mérite le titre d'Eglise : car vous l'accordez parade public à la secte luthérienne; quoique vous la croyiez infectée d'erreurs, parce que vous jugez qu'elle a conservé les principes essentiels du christianisme. Si donc ils sont entiers en l'Eglise romaine, si ensuite elle est une vraie Eglise, comment pouvez-vous soutenir les injures dont vous la chargez? Et d'ailleurs, <i les Catholiques possèdent l'Eglise; puispi 'il serait ridicule de s'imaginer que vous pssiez un même corps avec nous, ne paraitil pas clairement que, n'étant pas en notre unité, vous ne pouvez pas être en l'Eglise, et que votre perte est indubitable? Que restet-il donc, nos chers frères, sinon que vous retourniez à l'Eglise, en laquelle on vous a prêché que nos ancêtres faisaient leur salut jusqu'au milieu du siècle passé1, et à laquelle on ne peut montrer qu'elle ait depuis ce temps-là changé sa doctrine (208); de
sorte que, si vous étiez en son unité, quoi que l'on objectât contre votre foi, vous auriez la consolation de voir que nos adversaires ne pourraient nier que plusieurs dei enfants de Dieu ne soient morts en cette créance, et que Jésus-Christ n'ait reçu en son paradis des Chrétiens qui le servaient comme nous? Vous auriez la consolation d'être en la société d'une Eglise à laquelle on ne peut reprocher qu'elle soit nouvellement établie, à laquelle, quoi qu'on puisse dire, du moins n'oserait-on dénier que, depuis le temps des apôtres jusqu'à nos jours, elle n'ait confessé sans interruption, et la Trinité adorable, et le nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et la rédemption pai son sang, et les mystères de sou Evangile, et les fondements du christianisme (209). Votre nouveauté s'égalera-t-elle à celte antiquité vénérable, à celte constance de tant de siècles, et à cette majesté de l'Eglise? Qui êles-vous, et d'où venez-vous? à qu> avez-vous succédé? et où était l'Eglise de Dieu, lorsque vous êtes tout d'un coup parus dans le monde? Et ne recourez plus désormais à ce vain asile d'Eglise invisible, réfuté par votre ministre, mais recherche/ les antiquités chrétiennes, lisez les historiens et les saints docteurs ; montrez -nous que, depuis l'origine du christianisme, an (une Eglise vraiment chrétienne se soit établie en se séparant de toutes les autres (210). Si jamais les orthodoxes ne l'ont pratiqué, si tous les hérétiques l'ont fait, si vous èt^s venus parla même voie; regardez à qui vous êtes semblables, et craigu<-z la peine de ceux dont vous imitez les mauvais exemples. Vous vous plaignez de nos abus et de nos désordres; êles-vous si étrangement aveuglés, que vous croyiez qu'il n'y en ait point parmi vous? Toutefois, je no m'arrête point à vous les décrire; car cette dispute serait inutile, et je tranche en un mot la difficulté : s'il y a des abus en l'Eglise, sachez que nous les déplorons tous les jours , mais nous détestons les mauvais desseins de ceux qui les ont voulu réformer I ar le sacrilège du schisme. C'est là le triomphe de la charité, d'aimer l'unité catholique, malgré les troubles, malgré les scandales, malgré les dérèglements de la discipline qui paraissent quelquefois dans l'Eglise; et celui-là entend véritablement «ie que c'est que la fraternité chrétienne, qui croit qu'il n'y a aucune raison pour laquelle elle puisse être violée. Dieu saura bien, quand il lui plaira, susciter des pasteurs fidèles qui réformeront les mœurs du troupeau, qui rétabliront l'Eglise en son ancien lustre, qui ne sortiront pas dehors pour la détruire, comme ont lait vos prédécesseurs, mais |qui agiront au dedans pour l'édilier. C'est pourquoi nous vous conjurons que vous fassiez enfin pénitence de cette pernicieuse entreprise de nous réformer en nous
(206) Vcij. ri-di'ssus, Scande hérité, ch. .">. (-207) Voy. Première vérité, sec t. I. < h. o. (â08) Voy. Seconde vérité, cit. -i.
(209) Voy. Première vérité, sect. 1.
(210) Voy. ri-ôVssii», «ect, 2, rh. 2.
:>il PART. X. THEOL. POLEMIQUE.
divisent, el d'avoir ajouté le malheur du schisme à tous les antres maux de l'Eglise. ■ l<'t ne vous | srsuadez pas, » ce sont les paroles de saint Cyprien (211-213), « que vons défendiez l'Evangile de Jésus-Christ , lorsque vous vous séparez de son troupeau, et de sa paix et de sa concorde, étant plus convenable ii de rions soldats de demeurer dans le camp de leur capitaine; el là de pourvoir d'un commun avis aux choses qui se-