DF.SSEIN DE L'OUVRAGE
Idée générale de la religion protestante el de ses variations. —Que la découverte en est utile à la connaissance de la véritable doctrine et à la réconciliation des esprits. — Les auteurs dont on se sert dans eette histoire.
Si les protestants savaient à fond comment s'est formée leur religion, avec combien «le variation» et avec quelle inconstance leurs confessioiis de foi ont été dressées; comment ils se sont séparés premièrement de nous, et puis entre eux; par combien de subtilités, de détours et d'équivoques ils ont lâché de réparer leurs divisions, el de rassembler les membres épais de leur réforme désunie : celte réforme, dont ils se vantent, ne les contenterait guère; et, pour dire franchement ce que je pense, i Ile ne leur inspirerait que du mépris. C'est (Jonc ces variations, ces subtiâtés, ces équivoques, et ces artifices, dont j'entreprends de faire l'histoire. Mais afin que ce récit leur soit plus utile, il faut poser quelques principes dont ils ne puissent disconvenir, et que la suite d'un récit, quemd on y sera engagé, ne permettrait pas de .lédune.
Lorsque, parmi les Chrétiens, on a vu des ariations dans l'exposition de la foi, on les toujours regardées comme une marque de ausseté et d'inconséquence (qu'on me permette ce mot ) dans la doctrine exposée. La foi parle simplement : le Saiut-Ksprit ré- ( and des lumières pures, et la vérité qu'il, enseigne a un langage toujours uniforme.
Pour peu qu'on sache l'histoire de l'Eglise, on saura qu'elle a opposé à chaque hérésie des explications propres et précises, qu'elle n'a aussi jamais changées ; ei si l'on prend garde aux expressions par lesquelles elle a condamné les hérétiques, on verra qu'elles vont toujours à attaquer l'erreur dans sa source par la voie la plus courte el la plus droite. C'est pourquoi tout ce qui varie, tout ce qui se charge de termes douteux el enveloppés a toujours paru suspect, et nonseulement frauduleux, mais encore absolument faux, parce qu'il marque un embarras que la vérité ne connaît point. C'a été un des fondements sur lesquels les anciens docteurs ont tant condamné les ariens, qui faisaient tous les jours paraître des confessions de foi de nouvelle date, sans pouvoir jamais se fixer. Depuis leur preu ière confession de foi, qui fut faite par Arius. et présentée par cet hérésiarque à son évoque Alexandre, ils n'ont jamais cessé de varier. C'est ce que saint Uilaire reproche à Constance, protecteur de ces hérétiques ; et pendant que cet empereur assemblait tous les jours de nouveaux conciles pour réformer les symboles, el dresser de nouvelles confessions de foi, ce saint évèque lui adresse ces fortes paroles ( 214 ) : « La môme ciiose
(-211-213; Cïwî. .pis!. â9iianc44.
(214) Lib. eontr. Coin:., n,
vous est arrivée qu'aux ignorants architectes, à qui leurs propres ouvrages déplaisent toujours : vous ne faites que bâtir et. détruire : au lieu que l'Eglise catholique, dès la première fois qu'elle s'assembla, fit un édifice immortel, et donna dans le symbole de Nicée une si pleine déclaration de la vérité que, pour condanmcréiernellement l'arianisme, il n'a jamais fallu que la répéter. »
Ce n'a pas seulement été les ariens qui ont varié de cette sorte : toutes les hérésies, dès l'origine du christianisme, ont eu le môme caractère; et longtemps avant Arius, Terlullien avait déjà dit (215) : « Les hérétiques varient dans leurs règles, c'est-à-dire dans leurs confessions de foi : chacun parmi eux se croit en droit de cbïinger et de modifier par son propre esprit ce qu'il a reçu, comme c'est par son propre esprit que l'auteur de la secte l'a composé : l'hérésie retient toujours sa propre nature, en ne cessant d'innover; et le progrès de la chose est semblable à son origine. Ce qui a éié permis à Valentin l'est aussi aux valentiniens ; les marcionites ont le même pouvoir quellarcion : et les auteurs d'une hérésie n'ont pas plus le droit d'innover, une leurs sectateurs : tout change dans les hérésies, ei quand on les pénètre à fond, on les trouve dans leurs suites différentes en beaucoup de points de ce quelles ont été dès leur naissance. »
Ce caractère de l'hérésie a toujours éîé remarqué par les Catholiques : et deux saints auteurs du vin' siècle (216) ont écrit que « l'hérésie en elle-même est toujours une nouveauté, quelque vieille qu'elle soit; mais que pour se conserver encore mieux le litre de nouvelle,' elle innove tous les jours ; et tous les jours elle change sa doctrine. »
Mais, pendant que les hérésies toujours variables ne s'accordent pas avec elles-mêmes, et introduisent continuellement de nouvelles règles, c'est-à-diré de nouveaux symboles, dans l'Eglise, dit Terlullien (217;, la rèyle de ta foi est immuable, et ne se reforme point. C'est que l'Eglise, qui fait profession de ne dire et de n enseigner que ce qu'elle a reçu, ne varie jamais, et au coniraire l'hérésie, qui a commencé par innover, innove toujours, el ne change point de mature.
De là vient que saint Cbrysostomc traitant ce précepte de l'Apôtre (// Tim. n, 16): Evitez les nouveautés profanes dans vos discours, a fait cette réflexion (218) : << Evitez les nouveautés dans vos discours; car les choses n'en demeurent pas là : une nouveauté en produit une autre ; el on s'égare sans lin quand on a une fois commencé à s'égarer. »
Deux chosescausent ce désordre dans les hérésies : l'une est tirée du génie de l'esprit humain, qui depuis qu'il a goûté une
(■21,'i) f)e preessr., cap. 11.
|2lfi) Etu. cl 13cvt., lih. i CoHf. Elip.
fois l'appât de la nouveauté, ne cesse ce rechercher avec un appétit déréglé cette trompeuse douceur : l'autre est tirée de la différence de ce que Dieu fait d'avec ce que font les hommes. La vérité catholique, venue de Dieu, a d'abord sa perfection : l'hérésie, faible production de l'esprit humain, ne se peut faire que par pièces mal assorties. Pendant qu'on veut renverser, contre le précepte du Sage (Prov. xxu, 28), les anciennes bornes posées par nos pères, et réformer la doctrine une fois reçue parmi les fidèles, on s'engage sans bien pénétrer toutes les suites de ce qu'on avance. Ce qu'une fausse lueur avait fait ha-arder au commencement, se trouve avoir des inconvénients qui obligent les réformateurs à se réformer tous les jours : de sorte qu'ils ne peuvent dire quand finiront les innovations, ni jamais se contenter eux-mêmes.
Voilà les principes solides et inébranlables par lesquels je prétends démontrer au? protestants la fausseté de leur doctrine dansleurs continuelles variations, etdans la manière changeante donl ils ont expliqué leurs dogmes; je ne dis fias seulement en particulier, mais en corps d'Eglise, dans les livres qu'ils appellent symboliques, c'est-àdire dans ceux qu'on a faits pour exprimer le consentement des Eglises; en un mot, dans leurs propres confessions de foi, arrêtées, signées, publiées, dont ou a donné la doctrine comme une doctrine qui ne contenait que la pure parole de Dieu, et qu'on a changées' néanmoins en tant de manières dans les articles principaux.
Au reste.-quand je parlerai de ceux qui se sont dits réformés en ces derniers siècles, mon dessein n'est point de parler des sociniens, ni des différentes sociétés d'anabaptistes, ni de tant de diverses sectes qui s'élèvent en Angleterre et ailleurs, dans le sei» de la nouvelle réforme ; mais seulement de ces deux corps, dont l'un comprend les luthériens, c'est-à-dire ceux qui ont pour règle la confession d'Augsbourg, et l'autre suit les sentiments de Zwingïe et de Calvin. Les premier-, dans l'institution de l'Eucharistie^ sont défenseurs du sens littéral, et les autres du sens figuré. C'est aussi par ce caractère que nous les distinguerons principalement les uns des autres, quoiqu'il y ait entre eux beaucoup d'autres démêlés trèsgraves et très-importants, comme la suite le fera paraître.
Les luthériens nous diront ici qu'ils prennent fort peu île part aux variations et à la conduite des zwingliens et des calvinistes; et quelques-uns de ceux-ci pourront penser à leur tour que l'inconstance des luthériens ne les touche pas ; mais ils se trompent les uns et les autres, puisque les luthériens peuvent voir dans les calvinistes les suites du mouvement qu'ils ont excité ; et au contraire, les calvinistes doivent remarquer dans les luthériens le désordre et I ii:-
(217) De vire/, tel., n. \.
(2ISi Hom. 5tin II ad l'un.
523 FAUT. X. l'UEOL. P01 EMIiJl E.
cerlitude du commencement qu'ils ont suivi : mais surtout les calvinistes ne peuvent nier qu'ils n'aient toujours regardé Luther el les luthériens comme leurs auteurs; el sans parler île Calvin, qui a souvent nommé Luther avec respect, comme le chef de la réforme, on verra dans la suite de cette hisloire ("21'.)), tous les calvinistes (j'appelle ici de ce nom le second parti des protestants ^ allemands, anglais, hongrois, polonais, hollandais, el tous les autres généralement assemblés a Francfort (220), par les soins de la ruine Elisabeth, après avoir reconnu ceux de ta confession d'Augsbourg, c'est-àdire les luthériens, comme les premiers gui ont fait renaître l'Eglise, reconnaître encore la confession d'Augsbourg, comme une pièce commune de tout le parti, qu'ils nu veulent pas contredire, mais seulement la bien entendre ; et encore dans un seul a, licle, qui est celui de la Cène, nommant ainsi pour celte raison parmi leurs pères, nonseulement Zwingle, Bucer et Calvin, mais encore Luther et Mélanchlhon ; et mettant Luther à la tête de tous les réformateurs.
Qu'ils disent après cela que les variations de Luther et des luthériens ne les touchent pas : nous leur dirons, au contraire, que selon leurs propres principes et leurs propies déclarations, montrer les variations et les inconstances deLuther et des luthériens, c'est montrer l'esprit de vertige dans la source de la réforme, et dans la tète où elle a été premièrement conçue.
On a imprimé à Genève, il y a longtemps, un recueil de Confessions de foi (221), où avec celle des défenseurs du sens figuré, comme celle de France el des Suisses, sont aussi celles des défenseurs du sens littéral, comme celle d'Augsbourg, et quelques autres; et ce, qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'encore que les confessions qu'on y a ramassées soient si différentes, et se condamnent les unes les autres en plu- Sieurs articles de foi, on ne laisse pas néanmoins de les proposer, dans la préface de ce recueil, « comme un corps entier de la saine théologie, et comme des registres authentiques, où il fallait avoir recours pour connaître la foi ancienne et primitive. » Elles sont dédiées aux rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Danemark et de Suède, et aux princes et républiques par qui elles sont suivies. N'importe que ces rois et ces Etats soient séparés entre eux de communion aussi bien que de croyance. Ceux de Genève ne laissent pas de leur parler comme à des fidèles éclairés dans ces derniers temps par une grâce singulière de Dieu, delà véritable lumière de son Evangile, et ensuite de leur présenter à tous ces confessions de foi, comme un monument éternel de la piété extraordinaire de leurs ancêtres.
C'est qu'en effet ces doctrines sont également adoptées par les calvinistes, ou 8b'so-