‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 109 sur 325 · IHSTOIKK DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

IHSTOIKK DES VARIATIONS

lument comme véritables, ou du moiu-.

comme n'ayant rien de contraire au fondement do la foi : et ainsi, quand on verra dans cette histoire la doctrine des confessions de foi, je ne dis pas de France ou des Suisses, et des autres défenseurs du sens figuré, mais encore' d'Augsbourg, et des antres qui ont été faites par les luthériens, on ne la doit pas prendre pour une doctrine étrangère au calvinisme, mais pour une doctrine que les calvinistes ont expressément approuvée comme véritable, ou en tout cas épargnée comme innocente, dans les actes les plus authentiques oui sesoient faits parmi eux.

.le n'en il irai pas autant des luthériens qu;, nu lieu d'être touchés de l'autorité des défenseurs du sens figuré, n'ont que du mépris et de l'aversion pour leurs sentiments. Leurs propres changements les doivent confondre. Quand on ne ferait seulement qu.j lire les titres de leurs lOnfessions de foi dans ce recueil de Genève, et dans les autres livres de cette nature, où nous les voyons ramassées, on serait étonné de leur multitude. La première qu'on voit paraître est celle d'Augsbourg, d'où les luthériens prennent leur nom. On la verra présentera Charles V, en 1530, et on Verra depuis qu'on y a touché et retouché plusieurs fois. Mélanchlhon, qui l'avait dressée, en tourna encore le sens d'une autre manière, dans l'apologie qu'il en fit alors, souscrite de tout le parti : ainsi elle fut changée en sortant des mains de son auteur. Depuis, oii, n'a cessé de la réformer et de "'expliquer en différentes manières, tarit ces nouveaux réformateurs avaient de peine à se contenter, et tant ils étaient peu stylés à cneigmr précisément ce qu'il fallait croire.

Mais comme si une seule confession de foi ne suffisait pas sur les mêmes matières, Luther crut qu'il avait besoin d'expliquer ses sentiments d'une autre façon, et dressa en 1537 les articles de là Smalcalde, pour être présentés au concile que le Pape Paul 111 avait indiqué à Mantoue : hs articles furent souscrits [rar tout le parti, et se trouvent insérés dans Je livre que les luthériens appellent la Concorde (222).

Cette explication ne saiisfit pas tellement qu'il ne fallût encore dresser la confession que l'on appelle Saxonique, qui fut présentée, au concile de Trente en l'an 1551, et celle de Vitemberg, qui fut aussi présentée au même concile en 1552.

A tout cela il faut joindre les explications de l'Eglise de Vitemberg, où la réforme avait pris naissance; et les autres, que cette histoire fera paraître en leur rang, principalement relie du livre delà Concorde dans Y Abrégé des articles, et encore dans le même livre, les explications répétées (223), qui sont tout autant de confessions ue Ici, publiées authentiquement dans le parti, eftl -

(-219) Lib. \n.

(220) Ad. Auili. Blond , pag. C5.

{iil) Saniagma conf. fitlei: gen. itijl.

(222) Concord., pag. 298, 750.

(225) Ibicl., pa». 3.0, 77S.

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ULIVliLS COMPLETES DE BOSSU ET.

brassées par des Eglises, combattues par d'autres dans des points très-importants :

et ces Eglises ne laissent point de l'aire semblant de composer un seul corps, à cause que, par politique, elles dissimulent leurs dissensions sur l'ubiquité et sur les autres matières.

L autre parti des protestants n'a pas été moins fécond en confessions de foi. En même temps que celle d'Augsbourg fut présentée à Charles V, ceux qui ne voulurent pas en convenir lui présentèrent la leur, qui fut publiée sous le nom des quatre villes de l'Empire, dont celle de Strasbourg était la première.

Elle satisfit si peu les défenseurs du sens figuré, que chacun voulut faire la sienne : nous en verrons quatre ou cinq de la façon des Suisses. Mais si les ministres zwingliens avaient leurs pensées, les autres avaient au^si les leurs ; et c'est ce qui a produit la confession de France et de Genève. On voit à peu près dans le même temps deux confessions de foi sous le nom de l'Église anglicane, et autant sous le uom de l'Eglise d'Ecosse. L'électeur palatin, Frédéric III, voulut faire la sienne en particulier ; et celle-ci a trouvé sa place avec les antres dans le recueil de Genève. Ceux des Pays- Bas ne se sont tenus à pas une de celles qu'on avait faites devant eux, et nous avons une confession de foi belgique, approuvée au synode de Dordreoht. Pourquoi les calvinistes polonais n'auraient-ils pas eu la leur ? En effet, encore qu'ils eussent souscrit la dermèle confession des zwingliens, on voit qu'ils ne laissent pas d'en publier encore une autre au synode de Czenger : outre cela, s'étant assemblés avecles vaudois cl les luthériens à Sendomir, ils convinrent d'une nouvelle manière d'expliquer l'article de l'Eucharistie, sans qu'aucun d'eux se départit de ses sentiments.

Je ne parle pas de la confession de foi des Bohémiens, qui voulaient contenter les deux partis de la nouvelle réforme. Je ne parle pas des traités d'accord qui furent laits entre les Eglises avec tant de variété et tant d'équivoque; ils paraîtront en leur lieu, avec les décisions des synodes nationaux, et d'aulres confessions de foi faites en différent, s conjonctures. Est-il possible, ô grand Dieu, que sur les mêmes matières et suc les mêmes questions on ait eu besoin de tant d'actes multipliés, de tant de décisions et de confessions île foi si différentes? Etvore ne puis-je pas me vanler de les savoir toutes; et j'en sais que je n'ai pu trouver. L'Eglise catholique n'en eut jamais qu'une à opposer à chaque hérésie : mais les Eglises de la nouvelle réforme, qui en ont produit un si grand nombre, chose étrange, et néanmoins véritable I n'en sont pa> encore contentes; et on verra dans celte histoire, qu'il n'a pas tenu à nos calvinistes qu'ils n'en aient fait de nouvelles, qui aient supprimé ou réformé toutes les autres.

On est étonné de ces variations. On le sera beaucoup davantage, quand on verra le détail et la manière dont des actes si authentiques ont été dressés. On s'est joué, je l* dis sans exagérer, du nom de confession de foi, et rien n'a été moins sérieux, dans la nouvelle réforme, que ce qu'il y a de plus sérieux dans la religion.

Cette prodigieuse multitude de confessions de foi a effrayé ceux qui les ont faites; on verra les pitoyables raisons par lesquelles ils ont lâché de s'en excuser; mais je ne puis m'empêcher ici derapporler celles qui sont proposées dans la préface du recueil de Genève (22ij : parce qu'elles sont générales, et regardent également toutes les Eglises qui se disent réformées.

La première raison qu'on allègue pourétablir la nécessité de multiplier ces confessions, c'est que plusieurs articles de foi ayant été attaqués, il a fallu opposer plusieurs confessions à ce grand nombre d'erreurs : j'en conviens; et en même temps, par une raison contraire, je démontre l'absurdité de toutes ces confessions de foi des prolestants; puisque toutes, comme il le pai ait par la seule lecture des litres, regardent précisément les mêmes articles; de sorle que c'était le cas de dire avec saint Allianase(22o) : «Pourquoi un nouveauconcile, de nouvelles confessions, un nouveau symbole ? Quelle nouvelle question s'était élevée ? »

Une autre excuse qu'on apporte, c'est que tout le monde, comme dit IWpôtre, doit rendre raison de sa foi; de sorte que les Eglises répandues en divers lieux ont dû déclarer leur croyance par un témoignage public;comme si toutes les Eglises du monde, dans quelque éloignement qu'elles soient, ne pouvaient pas convenir dans Je même témoignage , quand elles ont* la môme croyance ; et qu'on n'ait pas vu en effet, dès l'origine du christianisme, un semblable consentement dans les Eglises. Où est-ce que l'on me montrera que les Eglises d'Orient aient eu dans l'antiquité une confession différente de celle d'Occident? Le symbole de Nicée ne leur a-t-il pas servi également de témoignage contre tous les ariens? la définition de Calcédoine, contre tous les eulyehiens? les huit chapitres do Cartilage, contre tous les pélagiens? et ainsi du reste.

Mais, disent les protestants, y avait-il une des Eglises réformées qui pût faire la loi à toutes les autres? Non, sans cloute; toutes ces nouvelles Eglises, sous prétexte d'éloigner la domination, se sont même privées de l'ordre, et n'ont pas pu conserver le principe d'unité. Mais enfin, si la vérité les dominait toutes, comme elles s'en glorifient, il ne fallait autre chose pour les unir dans une même confession de foi, sinon que toutes entrassent dans le sentiment de celle à qui Dieu aurait fait la grâce d'exposer la première la vérité.

(22i) SjjiI. Conf. Prœf.

(225) Atiu.n , De Syn., etEphl. nd Afr.

PART, \. THEOL. POLEMIQUE:. - H. HISTOIRE DES VARIATIONS

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Biifln, nous lisons encore dans la préface de Genève, que si la Réforme n'avait produit qu'une seule confession «le foi, on aurait

pris a? consentement pour un concert étudié; au lieu qu'un consentement entre tant d'Eglises, et de confessions de foi sans coucert , est l'œuvre du Saint-Esprit. Ce concert, en effet, serait merveilleux; mais par malheur la merveille du consentement manque à ces confessions de foi ; et cette histoire fera paraître qu'il n'y eut jamais, dans une matière si sérieuse, une si étrange inconstance.

On s'est aperçu d'un si grand mal dans la Réforme, et on a vainement tenté d'y remédier. Tout le second parti des protestants a tenu une assemblée générale, pour dresser une commune confession de loi. Mais nous verrons par les actes (236) qu'autant qu'on trouvait d'inconvénient à n'en avoir point, autant fut-il impossible d'en convenir.

Les luthériens, qui paraissaient plus unis dans la Confession d'Augsbourg, n'ont pas été moins embarrassés de ses éditions différentes, et n'y ont pas pu trouver un meilleur remède (227).

On sera fatigué sans doute en voyant ces variations, et tant de fausses suhtilités de la nouvelle Réforme; tant de chicanes sur les mots; tant de divers accommodements; tant d'équivoques et d'explications forcées sur lesquelles on lésa fondées. Est-ce là, dira-t-on souvent, la religion chrétienne que les païens ont admirée autrefois comme si simple, si nette et si précise en ses dogmes ? Christianam religionem absolutam et simpliceni? Non certainement, ce ne l'est pas. Ammian Marcelin avait raison, quand il disait que Constance, par tous ses conciles et tous ses symboles, était éloigné de celte admirable simplicité, et qu'il avait affaibli toute la vigueur de la foi, par la crainte perpétuelle qu'il avait de s'être trompé dans ses sentiments (228).

Encore que mon intention soit ici de représenter les confessions de foi, et les autres actes publics où paraissent les variations, non pas des particuliers, mais des Eglises entières de la nouvelle Réforme; je ne pourrai m'empêcher de parler en môme temps des chefs de parti qui ont dressé ces confessions, ou qui ont donné lieu à ces changements. Ainsi Luther, Mélanchthon, Carlostad, Zwingle, Butter, OEcolampade, Calvin et les autres, paraîtront souvent sur les rangs; mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres écrits, et toujours d'auteurs non suspects : de sorle qu'il n'y aura dans tout ce récit aucun fait qui ne soit constant, et utile à faire entendre les variations dont j'écris l'histoire.

Pour ce qui regarde les actes publics des protestants, outre leurs confessions de foi et leurs Catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans le Recueil de Genève;

d'autres dans le livre appelé Concorde ; imprimé par les luthériens en 1654 ; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus réformés, que j'ai /us en

forme autlieul que dans la bibliothèque du roi; d'autres dans [Histoire sacramenlaire, imprimée a Zurich, en 1002, par Hospinien, auteur zwinglien, ou enfin dans d'autres auteurs protestants; en un mot, je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable. Au reste, pour le fond des choses, on sait bien de quel avis je suis; car assurément je suis catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise, et tellement disposé, que personne ne craint davantage de préférer son sentiment particulier au sentiment universel. Après cela, d'aller f ire le neutre et l'indifférent, à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait et que j'en fais gloire, ce sciait faire au lecteur une illusion trop grossière; mais, avec cet aveu sincère, je maintiens aux protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci; puisque, dans ce que j'ai à dire contre leurs Eglises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement par leurs propres témoignages.

Je n'ai pas épargné ma peine à les transcrire; et le lecteur se plaindra peut-être que je n'ai pas assez ménagé la sienne. D'autres trouveront mauvais que je me sois quelque fois attaché à des choses qui leur paraîtront méprisables. Mais, outre que ceux qui sont accoutumés à traiter les matières de fa religion savent bien que dans un sujet (Je cette importance et de celte délicatesse, presque tout, jusqu'aux moindres mots,estessentiel ; il a fallu considérer, non ce que les choses sont en elles-mêmes, mais ce qu'elles ont été ou sont encore dans l'esprit de ceux à qui j'ai affaire ; et après tout on verra bien que celte histoire est d'un genre tout particulier; qu'elle a dû paraître avec toutes ses preuves, et munie, pour ainsi dire, de tous côtés; et qu'il a fallu hasarder de la rendre moins divertissante, pour la rendre plus convaincante et plus utile.

Quoique mon dessein me renferme dans l'histoire des protestants, j'ai cru en Certains endroits devoir remonter plus haut (229) ; et c'a été lorsqu'on a vu les vaudois et les hussites se réunir avec les calvinistes et les luthériens; il a donc fallu, en i es endroits, faire connaître l'origine et les sentiments de ces sectes, en montrer la descendance, les distinguer d'avec celles avec qui on a voulu les confondre, découvrir le manichéisme de Pierre de Bruis et des albigeois, et montrer comment les vaudois sont sortis d'eux; raconter les impiétés et les blasphèmes de Viclef, dont Jean Hus et ses disciples ont pris naissance; en un mot, révéler la honte

(226) Lib. xu.

1337) Lib. m, vin.

OL' iv ii lis

(228) Ammian.

(229) Lib. xi.

M.Crcel., lib. xxi.

COMI'I.. DE BOSSUET. Y11I

île tous ces scolaires à ceux qui se glorifient de les avoir pour prédécesseurs.'

Quant à la méthode de cet ouvrage, on y verra marcher les disputes et les décisions dans l'ordre qu'elles ont paru, sans distinction des matières, parce que les temps mêmes m'invitaient à suivre cet ordre. Il est certain que par ce moyen les variations des protestants et l'état de Jeurs Eglises sera mieux marqué. On verra aussi plus clairement, en mettant ensemble sous les yeux les circonstances des lieux et des temps, ce qui pourra servir à la conviction ou à la défense de ceux dont il s'agit.

11 n'y a qu'une controverse dont je fais l'histoire h part; et c'est celle qui regarde l'Eglise (230) : matière si importante, et qui seule pourrait emporter la décision de tout le procès, si elle n'était aussi embrouillée dans les écrits des protestants, qu'elle est claire et intelligible en elle-même. Pour lui rendre sa netteté et sa simplicité naturelle, j'ai recueilli dans le dernier livre tout ce que j'ai eu à raconter sur celte matière, afin qu'ayant une fois bien envisagé la diiliculté, le lecteur puisse apercevoir pourquoi les nouvelles Eglises se sont senties obligées a tourner successivement de tant de i ôtés ce qui, dans le fond, ne pouvait jamais avo r qu'une môme face. Car enfin tout se réduit à montrer où était l'Eglise avant la Réforme. Naturellement on la doit l'aire visible, selon la commune idée de lous les Chrétiens, et on était allé là dans les premières confessions de foi, comme on le verra dans celles d'Augsbourg et de Strasbourg, qui sont dans chaque parti des prolestants les deux premières. On s'obligeait par te moyen, à montrer dans sa croyance, non pas dès particuliers répandus deçà et delà, et encore les uns sur un point, et les autres sur unautre; mais des corps d'Eglise, c'est-à-dire des cerps composés de pasteurs et de peuples; et on a longtemps amusé le monde en disant qu'à la vérité l'Eglise n'était [>as toujours dans l'éclat ; mais qu'il y avait du moins, dans tous les temps, quelque petite assemblée où la vérité se faisait entendre. A la tin, comme on a bien vu qu'on n'eu pouvait marquer, ni petite ni grande, ni obscure ni éclatante, qui fût de la croyance protestante; le refuge d'Eglise invisible s'est présenté très à propos, et la dispute a roulé longtemps sur cette question. De nos jours on a reconnu plus clairement que l'Eglise réduite à un état invisible était une chimère inconciliable avec le plan de l'Ecriture et la commune notion des Chrétiens, et on a abandonné ce mauvais poste. Ces protestants ont été contraints de chercher leur succession jusque dans l'Eglise romaine. Deux fameux ministres de France ont travaillé à l'envi à sauver les inconvénients de ce système, pour parler dans le style du temps : on entend bien que ces deux ministres sont MM. Claude et Jurieu. On ne pouvait apporter ni plus d'esprit, ni

plusd'étude, ni plus de subtilité et d'adresse, ni en un mot plus de tout ce qu'il fallait pour se bien défendre ; on ne pouvait non plus faire meilleure contenance, ni renvoyer leurs adversaires d'un air plus lier et plus dédaigneux avec les petits esprits, et avec les missionnaires tant méprisés parles ministres: toutefois la dilficullé qu'on voulait faire paraître si légère, à la (in s'est trouvée si grande, qu'elle a mis la division dans le parti. 11 a enfin fallu reconnaître publiquement qu'on trouvait dans l'Eglise romaine, comme dans les autres Eglises, avec la suite essentielle du vrai christianisme, même le salut éternel; secret que la politique du parti avait tenu si caché depuis longtemps. Au reste, on nous a donné tant d'avantage, il a fallu se jeter dans des excès si visibles, on a si fort oublié et les anciennes maximes de la Réforme, et ses propres confessions de foi, que je n'ai pu m'empêcher de raconter ce changement dans toute sa suite. Que si je me suis attaché à tracer ici avec soir, le plan de ces deux ministres, et à faire Lion connaître l'état où iis ont mis la question ; c'est, île bonne foi, que j'ai trouvé dans leurs écrits, avec les tours les plus adroits, toute l'érudition et toutes les subtilités que j'avais pu remarquer dans tous les auteurs que je connais, soit luthériens ou calvinistes : et si parmi les protestants on s'avisait de les dédire, sous prétexte des absurdités où on les verrait poussés, ou qu'on voulût se réfugier de nouveau, ou dans l'Eglise invisible, ou dans les autres retraites également abandonnées; ce serait comme le désordre d'une armée vaincue, qui, consternée par sa déroute, voudrait rentrer dans les forts qu'elle n'aurait pu défendre, au hasard de s'y voir bientôt forcée encore une fois; ou comme l'inquiétude d'un malade, qui, après s'être longtemps inutilement tourné et retourné dans son lit, pour y trouver une place plus commode, reviendrait a celle qu'il aurait quittée, où peu après il sentirait qu'il n'est pas mieux.

Je ne crains ici qu'une chose; c'est, s'il m'est permis de le dire, de faire trop voir à nos frères le faible de leur Réforme. Il y en aura parmi eux qui s'aigriront contre nous, plutôt que de se calmer, en voyant dans leur religion un tort si visible; quoique, hélas! je ne songe point à leur imputer le malheur de leur naissance, et que je les plaigne encore plus que je ne les blâme. Mais ils ne laisseront pas de s'élever contre nous. Que de récriminations préparera-t-on contre l'Eglise, et que île reproches peut-être, contre moi-même, sur la nature de cet ouvrage! Combien de nos adversaires me diront, quoique sans sujet, que je suis sorti de mou caractère et de mes maximes, en abandonnant la modération qu'ils ont eux-mêmes louée, et en tournant îesdisputes de religion ii des accusations personnelles et particulières! Mais, assurément ils auront tort. Si ce récit rend le procédé de la Réforme odieus,

I25t)| I.ib. xv.

les bons es| rits rerronl bien qu'en cela <e n'est pas moi , mais la chose même qui parle. Il ne s'agit de rien moins que de faits personnels, dans un discours où je me propose d'exposer, sur les mat ères de la fol, les ai les les plus authentiques de la religion protestante. Que si on trouve daits leurs auteurs, qu'on nous vante comme des nommes exlraordiuaircmcut envoyés pour l'aire renaître le christianisme au xvr siècle, une conduite directement opposée à un leJ dessein; et qu'on voit en général, dans le parti qu'ils ont formé, tous les caractères contraires à un christianisme renaissant : les protestants apprendront dans cet endroit de l'histoire à ne point déshonorer Dieu et sa providence, en lui attribuant un choix spécial qui serait visiblement mauvais.

Pour les récriminations, il les faudia essuyer, avec toutes les injures et les calomnies dont nos adversaires ont accoutumé de nous charger; mais je leur demande deux conditions, qu'ils trouveront équitables : la première, qu'ils ne songent à nous accuser de variations dans les matières de foi, qu'après qu'ils s'en seront purgés eux-mêmes; autrement il faut avouer que ce ne serait pas répandre à cette histoire, mais éblouir le lecteur, et donner le change; la seconde, qu'ils n'opposent pas des raisonnements et des conjectures à des faits constants: mais des faits constants à des faits constants, et des décisions de foi authentiques à des décisions de foi authentiques. Que si par de telles preuves ils nous montrent la moindre inconstance, ou la moindre variation dans les dogmes de l'Eglise catholique depuis son origine jusqu'à nous, c'est-à-uire depuis la fondation du christianisme, je veux bien leur avouer qu'ils ont raison ; et moi-même j'effacerai toute mon histoire.

Au reste, je ne prétends pas faire un récit sec. et décharné des variations de nos réformés. J'en découvrirai les causes; je montrerai qu'il ne s'est fait aucun changement parmi eux, qui ne marque un inconvénient dans leur doctrine, et qui n'en soit l'effet nécessaire. Leurs variations, comme celle des ariens, découvriront ce qu'ils ont voulu excuser, ce qu'i!s ont voulu suppléer, ce qu'ils ont voulu déguiser dans leur croyance. Leurs disputes, leurs contradictions et leurs équivoques rendront témoignage à la vérité catholique. Il faudraaussi de temps en temps la représenter telle qu'elle est, afin qu'on voie par combien d'endroits ses ennemis sont enfin contraints de s'en rapprocher. Ainsi, au milieu de tant de disputes, et des embarras de la nouvelle Réforme, la vérité catholique éclatera partout comme un beau soleil qui aura percé d'épais nuages ; et ce traité, si je l'exécute comme Dieu me l'a inspiré, sera une démonstration de la justice de notre cause; d'autant plus sensible qu'elle procédera par des principes et des laits constants entre les parties.

Enfin les altercations et les accommodements des protestants nous feront voir en

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