CI
(289) Viv (cet., tom. 1, loi 21-2.
>our ainsi dire, Iheureux. A la
Jésus-Christ l'audace de n'écouter plus son contre son précepte? Après cette
Eglise
funeste victoire, qui coûta tant de peine à Luther, il s'écrie comme affranchi d'un joug importun : Rompons leurs liens, et rejetons leur joug de dessus nos têtes (Psal. n, 3) ; car il se servit de ces paroles, en répondant à la bulle (291), et secouant avec un dernier effort l'autorité de l'Eglise, sans songer que ce malheureux cantique est celui que David met à la bouche des rebelles, dont les complots s'élèvent contre le Seigneur et contre son Christ. (Psal. n, 2.) Luther aveuglé se J'approprie, ravi de pouvoir dorénavant parler sans contrainte, et décider à son gré de toutes choses. Ses soumissions méprisées se tournent en poison dans son cœur : il ne garde plus de mesures : les excès , qui devaient rebuter ses disciples, les animent; on se transporte avec lui en l'écoutant. Un mouvement si rapide se communique bien loin au dehors; et un grand parti regarde Luther comme un homme envoyé de Dieu pour la réformation du genre humain.
Alors il se mit à soutenir que sa vocation était extraordinaire et divine. Dans une lettre qu'il écrivait aux évéques, quon appelait, disait-il (292), faussement ainsi, il prit le titre d'ei clésiasle ou de prédicateur de Wittemberg , que personne ne lui avait donné. Aussi ne dit-il autre chose, sinon « qu'il se l'était donné lui-même: que tant de bulles et d'anathèmes, tant de condamnations du Pape et de l'empereur lui avaient ôté tous ses anciens titres, et avaient effacé en lui le caractère de la bête; qu'il ne pouvait pourtant pas demeurer sans titre, et qu'il se donnait celui-ci, pour marque du ministère auquel il avait été appelé de Dieu, et qu'il avait reçu, non des hommes, ni par l'homme, mais par le don de Dieu, et par la révélation de Jésus-Christ. » Le voilà donc appelé à même titre que saint Paul, aussi immédiatement, aussi extraordinairement.
Sur ce fondement, il se qualifie à la tè.e et dans tout le corps de la lettre, Martin Luther, par la grâce de Dieu ccclésiaslc deWittemberg, et déclare aux évoques, « afin qu'ils n'en prétendent cause d ignorance, que c'est là sa nouvelle qualité qu'il se donne luimême, avec un magnifique mépris d'eux et de Satan; qu'il pourrait à aussi bon titre s'appeler évangéliste par la grâce de Dieu; et <pie très-certainement Jésus- Christ le nommait ainsi, et le tenait pour ecclésiaste. »
En vertu de cette céleste mission, il faisait
tout dans l'Eglise :
il prêchait, il visitait, il des cérémonies , il en
corrigeait, il otait laissait d'autres, il instituait et destituait. Il osa, lui qui ne fut jamais que prêtre, je ne dis pas faire d'autres prêtres, ce qui seul serait un attentat inouï dans toute l'Eglise, depuis l'origine du christianisme, mais, ce
(290) Prœf. Oper. Liait., tom. I, fol. 19. (-291) /Vol. in bull., loin. 1, fol. 63. (292) Epis t. adfalso nominal, vrdin. episc, tom. Il, fol. 305.
BU PA!;T. X. THEOL. POLEMIQUE.— II. HISTOIRE Mis VARIATIONS. 534
qui est bien plus inouï, faire un évoque. On sidérable, parce qu'alors, quatre ans après trouva à propos, dans le parti, d'occuper la Confession d'Augsbourg, et quinze ans par force l'évêché de Naùmbourg (293), après la rupture, on ne peut pas dire que la Luther fut à cette ville, où par une nouvelle doctrine luthérienne n'eûi pas pris sa consécration il ordonna évêque Nicolas forme; et néainoins Luther y disait encore, Amsdorf, qu'il avait déjà onlonné ministre « qu'il aimait mieux qu'un luthérien se réel pasteur de Magdebourg. Il ne le fit donc tirât d'une paroisse, que d'y prêcher malpas évoque au sens qu'il appelle quelque- gré son pasteur ; que le magistrat ne devait
fois de ce n tous les pasteurs ; car Amsdorf souffrir, ni les assemblées secrètes, ni que
était déjà établi pasteur : i! lu lit évêque personne prêchât .sans vocation légitime; avec toute la prérogative attachée à ce nom que si l'on avait réprimé les anabaptistes sacré, el lui donna le caractère supérieur dès qu'ils répandirent leurs dogmes sans que lui-môme n'avait pas. Mais c'est que vocation, on aurait bien épargné des maux tout était compris dans sa vocation extraor- à l'Allemagne : qu'aucun nomme vraiment dinaire, et qu'enfin un évangéliste envoyé pieux ne devait rien entreprendre sans voimoaédiatemenl de Dieu comme un nouveau cation ; ce qui devait être si religieusement Paul, peut tout dans l'Eglise. observé que même un évangéliste (c'est ainsi Ces entreprises, je le sais, sont comptées qu'il appelai) ses disciples) ne devait pas pour rien dans la nouvelle Réforme. Ces vo- prêcher dans une paroisse d'un papiste ou cations et ces missions tant respectées dans d'un hérétique, sans la participation de celui tous les siècles, selon les nouveaux doc- qui en était le pasteur. Ce qu'il disait,» leurs, ne sont après tout que formalité, et poursuit-il, «pour avertir les magistrats il en faut revenir au fond. Mais ces forma- d'éviter ces discoureurs, s'ils n'apportaient lités établies de Dieu conservent le fond, de bons et assurés témoignages de leur voca- Ce sont îles formalités, si l'on veut, au même tion, ou de Dieu, ou des hommes; autresens que les sacrements en sont aussi ; for- ment, qu'il ne fallait pas les admettre, maillés divines, qui sont le sceau de la pro- quand même ils voudraient prêcher le pur messe et les instruments de la grâce. La Évangile, ou qu'ils seraient des anges du vocation, la mission, la succession, et l'or- ciel. » C'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'avoir dination légitime, sont formalités dans le la saine doctrine, et qu'il faut, outre cela, même sens. Par ces saintes formalités Dieu de deux choses l'une, ou des miracles pour scelle la promesse qu'il a faite à son Eglise témoigner une vocation extraordinaire de de la conserver éternellement : Allez, ensci- Dieu, ou l'autorité des pasteurs qu'on avait (jnez et baptisez ; cl voilà, je suis avec trouvés en charge, pour établir la vocation vous jusqu'à la consommation des siè- Ordinaire et dans les formes. des. [Matth. xxvin, 19 el 20.1 Avec vous en- A . w ,, ... , • ... seignants et baptisants ; ce n'est pas aven A cef mots' Luthe.p ?.ent,t.bien «I" on lui vous, qui êtes présents, et que j'ai iumié- cuvait demander où il avait pris lui-même diatement élus; c'est avec vous en la per- fon *fon3 ; el '' rép?nd.t « nu il était docsonne de ceux qui vous seront éternelle- ^uret prédicateur; qu il ne s était pas ingère; ment substitués par mon ordre. Qui mé- et qu il ne devait pas cesser de prêcher, après prise ces formâmes de mission légitime et ^.une, lo's on 1 avait force à le faire; ordinaire, peut avec la même raison mépri- cjual'res tout, .1 ne pouvait se dispenser .ver les sacrements, et confondre tout l'ordre £ enseigner son Eglise ; et pour les autres de l'Eglise. Et sans entrer plus avant dans ES,,ses' 9U '' ne fa1^" autre chose 3ue,]fu.r cette matière, Luther, qui se disait envoyé communiquer ses écrits; ce qui n était avec un titre extraordinaire et immédiate- 1U ua slull'le devulr de cbanté- » meut émané de Dieu comme un évangéliste Mais quand il parlait si hardiment de son et comme un apôtre, n'ignorait pas que la Eglise, la question était de savoir qui lui vocation extraordinaire ne dût être confie- en avait confié le soin, et comment la vocamée par des miracles. Quand Muncer avec tion qu'il avait reçue avec dépendance était ses anabaptistes entreprit de s'ériger en tout à coup devenue indépendante de toute pa leur, Luther ne voulait pas qu'on en hiérarchie ecclésiastique. Quoi qu'il en soit, \irit au fond avec ce nouveau docteur, ni à cette fois il était d'humeur à vouloir que qu'on le reçût à prouver la vérité de sa doc- sa vocation fût or linaire; ailleurs, lorsqu'il li'ine par les Ecritures : mais il ordonnait sentait mieux l'impossibilité de se soutenir, qu'on lui demandât, qui lui avait donné la il se disait, comme on vient de voir, imiiiécharge d'enseigner : « S'il répond que c'est diatement envoyé de Dieu, et se réjouissait Dieu, » poursuivait-il, « qu'il le prouve par d'être dépouillé de tous les titres qu'il avait un un racle manifeste; car c'est par de tels si- reçus dans l'Eglise romaine, pour jouir dognesque Dieu se déclare quand il veutchan- rénavant d'une vocation si haute. Au reste, ger quelque chose dans la forme ordinaire les miracles ne lui manquaient pas; il voude la mission (29i). » Luther avait été élevé lait qu'on crût que le grand succès de ses dans de bon* principes, et il ne pouvait prédications tenait du miracle ; et lorsqu'il «'empêcher d'y revenir de temps en temps, abandonna la vie monastique, il écrivit à son Témoin le traité qu'il fit de l'autorité îles père qui paraissait un peu ému de son chanmagistrats eu loi'* (293). Cette date est cou- gement, que Dieu l'avait tiré de son état par
(293) Sleid., xiv, 220. (295) lu rsal- ksxii, De magislr., 10:11. 1IL l-'Jij Sleid., Mb. v, etlit. I^.jj, 69.
des miracles visibles. « Salan, » dit-il (29G), «semble avoir prévu dès mon enfance tout ce qu'il aurait un jour à souffrir de moi. Est-il possible que je sois le seul de tous les mortels qu'il attaque maintenant? Vous avez voulu, » poursuit-il, « me tirer autrefois du monastère. Dieu m'en a bien tiré sans vous. Je vous envoie un livre où vous verrez par combien de miracles et d'effets extraordinaires de sa puissance il m'a absous des vœux monastiques. » Ces vertus et ces prodiges, c'était et la hardiesse et le succès inespéré de son entreprise ; car c'est ce qu'il donnait pour miracle, et ses disciples en étaient persuadés.
Ils prenaient môme pour quelque chose de miraculeux, qu'un petit moine eût osé attaquer le Pape, et qu'il parut intrépide au milieu de tant d'ennemis. Les peuples le regardaient comme un héros et comme un homme divin, quand iis lui entendaient dire qu'on ne pensai pas l'épouvanter; que s'il s'était caché un peu de temps, « le (fiable savait bien ( le beau témoin 1) que ce n'était point par crainte; que, lorsqu'il avait paru à Worms devant l'empereur, rien n'avait été capable de ['•effrayer , et que, quand il eût été assuré d'y trouver autant de diables prêts à le tirer qu'il y avait de tuiles dans les maisons, il les aurait affrontés avec la môme confiance (297). » C'était ses expressions ordinaires. 11 avait toujours à la bouche le diable et le Pape, comme des ennemis qu'il allait abattre; et ses disciples trouvaient dans ces paroles brutales une ardeur divine, un instinct céleste , et l'enthousiasme d'un cœur enflammé de la gloire de l'Evangile (298).
Lorsque quelques-uns de son parti entreprirent, comme nous verrous bientôt , de renverser les images dansWiUeuiberg durant son absence et sans le consulter : •< Je ne fais pas, » disait-il (299), « comme ces nouveaux prophètes, qui s'imaginent faire un ouvrage merveilleux et digne du Saint-Esprit , en abattant des statues et des peintures. Pour moi , je n'ai pas encore mis la main à la moindre petite pierre pour la renverser; je n'ai fait mettre le feu à aucun monastère ; mais presque tous les monastères sont ravagés par ma plume et par ma bouche; et on publie que .-ans violence j'ai moi seu" fait plus de mal au Pape, que n'aurait pu faire un roi avec toutes les forces de sou royaume. » Voilà les miracles de Luther. Ses disciples admiraient la force de ce ravageur de monastères, sans songer que cette force formidable pouvait être celle île l'ange que saint Jean appelle exterminateur. (Apoc. ix, 11.)
Luther le prenait d'un ton de prophète
contre ceux qui s'opposaient à sa doctrine- Après les avoir avertis de s'y soumettre , a la fin il les menaçait de prier contre eux. « Mes prières, » disait-il (300 , « ne seront pas une foudre île Salmonée, ni un vain murmure dans l'air; on n'arrête pas ainsi la voix de Luther; et je souhaite que Votre Altesse ne l'éprouve pas à son dam. » C'est ainsi qu'il écrivait à un prince de la maison de Saxe. « Ma prière,» poursuivait-il, « est un rempart invincible , plus puissant que le diable même ; sans elle, il y a longtemps qu'on ne parlerait plus de Luther; et on ne s'étonnera pas d'un si grand miracle? » Lorsqu'il menaçait quelqu'un des jugements de Dieu, il ne voulait pas qu'on crût qu'il le fit comme un homme qui en avait seulement des vues générales. Vous eussiez dit qu'il lisait dans les décrets éternels. On le voyait parler si certainement de la ruine prochaine de la papauté, que les siens n'en dou'aient plus. Sur sa parole on tenait pour assuré dans le parti, qu'il y avait deux Antechrists, clairement marqués dans les Ecritures, le Pape et le Turc. Le Turc allait tomber , et les efforts qu'il faisait alors dans la Hongrie étaient le dernier acte de la tragédie. Pour la papauté, c'en était fait, et à peine lui donnait-il deux ans à vivre ; mais surtout qu'on se gardât bien d'employer les armes dans ce grand ouvrage. C'est ainsi qu'il parla tant qu'il fut faible ; et il défendait dans la cause de son Evangile tout autre glaive que celui de la parole. Le règne papal devait tomber tout à coup par le souille de Jésus-Christ, c'était-à-dire par la prédication de Luther. Daniel y était exprès : saint Paul ne permettait | as d'en douter, et Luther leur interprète l'assurait ainsi. On en revient encore à ces prophéties, le mauvais succès de celles de Luther n'empêche pas les ministres d'en hasarder de semblables ; on tonnait le génie des peuples, et il les faut toujours fasciner par les mêmes voies. Ces prophéties de Luther se voient encore dans ses écrits (301) , en témoignage éternel contre ceux qui les ont crues si légèrement. Sleidan, son historien, les rapporte d'un air sérieux (302); il emploie toute l'élégance de son style et toute la pureté de son langage poli, à nous représenter une peinture dont Luther avait rempli toute pu l'Allemagne, la plus ja'e, la plus basse, et la plus honteuse qui fut jamais : cependant, si nous en croyons Sleidan, c'était image prophétique : au reste, « on voyait déjà l'accomplissement de beaucoup de prophéties de Luther, et les autres étaient encore entre les mains de Dieu. »
Ce ne lut donc pas seulement le peuple qui regarda Luther comme un prophète. Les
(29G) De rot. monasl. ad Joannem Luth, parent. (300) F.pist. ad Georg. duc Sax., toni. II, fol
suiim, tom. Il, fol. 2li!>.
("297) EpisJ. ad Frid. Sax. ducem : apud Clnjtr., lib x.p. 247.
(298) Cuïtr., lib. \. p. 257.
(299) tYtder. duei elect., etc. , loin. VII , p. 507
(501) Ans. art. damnât., 33, ad lib. Amb. Caihur., llenr. req. Au g. ibid., 331,
(302) Slf.ii>., lib. iv, 70
t. II , fol. 2 : ad prop.
ibid., fol. 101 ; Coin 552 et seq.
mv, 225; xvi, 201, etc.
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l'AIST. X. THEOL. POLEMIQUE. - II. IIISTOIIU; DES VARIATIONS.
doctes du parti le donnaient pour tel. Philippe Mélanchlhon, qui se rangea sous sa discipline dès li' commencement do ses disputes, et qui fut le plus capable aussi bien que le plus télé 'le se-- disi iples, m' laissa d'abord tellement persuader qu'il y avait en cet homme quejque chose d'extraordinaire « t île prophétique, qu'il l'ut Ion çlemps sans eu pouvoir revenir, malgré tous les défauts qu'il découvrait de jour en jour dans son maître; et M écrivit h Erasme, parlant de Luther: « Vous savez qu'il faut éprouver, et non pas mépriser les prophètes (303). »
Cependant ce nouveau prophète s'emportait à des excès inouïs. Il ouïrait tout ; parce ipie les prophètes, par ordre de Dieu, faisaient de terribles invectives , il deviot le plus violent de tous les hommes, et le plus fécond en paroles oulrageuses. Parce que saint Paul, pour le bien des hommes, avait relevé son ministère et les dons de Dieu en lui-même, avec toute la confiance que lui donnait la vérité inanité -te que Dieu appuyait d'en haut par des miracles; Luther parlait de lui-même d'une manière à faire rougir tous ses amis. Cependant on s'y était accoutumé ; cela s'appelait magnanimité ■ on admirait lu sainte ostentation , les suintes vanteries, la sainte jaetanee de Luther; et Calvin même, qaoique fâché contre lui, les nomme ainsi i30'i-).
Kullé de son savoir, médiocre au fond, mais grand pour le temps, et trop grand j oui- son salut et pour le repos de l'Eglise, il se mettait au-dessus de tous les hommes, et non-seulement de ceux de son siècle, mais encore des [dus illustres des siècles passés.
Dans la question du libre arbitre, Erasme lui objectait le consentement des Pères et de toute l'antiquité: « C'est bien iait, » lui di'-a t Luther (30a); « vantez-nous les anciens Pères, cl fiez-vous à leurs discours, après avoir vu que tous ensemble ils ont nég'igé saint Paul, et que, plongés dans le sens charnel, ils se sont tenus, comme de dessein forint1, éloignés de ce bel astre du matin, ou plutôt de ce soleil. » Et encore (306) : « Quelle merveille, que Dieu ait laissé toutes les plus grandes Eglises dans leurs voies , puisqu'il y avait lais>é aller autrefois toutes les nations de la terre? » Quelle conséquence 1 Si Dieu a livré les gentils à l'aveuglement de leur cœur, s'ensuit-il qu'il y livre encore les Eglises qu'il en a retirées avec tant de soin ? Voilà néanmoins ce que dit Lulher dans son livre Du serf arbitre : et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que , dans ce qu'il y soutiei t non-seulement contre tous les Pères et contre toutes les Eglises, mais encore contre tous les hommes et contre la voix commune du genre humain, que le libre arbitre n'est rien du tout; il est abandonné, comme nous verrons, de tous ses disciples, et même dans la Confession
d'AugSbOUrg : ce qui l'ait voir à quels excès sa témérité s'est emportée, puisqu'il a traité avec un mépris si outrageai et les Pères et les Eglises, dans un point ou il avait un tort si visible. Les louanges que ces sainls docteurs ont données d'une même voix à la continence, le révoltent plutôt que de le toucher. Saiul Jérôme lui devient insupportable pour l'avoir louée. Il décide que lui et tous les saints Pères , qui ont pratiqué tant de saintes mortifi :ations pour la garder inviolable, eussent mieux fait de se marier. Il n'est pas moins emporté sur les autres matières. Enfin, en tout et partout, les Pères, les Papes, les conciles généraux et particuliers, à moins qu'ils ne tombent dans son sens, ne lui font rien. Il en est quitte pour leur opposer l'Ecriture tournée à sa mode ; comme si avant lui l'Ecriture avait été ignorée, ou que les Pères, qui l'ont gardée et étudiée avec tant de religion , eussent négligé de l'entendre.
Voilà où Luther en était venu : de cette extrême modestie qu'il avait professée au commencement, il était passé à cet excès. Que dirai-je des bouffonneries aussi plates que scandaleuses dont il remplissait ses écrits? Je vomirais qu'un de ses sectateurs des plus prévenus prit la peine de lire seulement un discours qu'il composa du temps de Paul III contre la papauté (307) : je suis certain qu'il rougirait pour Luther, tant il y trouverait partout, je ne di'-ai ras de fureur et d'emportement, mais de froides équivoques, de basses plaisanteries et de saletés; je dis même des plus grossières, et de celles qu'on n'entend sortir que do la bouche des plus vils artisans. « Le Pape, » dit-il, «est si plein de diables, qu'il en trache, qu'il en mouche;» n'achevons pas ce cpie Luthor n'a pas eu honte de répéter trente fois. Est-ce là le discours d'un réformateur? Mais c'est qu'il s'agit du Va\ e : à ce seul mot, il rentrait dans ses fureurs, et il ne se possédait [dus. Mais oserai-je rapporter la suite de celte invective insensée? Il le faut, malgré mes horreurs, afin qu'on voie une fois quelles furies possédaient ce chef de la nouvelle Réforme. Forçons-nous donc pour transcrire ces mots qu il adresse au l'ape : « Mon petit Paul, mon petit Pape, mon petit ânon, allez doucement, il fait glacé, vous vous rompriez une jambe, vous vous gâteriez, et on dirait : Que diable est ceci? Comme le petit papelin s'est gâté! » Pardonnez-moi, lecteurs catholiques, si je répèle ces irrévérences. Pardonnez-moi aussi, ô luthériens I et profitez du moins de votre honte. Mais après ces sales idées, il est temps de voir les beaux endroits. Ils consistent dans ces jeux de mots : cœlestissimus, scelestissimus ; sanctissimus, satanissimus ; et c'est ce qu'on trouve à chaque ligne. Mais que dira-t-on de cette belle figure?* L'n âne sait qu'il est un âne, une pierre sait
(303) Melvncht., liv. ni, epist. 63.
(5.04) II Defen. evnt. Westph. ojmsc., fol. 783.
r5U3> De scit. <nt>., Corn. II, fol. 180, etc.
(300) Ibid., fol. -138.
(307; Ar/ifis. papal., loin. VII. fol. 431 et seq.
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qu'elle est pierre; et ces ânes de papelins ne savent |>as qu'ils sont des ânes (308). » De peur qu'on ne s'avisât d'en dire autant de lui, il va au-devant de l'objection. « Et, » ditil (309), « le Pape ne nie peut pas tenir pour un âne, il sait bien que par la bonté de Dieu et par sa grâce particulière , je suis plus savant dans les Ecritures que lui et que tous ses ânes. » Poursuivons, voici le style qui va s'élever : « Si j'étais le maître de j'empire, » où ira-t-ii avec un si beau commencement? «je ferais un paquet du Pape et des cardinaux, pour les jeter tous ensemble dans ce petit fossé de la merde Toscane. Ce bain les guérirait, j'y engage ma parole, et je donneJésus-Christ pourcaution(310).» Le saint nom de Jésus-Christ n'est-il pas ici employé bien à propos ? Taisons-nous, •■'en est assez, et tremblons sous les terribles jugements de Dieu, qui, pour punir notre orgueil, a permis que de si grossiers emportements eussent une telle elïïeace de séduction et d'erreur.
Je ne dis rien des séditions et des pilleries, ie premier fruit des prédications de ce nouvel évangéliste. Il en tirait vanité. L'Evangile, disait- il (311), et tous ses disciples après lui, a toujours causé du trouble, et il faut du sang pour l'établir. Zwingle en disait autant. Calvin se défend de même : Jésus -Christ , disaient-ils tous, est venu pour jeter le glaive au milieu du monde. (Mat th. x, 3Ï.) Aveugles , qui ne voyaient pas ou qui ne voulaient pas voir quel glaive Jésus-Christ avait jeté, et quel sang il avait fait répandre. Il est vrai que les loups au uiiiieu desquels il envoyait ses disciples, devaient répandre le sang de ses brebis innocentes : mais avait-il dit que ses brebis cesseraient d'être brebis , formeraient de séditieux complots, et répandraient à leur tour le sang des loups? L'épée des persécuteurs a été tirée contre ses fidèles, mais ses fidèles tiraient-ils l'épée, je ne dis pas pour attaquer les persécuteurs, mais pour se défendre de leurs violences? En un mot, il s'est excité des séditions contre les disciples de Jésus-Christ ; mais les disciples de Jésus-Christ n'en ont jamais excité aucune durant trois cents ans d'une persécution
(508) Advers. papat., loin. Vil, fol. -170.
(509i llnd.
(510) Ibid., page 474.
impitoyable. L'Evangile les rendait modestes, tranquilles, respectueux envers les puissances légitimes, quoique ennemies de la foi, et les remplissait d'un vrai zèle, non pas de ce zèle amer qui oppose l'aigreur à l'aigreur, les armes aux armes, et la force à la force. Que les Catholiques soient donc, si l'on veut, des persécuteurs injustes; ceux qui se vantaient de les réformer sur le modèle de l'Eglise apostolique devaient commencer la réforme par une invincible | atience. Mais au contraire, disait Erasme, qui en a vu naître les commencements (312): Je les voyais sortir de leurs prêches avec un air farouche et des regards menaçants, comme gens qui venaient d'ouïr des invectives sanglantes et des discours séditieux. Aussi voyait -on ce peuple évangélique toujours prêt à prendre les armes, et aussi propre à combattre qu'à disputer. Peut-être que les minisires nous avoueront bien que les piètres des Juifs et ceux des idoles donnaient lieu à des satires aussi fortes que les prêtres de l'Eglise romaine, de quelques couleurs qu'ils nous les dépeignent. Quand est-ce qu'on a vu, au sortir de la prédication de saint Paul, ceux qu'il avait convertis aller piller les maisons de ces prêtres sacrilèges, comme on a vu si souvent au sortir des prédications de Luther et des prétendus réformateurs, leurs auditeurs aller piller tous les'ecclésiastiques, sans distinction des bons ni des mauvais ?Que dis-je?des prêtres des idoles 1 Les idoles mêmes étaient en quelque sorte épargnées par les Chrétiens. Vit-on jamais à Epbèse ou à Corinlhe, où tous les coins en étaient remplis, en renverser une seule après les i rédications de saint Paul et des apôtres? Au contraire, ce secrétaire de la commune d'Ephèse rend témoignage à ses citoyens, que saint Paul et ses compagnons ne blasphémaient point contre leur déesse ( Act. xix, 37) ; c'est-àdire qu'ils parlaient contre les faux dieux, sans exciter aucun trouble, sans altérer la tranquillité publique. Je crois pouitant que les idoles de Jupiter et de Vénus étaient bien aussi odieuses que- les images de Jésus-Christ, de sa sainte Mère et de ses saints, que nos réformés ont abattues.
|5I 1) De serti, aib.
(51-2) Lit), xix, 115
fol. 451, etc.
xxiv, xxii, 47,
pag
elc.