‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 113 sur 325 · II. BfSTOIRE DES VARIATIONS · texte numérisé non relu

II. BfSTOIRE DES VARIATIONS

phèie, qui croit à cotre parole? et concluait en donnant aux hommes ce commandement

comme un oracle venu du ciel : « Cessez de faire la guerre au Turc, jusqu'à ce que le nom du Pape soit Ole de dessous le ciel. J'ai dit. »

C'était dire assez clairement que le Papo dorénavant serait l'ennemi commun, contre lequel il se fallait réunir. Mais Luther s'en expliqua mieux dans la suite, lorsque, fâché que les prophéties n'allassent pas assez vite, il tâchait d'en hâter l'accomplissement par ces paroles: « Le Pape est un loup possédé du malin esprit : il faut s'assembler de tous les villages et de tous les bourgs contre lui. Il ne faut pas attendre ni la sentence du juge, ni l'autorité du concile: n'importe que les rois et les césars fassent la guerre pour lui : celui qui fait la guerre sous an voleur la fait à son dam : les rois et les césars ne s'en sauvent pas, en disant qu'ils sont les défenseurs de l'Eglise, parce qu'ils doivent savoir ce que c'est que l'Iiglise (283). » Enfin, qui l'en eût cru eût tout mis en feu, et n'eût lait qu'une même cendre du Pape et de tous les princes qui le soutenaient. Et ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'autant de propositions que l'on vient de voir étaient autant de thèses de théologie, que Luther entreprenait de soutenir. Ce n'était pas un harangueur qui se laissât emporter à des propos insensés dans la chaleur du discours: c'était un docteur qui dogmatisait de sang-froid, et qui mettait en thèses toutes ses fureurs.

Quoiqu'il ne criât pas encore si haut dans l'écrit qu'il publiait contre la bulle, on y a pu voir des commencements de ces excès; et le même emportement lui faisait dire, au sujet de la citation à laquelle il n'avait pas comparu: « J'attends pour y comparaître que je sois suivi de vingt mille hommes de pied et de cinq mille chevaux; alors je me ferai croire (284). » Tout était de ce caractère, et on voyait dans tout son discours les deux marques d'un orgueil outré, la moquerie et la violence.

On le reprenait dans la bulle d'avoir soutenu quelques-unes des propositions de Jean Hus : au lieu de s'en excuser, comme il aurait fait autrefois, «Oui,» disait-il en parlant au Pape (285), « tout ce que vous condamnez dans Jean Hus, je l'approuve; tout ce que vous approuvez, je le condamne.

Voilà la rétractation que vous m'avez ordonnée: en voulez- vous davantage ? »

Les fièvres les plus violentes ne causent pas de pareils transports. Voilà ce qu'oiï appelait dans le parti hauteur de courage; et Luther, dans les apostilles qu'il fit sur la bulle, disait au Pape sous le nom d'un autre : « Nous savons bien que Luther ne vous

(276) Proi. Luth, ad Car. V, ibid., 4L (-277) T. 1, fol. 50.

(-278/ Ibid., 88, M.

(279) Assert, art. per bitl. damnai.

(280) Ibid., 1520, min. H, |>r0p. 13, fol. 94.

(281) Ibid., prop. 33.

(282) Ibid.

(283) Disp. 1340, prop. 59 cl seq., tom. I, fol.

(284) .Mr. execr. Amich. bail., loin. Il, fol. 91. (283) JMcL.adprop. 50, fol. 109.

cédera pas, parce qu un s peut pas abandonner la défense de la vérité qu'il a entreprise (28C). » Lorsqu*en haine de ce «pie le Pape avait brûler ses écrits à Rome, Luther aussi à son tour fit brûler à Wittemberg les décrélales, les actes qu'il fit dresser de cette action portaient, « qu'il avait parlé avec un grand éclat de belles paroles, et une heureuse élégance de sa langue maternelle (287). » C'est par où il

méprisé pour un secours de sa main. Qui

grand courage ne

eût pu croire qu'on altiïlmAt à la grâce de

monde. Mais surtout il e, que ce n'était pas assez

enlevait tout le

n'oublia pas de d

d'avoir brûlé ces décrétâtes ; et qu'il eût été

bien à propos d'en fuire autant au Pape même,

c'est-à-dire, ajoutait-il pour tempérer un

peu son discours, au siège papal.

Quand je considère tant d'emportement après tant de soumission, je suis en peine d'où pouvait venir cette humilité apparente à un homme de ce naturel. Etait-ce dissimulation et artifue? ou bien est-ce que l'orgueil ne se connaît pas lui-même dans ses commencements, et que, timide d'abord, il se cache sous son contraire, jusqu'à ce qu'il ait trouvé occasion de se déclarer avec avantage ?

En effet, Luther reconnaît, après la rupture ouverte, que dans les commencements il était comme au désespoir (288!, et que personne ne peut comprendre « de quelle faiblesse Dieu l'a élevé à un tel courage, ni comment d'un tel tremblement il a passé à tant de force. » Si c'est Dieu, ou l'occasion qui ont fait ce changement, j'en laisse le jugement au lecteur, et je me contente pour moi du l'ait que Luther avoue. Alors dans cette frayeur, il est bien vrai, en un certain sens, que son humilité, comme il dit, n'était pas feinte. Ce qui pourrait toutefois faire soupçonner de l'artifice dans ses discours, c'est qu'il s'échappait de temps en temps jusqu'à dire,« qu'il ne changerait jamais rien dans sa doi trine, et que s'il avait remis toute sa dispute au jugement du Souverain Pontife, c'est qu'il fallait garder le respect envers celui qui exerçait une si grande charge(289,. «Mais qui considérera l'agitation d'un homme que son orgueil d'un côté, et les restes de la foi de l'autre, ne cessaient de déchirer au dedans, ne croira pas impossible que des sentiments si divers aient paru tour à tour dans ses écrits. Quoi qu'il en soit , il est certain que l'autorité de l'Eglise le retint longtemps; et on ne peut lire sans indignaliou , non plus que sans phié, ce qu'il en écrit, « Après, » dit-il (290), « que ,i'eus surmonté tous les arguments qu'on m'opposait, il en resiait un dernier qu'à peine je pus surmonter par le secours de Jésus-Christ, avec une extrême difficulté et beaucoup d'angoisses : c'est qu'il fallait écouter l'Eglise. » La grâce, | avait peine à quitter ce ma fin il l'emporta, et pour comble d'aveuglement, il prit le délaissement de Jésus-Christ

(-280) (Vol. in bull., loin. II. fol. ;iG. (i87) Exust. acta, tom. lt, fol. 123.

(288) Prœf. Oper. Liait., loin. I, fol. 19 , 50 et

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