‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 181 sur 325 · DES SYNODES NATIONAUX SI II CE -I.U.T · texte numérisé non relu

DES SYNODES NATIONAUX SI II CE -I.U.T

A quoi sert à la justice imputée que JéSus- Christ soil tenu pour servir, et. non pour être servi; et ce que fait ce passage venu lout à coup sa 33 liaison au milieu de ce décret, le devine qui pourra. Je ne vois pas aussi à quoi nous sert l'imputation de la loi ce'remon'alc, qui n'a jamais été faite | onr nous, ni pour quelle raison il a fallu que Jésus-Chcist y fût sujet non-seulement pour noire bien, mais en notre place. Je comprends bien comment Jésus-Christ, ayant dissipé par sa mort les ombres et les figures de la loi, nous a laissés libres de la servitude des lois cérérjaoniales , qui n'étaient qu'ombres et ligures: mais qu'il ait fallu, pour cela qu'il y ail été sujet en notre plaie, la conséquence en serait pernicieuse; el on. conclurait tle même qu'il nous a aussi déchargés de la loi morale en l'accomplissant. Tout cela montre le peu de justesse de nos réformés, plus soigneux d'étaler de l'érudition, et de jeter en l'air de grands mots, que de parler avec précision dans leurs décrets.

Je ne sais pourquoi l'affaire de Piscator tenait si ex-traordinairement au cœur à nos réformés de France, ni pourquoi le synode île Privas en était venu aux dernières précautions, en ordonnant la souscription qr.e nous avons vue. 11 fallait du moins s'en tenir là. On formulaire de loi qu'on fait souscrire à tous les pasteurs, doit expliquer la matière pleinement et précisément. Néanmoins, après celte souscription et tous les décrets précédents, on eut besoin de faire encore une nouvelle déclaration, au synode de Tonneins en lGli. Quatre grands décrets coup sur coup, et en termes si différents, sur un article particulier, et dans une matière si bornée, c'est assurément beaucoup : mais clans la nouvelle Réforme on trouve toujours quelque chose qu'il faut ajouter ou diminuer; et jamais ou n'y explique la foi si sincèrement, ni avec une si pleine suffisance, qu'on s'en tienne précisément aux premières décisions.

Pour achever cette affaire, je ferai uno ceinte réflexion sur le fond de la doctrine, i t quelques autres réflexions sur la procédure.

Sur le fond, j'entends bien que la mort de Jésus-Christ, et Je payement qu'il a fait pour nous à la justice divine, de la peine dont nous étiuns redevables envers elle, nous

est ini[>i;te comme on inif le pavement que sa caution fait à .--a déchargé. Mais que la justice parfaite accomplie par Noire-Seigneur dans sa vie et dans sa mort, et l'obéissance absolue qu'il a rendue à la loi nous soit imputée, ou, comme on parle, allouée dans le même sens que le payement de la caution est imputé au débiteur; c'est dire que par sa justice il nous décharge de l'obligation d'être gens de bien, comme par son supplice il nous décharge de l'obligation de subir celui que nos péchés avaient mérité.

J'entends donc et très- clairement d'une autre manière à quoi il nous sert d'avoir un Sauveur d'une sainteté infinie. Car par là je !e vois seul digne de nous impétrer toutes les grâces nécessaires pour nous faire justes, parce que Jésus-Christ l'a été, et que sa justice nous soit allouée comme s'il avait accompli la loi à notre décharge ; ni l'Ecriture ne le dit, ni aucun homme de bon sens ne le peut entendre.

Par ce moyen, en comptant pour rien la justice que nous avons intérieurement, et celle que nous pratiquons par la grâce, on nous fait tous dans le fond également justes, parce que la justice de Jésus-Christ, qu'on suppose être la seule qui nous rende justes, est infinie.

On ravit aussi aux élus de Dieu la couronne de justice, que le juste Juge réserve à chacun en particulier; puisqu'on suppose qu'ils ont tous la même justice, qui est infinie : ou si enfin on avoue que cette justice infinie nous est allouée par divers degrés, suivant que nous en approchons [dus ou moins par la justice particulière que la grâce met en nous, c'est avec des expressions extraordinaires ne dire que la mémo chose que les Catholiques.

Voilà en peu de paroles ce que j'avais à dire sur le fond. J'aurai encore plus tôt t'ait sur la procédure : elle n'a rien que de faible, rien de grave ni de sérieux. L'acte le plus important est le formulaire de souscription ordonné au synode de Privas: mais d'abord on n'y songe pas seulement à convaincre Piscator par les Ecritures. Il s'agissait d'établir que l'obéissance de Jésus-Christ, par laquelle il a accompli toute la loi dans sa rie ri dans sa mort, nous est allouée pour nous rendre justes; ce qu'on appelle dans le formulaire de Privas, comme on avait fait à Gap, l'imputation de la justice active.

Or tout ce qu'on a pu louver en quatre synodes pour établir cette doctrine, et l'imputation de cette justice active par les Ecritures, c'est que le Fils\d.e l'homme est venu non pas pour être servi, mais pour servir ; passage si peu convenant à la justice imputée, qu'on ne peut pas même entrevoir pourquoi il est allégué.

C'est-à-dire que, dans la nouvelle Réforme, pourvu qu'on ait nommé la parole de Dieu avec emphase, et qu'ensuite on ait jeté un passage, en l'air, on croit avoir satis-

(ICi.'i) Act.autli. Blond., pièce 6, I>. 72.

ute à un débiteur fait à la profession

qu on a faite de n'en croire que l'Ecriture en termes exprès. Les peuples sont éblouis de ces magnifiques promesses, et ne sentent pas même ce que fait sur eux l'autorité de leurs ministres, quoique ce suit elle au fond qui les détermine.

Non-seulement on n'a rien prouvé contre Piscator par la parole de Dieu, mais encore on n'a rien prouvé par la Confession de loi qu'on lui opposait.

Car nous avons vu d'abord qu'on abandonne à Privas les articles xx et xxii, qu'on avait allégués à Gap. On se réduit au xvnr; et comme il ne disait rien que de général et d'infini, on s'avise de faire dire dans le formulaire: « Je déclare et proteste que j'entends l'article xvm de notre Confession de foi, selon le sens reçu en nos Eglises, approuvé par les synodes, et conforme à la parole de Dieu. »

La parole de Dieu eût suffi seule : mais comme on en disputait, pour finir il en fallut revenir à l'autorité des choses jugées, eî s'en tenir à l'article de la Confession de foi, en l'entendant, non selon ses termes précis, mais selon le sens reçu dans les Eglises, et approuvé duns les synodes nationaux ; ce qui enfin règle la dispute par la tradition, et nous montre que le naoy.en le pi us assuré pour entendre ce qui est écrit, c'est de voir comment on l'a toujours entendu.

Voilà ce qui se passa dans l'affaire do Piscator, en quatre synodes nationaux. Le dernier avait été celui de Tonneins, tenu en 1614, où, après la souscription ordonnée dans le synode de Privas, tout paraissait défini de la manière du monde la plus sérieuse; et néanmoins ce n'était rien: car l'année d'après, sans aller plus loin, c'està-dire en 1615, Dumoulin, le plus célèbre de tous les ministres, s'en moqua ouvertement avec l'approbation de tout un synode; en voici l'histoire.

On était toujours inquiet dans le parti de la Réforme opposé au luthéranisme, de n'y avoir jamais pu parvenir à une commune confession de foi qui en réunît tous les membres, comme la Confession d'Augsbourg réunissait les luthériens. Tant de diverses confessions de foi montraient un fond de division qui affaiblissait le parti. On revint, donc encore une fois au dessein de les réunir. Dumoulin en proposa les moyens dans un écrit envoyé au synode de" l'Ile-de- France. Tout allait à dissimuler les dogmes dont on ne pouvait convenir; et Dumoulin écrit en tenues formels que parmi les choses qu'il faudra dissimuler dans cette nouvelle Confession de foi, il faut mettre la question touchant' la justification (16V5): une doctrine tant détestée par quatre synodes nationaux devient tout-à-coup indifférente, selon IWh iiioii de ce ministre; et le synode de l'Ilede-France, de la même main dont il venait de souscrire à la condamnation de Piscator, et la plume, pour ainsi dire, encore toute

PART. V I lll.dl.. POLEMIQUE. II. HISTOIRE I>i:s VARIATIONS.

trempée de l'encre dont il avait fait celle "ni-i 1 1| i , remercie Dumoulin, par lettres «presses, de celte ouverture (linii' . innl il v a d'instabilité dans la nouvelle Ré

t. m m,-, el tant on j Sacrifie le- plus grandes choses à M'ttr commune confession qui ne s'csi |ni l'aire.

Les paroles do Dumoulin sont trop mémo ables pour n'être pas rapportées. /-'!. ilit-il (1GV7), dans cette assemblée qu'on i n, ha pour cette nouvelle confession île {m, a je ne vomirais point qu'on disputai île la religion; car depuis que les esprits se sont échauffés, ils ne se rendent jamais, et < liai un en s'en retournant dit qu'il a vaincu: mais je voudrais que sur la table fût mise la confession de^ Eglises do France, d'Angleterre, d'Ecosse, des Pays-Bas, du Palalinat, des Suisses, etc.; que de ces confessions on tâchât d'en dresser une commune, eu laquelle on dissimulât plusieurs choses, sans la connaissance desquelles on peut être

SaUVé, COMME EST LA QUESTION DE PlSCATOR

sur la justification, et plusieurs opinions subtiles proposées pai» Ahmimi s sur le franc Rrbitrc, la prédestination et la persévérance des saints. »

Il ajoute que Satan, qui a corrompu l'Eglise romaine par le trop avoir, c'est-à-dire, par l'avarice et l'ambition, tâche à corrompre 1rs Eglises delà nouvelle Réforme par le trop savoir; c'est-à-dire, par la curiosité, qui est en effet la tentation où succombent tous les hérétiques, et le piège où ils sont pris'; et conclut que sur les voies d'accommodement « on aura fait une grande partie du chemin, si on veut se commander d'ignorer plusieurs choses, se contenter des nécessaires à salut, et se supporter dans les autres. »

La question eût été d'en convenir : car si par les choses dont la connaissance est nécessaire a salut, il entend celles que chaque particulier esl obligé à savoir expressément sous peine de damnation; celte commune confession de foi est déjà faite dans le Symbole des Apôtres, ou dans celui de Nicée. L'union que l'on ferait sur ce fondement s'étendrait bien loin au-delà des Eglises nouvellement réformées, et on ne pourrait s'empêcher de nous y comprendre : mais si par la connaissance des choses nécessaires à salut il entend la pleine explication de toutes les vérités expressément révélées de Dieu, qui n'en a révélé aucune dont la connaissance ne tende à assurer le salut de ses fidèles; y dissimuler ce que les synodes ont déclaré expressément révélé de Dieu, avec délestation des erreurs contraires, c'est se moquer de l'Eglise, en tenir les décrets pour des illusions, même après les avoir signés ; trahir sa religion et sa conscience.

Au reste, quand on verra que ce même Dumoulin, qui passe ici si légèrement avec les propositions de Piscator les propositions bien plus importantes d'Armiuius , en fut

dans la suite un des plus impitoyables censeurs , ou reconnaîtra dans sou procédé la perpétuelle inconstance de la nouvelle Réforme qui accommode ses dogmes à l'occasion.

Pour achever le récit du projet de réunion qu'on lit alors; après cette commune Confession de foi du parti opposé aux lutfiériens, on voulait encore en faire une plus vague et plus générale, où les luthériens seraient compris. Dumoulin développe ici toutes les manières dont on pourrait s'expliquer, sans condamner ni la présence réelle, ni l'ubiquité, ni la nécessité du baptême (IGW), ni les autres dogmes luthériens : cl ce qu'il ne peut sauver par des équivoques ou des expressions vagues, il l'enveloppe le mieux qu'il peut dans le silence : il espère par ce moyen abolir les mots de luthériens, de calvinistes , de sacramentaires , et faire par ces équivoques qu'il ne reste plus aux protestants que le nom commun d'Eglise chrétienne réformée. Tout le synode de l'Ile-de-France applaudit à ce beau projet; et c'est après cette union qu'il sérail temps, poursuit Dumoulin, de solliciter d'accord l'Eglise romaine : mais il doute qu'on, y réussit. Il a raison; car nous n'avons point d'exemple qu'en matière de religion elle ait jamais approuvé des équivoques, ou consenti à la suppression des articles qu'elle a crus uno fois révélés de Dieu.

Au reste je n'accorde pas à Dumoulin, et aux autres du même parti, que les diversités de leurs confessions de foi ne soient que dans la méthode et dans les expressions, ou bien en police et cérémonies; ou si c'était sur les matières de foi, que ce fût en choses qui n'étaient encore passées eu loi ni règlement public : car on a pu voir el on Verra le contraire dans toute la suite de cette histoire. Et peut-on dire, par exemple, que la doctrine de l'épiscopat, où l'Eglise d'Angleterre est si ferme, et qu'elle pousse si loin qu'elle ne reçoit les ministres calvinistes qu'en les ordonnant de nouveau, soit une affaire de langage, ou en tous cas de pure police et de pure cérémonie? N'est-ce rien de regarder une Eglise comme n'ayant point de pasteurs légitimement ordonnés?

Il est vrai qu'on leur rend bien la pareille; puisqu'un fameux ministre du calvinisme a écrit ces mots : « Si quelqu'un des nôtres enseignait la distinction de l'évêque et du prêtre, et qu'il n'y a pas de vrai ministère sans évêque, nous ne le pourrions souffrir dans notre communion, c'est-à-dire, au moins dans notre ministère (164'Jj. » Les protestants anglais en sont donc exclus. Est-ce là un différend de peu d'importance? Ce n'est pas ainsi qu'en parle le même ministre, puisqu'il demeure d'accord que par ces différences, qu'il veut appeler petites, de gouvernement et de discipline , on se traite comme des excommuniés (1650). Que si l'on vient au particulier de ces confessions de

(1048) .4c;. autlt. Blond.

(1647) lbid., n. 4.

ttti48) lbid., n. lv2, 13.

pièce 6, p. 72.

(1649) Jlr., Syst , p. 214.

(1650) lbid., Av. aux Prolest. n. 5, à la tôle des Préjugilégit.

foi, combien trouvera-l-on de points dans et contre les autres dogmes des luthériens.

les unes qui ne sont point dans les autres? Ile n'était pas seulement Calvin qui avait

Et en etTet, si la différence n'était que dans traité de détestable l'invention de la présence.

les' mots, il y aurait trop d'opiniâtreté à n'en corporelle : De corporali prœsentia détesta-

nouvoir convenir après l'avoir si souvent bile commentum (1651) : toute la Réforme de

tenté; si elle n'était qu'en cérémonies, la France venait de dire en corps par la bou-

fai blesse serait trop grande de s'y arrêter : che de Bèze, qu'elle détestait ce monstre et

mais c'est que chacun ressent qu'on n'est la consubstantiation luthérienne , avec la

pas d'accord dans le fond : et si on se vante transsubstantiation papistique (1652). Mais

cependant d'être bien unis, cela ne sert il n'y a rien de sincère ni de sérieux dans

qu'à continuer que l'union de la nouvelle ces détestalions de la présence réelle : puis-

rélormation est plus politique qu'ecelésias- qu'on a été prêt à retrancher tout ce qu'on

tiqUe. avait dit contre, et que ce retranchement se

Jl ne me reste qu'à prier nos frères de devait faire non-seulement par un décret

considérer les grands pas qu'ils ont vu faire, d'un synode national, mais encore par un

non pas à des particuliers, mais à leurs Egli- commun résultat de tout le parti assemblé

ses en corps, sur ries choses qu'on y avait solennellement à Francfort. La doctrine du

déei iées avec toute l'autorité, disait-on, de sens figuré, pour ne point parler ici des au-

la parole de Dieu : cependant tous ces dé- très, après tant de combats et tant de mar-

crets n'ont rien été. C'est un style de la Ré- tyres prétendus, serait supprimée | ar un

formede nommer toujours la parole de Dieu; élerûel silence, s'il avait plu aux luthériens.

on n'en croit pas pour cela davantage-, et on L'Angleterre, la France, l'Allemagne, les

supprime sans crainte ce qu'on avait avancé Suisses, les Pays-Bas, en un mot tout ce

avec une si grande autorité : mais il ne faut qu'il y a de calvinistes dans le monde, ont

pas s'en étonner. Il n'y a rien de plus nuthen- consenti à la suppression. Comment donc

tique dans la religion que des confessions peut-on demeurer si attaché à un dogme

de foi : rien ne doit avoir été plus autorisé qu'on voit si peu révélé de Dieu, que par les

par la parole de Dieu, que ce que les calvi- vœux communs de tout le parti il est déjà

nistes y avaient dit contre la présence réelle retranché delà profession du christianisme?

(1651) 2 Def. cvnt. Yestph., op. 83. (1652) Ci-dessus, p. 2C1.

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