‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 192 sur 325 · SST · texte numérisé non relu

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OLLVitLS COMPLETES DE BOSSUE?.

l'administration, mais la droite administraient! des sacrements, serait fausse ; et si cela ne [eut arriver, la réforme qui accusait l'Eglise d'erreur, portait sa condamnation dans son propre titre.

Qu'on remarque la difficulté : car c'a été dans les Eglises protestantes la première source des contradictions que nous avons à y remarquer : contradictions au reste où les remèdes qu'ils ontc.ru trouver au défaut de leur origine n'ont fait que les enfoncer davantage. Ma;s en attendant que l'ordre des faits nous fasse trouver ces vains remèdes, tâchons de bien faire sentir le mal.

Sur ce fondement de l'article 7 de la Confession d'Augsbourg, on demandait aux luthériens ce qu'ils venaient réformer. L'Eglise romaine, disaient-ils. Mais avez-vous quelqu'autre Eglise, où la doctrine que vous voulez établir soit professée? C'était un fait bien constant qu'ils n'en pouvaient montrer aucune. Où était donc cette Eglise, où par votre article 7 devait toujours subsister la véritable prédication de la parole de Dieu et la droite administration des sacrements?

Nommer quelques docteurs par-ci par-là, et de temps en temps, que vous prétendiez evoir enseigné votre doctrine; quand le fait serait avoué, ce ne serait rien ; car c'était un corps d'Eglise qu'il fallait montrer, un corps où l'on prêchât la vérité, et où l'on administrât les sacmnents ; par conséquent un corps composé de pasteurs et de peuple, un corps à cet égard toujours visible. Voilà ce qu'il faut montrer, et montrer par conséquent dans ce corps visible une manifeste succession et de la doctrine et du ministère.

Au récit de l'article 7 de la Confession d'Augsbourg , les Catholiques trouvèrent mauvais qu'on eût défini l'Eglise, l'assemblée des saints; et ils dirent que les méchants et les hypocrites, qui sont unis à l'Eglise par les liens extérieurs, ne devaient pas être exclus de leur unité. Mélanchthon rendit raison de celte doctrine dans VApologie (1923); et il pouvait y avoir ici autant de dispute de mots que de choses : mais, sans nous y arrêter, remarquons seulement qu'on persiste à dire que l'Eglise doit toujours durer, et toujours durer visible (1921), puisque la prédication et les sacrements y! étaient requis; car écoulons comme ou parle : « L'Eglise catholique n'est pas une société extérieure de certaines nations ; mais c'est leshommesdispersés par tout l'univers, qui ont les mêmes sentiments sur l'Evangile, qui ont le même Christ, le même Esprit-Saint, et les mômes sacrements (1925).» Et encore plus expressément un peu après : « Nous n'avons pas rêvé que l'Eglise soit la cité de Platon (qu'on ne trouve point sur la terre) : nous disons que l'Eglise existe ; qu'il y a de vrais croyants et de vrais justes ré-

(1925) Apol., lit. De Ecct.

(1924) lbid., p. 145, lie.

(!92(i) lbid., p. 148.

p. Il

pandus par tout l'univers : nous y ajoutons les marques, l'Evangile pur, et les sacrements; et c'est une telle Eglise qui est proprement la colonne de la vérité (1926). » Voilà donc toujours sans difficulté une Eglise très-réellement existante , très-réellement visible, où l'on prêche très-réellement la saine doctrine, et où très-réellement on administre comme il faut les sacrements : car, ajoute-t-on,'le royaume de Jésus-Christ ne peut subsister qu'avec la parole et les sacrements (1927) : en sorte qu'où ils ne sont pas il n'y a point d'Eglise.

On disait bien en même temps qu'il s'était coulé dans l'Eglise beaucoup de traditions humaines, par lesquelles la saine doctrine et la droite administration des sacrements était altérée; et c'était ce qu'on voulait réformer. Mais si ces traditions humaines étaient passées en dogme dans l'Eglise, où était donc celte pureté de la prédication et de la doctrine, sans laquelle elle ne pouvait subsister? 11 fallait ici pallier la chose; et c'est pourquoi on disait, comme on a vu (1928), qu'on ne voulait point combattis l'Eglise catholique, ou même l'Eglise romaine, ni soutenir les opinions que l'Eglise avait condamnées; qu'il s'agissait seulement de quelque peu d'abus, qui s'étaient introduils dans les Eglises sans aucune autorité certaine ; et qu'il ne fallait pas prendre pour doctrine de l'Eglise romaine ce qu'approuvaient le Pape, quelques cardinaux, quelques évoques et quelques moines.

A entendre ainsi parler les luthériens, il pourrait sembler qu'ils n'attaquaient pas les dogmes reçus, mais quelques opinions particulières et quelques abus introduits sans autorité. Cela ne s'accordait guère avec ces reproches sanglants de sacrilège et d'idolâtrie dont on remplissait tout l'univers, et s'accordait encore moins avec la rupture ouverte. Mais le fait est constant : et par ces douces paroles on tâchait de remédier à l'inconvénient de reconnaître de la corruption dans les dogmes de l'Eglise, après avoir fait entrer dans son essence la pure prédication de la vérité.

Cette immutabilité et la perpétuelle durée de la saine doctrine était appuyée dans les articles de Smalcalde, souscrits de tout le parti luthérien, sur les paroles de Notre- Seigneur : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, c'est-à-dire, disait-on, sur le ministère de la profession que Pierre avait faite (1929). Il y fallait donc, la prédication, et la véritable prédication, sans laquelle on reconnaissait que l'Eglise ne pouvait subsister.

Pendant que nous en sommes sur la doctrine des Eglises luthériennes, la Confession saxonique qu'on sait être deMélanchthonse présente à nous. On y reconnaît qu'il y a toujours quelque Eglise véritable ; « que les

(19-27) lbid., p. 150.

(19-28) Ci-dessus, liv m, col. 428, 429.

(1929) Art. Smal., Çoncord., p. 515.

PART. X. THEOL, POLEMIQUE. — II. HISTOIRE DES VARIATIONS

promesses de Pieu (qui en ;i promis la durée) sont immuables; qu'on ne parle point do l'Eglise comme d'une idée de Platon, mais qu'on montre une Eglise qu'on voit et qu'on (coûte; qu'elle (M visible en cette vie, et que c'est rassemblée qui embrasse l'Evangile Se Jésus-Christ, el qui a le véritable usage i!i>> sacrements, où Dieu opère efficacement par le ministère de l'Eglise, et où plusieurs sont régénérés (1930). »

On ajoute qu'elle peut être réduite à un petit nombre, mais qu'enfin il j a toujours un reste de fidèles, dont la rois se fait entendre sur la terre ; et que Dieu de temps en temps renoue/Ile le ministère. Il veut dire qu'il le purifie; car qu'il cesse un moment, l,i définition de l'Eglise, qui, fournie on venait de le dire, ne peut être sans le ministère, De le souffre pas; et l'on ajoute aussitôt aj rè , que « Dieu veut que le ministère de l'Evangile soit publie; il ne veut pas que la prédication soit renfermée dans les ténèbres, mais qu'elle soit entendue de tout le genre humain; il veut qu'il y ait des assemblées où elle résonne, et où son nom soit loué et invoqué (1931). »

Voilà donc toujours l'Eglise visible. Il est vrai qu'on commence à voir la difficulté, lorsqu'on dit qu'elle est réduite à un petit nombre; mais au fond les luthériens ne sont pas moins empêchés à montrer, dans leurs sentiments, une petite société qu'une grande lorsque Luther vint au monde ; et cependant sans cela il n'y a ni ministère ni Eglise.

La Confession de Wiltemberg, dont Breuce a été l'auteur, ne dégénère pas de cette doctrine, puisqu'elle reconnaît « une Eglise si bien gouvernée par le Saint-Esprit, que quoique faibleelledemeure toujours ; qu'elle juge de la doctrine, et qu'elle est où l'Evangile est sincèrement prêché, el où les sacrements sont administrés selon l'institution de Jésus-Christ (1932;. » La difficulté restait toujours de nous montrer une Eglise et une société de pasteurs et de peuple, où l'on trouvât la saine doctrine toujours conservée jusqu'au temps de Luther.

Le chapitre suivant raconte comme les conciles peuvent errer (1933); parce qu'encore que Jésus-Christ ait promis à son Eglise la présence perpétuelle de son Saint-Esprit, néanmoins toute assemblée n'est pas Eglise , et il peut arriver dans l'Eglise, comme dans les Etats politiques, que le plus grand nombre l'emporte sur le meilleur. C'est de quoi je ne veux pas disputer à présent; mais je demande toujours qu'on me montre une Eglise, petite ou grande, dans les sentiments de Luther avant sa venue.

La Confession de Bohême est approuvée par Luther. On y confesse « une Eglise sainte et catholique qui comprend tous les Chrétiens dispersés par toute la terre, qui

(1930) Cap. De Ed., Synt. Gen. pag.

(1051) Cap. De Cœn.

[1952J Cap.DcEccl.,ibid., p. 152.

(1955) Ibid., cap. De conc, \i. l"i.

(193i) Art. S, ibid., p. 18<j.

sont assemblés par la prédication de l'Evangile dans la foi de la Trinité el de Jésus- Chri-t: partout OÙ Jésus-Christ est prêché et reçu, partout où est la parole et les sacrements selon la règle qu'il a prescrite, là est l'Eglise (1934). » Ceux-là au moins savaient bien que, lorsqu'ils vinrent au monde, il n'y avait point dans l'univers d'Eglise de leur croyance ; car ils en avaient été bien informés par les députés qu'ils avaient envoyés de tous côtés (1935). Cependant ils n'osaient dire que leur assemblée, telle qu'elle était, petite ou grande, fût la ,'aintc Eglise universelle; et ils disaient seulement, qu'elle en était un membre ou une partie (193G). Mais enfin où étaient donc les autres parties? Ils avaient parcouru tous les coin^ du monde sans en apprendre aucune nouvelle ; étrange extrémité de n'oser dire qu'on soit l'Eglise universelle, et d'oser encore moins dire qu'on trouve des frères el des compagnons de sa foi en quelque endroit que ce soit de l'univers 1

Quoi qu'il en soit, voici les premiers qui semblent insinuer, dans une Confession de foi, que les vraies Eglises chrétiennes peuvent être séparées les unes des autres , puisqu'ils n'osent pas exclure, de l'unité catholique les Eglises avec lesquelles ils savaient qu'ils n'avaient point de communion; ce que je prie qu'on remarque, parce que cette doctrine sera enfin le dernier refuge des protestants comme nous verrons dans la suite.

Nous avons vu sur l'Eglise la Confession des luthériens ; l'autre parti va paraître. La Confession de Strasbourg présentée comme on a vu, à Charles V, en même temps que celle d'Augsbourg, définit l'Eglise, « la société de ceux qui se sont enrôlés dans la milice de Jésus-Christ, parmi lesquels il se mêle beaucoup d'hypocrites (1937). » Il n'y a nul doute qu'une telle société ne soit visible; qu'elle doive toujours durer en cet état de visibilité, la suite le fait paraître, puisqu'on ajoute « que Jésus-Christ ne l'abandonne jamais ; que ceux qui ne l'écoutent pas doivent être tenus pour païens et pour publicains; qu'à la vérité on ne peut pas. voir par où elle est Eglise, c'est-à-dire la foi; mais qu'elle se fait voir par ses fruits, parmi lesquels on compte la confession de la vérité. »

Le chapitre suivant explique que « l'Eglise étant sur la terre dans la chair, Dieu veut aussi l'instruire par la parole extérieure, et faire garder à ses fidèles une société extérieure par le moyen des sacrements (1938).» II y a donc nécessairement pasteurs et peuple, et l'Eglise ne peut subsister sans ce ministère.

La Confession de Bdle en 1536 dit que « l'Eglise catholique est le saint assemblage de

(iOj'i) Ci-dessus, liv. xi, col. 770.

(1956) Ibid., col. 774.

(1957), Con/-. Argent., cap. 15, De Ec:l. synt. Gen. naît, i, p. 191 -

(1958) Conf. Argent., cap. Ui,iHd.

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