‹ Œuvres compl`etes de BossuetChapitre 193 sur 325 · SOI · texte numérisé non relu

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tous les suints; et qu'encore qu'elle ne soit connue que de Dieu, toutefois elle est vue, elle est connue, elle est construite par les rites extérieurs établis de Dieu (c'est-à-dire les sacrements), et par la publique et légitime prédication de sa parole (1939) : » où l'on voit manifestement que sont compris les ministres légitimement appelés, par lesquels on ajoute aussi que Dieu se « fait connaître à ses tidèles, et leur administre la rémission de leurs fléchés. >.

Dans une autre Confession de foi faite à Bâle en 1532, « l'Eglise chrétienne est pareillement définie la société des saints, dont tous ceux qui confessent Jésus-Christ sont citoyens : » ainsi la profession du christianisme y est essentielle.

Pendant que nous parlons des Confessions helvétiques, celle de 1566, qui est la grande et la solennelle, définit encore l'Eglise « qui a toujours été, qui est et qui sera toujours l'assemblée des fidèles et des suints qui connaissent Dieu, et le servent par la parole et le Saint-Esprit (1940).» Il n'y a donc pas seulement le lien intérieur, qui est le Saint- Esprit; mais encore l'extérieur, qui est la parole et la prédication : c'est pourquoi on dit ensuite que la légitime et véritable prédication en est la marque principale, à laquelle il faut ajouter les sacrements comme il lésa institués (1941). D'où l'on conclut que les Eglises qui sont privées de ces marques, « quoiqu'elles vantent la succession de leurs évoques, leur unité et leur ancienneté, sont éloignées de la vraie Eglise de Jésus-Christ ; et qu'il n'y a point de salut hors de l'Eglise, non plus que hors de l'arche ; si l'on veut avoir la vie, i! ne se faut point séparer de la vraie Eglise de Jésus-Christ (194-2). »

Je demande qu'on remarque ces paroles qui seront d'une grande conséquence, quand il faudra venir aux dernières réponses des ministres; mais en attendant, remarquons qu'oit ne peut pas enseigner plus clairement que l'Eglise est toujours visible, et qu'elle est nécessairement composée de pasteurs et de peuple, que le fait ici la Confession helvétique.

Mais comme on était contraint, selon ces idées, à trouver toujours une Eglise et un ministère où la vérité du christianisme se fût conservée, l'embarras n'était pas petit; parce que, quoi qu'on pût dire, on sentait jiien qu'il n'y avait ni grande ni petite Egli«e composée de pasteurs et de peuple, où l'on pût montrer la loi qu'on voulait faire passer pour la seule vraiment chrétienne. On est donc contraint d'ajouter que « Dieu a eu des amis hors du peuple d'Israël; que, durantla captivité de Babylone. le peuple a été privé de sacrifice soixante ans ; que, par un juste jugement de Dieu, la vérité de sa parole et de son culte et la foi catholique sont quelquefois tellement obscurcies qu'il semble

(1959) Conf. Argent., c. 16, art. 14, 15.

(1910) Cap. 17, ibid., p. 51.

(1911) Ibid.,v. 55.

(1912) Cap, 17. ibid., p. 51.

presque qu'ils soient éteints, et qu'il ne reste plus d'Eglise comme il est arrivé du temps d'Hélie, et en d'autres temps, de sorte qu'on peut appeler l'Eglise invisible; non que les hommes dont elle est composée le soient, mais parce qu'elle est souvent cachée à nos yeux, et que, connue de Dieu seul, elle échappe à la vue des hommes » Voilà le dogme de l'Eglise invisible aussi clairement établi que le dogme de l'Eglise visible l'avait été; c'est-à-dire que la Réforme, frappée d'abord de la vraie idée de l'Eglise, la définit de manière que sa visibilité est de-son essence; mais qu'elle est jetée dans d'autres idées par l'impossibilité de trouver une- Eglise toujours visible de sa croyance.

Que ce soit cet inévitable embarras qui ait jeté les Eglises calviniennes dans cette chimère d'Eglise invisible, on n'en pourradouter, après avoir entendu M. Jurieu.«Ce qui a porté,» dit-il (1943), «quelques docteurs réformés » (il devait dire, ce qui a porté des Eglises entières de la reforme dans leurs propres confessions de foi) « à se jeter dans I'embakkas où ils se sont engagés en niant que la visibilité de l'Eglise fût perpétuelle; c'est qu'ils ont cru qu'en avouant que l'Eglise est toujours visible, ils auraient eu peine à' répondre à la question que l'Eglise romaine nous fait si souvent : où était noire Eglise i! y a cinquante ans. Si l'Eglise est toujours visible, votre Eglise calvinicnne et luthérienne n'est pas la véritable Eglise: car elle n'était pas visible. » C'est avouer nettement la cause de l'embarras où ces Eglises se sont engagées ; lui qui prétend avoir raffiné n'en sortira pas mieux, comme on verra; mais continuons à voir l'embarras des Eglises mêmes.

La Confession belgique imite manifeste!

ment l'helvétique, puisqu'elle dit «■ que l'Eglise catholique ou universelle est l'assemblée de tous les tidèles ; qu'elle a été, qu'elle est, et qu'elle sera éternellement, à cause que Jésus-Christ son roi éternel ne peut pas être sans sujets ; encore que pour quelque temps elle paraisse petite, et comme éteiistb à la vue des hommes, comme du terups d'Achab et de ces sept mille qui n'avaient point fléchi le genou devant Baal (1944). »

On ne laisse pas d'ajouter après (1943), « que l'Eglise est l'assemblée des élus, hors de laquelle nul ne peut être sauvé ; qu'il n'est pus permis de s'en retirer ni de demeurer seul à part ; mais qu'il faut s'unira l'Eglise, et se soumettre à sa discipline ; » qu'on la peut voir et connaître « par la pure prédication, la droite administration dessacremients (1946), » et une bonne discipline ; « et c'est, v dit-on, « parlàqu'on peut discerner certainement cette vraie Eglise dont il n'est pas-permis de se séparer. »

Il semble donc d'un côté qu'ils veulent dire qu'on la peut toujours bien connaître,

(1945) Sysl., p. 226.

(1941) An. 27, ibid., p. 110.

(1945) Ibid., an. 28.

(1946) Ibid., ait. 29.

PART. \. TIIEOL. POLEMIQUE. - II. HISTOIRE DKS VARIATIONS

puisqu'elle a de si claires marques , et qu'il n'est jamais permis de s'en séparer. Et d'autre pari, si nous l'as pressons de nous montrer mu' Eglise do leur croyance, pour petite au'elle soitf toujours vi-sible^ils se préparent uaeécliai'P'toii'e, en recourant à cette Eglise qui ne paraît pasf encore qu'ils n'osent pas trancher lo mot, ni assurer absolument qu'elle est éteinte, mais seulement qu'elle paraît commt éteinte.

L'Eglise anglicane parle ainbigumenL » L'Eglise visible,» dit-elle» (I9V7)est rassemblée des fidèles, où la pure parole de Dieu est prôehée, et où les sacrements sont administrés selon l'institution de Jésus-Christ, » c'est-à-dire qu'elle est ainsi quand elle est visible; mais ce n'est pas dire qu'elle soit toujours visible. Ce qu'on ajoute n'est pas plus clair: « Comme l'Eglise de Jérusalem, colles d'Alexandrie et d'Antioclie ont erré, l'Eglise romaine a aussi erré dans la doctrine » Savoir si en infectant ces grandes relises, qui étaient comme les mères de toutes les autres, l'erreur a pu gagner parleul, en sorte que la profession de la vérité fût éteinte par toute la terre , on a mieux aimé n'eu dire mot que de s'exposer d'un côté à un horrible inconvénient, en disant qu'il ne restât plus aucune Eglise où la vérité fût confessée; ou de l'autre, en reconnaissant que cela ne se peut, être obligé de chercher ce qu'on sait ne point trouver, c'est -àdire une Eglise de sa croyance toujours subsistante.

Dans la Confession d'Ecosse, CEglise catholique est définie la société de tous les élus : on dit quelle est invisible et connue de Dieu seulement, qui seul connaît ses élus (19i8). On ajoute que la vraie Eglise a pour marque la prédication et les sacrements (19Ï9) ; que partout où sont ces marques,» quand il n'y aurait que deux ou trois hommes, là est l'Eglisede Jésus-Christ, au milieude laquelle il est selon sa promesse : « ce qu'on entend, » pours-uit-on, » non de l'Eglise universelle dont on vient de parler, mais de l'Eglise particulière d'Eplièse, de Corinthe, et ainsi des autres, où le ministère avait été planté par saint Paul ; » chose étrange, de faire dire à Jésus-Christ que le ministère puisse être où il n'y a que deux ou trois hommes ! Mais il fallait bien en venir là ; car de trouver une seule Eglise de sa croyance, où il y eût un ministère réglé comme à Ephèse, ou à Corintlie, toujours subsistant, on en perdait l'espérance.

J'ai réservé la Confession des prétendus réformés de France pour la dernière, nonseulement à cause de l'intérêt particulier que je dois prendre à ma. patrie, mais encore à cause que c'est en France que les prétendus réformés ont cherché depuis trèslongtemps avec le plus de soin le dénouaient de cette difficulté.

Commençons par le Catéchisme, où dans le dimanche la, sur cet article du Symbole:

(1917) Ibid., art. 19, p, 105.

M918) Ibid.., an. 16, De Ecc, 11949) An. 18, p. "9'

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