XXVI. — Calomnie de M. Jurieu contre saint Cyprien
Pour vous montrer que saint Cyprien n'en-
VVERTISSEMENTS AUX PROTESTANTS, i 12 tendait pas la satisfaction de Jésus-Christ, il a
produit un | assage (2493), où il ditque « la rémission des péchés se donne dans le baptême par li! sari;; de Jésus-Christ ; mais que les péi liés qui suivent le ba; tême -0111 effacés par la pénitence et par les bonnes œuvres (2494), » Il voudrait vous faire croire que la rémission des péchés, que saint Cypriencattribue à la pénitence et aux lionnes œuvres, est opposée ,-i celle qu'il attribue au sang du Sauveur ; mais c'est à quoi ce saint martyr ne songeait pas. Il ne fait que rapporter les passages de l'Ecriture, où la rémission des péchés est attribuée à l'aumône et aux bonnes œuvres. Si ces expressions emportaient l'exclusion du sang de Jësus- Christ , il faudrait donc faire le môme procès, non plus à saint Cyprien , mais îi'Saiomon , qui a dit que le péché a été nettoyé par la foi et par l'aumône (Prov. iv, 27) ; a l'Ecclésiastique, qui enseigne que comme l'eau éteint le feu ardent , ainsi l'aumône résiste aux péchés [Eccli. m, 33); à Daniel qui a dit: Rachetez vos pèches par vos aumônes {Dan. iv , 24) ; au livre de Tobie , où il est écrit, que l'aumône délivre de la mort , et qu'e//e lace les péchés (Tob. xn, 9) ; a Jésus- Clirist même, qui dit : Faites l'aumône et tout est pur pour vous. (Luc. xi, 41.) Mais si dans ces passages célèbres, que saint Cyprien produit, et qu'il produit tous sous le nom d'Ecriture sainte, même ceux de l'Ecclésiastique et de Tobie, ne veulent pas dire que l'aumôme sauve indépendamment du sang de Jésus-Christ, pourquoi imputer cotte erreur à saint Cyprien qui ne lait que les répéter? Si donc il attribue particulièrement à Jésus-Christ la rémission des péchés dans le baptême, c'est à cause qu'il y agit seul, et sans qu'il soit nécessaire d'y joindre nos bonnes œuvres, ou, comme parle saint Cyprien (2495), nos satisfactions particulières, ainsi qu'il parait dans les enfants : mais, au surplus, quand il dit qu'<7 faut satisfaire, qu'il faut mékiteu la bienveillance de notre Juge, le fléchir par nos bonnes œuvres, et le faire notre débiteur, il n'entend pas, pour cela, que la rémission des péchés, et la grâce que nous acquérons par ce moyen, ne viennent pas de son sang; car, au contraire, il reconnaît que lorsque cejusle Juge donnera, :; nos bonnes œuvres et a nos mérites les récompenses qu'il leur a promises, la vie éternelle que nous obtiendrons, nous sera donnée par son sang. Il faut, dit-il (2496), satisfaire à Dieu pour ses péchés : mais il faut aussi que la satisfaction soit reçue par notre Seigneur. Il faut croire que tout ce qu'on fait n'a rien de parfait ni de suffisant en soimême ; puisqu'après tout, quoi que nous fassions, nous ne sommes que des serviteurs inutiles, et que nous n'avons pas même à nous gloritier du peu que nous faisons;
(-2489) Atiienac, Légat pro Christ., inter Opcra Jusi., n. 8.
(3490} Dogm. iheol.; Tuomass., tom. III (2491) Petav., Pi»r. loin. U Tlicol. d<xjm. (2493) Bull., Uef.PP.
(2193) Leit. 7, p. 50, c. 2.
(3494) Ctpu., De oper. el eleemos.
(2495) C.H'ii-, Ibid.
e2P)G) Epist. 36.
puisque, comme nous l'avons déjà rapporté, tout nous vient de Dieu par Jésus-Christ, en qui seul nous avons accès auprès du Père (2497L
\ ohà les paroles de saint Cyprien; et vous voyez bien, mes chers frères, que sa doctrine est la nôtre. Nous distinguons, avec lui, la grâce pleinement donnée dans le baptême, d'avec celle qu'il faut obtenir par (le justes satisfactions, comme parle le même Père (2i98), et néanmoins qu'il ne faut attendre, dit-il encore dans le même endroit, que Je la divine miséricorde.
Votre ministre vous a donc fait voir que saint Cyprien ne connaissait pas, non plus que les autres Pères, la justification protestante. Il a raison, et il vous confirme ce que j'ai fait ailleurs (2499). que votre justification, par pure imputation, est un mystère inconnu à toute l'antiquité; comme" nous avons démontré que les protestants et Mélanchthon même, le plus zélé défenseur île cette doctrine, en demeurent d'accord. Ainsi, saint Cyprien n'avait garde de parler en ce point- là comme vous faites; et tout ce qu'a gagné votre ministre en vous citant ce saint martyr, c'a é;é de vous montrer la condamnation, non d'une vérité vraiment chrétienne, mais d'un article particulier de votre Réforme.
XXVII. — Passage de saint Augustin, pour montrer que l'Eglise apprend de nom-eaux dogmes : que ce passage est falsifié, et prouve tout le contraire.
Mais enfin, direz-vous encore, il cite un passage exprès de saint Augustin, où ce sublime théologien reconnaît qu'en combattant les hérétiques, « l'Eglise apprend tous les jour» de nouvelles vérités; ce ne sont donc pas, conclut le ministre (2300), de nouvelles explications et de nouvelles manières que les hérétiques donnent moyen à l'Eglise d'apprendre, mais de nouvelles vérités. » Ce passage est concluant, direz-vous. 11 est vrai : mais par malheur pour votre ministre, ces nouvelles vérités sont de son invention. Voici ce que dit saint Augustin dans le passage qu'il allègue : « Il y a, » dit-il (2501), « plusieurs choses qui appartiennent à la foi catholique, lesquelles étant agitées par les hérétiques, dans l'obligation où l'on e-t de les soutenir contre eux, sont considérées plus .soigneusement, plus clairement entendues, plus vivement inculquées; en sorte que la question émue, par les ennemis de l'Eglise, est une occasion d'apprendre. » Voilà tout ce que dit saint Augustin; sans y rietïajouter ni diminuer. Si j'avais eu à choisir dans tous ses ouvrages un passage exprès contre ce ministre, j'aurais préféré celui-ci à tous les autres; puisqu'il est clair, selon les paroles de ce saint docteur, qu'apprendre, dans
cet endroit, n'est pas découvrir de nouvelles vérités, comme le ministre l'ajoute du sien; mais se confirmer dans celles qu'on sait, s'y rendre plus attentif, les mettre dans un plus grand jour, les défendre avec plus de force : ce qui présuppose manifestement ces vérités déjà reconnues. Après cela, fiez-vous à votre ministre, quand il vous cite des passages. Non, mes frères, il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant : il y cherche des difficultés, et non pas des solutions; de quoi embrouiller les esprits, et non de quoi les instruire; et il n'épargne rien pour vous surprendre.
XXVIII. — Qu'un passade du P. Pétau. produit par M. Jurieu, dit encore tout le contraire de ce que prétend ce ministre.
Comme quand pour vous faire accroire, que la théologie des Pères était imparfaite sur le mystère de la Trinité, il fait dire au P. Pétau, en propres termes, qu'ils ne nous en ont donné que les premiers linéaments (2502). Mais ce savant auteur dit le contraire à l'endroit que le ministre produit, qui est la préface du t. Il des Dogmes théologiques : car il entreprend d'y prouver que la doctrine catholique a toujours été constante sur ce sujet; et dès le premier chapitre de cette préface, il démontre que le principal et la substance du mystère a toujours été bien connu par la tradition; que les Pères des premiers sièi les conviennent avec nous, dans le fond, dans la substance, dans la chose même, quoique non toujours dans la manière de parler (2303) : ce qu'il continue à prouver au second chapitre, par le témoignage de saint Ignace, de saint Polycarpe, et de tous les anciens docteurs : enfin, dans le troisième chapitre, qui est celui que le ministre nous objecte en parlant de saint Justin, celui de tous les anciens qu'on veut rendre le plus suspect, ce savant Jésuite décide que ce saint martyr a excellemment et clairement proposé ce qu'il y a de principal et de substantiel dans ce mystère : ce qu'il prouve aussi d'Athénagoras , de Théophile d'Aulioche , des autres, qui, tous ont tenu, dit-il (250i), le principal et la substance du dogme, sans aucune tache, d'où il conclut que s'il se trouve dans ces saints docteurs quelque passage plus obscur, c'est à cause qu'ayant à traiter avec « les païens et les philosophes, ils ne déclaraient pas, avec la dernière subtilité et précision, l'intime et le secret du mystère dans les livres qu'ils donnaient au public; et pour attirer ces philosophes, ils le tournaient d'une manière plus conforme au platonisme qu'ils avaient appris, de même qu'on a fait encore longtemps après dans les catéchismes, qu'on faisai' pour instruire ceux qu'on voulait attirerait christianisme à qui, au commencement, on