XXIX. — Erreur grossière du ministre, qui
croit que la foi de la Trinité ei de l'Incarnation s'est formée quand on a fait des décisions : preuve du contraire par le concile de Chalcédoine.
Et pour vous découvrir encore plus clairement les illusions dont on Ulche de vous éblouir, y en a-t-il une plus grossière que celle d'avoir voulu faire accroire que la foi de l'Eglise n'a été formée, que lorsqu'à l'occasion des hérésies survenues, il a fallu en venir à des décisions expresses? Mais, au contraire, on n'a fait les décisions qu'en proposant la foi des siècles liasses. Par exemple, votre ministre a osé vous dire que la foi de l'Incarnation n'a été formée qu après qu'on eut essuyé les disputes des nesloriens et des euty chiens, c'est-à-dire, dans le concile de Clialcédoine : mais ce n'est pas ce qu'en a peiiaé le concile môme. Car, par où a-t-on commencé cette vénérable assemblée, et par où a commencé saint Léon, qu'elle a eu pour conducteur? Par dire peutêtre que jusqu'alors on n'avait pas bien entendu ce mystère, ni assez pénétré ce qu'en avait dit l'Ecriture. A Dieu ne plaise : on commence par faire voir que les saints docleurs l'avaient toujours entendue comme on taisait encore alors, et qu'Eutychès avait rejeté la doctrine et les expositions des Pères. L'est par laque commença saint Léon, comme on le voit par ses divines Lettres que ce (oncile a admirées; c'est ce que fait ce concile même; et il n'approuve la lettre de saint Léon qu'à cause qu'elle est conforme à saint Athanase, à saint Hilaire, à saint Basile, à saint Grégoire de Nazianze, à saint Ambroise, à saint Chrysostome, à saint Augustin, à saint Cyrille et aux autres que saint Léon avait cités (-2503).
Mais peut-être qu'on crut ajouter la perfection qui manquait aux décisions des conciles précédents? Point du tout : car on commence par les rapporter au long et à les poser pour fondement; puis le saint concile parle ainsi : « Cette sainte assemblée suit et
embrasse la règle de la foi établie à Nicée» celle qui a été confirmée à Coiislantinople, celle qui a été posée à Eplièse, celle que
suit saint Léon, nomme apostolique et l'apo de l'Église universelle, et n'y veut ni ajouter ni diminuer (2506). » La foi était donc parfaite; et si l'on se fût avisé do dire à ces Pères, comme fait aujourd'hui votre ministre, qu'avant leur décision elle était informe, ils se seraient récriés contre cette parole téméraire, comme contre un blasphème. C'est pourquoi ils commencent ainsi leur définition de foi : « Nous renouvelons la foi infaillible de nos Pères qui se sont assemblés à Nicée, à Constantinople , à Ephèse, sous Céleslin et Cyrile (2507J. » Pourquoi donc font-ils eux-mêmes une nouvelle déiinilion de foi ? Est-ce que celle des conciles précédents n'était pas suffisante? Au contraire, « elle suffisait,» continuent-ils, « pour une pleine déclaration de la vérité. Car on y montre la perfection de la Trinité et de l'Incarnation du Fils de Dieu. Mais parce que les ennemis de la vérité, en débitant leurs hérésies, ont inventé de nouvelles expressions, les uns en niant que la sainte Vierge fût Mère de Dieu, et les autres en introduisant une prodigieuse confusion dans les deux natures de Jésus-Christ ; ce saint et grand concile enseignant que la prédication de la foi est dès le commencement toujours immuable, a ordonné que la foi des Pères demeurerait ferme, et qu'il n'y a rien a ï ajouter, comme s'il y manquait quelque chose. » Ainsi la définition de ce concile n'a rien de nouveau, qu'une nouvelle déclaration de la foi des Pères et des conciles précédents, appliquée à de nouvelles hérésies.
XXX. —Suite de la preuve, enremontant du concile de Chalcédoine aux conciles précédents, et jusqu'à l'origine du christianisme. Passage de saint Athanase.
Ce qu'on fit alors à Clialcédoine, on l'avait fait à Ephèse. On commença par y faire voir contre Nestorius, que saint Pierre d'Alexandrie, saint Athanase, le Pape saint Jules, le Pape saint Félix et les autres Pères, avaient reconnu Jésus-Christ comme Dieu et homme tout ensemble, et par conséquent sa sainte Mère comme étant vraiment Mère de Dieu (2308) ; en sorte que saint Grégoire de Nazianze n'hésitait pas à analliématiser ceux qui le niaient (2309); on renouvela la foi du concile de Nicée, comme pleinement suffisante pour expliquer le mystère, et on montra que les saints Pères l'avaient entendu comme on faisait à Ephèse; on décida sur ce fondement que saint Cyrille « était défenseur de l'ancienne foi, et que Nestorius était un novateur qui devait être chassé de l'Eglise. Nous détestons, disait-on, sou impiété ; tout l'univers l'anathématise ; que cc-
(2505) Conc. Chut., act. 2; Labb. loin. IV, col. (2508) Conc. Eph., act. 1 ; Labb., lom. 111, col. 325 ei seq. 515. .
(2506) Ad. ■'., col. isn et scq. (2509) Grec Naz.. EprsJ. ad Cledon., episl. i.
(2507) Defni. Cliaked., act. 5, col. o6i,
lui qui ne l'analhéinalise pas soit anathèmc (2310). »
On vous dii'a qu'on n'entend parler que ■s Pères et des conciles, et que c'est trop
lors
de
négliger l'Ecriture sainte. Détrompez-vous de cette erreur : loin de négliger | ar là l'Ecriture, c'est le moyen qu'on prenait pour en fixer l'interprétation et ne varier jamais; on ne trouvait point de plus sûre interprétation que celle qui avait toujours été publique et solennelle dans l'Eglise. Ainsi on f lisait gloire à Chalcédoine d'entendre l'Ecriture sainte, comme on avait fait à Ephèse, et à Ephèse comme on avait fait à Conslantinojde et à Nicée. Mais est-il vrai qu'à Nicée la foi de la Trinité fût encore informe, et qu'elle ne fut formée qu'à Constantinople, où l'on définit la divinité du Saint-Esprit? Il est vrai qu'on ne définit expressément à Nicée que ce qui était expressément révoqué en doute, qui était la divinité du Fils de Dieu; car l'Eglise toujours ferme dans sa foi, ne se presse pas dans ses décisions ; et sans vouloir émouvoir de nouvelles difficultés, elle ne les résout par décrets exprès, qu'à mesure qu'on les lui fait; de sorte qu'on ne prononça aucun décret particulier sur la divinité du Saint-Esprit, dont on ne disputait pas encore alors. Cependant, comme dit très- bien le concile de Chalcédoine (2511), « la foi de la Trinité était parfaite, puisque, après avoir déclaré qu'on croyait au Père et au Fils comme son égal, lorsqu'on disait avec la même force et la même simplicité: Je crois ai Saint-Esprit, on nous apprenait suffisamment à y mettre notre confiance, comme on la met en Dieu ; mais parce que, dans la suite, on fit à l'Eglise une nouvelle querelle sur le Saint-Esprit, il en fallut déclarer plus expressément la divinité dans le concile de Constantinople; » non que la foi de Nicée fût informe et insuffisante : à Dieu ne plaise; mais afin de fermer la bouche plus expressément aux esprits contentieux.
En effet, il est bien certain que saint Alhanase, qui était l'oracle de l'Eglise, avait parlé aussi pleinement de la divinité du Saint-Esprit, qu'on lit depuis à Constantinople; et il fuit voir clairement dans sa lettre, où il expose la foi à l'empereur Jovien, que les Pères de Nicée en avaient parlé de même (2512). Aussi les Pères de Constantinople tirent profession de n'exposer que la foi ancienne, dans laquelle tous les fidèles avaient été baptisés (25l3j. Par ce moyen, en n'innovait rien à Constantinople; niais on n'avait pas plus innové à Nicée. Saint Athanase a fait voir aux ariens que la foi de ce saint concile était celle dans laquelle les martyrs avaient versé leur sang 12514). Ce grand homme avait vu la persécution ; il en restait
(2510) Conc. Ep/i., net l,cot. 501.
('2511) Atloc. ait Maie, imp., Conc. Cliatc, p. 3; Labb., t. IV, col. 821.
(2512) Aih., Expos, fui., tom I; Epist. c-'ili ; «rat. i elseq., Coni. Arian. passim; Epist. 1 ud Serap. : De Si>ir. S , i. 1. part, u ; Epist. ml Anlioch. , Epist, mi Serap., 5. i.
dans l'Eglise un grand nombre de saints confesseurs avec qui il conversait tous les jours, et personne n'ignorait la foi des martyr-. Il démontre, dans un autre endroit, que la loi de la divinité de Jésus-Christ avait possède pire en père jusqu'à nous (2515). Il prouve qu'Origène même, que les ariens vantaient le plus comme un des leurs, avait très-bien expliqué la saine doctrine sur l'éternité et la consubstantialité du Fils de Dieu (2516). C'est cette fui, dit-il (2517), qui a été de tout temps; et c'est pourquoi, conlinue-t-il, « toutes les Eglises la suivent (en commençant par les plus éloignées), celles d'Espagne, de la Grande-Bretagne, de la Gaule, de l'Italie, de la Dalmatie, Dacie, Mysie, Macédoine; celles de toute la Grèce, de toute l'Afrique, les iles de Sardaigne, de Chypre, de Crète, la Pamphilie, la Lycie, l'Isaurie, l'Egypte, la Libye, le Pont", la Cappadoce; les Églises voisines ont la même foi, et toutes celles d'Orient, à la réserve d'un très-petit nombre; les peuples les plus éloignés pensent de même; » et cela, c'était à dire non-seulement tout l'empire romain, mais encore tout l'univers.
Voilà l'état où était l'Eglise sous l'empereur Jovien, un peu après la mort de Constance, afin qu'on ne s'imagine pas que ce dernier prince, pour avoir été défenseur des ariens, ail pu réduire l'Eglise à un petit nombre par ses persécutions ; au contraire, poursuit saint Athanase, « tout l'univers embrasse la foi catholique et il n'y a qu'un très-petii nombre qui la combattent. » C'est ainsi que l'ancienne foi et la foi des Pères s'était nonseulement conservée, mais encore répandue partout. Pour vous, disait-il, ô ariens, < quels Pères nous nommerez-vous? » 11 met en fait « qu'Us n'en peuvent produire aucun, ni nommer pour leur doctrine aucun homme sage, ni d'autres prédécesseurs que les Juifs et Céïphe (2518). » Voilà comme parlait saint Athanase au commencement du iv* siècle, dans Je temps que la mémoire des trois premiers siècles était récente, et qu'on en avait tant d'écrits que nous n'avons plus. Après que les ariens ont été condamnés par toute la terre, et que le fait de leur nouveauté, objecté en face à ces hérétiques par saint Athanase, a passé pour constant ; nous serions trop incrédules et trop malheureux si nous avions encore besoin qu'on nous te prouvât, ou qu'il fallût renouveler le procès avec M. Jurieu, et mettre en compromis la loi des premiers siècles sur l'éternité du Fils de Dieu.
Mais ce fait de la nouveauté des ariens étant avéré, le même saint Athanase en conclut, dans un autre endroit (2519), « que leur doctrine n'étant point venue des Pères, et au contraire, qu'ayant été inventée depuis
(2515) Cône. Constant.; Labb.. i. IV el V
(2514) Epist. ad Jor. imp., i. 1, pari. n.